pes_61802Quand j’ai appris qu’il y avait une nouvelle prime, j’ai dit à mes collègues que moi aussi j’aimerais bien en avoir une. Ils m’ont regardé en rigolant « Rachel, tu as vu que c’est une prime d’excellence scientifique, c’est pas pour toi ! ». Bon, donc ce n’est pas pour moi…

La PES remplace la PEDR qui était attribuée à certains EC. Maintenant la prime PES est aussi accessible aux chercheurs (car il faut savoir qu’en France il y a des chercheurs et des enseignants-chercheurs, soit deux statuts différents – étonnant, non ?). Les différents documents sur cette prime sont ici.

Pour la ministre, cette prime rentre dans le cadre d’une démarche de valorisation des carrières. On aurait aimé aussi une revalorisation des salaires, ce que la ministre a manifestement oublié.

Le contour de l’attribution de ces primes est décrit dans le texte du décret du 8 juillet relatif à la PES. Extraits  : « Les attributions individuelles sont fixées par le président ou le directeur de l’établissement en fonction de l’évaluation réalisée par l’instance d’évaluation compétente à l’égard de son bénéficiaire en application des règles statutaires afférentes à son corps et, pour les établissements d’enseignement supérieur, après avis du conseil scientifique » […] « Le conseil d’administration arrête, après avis du conseil scientifique de l’établissement ou de l’organe en tenant lieu, les critères de choix des bénéficiaires de la prime d’excellence scientifique ainsi que le barème afférent au sein duquel s’inscrivent les attributions individuelles. Ces critères de choix et le barème sont rendus publics et transmis au ministre chargé de l’enseignement supérieur et au ministre chargé de la recherche ». Le problème ici est que certains établissements sont autonomes donc habilités à distribuer des primes aux personnels. D’autres établissement ne le sont pas. Une instance nationale est mise en place pour gérer l’attribution des primes et deux cas de figures se présentent alors (1) « Dans les établissements bénéficiant des responsabilités et compétences élargies, le président ou le directeur peut recueillir, préalablement à l’attribution des primes, sur proposition du conseil d’administration, l’avis de l’instance nationale […] ». Une université autonome n’est donc pas obligée d’utiliser le travail de l’instance nationale. Rappelons que dans le cadre le la LRU, la gestion des personnels est du ressort de l’établissement (recrutement, primes, promotions). Mais je doute fort que les choix de l’instance nationale soient remis en cause par l’établissement, ça ferait trop de vagues. (2) « Dans les autres établissements, le président ou le directeur de l’établissement prend sa décision d’attribution sur proposition de l’instance nationale […] ». Pour ces établissements non autonomes, la proposition est obligatoirement examinée mais doit-elle être obligatoirement respectée ? Il semble que non …

Ce qui n’est pas décrit par le décret du 8 juillet, ni par l’arrêté du 18 septembre qui fixe les modalités de fonctionnement de l’instance nationale compétente en matière d’évaluation (ici), ce sont les critères d’évaluation qui vont servir à distribuer les primes. Comment va-t-on juger de l’excellence scientifique ? Est-ce sur critères bibliométriques ? Est-ce sur critères plus ou moins suggestifs de « réputation » de chercheurs ? Pouf pouf ça sera toi ?

Il est intéressant de remarquer que cette histoire de primes PES fait monter au créneau nombre d’organisations syndicales ou de présidents de sections du comité national du CNRS (le CoNRS), ces derniers s’opposant au principe même de l’attribution de primes individuelles. D’après eux, ces primes pourraient créer des inégalités au sein des laboratoires et mettre une prime d’excellence scientifique n’aurait pas de sens étant donné que la recherche est une aventure collective. Bien entendu on sait bien que dans les laboratoires, tous les chercheurs d’une équipe travaillent avec créativité, productivité et compétences égales, c’est bien connu. Bien entendu c’est oublier un peu vite qu’en réalité la situation n’a guère varié, la PES remplaçant une autre prime (la PEDR) qui avait à peu près la même fonction (ceci pour les EC). Les primes, que je sache, ont toujours existé dans la fonction publique.

La réaction la plus surprenante est à mettre à l’actif d’Henri Audier sur le site de SLR (sauvons la recherche), dans un article intitulé « La prime d’excellence scientifique pour les chercheurs : 20 % de bons, 80 % de cons ». Dans son article H. Audier nous apprend que les chercheurs sont payés en heures supplémentaires s’ils font un service d’enseignement. Ah bon ? Les certains chercheurs ne sont pas seulement chercheurs mais aussi enseignants ? Et ils touchent des heures supplémentaires ? Je connais plein d’EC qui font plein de recherche, la nuit ou le week-end, je vais leur demander s’ils touchent des heures supplémentaire pour le surplus de recherche effectué. Ainsi donc H. Audier pense que la PES n’est pas intéressante pour les chercheurs car cela n’arrivera guère au niveau des heures supplémentaires effectuées en enseignement, donc il milite pour son abrogation. D’ailleurs l’ensemble de son argumentaire est centré sur les chercheurs CNRS. H. Audier ne semble pas avoir compris que la PES ne s’adressait pas seulement aux chercheurs mais aussi aux EC. Pour H. Audier « la PES met en cause le statut chercheur ».  En effet pour avoir la PES il faut que le chercheur fasse au moins un service d’enseignement correspondant annuellement à 42 heures de cours, 64 heures de travaux dirigés (bien entendu non payées en heures supplémentaires !). Ainsi le chercheur qui voudra la prime sera candidat à faire de l’enseignement, pratique qui va se généraliser et donc conduire à mettre fin au statut de chercheur…

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