Le Figaro ce jour-ci publie en une la nouvelle que les étudiants « fuient » l’Université pour les classes préparatoires aux grandes écoles ou CPGE dans le jargon acronymique. Comme chacun sait ces entités sont une exception bien française. Vu de l’étranger (ou de l’espace) on ne manque pas de s’étonner que des étudiants soient prêts à passer un à deux ans dans des formations qui ne débouchent sur aucun diplôme, et dont la seule raison d’être est de former à des méthodes de travail pour un de ces concours sur laquelle la France républicaine fait reposer toute notion de méritocratie. Quelques remarques supplémentaires s’imposent:

1) Ces filières sont sélectives en ce qu’elles recrutent sur dossier, mais si l’on en croit l’article près de 80% des candidatures sont retenues, d’où un beau succès… il y aurait même des places vacantes dans certaines zones géographiques car certaines formations offertes un peu partout sont moins connues (et courues) que d’autres.

2) Le rythme de travail est soutenu, non seulement à cause du fort encadrement des étudiants par des enseignants qui font bachoter (en vue du sacro-saint concours) mais aussi du calendrier que nous avons évoqué dans un précédent billet, ce dernier tendant justement à suivre le modèle septembre-juillet, donc facilement deux mois de plus qu’à l’Université. Nous n’avons pas d’ailleurs d’information sur l’effet que des blocages ont pu avoir sur les prépas, étant dernier que cette originale façon de militer s’est étendue des Universités aux Lycées.

L’article relève également qu’à présent certaines Universités se lancent dans la création de leurs propres classes préparatoires afin de concurrencer les lycées pour les bons bacheliers (objets, donc de bien des convoitises), évidemment il y a encore beaucoup à faire à ce niveau là tant il y a de la demande pour différentes prépas, commerciales et scientifiques d’abord, et enfin, littéraires. Comme le note aussi un monstre sacré-bête noire selon les convictions des lecteurs, Jean-Robert Pitte dans l’entretien qu’il accorde au quotidien: les relations entre Universités et Prépas pourraient être en passe de se transformer, de conflictuelles et concurrentielles en complémentaires ou coopératives, mais ce serait, en fait, une simple conséquence du désamour pour l’Université. Si cela se fait simplement par défaut, et imposé par les faits (c’est à dire, pour citer Pitte, le délitement de l’Université) on pourrait douter que cette coopération et complémentarité puisse s’établir si facilement. Les différences de culture et de raison d’être de ces deux types d’enseignement supérieur restent profonds et cela dépasse l’entendement de cet astronaute que d’y proposer une solution. Par ailleurs, cet astronaute étant fort individualiste, il aurait eu du mal à se couler dans le moule, deux ans durant, d’une prépa, et il se félicite aujourd’hui d’avoir eu la chance de pouvoir y échapper rapidement. Une vraie préoccupation: faut-il vraiment consacrer tant de temps à une formation non qualifiante et dont le résultat peut-être aléatoire? Celle-ci n’est obtenue en fait qu’à la sortie de la grande école en question, mais, un plus, les débouchés sur le marché du travail sont souvent plus importants que ceux de plusieurs filières universitaires…

Nous sommes donc, une fois de plus, en pleine quadrature du cercle et tant l’étranger que l’extraterrestre se grattent la tête…