736663Janvier 2009 fut incontestablement une période charnière pour l’Université. C’est le début d’un mouvement universitaire dur et long contre plusieurs projets de décrets et contre la loi LRU libertés et responsabilités des Universités. Rachel prit son souffle, rassembla ses idées et poursuit son récit à Gwenaëlle :

–    En janvier 2009, le mouvement de contestation n’était pas encore en place, et les organisations des opposants aux réformes peinaient véritablement pour mobiliser les universitaires. Seules quelques composantes étaient mobilisées, avec par exemple des retentions de notes pour le premier semestre, ce qui ne portait pas vraiment à conséquence.
–    Et toi, quand es-tu arrivée sur Terre ?
–    Je suis arrivée début janvier, juste avant que tout commence.
–    Et ça a commencé quand et comment ?
–    Ça a commencé le 22 janvier. N. Sarkozy, le président des Français, a prononcé un discours au palais de l’Elysée à l’occasion du lancement de la réflexion pour une Stratégie Nationale de Recherche et d’Innovation. Ce discours a provoqué un vif émoi dans la communauté universitaire.
–     Et pourquoi, Rachel ?
–    D’abord N. Sarkozy n’aime pas les chercheurs, et ils le lui rendent bien. La communauté universitaire est très majoritairement à gauche, mais ce n’est pas un réservoir électoral important. D’un autre coté, la société aime bien ses chercheurs, la marge était donc étroite. Mais on verra que la population n’a pas vraiment suivi ce mouvement de protestation, contrairement au mouvement précédent, quelques années auparavant (2003-2004). Le discours du président a été assez provocateur et emprunt d’une certaine défiance à l’égard de la communauté, certains diront d’un certain « mépris » et « diffamation ». D’autres y ont vu la confirmation d’un projet de démantèlement des institutions liées à la recherche et à l’enseignement supérieur dans un cadre général de destruction des services publics, on peut lire tout cela par les communiqués de presse des organisations universitaires comme par exemple SLR (ici) ou SLU (ici).
–    C’est quoi SLR et SLU ?
–    On en reparlera plus tard, Gwenaëlle, il s’agit d’associations qui ont su faire preuve d’un opportunisme impressionnant. De nombreuses autres organisations, comme l’académie des sciences ou diverses sociétés savantes ont aussi marqué leurs inquiétudes par des communiqués de presse. Je ne peux pas t’en faire la liste ici car elle est très longue. Globalement, le président a laissé entendre que la recherche française n’était pas à la hauteur, ce qui a piqué au vif les chercheurs car le diagnostic était inexact. Mais ce qui a vexé les chercheurs, ce n’est pas vraiment leur performance, ça tout le monde le savait déjà et il suffit de regarder les divers classements pour se rendre compte assez vite que le niveau de recherche en France est honorable. Le réel malaise a été qu’il les a fustigé de corporatisme et de conservatisme pour le refus de faire évoluer leurs statuts et leurs structures, et ça c’est une insulte pour les chercheurs qui sont, bien entendu, des personnes qui se pensent libres et responsables, ouvertes sur le monde, respectueuses des opinions des Autres et toujours orientées vers le futur et le progrès.
–    Mais alors Rachel, étant donné ce que tu me dis, étant donné qu’il a tant de gens qui ont réagi c’est donc qu’ils ont raison, et dans ce sens le mouvement de contestation a donc toute sa pertinence ! et toi tu voudrais défendre le président Sarkozy ?
–    Gwenaëlle, tu fais l’amalgame que beaucoup ont fait. Mais le plus important aujourd’hui est la question suivante : «Pourquoi le président Sarkozy a fait un discours d’une telle teneur alors que sa ministre était en délicatesse avec les universitaires ?». Gwenaëlle, je te parie qu’aucun Terrien n’est capable de répondre à cette question et que donc le compteur des commentaires de ce billet restera désespérément à zéro.

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