argentAprès un premier volet consacré aux heures complémentaires à l’université, nous comparons aujourd’hui quelques carrières possibles (ici en termes de salaire) à l’université, ceci pour des personnels statutaires. Nous prendrons pour exemple un personnel après 10 ans de carrière, maître de conférence ou PRAG.

Cas 1 : L’enseignant-chercheur « classique », maître de conférences, soit la majorité d’entre eux. « Les enseignants-chercheurs ont une double mission d’enseignement et de recherche ». « Pour moitié, par les services d’enseignement déterminés par rapport à une durée annuelle de référence égale à 128 heures de cours ou 192 heures de travaux dirigés ou pratiques ou toute combinaison équivalente en formation initiale, continue ou à distance » […] « Pour moitié, par une activité de recherche reconnue comme telle par une évaluation réalisée dans les conditions prévues à l’article 7-1 du présent décret » (extraits du décret du décret statutaire des EC, 24 mars 2009). Leur rémunération est de 2410 euros/mois. A noter que cette fonction n’a souvent pas grand-chose à voir avec l’image du fonctionnaire tranquille qu’on tente parfois de coller aux universitaires: nombre d’EC sont très accros à la recherche et ne comptent pas leurs heures. Très souvent celles-ci sont supérieures à 40 h/semaine.

Cas 2 : L’enseignant-chercheur qui touche une prime de d’encadrement doctoral et de recherche (PEDR), car son activité de recherche est jugée bonne ou excellente. Il y a un nombre limité de primes. Elle concerne environ 20 % des EC et elle est accordée sur dossier pour 4 ans. Le montant de cette prime est de 3450 euros/an, soit 290 euros/mois. La rémunération de l’EC est alors de 2410 + 290 = 2700 euros/mois. A noter que la PEDR disparaît et elle est remplacée par une prime d’excellence scientifique pour des montants qui s‘échelonnent entre 3 500 et 15 000 euros.

Cas 3 : L’enseignant-chercheur qui, au contraire, a arrêté la recherche. Il se contente de faire son enseignement soit 192 h/an. Son salaire est de 2410 euros/mois, comme le cas 1. Pourtant il a abandonné l’une de ses deux missions. Il travaille donc à mi-temps et touche un salaire à plein temps. Cette situation anormale ne fait l’objet d’aucun questionnement de la part des universités. Toutefois il convient de dire que cette situation est rare car de nombreux EC qui ont arrêté la recherche s’investissent dans une activité administrative le plus souvent en relation avec la formation. Selon les critères utilisés, selon les universités et selon les champs disciplinaires, 15 à 40 % des EC auraient arrêté la recherche ou seraient (trop) faiblement productifs. Les chiffres hauts sont proviennent des critères de l’AERES qui met une limite de productivité pour considérer qu’une recherche n’est pas suffisamment active.

Cas 4 : L’enseignant-chercheur qui a arrêté la recherche et qui fait des heures complémentaires. Il n’est pas rare qu’il puisse doubler son service, en particulier s’il travaille dans un IUT ou dans une école. Malgré le fait qu’une de ses missions n’est pas réalisée (la recherche), ses heures complémentaires (qui donc n’en sont pas réellement …) lui sont payées 40 euros par heure. Pour un doublement de service, on arrive à 7680 euros, soit 640 euros/mois. En moyenne cette catégorie d’EC touche 3050 euros/mois.

Cas 5 : L’université emploie aussi des professeurs agrégés (PRAG). Ils font 384 heures/an d’enseignement et ne font pas de recherche ou rarement. Ils touchent 2300 euros/mois en moyenne après 10 ans de carrière. A titre de comparaison un agrégé en lycée en prépas fait environ 550 heures/an et a 2-3 paquets de copies à corriger par semaine, contre 2-3 paquets par semestre pour le PRAG en Université. Toujours à titre de comparaison, un certifié en collège ou lycée fait 600-650 heures/an et touche 1750 euros/mois.

En conclusion on peut s’amuser à comparer ces diverses situations qui sont fréquentes à l’Université. Par exemple il est très rentable d’arrêter la recherche et de faire des heures complémentaires. Autre exemple : l’arrêt de la recherche n’est manifestement pas considéré comme un problème, que l’on réalise l’ensemble de sa mission ou seulement la moitié, on touche le même salaire. On imagine le tolet que ferait un EC qui arrêterait de faire son enseignement pour se consacrer pleinement à la recherche …

A lire également : Le volet 1 qui dresse un panorama général sur les heures complémentaires à l’université. Dans le volet 2 nous comparons le salaire de personnels statutaires avec différentes configurations (par exemple avec ou sans heures complémentaires). Dans le volet 3 nous tentons de discuter très sommairement de l’influence des récentes réformes sur ce thème des heures complémentaires. Dans le volet 4 nous discutons plus spécifiquement du nouveau décret du statut des EC.

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