Depuis quelques jours, cet astronaute s’est plongé dans la lecture d’un article paru dans la dernière livraison de la revue Commentaire (n°127). Celle-ci publie depuis plusieurs volumes une série d’articles portant sur l’Idée d’Université, s’interrogeant sur son état actuel et proposant parfois des réformes. Le dernier article, rédigé par Robert Gary-Bobo et Alain Trannoy, tous deux Professeurs des universités en sciences économiques (l’un à Paris, l’autre à Marseille) s’intitule « Professeur d’université, profession libérale d’État ». Cet article est publié en deux chapitres, le second à paraître dans le prochain numéro. La démarche des auteurs, avant de proposer leur réforme du statut et du mode de recrutement et d’emploi des universitaires dans la seconde partie de l’article, est d’analyser le système américain de la tenure track qui voit les universitaires évoluer vers un emploi et un statut plus stable au fil de leur carrière, à condition d’être performants dans leur spécialité ainsi qu’à toutes les taches qui leur incomberaient contractuellement.

Il me paraît utile de citer in extenso l’introduction de l’article afin qu’on ne se méprenne pas sur l’intention des auteurs:

« … notre projet de réforme consiste à sortir les universitaires du cadre actuellement en vigueur et à les constituer en « profession libérale d’État ». Après une période probatoire de sept ans inspirée de la tenure track nord-américaine, ceux qui auront été jugés, par leurs futurs pairs, dignes de se voir décerner le titre de professeurs des universités seront titularisés. Ils percevront un salaire s’exprimant contre la somme d’une partie fixe et de plusieurs composantes variables, récompensant séparément la participation à diverses tâches: enseignement, recherche, administration. Les diverses tâches seront négociées, au cours de la carrière universitaire, avec les autorités universitaires, sous la forme d’une série de contrats à moyen terme, et sur la base d’évaluations individuelles. La promotion des professeurs de première classe et à la classe exceptionnelle déterminera les hausses de la partie fixe du salaire et s’appuiera sur les évaluations internationales de leurs performances comme chercheurs dans le long terme. Enfin, le corps des maîtres de conférence sera mis en extinction. Au bout de la période probatoire, tous les docteurs recrutés par un établissement devront donc devenir professeurs dans cet établissement, ou bien chercher un emploi ailleurs, sans exclure que cet emploi soit un poste d’enseignant dans un autre établissement. »

La revue Commentaire, beaucoup de lecteurs ne l’ignoreront pas, est d’inspiration libérale. Il y a fort à parier que de nombreuses réactions assez négatives se feront entendre contre ces propositions, qui introduisent nécessairement, dans l’exercice du métier universitaire, de l’insécurité (d’autres diront précarité car c’est un slogan très porteur). Il me parait en revanche que cette réforme aurait le mérite de clarifier le parcours professionnel des universitaires, il les séparerait fermement de carrières dans le secondaire, ce qui a mes yeux est un métier totalement différent, et surtout, c’est pour moi une préoccupation essentielle, cela mettrait fin à l’inégalité criante de condition et de traitement entre personnels titulaires et non-titulaires, un problème qui se pose particulièrement pour des personnels très bien qualifiés, mais au parcours de formation international, une condition de plus en plus fréquente dans des universités qui se veulent ouvertes à la mondialisation et à l’Europe en particulier.

J’attends évidemment de lire la seconde partie de l’article. La première est une analyse assez décapante de la condition d’universitaire, du système de la tenure en Amérique du Nord (car ce système existe aussi au Canada, au Québec en particulier), par ces deux économistes en employant les outils d’évaluation de cette discipline. Cela peut ne pas être la tasse de thé de tout le monde, mais c’est divertissant et instructif.

En bref, je trouve cette proposition de réforme très intéressante et j’y serais plutôt favorable (autant me mouiller tout de suite!). Je crois d’ailleurs comprendre de façon officieuse qu’une réforme de ce type pourrait d’ailleurs être adoptée dans mon cosmodrome d’attache.

Voici le site de la revue, l’article n’est malheureusement pas disponible en ligne: www.commentaire.fr

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