supermanCes derniers temps, on peut lire beaucoup d’articles sur les difficultés financières des universités. Durant cet automne, j’ai pu compter deux crises très majeures, avec en prime un conflit avec la ministre. La première est celle de Montpellier 3, nous en avons déjà discuté un peu ici. La deuxième crise est plus récente et concerne l’université de de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, qui accuse un gros déficit. Dans ce dernier cas, la ministre pointe un problème de gestion de l’université (lire par exemple le billet de ce jour de Patrick Fauconnier « guerre ouverte entre Fioraso et l’université de Versailles »). De son côté,  le président de l’UVSQ se défend en argumentant qu’il a œuvré pour le bienfait des étudiants et du service public. C’est à lire sur son blog : « J’ose dire pourtant que je n’ai mérité ni cet excès d’honneur, ni cette indignité ».

Dans ce contexte de « crise budgétaire », je suis bien incapable de juger du « qui a raison ». Je comprends assez bien que ça puisse assez vite déraper avec une gestion un peu légère (disons celle de l’excès d’optimisme).  D’un autre côté, il me parait évident que les universités restent quand même largement sous financées et qu’on ne peut guère aller très loin avec les dotations d’Etat. