DrapeauEurope2Le but du processus de Bologne (1999) était d’apporter une dimension intellectuelle, sociale et technologique à la construction Européenne. Il s’agit de former les citoyens autour de valeurs partagées, de faciliter la libre circulation des étudiants et des enseignants, d’élever le niveau de l’enseignement supérieur européen au meilleur niveau mondial. D’un point de vue pratique, des outils ont été mis en place, comme les crédits ECTS (European Credit Transfer System), le développement des programmes Erasmus et Socrates afin de facilité la mobilité des étudiants, l’harmonisation d’un système d’enseignement supérieur en deux cycles pour faciliter l’équivalence des diplômes Européens (mise en place du LMD en France). D’autres voient dans le processus de Bologne une manœuvre pour fondre les traditions universitaires des divers pays dans un moule concurrentiel largement inspiré du modèle américain. En ce qui concerne la stratégie de Lisbonne (2000), il s’agissait de construire une « économie du savoir » basée sur les outils du processus de Bologne, avec un « nouvel objectif stratégique pour la décennie à venir : devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». Certains voient dans cette stratégie de Lisbonne une inflexion sur les intentions initiales du processus de Bologne. Il est vrai que le vocabulaire utilisé est assez discutable (ou maladroit ?), avec un parallèle trop fort entre lois des marchés économiques et fondements de l’éducation des citoyens. C’est alors la brèche ouverte à tous les fantasmes et procès d’intention ou autres scénarios catastrophistes.

Reprenons quelques thèmes récurrents utilisés par le mouvement de contestation universitaire pour fustiger l’Europe et ses projets. Le but serait d’introduire une mentalité entre entrepreneuriale chez les étudiants et le personnel universitaire, la formation universitaire servirait alors de fournir une qualification de la main d’oeuvre pour s’adapter aux transformations économiques. Ces objectifs mettraient alors en péril la diversité culturelle et les traditions intellectuelles des états membres, les spécificités disciplinaires, ou les particularités régionales ou nationales. Une Europe dans laquelle la recherche serait pilotée par les technocrates et qui deviendrait par conséquent stérilisante. Les mots clés sont devenus : « marché ouvert, concurrence, compétitivité, efficacité, normalisation, culture entrepreneuriale, professionnalisation, déréglementation néo-libérale, mesure quantitative des performances ». On n’oublie pas non plus le thème des droits d’inscription ni celui des universités à deux vitesses (les centres d’excellence, d’élites scientifique et les universités d’enseignement de masse, disparition des universités de petite taille). etc etc …Pour en savoir plus on pourra lire l’abondante littérature générée par le mouvement de contestation universitaire. Bien entendu ces documents sont très orientés et oublient quasi-systématiquement de parler des projets tels que l’éducation tout au long de la vie, l’élévation globale du niveau d’éducation, la dimension intellectuelle du projet Européen…

A ce stade il est intéressant de remarquer que le système d’enseignement supérieur Français a déjà depuis longtemps cette composante que la stratégie de Lisbonne semble vouloir mettre en place : il s’agit des écoles d’ingénieur ou de commerce qui a très bien intégré les principes de management, de compétitivité ou autre professionnalisation. Dans ce cadre là, l’université est effectivement souvent (pas toujours) décalée et il n’est pas étonnant qu’elle ne se retrouve pas dans ce cadrage européen qu’elle interprète de façon trop biaisée. En outre, et dans ce cadre de dualité de l’enseignement supérieur Français, la comparaison avec les universités Européennes est souvent difficile car les systèmes universitaires de recherche sont assez différents.

Mais un problème majeur dans ces évolutions c’est l’absence de moyens mis à disposition pour réaliser les objectifs. Le conseil Européen avait pour objectif d’augmenter les dépenses en matière de R&D pour atteindre 3 % du PIB d’ici 2010, avec les deux tiers de l’investissement provenant du secteur privé. On est encore très loin du compte et sans risquer de se tromper, on peut déjà affirmer que sur ce point l’objectif de la stratégie de Lisbonne a échoué.

Pour revenir au mouvement universitaire, son problème majeur est qu’il caricature les projets d’évolution ou de réforme des Universités, utilise de façon irraisonnée les procès d’intention et les scénarios catastrophe. Il se donne le beau rôle en déclamant des formules fédératrices du type « le savoir n’est pas une marchandise » et en simplifiant à l’extrême le débat entre les bons (les pauvres universitaires à qui on veut du mal) et les méchants (le gouvernement qui cherche à imposer à l’université son modèle « néolibéral »). L’approche utilisée est ainsi souvent idéologique et finalement l’Université et ses vrais problèmes ne sont plus qu’une toile de fond ou un prétexte à d’autres combats politiques alors que ces combats devraient davantage être sur le terrain académique. Cela offre des débats troqués ou tout simplement fallacieux. Un autre problème est l’absence de propositions pour tenter de résoudre les problèmes que rencontre l’Université. Ca serait bien qu’un jour on puisse disposer d’une synthèse objective de la situation des universités et ses évolutions possibles.

Publicités