balanceDe nombreux articles sont déjà parus sur le thème de la « fièvre de l’évaluation ». Trois faits nouveaux doivent être rappelés, en relation avec les récentes réformes : (1) la création de l’AERES qui a une mission globale d’évaluation de l’enseignement supérieur et de la recherche (voir ici pour lire les missions de l’AERES). (2) la nouvelle loi LRU qui donne aux Universités plus d’autonomie, y compris dans la gestion des personnels ce qui inclut la promotion des personnels (donc leur évaluation). (3) une modification du rôle du CNU, avec notamment une mission d’évaluation quadriennale de tous les EC (et non plus uniquement ceux qui en faisaient la demande dans le but d’obtenir une promotion).

De nombreux universitaires ont déjà alerté des dérives de l’évaluation à excès. Un des derniers article en date est celui de Pierre Jourde, écrivain, article intitulé « L’usine à gaz de la réforme universitaire ». Dans cet article Monsieur Jourde fustige à juste raison cette fièvre de l’évaluation. A juste raison aussi il remarque que l’on « pond une autre réforme, on empile texte sur texte, sans réaliser que l’entassement de ces réformes est l’un des plus sûrs moyens d’enlever toute efficacité aux services publics ». On peut toutefois relever dans cet article de nombreuses erreurs, des interprétations erronés du rôle des structures d’évaluation ou des procès d’intention en ce qui concerne les réformes.

A propos du rôle de l’AERES. Monsieur Jourde se livre à une critique sévère de l’AERES. D’après lui, l’AERES est chargée de l’évaluation d’un chercheur, ce qui est parfaitement faux (voir ici les missions de l’AERES qui précisent bien que « L’agence n’évalue pas les personnes »). Cette ignorance est bien regrettable tant elle participe à la confusion.

Sur la lourdeur administrative : Monsieur Jourde fustige à juste titre la lourdeur administrative « Il serait encore plus juste de dire que l’éducation nationale et l’enseignement supérieur réunis offrent désormais un bon équivalent de la défunte bureaucratie soviétique : un système étouffant, hermétique, à la complexité délirante, où l’on traque le moindre espace libre et non réglementé, où l’on produit continûment des rapports rédigés dans l’idiome clérical de rigueur ». Pour exemple particulier il prend l’AERES (manifestement Monsieur Jourde n’aime pas l’AERES) qui selon lui propose des grilles d’une telle complexité qu’il a des difficultés à les remplir. La réalité est que la seule fiche qu’un chercheur doit remplir est la fiche d’activité. Sa lecture (ici) montre, contrairement à ce que dit Monsieur Jourde, qu’il n’y a aucun format spécial qui est demandé pour insérer sa liste de travaux. Ainsi je suis bien perplexe ici, je me demande bien quel est l’objectif de M. Jourde pour raconter de telles « approximations ». Ou alors c’est son administration locale qui a imaginé de complexifier l’affaire. Ce genre de pratique est fréquente (voir un exemple amusant ici). Mais essayer de faire croire que cette complexification est engendrée par les réformes me semble particulièrement malhonnête.

A propos du CNU et de la LRU : Monsieur Jourde nous rappelle que qu’il existait une instance d’évaluation collégiale, le Conseil National des Universités (CNU http://www.cpcnu.fr/). Par décret (avril 2009) le CNU va se voir affecter le rôle d’un examen quadriennal de tous les EC, « ce qui représente une tâche monstrueuse, et parfaitement inutile ». Là je suis bien d’accord avec M. Jourde, mais ce qu’il oublie de dire c’est que ce sont les négociateurs du mouvement de contestation qui ont réclamé et obtenu que ce rôle soit rempli par le CNU. Ce n’était pas ce qu’avait programmé la Ministre. Elle a simplement cédé à des revendications. Oui, le CNU est transformé en « une usine à gaz aussi coûteuse qu’improductive, sans parler de la dilapidation d’énergie », et ce n’est pas une bonne nouvelle d’autant plus que cela fera doublon avec les commissions qui se mettront en place dans les Universités autonomes. Mais dire qu’il s’agit « d’excellentes idées bien mijotées dans l’irréalité d’un cabinet ministériel » est ici une mauvaise interprétation de la réalité. L’usine à gaz CNU a été voulue et obtenue par les universitaires contestataires.

Monsieur Jourde termine son article en confessant : « J’ai vite renoncé à comprendre les réformes qui nous tombaient dessus ». On avait compris …