« Personne ne devrait pouvoir être chercheur à vie sans enseigner, à moins d’obtenir de façon spécifique des dérogations sur la base des performances de recherche récentes ». C’est par cette phrase choc qu’est introduite la décision 30 « réformer le statut de l’enseignant-chercheur », volet « rendre la recherche plus compétitive », dans rapport Attali de janvier 2008 (p 42-43). Ici ce sont les chercheurs des organismes de recherche qui sont pointés du doigt. Il est vrai que ce système dual de chercheur et d’enseignant-chercheur est bien discutable, d’autant plus que les passerelles vers l’un ou l’autre corps sont difficiles, voire inexistantes pour le passage d’enseignant-chercheur vers chercheur. Cette phrase nous invite à réfléchir de nouveau sur la question de nos statuts, héritage ancestral de la structuration de notre paysage de la recherche d’empilement de structures (Universités, EPST, EPIC, EPSCP, …). Ne pourrait-on pas réfléchir sur une configuration statutaire moins rigide ? Avec par exemple une implication plus forte des chercheurs des EPST dans les missions d’enseignement et une possibilité pour les EC de l’université d’une implication plus forte dans les actions de recherche ?

Dans cette décision, tout nouveau chercheur serait recruté et financé sur contrat de 4 ans, renouvelable deux ou trois fois au maximum. C’est seulement à ce terme qu’il pourrait, éventuellement, accéder à un emploi à durée indéterminé. Cette recommandation ressemble beaucoup à un récent article de Robert Gary-Bobo et Alain Trannoy dans la revue Commentaire (n°127). Lire notre chronique ici.

Tout ceci est assez clairement un modèle anglo-saxon, qui est d’ailleurs assez éloignée des traditions françaises et dans ce cadre semble assez irréaliste à appliquer en France. Avec le mouvement de contestation récent des enseignants-chercheurs, on a pu voir un combat pour la préservation d’emplois ultrasécurisés et égalitaires, ce qui n’est pas sans confirmer une certaine rigidité qui met certains EC mal à l’aise car ils n’ont aucune possibilité d’évoluer dans leur carrière (en termes de modification de leurs missions d’origine, même temporairement). Pourtant la réforme de « la modulation de service » des EC ne contenait pas une remise en cause du statut de fonctionnaire, mais simplement l’introduction d’une répartition modulée des missions. Les Terriens ont une curieuse approche de la notion de répartition des tâches…

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