rondeS’il y a quelque chose que j’ai particulièrement apprécié durant ce mouvement universitaire, c’est bien la ronde infinie des obstinés. Et je le dis sans malice. Ils ont déjà tourné longtemps, place de la grève (parvis de l’hôtel de ville), depuis la mi-mars. Cette ronde est le symbole d’une résistance qui s’est engagée contre les projets du gouvernement sur les réformes des Universités. La Ronde est contre tout : elle est contre la LRU, contre la réforme des statuts des enseignants-chercheurs, contre la masterisation, contre l’Europe de la connaissance initiée par la « stratégie de Lisbonne ». Elle ne propose pas de véritable alternative aux orientations imposées par le gouvernement, si ce n’est qu’un statu-quo, comme si le système actuel était des plus satisfaisant. En ce début juin, la ronde reprend du service à l’occasion des élections européennes, et c’est l’occasion pour le mouvement universitaire d’apostropher les candidats sur les questions de l’Université. Ainsi quatre questions sont posées aux candidats :

1. L’université a-t-elle vocation à être « gouvernée » comme une entreprise ? Le mariage systématique entre recherche et rentabilité est-il possible et même souhaitable ?
2. Les personnels sont-ils les variables d’ajustement du nouveau modèle de « bonne gouvernance » ? Devront-ils désormais exercer leur métier sous la menace des retraits de financement pour hétérodoxie ou au premier coup de blizzard boursier ?
3. La multiplication des structures bureaucratiques et administratives d’évaluation est-elle la « Nouvelle frontière » de la « qualité » universitaire ? L’émulation académique est-elle d’ailleurs réductible à la « concurrence non faussée » ?
4. L’université doit-elle former des citoyens libres et pensants ou des salariés prêts à l’emploi ? Les étudiants devront-ils pallier le déficit d’investissement public dont nos universités ont souffert depuis près de trois décennies et qu’ils paient d’ores et déjà lourdement ?

L’association « sauvons l’université » (SLU) s’invite elle aussi dans le débat des élections européennes et pose une série de questions sur l’enseignement supérieur et de la recherche:

1. La concurrence généralisée, meilleure que l’émulation académique ?
2. La précarisation, un mode de gestion efficace de la recherche ?
3. Évaluer pour sanctionner ?
4. Employabilité ou formation ?
5. Le Classement de Shanghai, veau d’or de l’Europe de la connaissance ?
6. L’autonomie, nouveau paradis académique ?
7. La « gouvernance » et le « pilotage », nouveaux arts de gouverner ?
8. Le financement sur projet, pierre philosophale de la recherche moderne ?
9. Simplification ou multiplication des structures bureaucratiques ?
10. L’endettement à vie, un avenir radieux pour les étudiants ?

Ce qui y a de bien avec SLU, c’est qu’elle donne sa réponse aux questions. C’est sans surprises et sans réelle solutions aux diverses difficultés que rencontre l’Université. Mais peut-être SLU devrait-elle rentrer dans une phase plus constructive, c’est-à-dire exposer clairement ses propositions de réformes alternatives plutôt que de revêtir systématiquement l’attitude du noniste.

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