computerL’assemblée Nationale a adopté ce lundi 28 septembre un amendement qui vise à autoriser le vote électronique pour les élections internes dans les Universités (élections des représentants aux conseils universitaires soit le CA, CS et CEVU). Selon le dépositaire du texte, Arnaud Robinet député UMP, la raison de cet amendement est que le vote des étudiants représente entre 15 et 20 % du corps électoral et que le vote électronique permettrait de faire augmenter ce pourcentage. Ce texte a provoqué de vives polémiques. Il est fortement contesté par le parti socialiste, des syndicats de l’enseignement supérieur (en particulier le SNESUP) et de certains syndicats étudiants (UNEF, SUD étudiant).

Je ne parviens pas à me faire une idée claire sur cette question, ainsi le but de cette chronique n’est pas de prendre position sur le vote électronique. Mais certaines questions sont sous-jacentes à cette possible modification de mode de scrutin et qu’il est intéressant de faire ressortir.

D’abord il est curieux de remarquer les virulences des réactions à une proposition qui aurait pu générer un débat sain sur un problème important de l’université. Comme trop souvent on est frappé de l’incapacité de nos représentants à conduire un débat constructif et courtois. Le SNESUP parle d’une tentative « d’entrave à la démocratie », le PS d’une stratégie sournoise « pour casser les mouvements de grève », l’UNEF parle d’« Ali Bongo de la démocratie universitaire » ou de transformation « des campus en désert démocratique »…

Revenons sur la crainte du PS : le vote électronique pourrait être utilisé pour « casser les mouvements de grève ». Je comprends mal cet argument. La grève est-elle une décision qui doit être collective réclamant une majorité ? Dans l’hypothèse de ce genre d’utilisation, si une majorité vote contre la grève, cela veut-il dire que les minoritaires ne pourraient pas faire grève ? Ou inversement, si la grève est votée à la majorité, la personne qui aurait voté contre serait-elle obligée de faire grève ? En résumé, cela a-t-il un sens d’organiser un vote pour un mouvement de grève ? Sous-jacente à cette question sur la grève, il y a aussi celle du blocage des Universités. Le vote électronique pourrait être utilisé pour consulter les étudiants sur cette pratique récemment apparue dans nos universités, qui finalement passe très bien dans les mœurs, y compris pour notre Ministre V. Pécresse qui déclarait début septembre sur Radio Classique « Tout le monde a le droit de faire grève. Le droit de grève est protégé par la Constitution. Ce qui est important c’est, à chaque fois qu’il y a un blocage dans une université, de demander aux étudiants de voter, mais de voter tous, (avec) notamment la possibilité de faire un référendum électronique ». Cette déclaration m’avait mis mal à l’aise. Ne revient-elle pas à autoriser (tolérer ?) le blocage, sous réserve de majorité ? Dans ce cas, l’entrave au droit d’étudier ou à la libre circulation des personnes d’opinion minoritaire serait donc une pratique autorisée (tolérée ?) dans notre démocratie ? Est-ce l’université que nous voulons construire ?

Enfin,  j’ai un peu l’impression qu’il y a du non dit dans ce débat. Le vote électronique pourrait modifier la population des votants (en nombre mais aussi en nature). Ainsi l’équilibre actuel des représentants dans les conseils pourrait s’en ressentir. Quand on sait la faible proportion des personnels et étudiants syndiqués, que les syndicats savent mobiliser leurs troupes lors d’un vote, alors on peut comprendre que les syndicats enseignants et étudiants ne se sentent pas très mobilisés dans un combat qui viserait à augmenter la proportion de votants…

Cette polémique autour du mode de scrutin a l’avantage de nous rappeler une triste réalité : les étudiants ne votent pas, ce qui peut laisser penser qu’ils ne se sentent pas concernés par la vie de leur établissement. Comment augmenter le taux de participation des étudiants (et les enseignants !) aux élections universitaires ? Cette question centrale est posée et tout le monde conviendra qu’il serait souhaitable pour la vie de notre communauté universitaire que nos représentants gagnent en légitimité, ceci pour un gain global de collégialité dans nos universités. A mon avis le mode de scrutin n’y changera pas forcement grand-chose et il serait peut-être utile de faire marcher notre imagination afin de ramener les abstentionnistes vers les urnes…

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