declinamericainLe Monde daté du 13 mars publie en dernière page de son supplément Éco & Entreprise un article de Maryline Baumard intitulé « Le déclin de l’université américaine » absolument stupéfiant. L’idée générale de ce déclin fait suite à la lecture d’un rapport intitulé « Projections of Education Statistics to 2022 » de février 2014 (lire ici) du très sérieux National Center for Education Statistics qui anticiperait une baisse importante du taux de diplômés américains entre 2011 et 2022.

D’après Le Monde : « Il faut s’attendre à une diminution de 16 % du taux de diplômés (à bac + 5 et plus) des Blancs, de 14 % des Noirs pendant que les Hispaniques continuent leur ascension puisque leur taux de graduates devrait flamber de 64 % d’ici à 2022 ». La journaliste (responsable du Pôle Éducation du Monde !) explique ensuite savamment les raisons de cette baisse (qui correspondent sans doute à ses nombreux a priori) :

  • diplômes classiques dévalorisés dans la société numérique,
  • coût des études,
  • arrivée des MOOC,
  • « priorité à l’acquisition des savoirs de base par tous (plutôt) que sur une extension infinie de l’enseignement supérieur » …

Or le rapport en question donne pages 26 -27 les projections suivantes pour la période 2011-2022 :

  • associate degrees : + 49%
  • bachelors : + 17%
  • masters : + 36 %
  • doctorats : + 24 %

On est donc loin d’un déclin … Alors quelle est la clé du mystère ? Eh bien tout simplement page 9 du rapport : les baisses mentionnées dans l’article ne concernent pas les diplômés de l’université mais les « high school graduates » (et ce, vraisemblablement, pour des raisons essentiellement démographiques – il ne s’agit d’ailleurs pas de taux, mais de nombres totaux de diplômés).

« The number of public high school graduates is projected to decrease 16 percent between 2009–10 and 2022–23 for students who are White; decrease 14 percent between 2009–10 and 2022–23 for students who are Black;  increase 64 percent between2009–10 and 2022–23 for students who are Hispanic » (c’est-à-dire exactement les chiffres donnés plus haut pour l’université !).

Notons qu’à un autre endroit de l’article il est indiqué un taux de masters aux États-Unis de 29% en 2009 … alors que chiffre exact est un peu moins de 15% ! Alors plutôt que d’un déclin de l’Université américaine, ne faut-il pas parler plutôt d’un déclin de l’ex « journal de référence  » français, surtout lorsqu’il parle de questions d’éducation ?

Ce billet nous est proposé par François

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