L’avantage d’appartenir au joyeux monde de l’enseignement supérieur, pour un esprit curieux, est de toujours pouvoir se réjouir des annonces d’avancées dans la recherche, même hors de son propre domaine. J’ai appris avec plaisir la prochaine publication dans les Proceedings of the Royal Society des travaux d’un groupe international de paléontologie parmi lesquels des Français basés à Montpellier et Poitiers identifiant le rôle de l’anthropoïde Ganlea megacanina ("Grande Dent de la région de Ganlé" pour ceux d’entre nous qui perdons notre latin) dans la migration des hominidés de l’Asie vers l’Afrique.

Ce rôle inattendu de l’Asie donne à réfléchir, nous qui nous tourmentons à propos de l’avenir de l’enseignement supérieur et de la recherche. En effet, comment ne pas nous rappeler que dès lors, c’est un probable descendant de Ganlea megacanina dont le caractère prédateur se confirme, qui a inventé, des millénaires plus tard dans l’histoire terrienne, un redoutable outil qui devait ébranler bien des ordres établis, et notamment l’Université française: le Classement de Shanghai.

Certes d’habiles mises en cause ont été avancées pour relativiser les conclusions de cet instrument de comparaison des performances, notamment en matière de recherche, des établissements d’enseignement supérieur mondiaux. Entre autres, l’inimitable Classement de l’École des Mines qui préfère consacrer la réussite sociale à la tête d’une des 500 premières firmes mondiales, sauvant ainsi l’École Nationale d’Administration, dont on n’avait pas compris qu’elle était une business school, des affres de la relégation. Et permettant ainsi à ma propre Alma Mater doctorale, en passant, habituelle n°1 ou 2 d’après Shanghai, de disparaître du tableau. Une cure d’humilité lui fera du bien, de toutes façon!

L’Asie réaffirme son avenir d’une autre façon ces jours-ci, alors que la Fédération de Malaisie vient de suspendre l’enseignement des maths et physiques en langue anglaise.

C’est pourtant un héraut des "valeurs asiatiques", l’ancien premier ministre Dr Mahatir Mohammed, qui avait décrété l’usage de l’anglais pour apprendre ces disciplines scientifiques plutôt que le malais, jugé incommode. On se serait récemment rendu compte, malgré tout, que "le niveau d’anglais des Malais est pathétique"… cela rappelle certaines péripéties de la recherche en France aussi, d’ailleurs. L’Université de Malaisie, autrefois prestigieuse, va-t-elle désormais elle aussi plonger dans le Classement de Shanghai?

Quelque part dans l’ether, Ganlea megacanina sourit de toutes ses (grandes) dents.

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