Sur le blog de Monsieur Huet, journaliste à Libération, on peut lire le billet suivant : «LRU : 3000 signatures pour recruter 3 universitaires». Le but du billet est de démontrer que «respecter la loi (LRU) signifie se plier à une inflation bureaucratique absurde» . Pour cela M. Huet utilise un témoignage d’une présidente de section, Eve Caroli Professeur d’Economie. Le témoignage s’intitule « Les recrutements à l’université à l’heure de la loi LRU : Incompétence bureaucratique ou intention de nuire ? ».

Les nouveaux modes de recrutement par des comités de sélection ont des règles qui ont changé par rapport aux pratiques précédentes des commissions de spécialistes. La lettre de Eve Caroli est une charge assez virulente contre ces comités de sélection. Elle remet tout d’abord en cause le principe de parité entre membres de l’université qui recrute et universitaires extérieurs à cette université. Elle accuse ensuite un problème de principe sur la constitution de ces comités de sélection, qui donne trop d’importance aux extérieurs sur le recrutement des cadres dans une université. Là je suis assez d’accord avec elle, il me semble même que ça va à l’encontre du principe d’autonomie telle qu’il semble être décliné par la LRU. Une unversité devrait pouvoir rester maître de son recrutement. Enfin elle stigmatise l’écriture d’un avis motivé sur chaque candidat. Cet avis motivé constitue aussi une nouveauté par rapport aux commissions de spécialistes et est destiné à être donné aux candidats qui souhaitent savoir pourquoi ils n’ont pas obtenu le poste. Dans l’Université de Eve Caroli, les avis motivés ont été signés par tous les membres du comité de sélection, ce qui dans le cas présent a généré 3000 signatures pour 3 postes. Elle dénonce alors une « explosion bureaucratique, incompétence ministérielle ou volonté de nuire ».

Je ne sais quoi penser de ce genre de lettre : en relisant le décret sur les comités de sélection, je ne trouve nulle trace de signatures qui devraient être apposées par l’ensemble du comité de sélection sur les avis motivés. La seule obligation semble être la signature de la liste d’émargement (feuille de présence). Si l’université d’Eve Caroli a fait le choix de faire signer les avis motivés de tous les membres du comité, ce n’était pas une obligation. Donc il ne faudrait pas généraliser une pratique bureaucratique de cette Université et faire croire que c’est une ineptie de la LRU. Le titre de l’article de M. Huet me semble assez injuste, voire délétère, mais ce genre d’amalgame est malheureusement assez fréquent sur son blog. S’il y a eu 3000 signatures pour trois recrutements, c’est purement une pratique locale qui a souhaité que le comité de sélection soit une usine à gaz, ça n’a rien à voir avec la LRU.

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