Fin 2008, une petite vingtaine d’universités se sont regroupées pour former une coordination des Universités de recherche intensive françaises (CURIF). La création de cette coordination est à mettre à l’actif de membres de la CPU (conférence des présidents d’université). Il s’agit d’une coordination autoproclamée, une sorte de club très select et relativement fermé. Les critères d’appartenance sont principalement le nombre de doctorants, le nombre de publications et le rang dans les classements internationaux sur les aspects de recherche. Actuellement il y a 18 membres : Aix-Marseille II, Bordeaux I, Grenoble I, Lille I, Lyon I, Montpellier II, Nancy I, Nice Sophia-Antipolis, Paris 1, 2, 4, 6, 7, 10, 11, Rennes I, Strasbourg, Toulouse III.

Cette coordination n’a pas caché son ambition : devenir un groupe de pression pour influer sur les gouvernements afin d’assurer un fort investissement dans la recherche (dans les établissements membres, bien entendu). La finalité est de mettre en place des universités qui soient capable de préserver une recherche de haut niveau en France et de rayonner en Europe. La coordination a pris manifestement son modèle sur le Russell Group en Grande-Bretagne, qui comprend vingt Universités. Le Russell Group fait représenter ses intérêts au sein du Parlement du Royaume-Uni. Il reçoit les deux tiers des subventions de recherche des universités britanniques alors qu’elles n’accueillent qu’environ 30 % des étudiants.  Les objectifs du Russell Group sont intéressants à examiner :

  • conduire l’effort de recherche du Royaume-Uni;
  • maximiser les revenus pour ses institutions membres;
  • attirer les meilleurs personnels EC et les meilleurs étudiants;
  • créer un environnement dans lequel les membres peuvent atteindre leurs objectifs en réduisant l’ingérence du gouvernement ;
  • identifier des façons de coopérer en vue d’exploiter l’avantage de collaborations entre universités ;
  • faire pression sur le gouvernement et le parlement afin d’obtenir financements et postes enseignants et chercheurs.

Les Universités du Russell Group ont été très impliquées dans le débat récent en Grande-Bretagne sur les frais de scolarité (réforme majeure mise en place en 2006). Le Russell Group a soutenu une forte augmentation de ces frais, arguant du fait que le gouvernement ne pouvait plus pourvoir le coût croissant de l’enseignement supérieur et de la recherche. Bien entendu les membres de la CURIF se sont bien gardés d’afficher une trop grande accointance avec Russell Group quant à leurs motivations, tant les objectifs de l’équivalent britannique sont politiquement incorrects en France (frais d’inscription, autonomie assumée, compétition affichée entre établissements, …).

La première cible du CURIF a été de protester contre le nouveau système de répartition budgétaire entre établissements (système SYMPA), qui remplace l’ancien (système San Remo). D’après les membres de la CURIF, ce système SYMPA est trop égalitariste, dans la même logique que San Remo, ne prenant pas suffisamment en compte les forts investissements nécessaires pour conduire une recherche de pointe. Pourtant ce nouveau système avantage l’excellence scientifique, contrairement à San Remo qui n’était basé que sur le nombre d’étudiants et le nombre d’EC dans les universités, qu’importent leurs résultats en recherche ou en formation.

Toujours est-il que cette CURIF vient mettre à mal le mythe de l’université égalitaire. On peut penser que l’on s’oriente vers un système d’universités à deux vitesses : les universités de recherche qui concentreront leurs efforts sur la recherche et les formations master et doctorales, et les autres universités qui ne feront guère plus que du premier cycle et devenant alors des universités de proximité. Cet objectif n’est pas sans rappeler une des 20 décisions fondamentales du rapport Attali de 2008 qui visait à « constituer 10 grands pôles d’enseignement supérieur et de recherche autour de 10 campus, réels et virtuels, fixant les conditions d’excellence de l’ensemble du système de formation supérieur et de recherche » (voir également la décision 24 du rapport). L’initiative de la CURIF vient aussi se superposer à l’opération du plan campus puisque presque toutes les Universités de la CURIF sont concernées par cette opération.

La création de cette coordination d’université de recherche s’est faite en décembre 2008, juste avant le mouvement universitaire hiver/printemps 2009. Depuis on n’entend plus guère parler de cette organisation. Est-elle morte née, balayée par l’émergence d’une autre coordination, autoproclamée elle aussi, la coordination nationale des universités (CNU) qui a ensorcelé les médias et fasciné la France entière pendant plus de six mois ?

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