Comme c’est la rentrée universitaire et que ce blog est consacré à l’université, je suppose que je suis obligée de me fendre d’un petit billet sur la rentrée. Alors allons-y. La rentrée est souvent un moment particulier, un peu angoissant : de nouveaux étudiants, parfois de nouveaux collègues dans les équipes, parfois de nouveaux cours à préparer ou un nouveau projet de recherche à écrire (c’est la période). Ouvrir sa boîte mail est un défi à la sérénité tant les messages se sont accumulés, mais j’ai ma solution : je jette tout illico à la poubelle, faut quand même pas exagérer, la rentrée ça devrait être comme un nouveau départ, et si on commence avec plein de boulets aux pieds on ne peut pas s’en sortir. Avec la rentrée, il faut se remettre à faire des cours mais aussi il faut se remettre à la recherche. Et ça c’est souvent un peu laborieux surtout après de lourds efforts pour essayer de décrocher, à peine on y est parvenu qu’il faut replonger. Je vais devoir reprendre mon article qui est en panne depuis plus de six mois et j’avoue que je n’ai pas encore trouvé le courage d’ouvrir le fichier correspondant. Avec un peu de chance, ce fichier je ne le retrouverai pas étant donné que je ne suis pas très ordonnée. La rentrée c’est un moment d’intense activité. On fait le tour des bureaux pour prendre des nouvelles, se raconter ses vacances … Bref c’est la rentrée et je suis déééééboordée! Vous avez déjà remarqué, si vous êtes dans la sphère universitaire et que vous demandez à un collègue EC comment il va, il vous répond invariablement : je suis déééééééébooordé! Un EC est dééééébooordé. C’est d’ailleurs une technique que j’ai adopté peu après de mon débarquement sur Terre en janvier 2009 pour différencier mes collègues EC (enseignant chercheur) de mes collègues non-EC, ces derniers étant au CNRS, CR ou DR (respectivement chargé de recherche et directeur de recherche). Quand vous croisez quelqu’un dans le couloir, vous lui demandez comment ça va et s’il vous répond je suis déééééééboordé, alors c’est un EC. S’il vous répond « je vais bien ma petite Rachel et toi ? » et qu’il vous tient la jambe pendant un quart d’heure en se donnant des airs importants, alors c’est un non-EC (c-a-d chercheur CNRS). C’est vrai que l’EC lui n’a pas trop le temps de parader dans les couloirs, il doit courir partout, donner un cours, assister à une réunion pédagogique, faire les tâches administratives, sans oublier la recherche et ses réunions, les congrès … Je sens que ce billet part un peu en vrille, comme souvent d’ailleurs, mais là ça semble plus grave encore. Mais bon c’est la rentrée et je suis dééééboordée alors je vais finir ce billet sans me relire, sans tenter de remettre un peu d’ordre dans tout ça, de toute façon ce blog est un gros bide, personne ne me lit, sauf quand c’est l’astronaute en transit (un des contributeurs de ce blog) qui écrit un billet, là il y a plein de commentaires et les statistiques s’affolent. Il ne faudrait pas qu’il s’imagine qu’il va me voler la vedette, celui là ! non mais ! Il me reste environ 15 minutes (réunion dans 15 minutes) à vous consacrer, au pire je peux arriver un peu en retard, alors disons 20-25 minutes. Je vais plutôt vous expliquer pourquoi cette rentrée est un peu différente des précédentes pour moi. En effet en cette rentrée je suis pleine de bonnes résolutions. De retour de vacances j’ai tout bien rangé mon bureau, taillé mes crayons, fait ma réserve de craies et mis des jolies fleurs partout sur mes ppt. Pendant les vacances je me suis offerte 3 cahiers, un bleu qui sera pour les réunions de mon labo, un rouge pour les réunions pédagogiques et un vert pour tout noter sur mes étudiants. Terminé les feuilles volantes qui se mélangent et qu’on ne retrouve jamais ! Hé oui c’est l’année de ma métamorphose, j’ai décidé de devenir sérieuse. D’ailleurs cette transformation je l’ai amorcé déjà depuis quelques mois. Comme vous le savez je suis une universitaire à la pensée déviante : j’ai la faiblesse de penser que des réformes doivent être entreprises à l’université et plus généralement dans l’enseignement supérieur. Et dans ce cadre la LRU ne me paraissait pas inintéressante bien que pas vraiment enthousiasmante, une sorte de première étape qui faudrait ajuster. Il me faut maintenant assumer cette disposition. La semaine dernière j’ai envoyé un petit mail à mon président pour lui souhaiter une bonne rentrée et lui faire comprendre combien j’admire et apprécie le travail qu’il fait pour notre université. D’après ce que je comprends, le président de l’université est