imagesCA59PGTUOn entend souvent les associations de doctorants (ou autres organisations chargées de promouvoir le doctorat) protester au sujet de la non-reconnaissance du titre et du diplôme de docteur dans les conventions collectives. D’après eux, cette reconnaissance permettrait une meilleure valorisation du titre de docteur et faciliterait donc l’embauche du fait d’une différenciation claire, une meilleure rémunération qui ne serait que justice étant donné le niveau d’étude supérieur (bac + 8 versus bac +5 pour les masters ou ingénieurs) et enfin une meilleur valorisation des métiers de la recherche au sein de l’entreprise.

D’après le MEDEF, dans une contribution qui date de mai 2012 (lire ici), ce problème de la reconnaissance des compétences des docteurs par le monde l’entreprise est un problème mal posé. « Il est surprenant de noter que cette revendication récurrente ne repose sur aucune démarche argumentée permettant d’en dégager les attendus, les caractéristiques de mise en oeuvre et les résultats tangibles escomptés. Dans la très riche documentation liée aux docteurs en entreprise, n’apparaît aucune source permettant d’en cerner la problématique et d’objectiver la justesse de la proposition ».

Le MEDEF donne sa définition des compétences attendues par ses collaborateurs.  « Située par définition dans un environnement concurrentiel, l’entreprise a besoin pour assurer sa pérennité et son développement, de disposer des meilleures compétences à chaque instant et d’adapter son propre patrimoine collectif de compétences. La destruction créative mise en évidence par l’économiste Joseph Schumpeter, l’entrée irréversible et rapide dans l’économie de la connaissance, la nécessité impérative de générer de manière récurrente de nouveaux avantages compétitifs par l’innovation imposent une adaptation en permanence des ressources humaines au sein de l’entreprise ». « Plus qu’hier et moins encore que demain, la gestion des ressources humaines et des compétences ne peut s’inspirer des principes actuels de la fonction publique qui répondent à d’autres finalités qu’économiques. La vie de l’entreprise nécessite une plus large mobilité, une très grande adaptabilité et réactivité aux transformations parfois brutales de son environnement et enfin, un très fort engagement de toutes ses forces vives par une reconnaissance des talents, des compétences et de l’engagement individuel ».

Malheureusement le MEDEF n’explique pas pourquoi les docteurs seraient moins adaptables, moins mobiles ou réactifs que les autres (que les ingénieurs, par exemple). Peut-être à cause des trois années de différence ? Il semble regretter que les docteurs soient formés par la fonction publique, mais beaucoup d’ingénieur le sont aussi. Peut-être que les trois années de thèse en interaction avec des fonctionnaires auront certainement causé des dégâts irrémédiables, suffisants pour remettre en cause leur employabilité ? Ou peut-être tout simplement on n’a pas encore bien compris que la thèse était un « vrai travail » et que son exercice permet de développer des compétences que l’entreprise pourra trouver utile. Si les entreprises n’arrivent pas à comprendre ce que peut apporter l’embauche d’un docteur, comparée aux ingénieurs, alors il faudrait diminuer le nombre de docteurs afin d’ajuster leur nombre au remplacement des départs de chercheurs de la fonction publique.

Ceci dit, et au risque de me trouver en porte-à-faux avec beaucoup de mes collègues, je reste moi aussi perplexe quant à la reconnaissance du doctorat dans les conventions collectives. La thèse devrait être avant tout considérée comme un vrai travail, et non pas comme une poursuite d’études. D’ailleurs depuis quelques années, le doctorant a un vrai contrat de travail, de type CDD. Le docteur pourrait être alors tout simplement considéré comme un bac+5 qui a ajouté à sa formation initiale une coloration « recherche » au démarrage sa carrière, expérience (et compétences acquises) validée par un diplôme. Sur le même sujet, on pourra lire nos billets « la thèse est-elle un vrai travail ? », volet 1 et volet 2. Bien entendu tout le monde n’est pas d’accord (lire ici, par exemple).

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