La lecture d’un éditorial dans le Financial Times d’aujourd’hui consacré à l’état de la presse écrite (pas de doute, elle est en crise) m’a ramené à une interrogation que je me pose depuis quelque temps. Quel est l’état de la presse universitaire, c’est à dire des journaux étudiants, sur les campus français?

Les universités britanniques et américaines disposent de journaux de campus qui sont parfois de véritables institutions, avec des maquettes et des diffusions (gratuites ou payantes pour un prix modique) qui n’ont rien à envier au reste de la presse locale ou nationale. Harvard a son Crimson, quant à Cambridge, il y a depuis quelque temps un deuxième titre qui cohabite avec l’illustre Varsity. Quotidiens ou hebdomadaires, ces journaux rapportent un peu tout de la vie du campus (y compris les débats de gestion, de budget, d’administration, ou les controverses académiques et politiques)  tout en ajoutant de l’information de nature locale et parfois nationale. Je n’ai rien vu de semblable sur les campus français. On ne manque pas de fanzines et autres, au montage artisanal et parfois animé par des équipes dévouées, mais, me semble-t-il, il manque de véritables organes sur les campus et de ce fait la communication y est laissée entre les mains de différents acteurs dont les motivations consistent bien souvent à contrôler la communication et à assurer le monopole de leur message. Bien sûr il y a aussi des possibilités pour l’audiovisuel, mais je préfère pour l’instant cantonner ma réflexion au rôle de la presse écrite sur les campus.

La communication est un élément clé de la vie des universités, notamment lorsqu’elles traversent une période où elles doivent profondément se remettre en cause, s’interroger sur leur devenir et explorer les solutions d’avenir. Il faut surtout pouvoir débattre. Le mouvement du printemps dernier, ainsi que les autres mouvements qui l’ont précédé de façon saisonnière plusieurs années de suite, montre bien qu’il n’y a pas de discussions apaisées, voire intelligentes, sur les campus. Il y a affrontement, rapports de force, intimidation et détournement de l’information au profit de causes bien comprises. On a vu aussi les participants de différents mouvements sommer la presse nationale et locale de prendre parti en leur faveur, et lorsque la couverture a été jugée trop tiède, on a assisté à un déchainement en règle contre plusieurs médias, à qui on reprochait d’être aux ordres du pouvoir parce qu’ils n’étaient pas aux ordres des protestataires.

J’idéalise peut-être mais il me semble que plusieurs des conflits qui agitent l’université française auraient peut-être (et notamment dans les facs « à problèmes », qui connaissent les pires des perturbations en raisons de contextes et de contentieux locaux sûrement très lourds) une autre évolution si les causes de conflits étaient d’abord aérées par un débat public au sein de journaux étudiants sérieux implantés sur les campus. Il faudrait d’ailleurs que cette presse fasse voeu d’indépendance, tant intellectuelle, politique et éditoriale, et soit toujours ouverte à toutes les voix diverses qui comptent dans l’université, représentent la diversité de ses publics, et non seulement les points de vue limités d’organisations ou de responsables administratifs, enseignants et étudiants. À côté de journaux étudiants, pourquoi pas des journaux professeurs? Les uns et les autres pourraient aussi contribuer à renforcer le sens de communauté au sein d’une même université. Construire cette communauté d’esprit, c’est déjà faire quelque chose pour prévenir les conflits qui, disons le honnêtement, ravagent l’université française et vont la mettre sur le flanc.

Peut-être des lecteurs de la Gaia Universitas voudront-ils bien témoigner de la situation qu’ils connaissent sur leurs campus. Quels sont les journaux que vous connaissez, qui les produit, de quoi parlent-ils, ont-ils un public nombreux?

Cet astronaute parle d’expérience. Il y a plusieurs années j’ai été responsable d’une telle publication. Si cela vous dit je vous confierai peut-être quelques uns des moments épiques de ma carrière d’apprenti journaliste, qui ont impliqué, entre autres, un ancien de l’Indochine, un distributeur de préservatifs défectueux et les Hommes Sans Tête (un groupe de blues).

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