devenu un hyperprésident, une espèce de surhomme, celui qui décide de tout, celui qui fait tout à l’université, les services de chacun, les promotions, les primes, fait les évaluations des personnes et des structures … ainsi il me parait indispensable d’entretenir de bons rapports avec lui. J’en ai profité pour demander une prime et une décharge de service. Après tout, qui ne demande rien n’a rien, et après la pommade que je lui ai passé il devrait être dans de bonnes dispositions. Hier j’ai eu un petit doute. Je me suis demandée si vraiment le président fera tout ce travail tout seul, comme l’affirment les nonistes de tout poils. Dans l’éventualité contraire, certes improbable, qu’il se ferait aider par quelques commissions ou experts, je suis allée voir mon directeur d’UFR pour lui parler de cette décharge de service. Au début il ne voulait pas me la donner mais je lui ai fait comprendre que j’étais bien avec le président et que, de plus, je publierai son h-index sur la Gaïa Universitas s’il me la refusait. J’ai bien remarqué qu’il a blêmi et finalement il me l’a donné cette décharge de service. 50 heures, ça ne se refuse pas. Ca donnera du temps pour la recherche. En réalité, la recherche, j’ai décidé d’arrêter : ça ne sert à rien. Je vais plutôt écrire des articles, de la daube bien entendu. Car il est bien connu que l’universitaire favorable aux réformes est un mauvais chercheur qui écrit plein de daube pour augmenter son h-index. Le bon chercheur est au contraire celui qui publie peu ou même pas du tout : ça prouve qu’il s’approprie les vrais questionnements et qu’il est un vrai génie mais tellement incompris. Ainsi je vais soigner mon h-index. Hier mon collègue de bureau est rentré lui aussi. Je note qu’il est rentré après moi, c’est un signe. Je lui ai quand même souhaité une bonne rentrée. Il ne sait pas encore que les 50 h de décharge que m’a donné mon directeur d’UFR c’est lui qui va les faire. C’est bien fait pour lui, son h-index est encore pire que le mien, c’est dire s’il est « léger » mon collègue. De plus je vois un double avantage dans cette organisation : s’il donne plus de cours il sera moins dans le bureau et donc je serai plus tranquille pour écrire ma daube. C’est vrai que parfois il est un peu pénible ce gros nul mon collègue de bureau : par moment il veut parler science. En bref il n’a rien compris et je doute fort qu’il puisse faire une carrière brillante à l’université. Cette après midi j’ai rendez-vous avec mon directeur de labo. Avec ma décharge de service, j’aurais plus de temps pour la recherche. Je vais essayer de me greffer à un programme qui me paraît bien juteux, j’ai lu le résumé, c’est truffé de mots clés bien à la mode, donc grassement financé. Mais de vous à moi, je cherche juste à émerger dans la liste des co-auteurs de publi, je ne compte pas vraiment m’investir dedans. Avec le comptage du h-index et des citations, peu importe d’être premier ou dernier auteur, alors je ne vois pas pourquoi je me fatiguerais à écrire des articles. Coté enseignement il me restera 142 heures à faire grâce à ma décharge de service. Je me disais alors, pas plus tard qu’il y a une demi-heure, que si mon service est de 142 heures, alors je pourrais demander de faire des heures complémentaires. Par exemple je pourrais faire 50 heures complémentaires, ça me ferait 2000 euros, ça se refuse pas. J’ai des collègues (catégorie génies incompris) qui doublent allègrement leur service en HC, alors pourquoi se gêner ? Il va falloir que j’en touche deux mots à mon directeur d’UFR. En parlant finances, avec la LRU on fera des formations à la botte des entreprises, en attendant la privatisation, si j’ai tout bien compris, on va enfin faire des trucs utiles et professionnalisant, bref adapter l’université au monde du travail même si, il le disent partout, du travail y’en a plus. Pour ma part je n’y connais pas grand-chose en entreprises, il faudra que je me renseigne et acheter quelques actions. Le problème c’est qu’ils n’ont pas encore donné la liste, peut-être qu’ils vont le dire à ma réunion, ça serait pratique car le CAC40 je n’y connais rien. D’ailleurs à propos de réunion, c’est déjà plus que l’heure, je vais devoir vous quitter. Pour finir, il faut aussi que je vous dise que j’ai changé mes habitudes alimentaires : je ne mange plus que des morues lisbonnines agrémentées de sauce bolognaise. Bon cette fois, faut que je file. Mes excuses pour ce billet un peu long mais j’ai pas le temps de faire plus court: j’suis dééééééééébordée …!

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