logoiutLe succès des IUT est évident et personne ne le conteste. Depuis le passage de la LRU, les IUT ont perdu leur autonomie, ce qui peut paraître paradoxal. Ils dépendent maintenant de leurs universités de rattachement pour leur budget et pour la gestion des personnels, alors qu’auparavant ces dotations leur parvenaient directement de l’Etat. Dans ce contexte, les IUT s’inquiètent pour leur avenir, par exemple ils ont peur de se retrouver banalisés (perte d’identité) et d’être lésés dans leur dotation (moyens humains et financiers).

Ce mouvement, qui exprime des inquiétudes légitimes, avait débuté en automne dernier. V. Pécresse les avait alors rassurés en mettant en place une « charte de bonne conduite de relations » entre les IUT et les universités. Cela a pris la forme d’un « contrat d’objectifs et de moyens » afin que les IUT puissent être assurés de remplir leurs engagements de formation. Il est ici intéressant de constater que depuis l’année passée, pour certaines universités, les acteurs sur le terrain semblent être incapables de conduire une discussion/négociation saine sans faire appel à un arbitrage de la tutelle ministérielle, comme en témoigne l’appel lancé des derniers jours. Pour caricaturer, on est un peu dans la situation de deux enfants en chamaille qui font appel à la maîtresse pour trancher un différent …

A priori, la LRU semble plutôt favorable aux IUT. En effet les nouveaux modes de financement reposent maintenant en partie sur des indicateurs de performance des universités, dont la prise en compte de l’insertion professionnelle des étudiants. L’IUT n’a aucun souci à se faire de ce coté là étant donné le remarquable succès de leurs formations auprès des étudiants et le remarquable taux d’insertion dans le monde socio-économique.

Les IUT ont-ils, malgré tout, des raisons objectives d’être inquiets ? La réponse semble être oui. Nous allons ici tenter d’en faire une analyse en quatre points, probablement incomplète (les compléments ou nuances sont les bienvenus dans les commentaires !).

1 – Personnels (dotation et gestion) : Jusqu’à présent, les dotations et gestion des personnels se faisaient directement dans les IUT, sans interférence avec l’université. Mais avec la LRU, il n’y aura qu’une seule entrée commune. Dans ce contexte, les IUT craignent que les dotations en personnels ne puissent pas être à la hauteur de leurs besoins du fait d’une université qui ne serait pas assez attentive ou qui pourrait privilégier d’autres formations. Ici on touche à une compétition interne entre composantes de l’université. Il est souvent de tradition de reconduire les postes dans les composantes d’origine, même si ces derniers temps on assiste à des tentatives de redéploiements. On arrive donc à des grands différentiels besoins/personnels selon les disciplines car certaines formations académiques se sont écroulées (surtout dans les sciences dures) alors qu’au contraire les IUT ont maintenu leurs flux ou les ont augmenté en ouvrant des formations adaptées au marché de l’emploi. Malgré ces évolutions, il est rare que des redéploiements se fassent en faveur des IUT alors qu’objectivement les besoins sont constants ou en augmentation. Les conséquences dans les IUT ne sont pas anodines : cela se traduit par la nécessité de faire appel aux heures complémentaires (avec les conséquences désastreuses sur l’activité de recherche des EC) ou faire appel à des enseignants en contrats non-statutaires payés sur fonds propres des IUT.

2 – Budget : L’inquiétude s’exprime aussi en termes de budget. L’université reversera-t-elle aux IUT l’équivalent du budget qui leur était dévolu auparavant ? Une ponction sera-t-elle prélevée pour le fonctionnement général de l’université qui voudra se donner des moyens d’une politique (par exemple de BQR ou autre). Il faut savoir également que les IUT, de part ses bonnes relations avec les entreprises, touchent probablement plus de taxes d’apprentissage que les filières académiques. Ces taxes d’apprentissages seront-elles réceptionnées dans un pot commun ? Ou alors y aura-t-il un prélèvement avant d’être ventilées dans les composantes ? Si c’est le cas, cela risque de mettre en péril le fonctionnement de nombre de départements dans les IUT. Ainsi, pour résumer, les IUT craignent que l’université s’empare des ressources des IUT.

