Douai_iufmDans la chronique précédente, nous avons relaté les évènements récents sur la question du devenir des IUFM dans la région Nord-Pas-de-Calais. La situation est particulièrement complexe à cause d’un émiettement historique des formations sur le territoire. Pour tenter de comprendre quelque chose à cette situation (mais nul n’est tenu à l’impossible !), on pourra lire les nombreux articles sur la question sur le site histoires d’universités (ici,  ainsi que les liens proposés).

On a souvent parlé du thème de la fragmentation de l’enseignement supérieur sur ce blog. Cet enseignement supérieur est éclaté en multitude de formations dans différents types de structures aux fonctionnements très disparates (universités, IUT, IUFM, Prépas, écoles intégrées, BTS, …). Difficile d’y comprendre quelque chose et on a souvent oublié l’origine de cette fragmentation … mais elle est là, on vit avec. On a la même dimension d’éclatement pour les IUFM, qui ont souvent été saucissonnés et délocalisés dans des petites ou moyennes communes dans les années 90 au moment de leurs créations, ceci pour des questions d’aménagement du territoire. On les a appelé les pôles universitaires de proximité, ou antennes locales. On peut aujourd’hui douter du succès de l’opération d’avoir cloisonné et éloigné ces formations des grosses métropoles universitaires.

On rappellera aussi les enjeux de la mastérisation et ceux de l’hébergement de la formation des enseignants au sein d’une université (ici). Cette réforme, si elle est menée en bonne intelligence avec les autres masters (en particulier le master recherche), aura immanquablement des conséquences très positives à moyen terme. En effet, connaissant bien l’université et ses richesses, les enseignants n’hésiteraient alors plus à orienter les meilleurs lycéens vers les filières de formations universitaires, au lieu des prépas, écoles ou BTS comme c’est le cas actuellement. L’université qui ne s’engagera pas dans une démarche de former des futurs enseignants se tirera une balle dans le pied et compromettra à relativement court terme son développement et rayonnement. L’enseignement, la formation des enseignants ou la formation dans son ensemble (tout au long de la vie), c’est la pierre angulaire et le lien privilégié avec la société.

V. Pécresse est intervenue en fin de semaine pour trancher un différent « IUFM » entre la ville de Douai et celle d’Arras. Sommé par la ministre, le recteur doit maintenant convoquer une réunion pour établir « un schéma directeur régional sur la formation des maîtres », en concertation avec les élus. D’après le maire de Douai, « le recteur va bâtir un schéma de régulation de formation des maîtres. Les six universités de la région ne pourront pas, dans une situation stupidement concurrentielle, créer chacune leur master de formation des maîtres dans leur coin » […] « Nous voulons à Douai un centre de formation des maîtres fort ! ».

Tout cela fonctionne à contresens. Les universités sont maintenant autonomes, libres et responsables. Il serait très cocasse qu’elles ne puissent pas créer un master de formation des enseignants, en particulier à cause de l’intervention de la ministre et du recteur. L’autonomie est ici piétinée. Le plus triste dans cette histoire est que les arguments pour justifier tel ou tel choix se basent sur un système dans lequel les étudiants ne sont rien d’autre qu’une variable d’ajustement dans le développement économique (ou plutôt commerçant) de telle ou telle bourgade. Triste… L’université au service des marchands, on est en plein dedans, sous la forme la plus mercantile.

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