3 – Remise en cause de la référence nationale du diplôme. C’est une inquiétude forte qui a été exprimée, ainsi que celle de la « disparition programmée du réseau des IUT ». C’est ici, à mon sens, un procès d’intention car la LRU n’aborde en aucun cas les aspects de pédagogie des formations. Le caractère nationale des DUT n’est ici pas remis en cause par la LRU. Mais il est nécessaire de faire ici trois remarques importantes (1) les IUT délivrent un diplôme Bac+2, qui se positionne mal dans le cadre européen du LMD. (2) Comme on l’a mentionné dans un précédent billet, 80 % des étudiants poursuivent leurs études après le DUT alors qu’il est normalement un diplôme professionnalisant. Bien au contraire il sert maintenant de tremplin vers d’autres formations. (3) Les IUT savent bien qu’ils doivent faire évoluer leurs formations à 3 ans et s’y emploient depuis une dizaine d’année mais sans succès. Ils n’ont accumulés que des refus du ministère, de la CPU (conférence des présidents d’université) ou du MEDEF (comme par exemple pour la licence technologique), tout cela sans appuis des universités de tutelle qui craignent une concurrence avec les formations plus académiques. Ce manque de soutien de la part des universités inquiète les IUT : pourront-ils mettre en œuvre des réformes de leurs formations, ces dernières devant recevoir l’aval de leurs universités de rattachement ?

4 – Quelle université demain ? C’est peut-être là le plus important. L’université, depuis maintenant presque un an, est animée par un mouvement de contestation contre les réformes en cours en particulier contre la LRU. Les différents messages sont relayés par certains syndicats, associations (SLU et SLR) ou autre coordinations (CNU, labo en lutte, etc …). Ces messages nous éclairent sur ce que doit ou ne doit pas être l’université (thèmes de la marchandisation du savoir, université qui ne doit pas dispenser une formation professionnelle,  n’a pas à se préoccuper des besoins du marché, ne doit pas faire de sélection, etc …). Je doute fort que les IUT adhèrent à ces discours car ils se sont toujours positionnés porteurs de formations professionnalisantes, proches des entreprises. Dans ce contexte on peut voir une motivation supplémentaire de l’IUT dans sa tentation de faire sécession de l’université. En clair on peut craindre ici un mouvement de fuite.

Les IUT représentent pour l’université une forte valeur ajoutée. Ils ont su développer des interfaces et relations intéressantes avec les acteurs socio-économiques. Ils ont l’expérience de l’insertion professionnelle qui pourrait s’avérer très utile dans la mise en place des BAIP (bureau d’aide à l’insertion professionnelle) qui sont imposés par la LRU. Il serait bien regrettable que les IUT et l’université de rattachement ne puissent pas trouver un bon compromis pour travailler ensemble. Mais parions que cette fronde renaissante des IUT va être soutenue par nombre d’universitaires qui se feront une joie de travailler les amalgames avec une compassion affichée pour les IUT, tout comme pour les IUFM dans le cadre de la mastérisation (ici, ici, ici, ici, ici et ). Parions aujourd’hui que l’on va voir resurgir les slogans « La LRU = mort à court terme des IUT et des DUT » « les universités vont aller piocher argent et personnels, assécher l’IUT et le faire mourir ». Bref tout ça c’est à cause de la LRU …

Demain, le 10 novembre 2009, les directeurs d’IUT sont reçus par la ministre V. Pécresse pour faire entendre leurs revendications – voir notre chronique précédente (IUT maltraités) sur ce thème et qui donne un lien vers le communiqué de presse. Voir également la chronique « Faut-il réformer les IUT ? » qui visait à se questionner sur cette formation (questionnement « positif », je le précise).

Advertisements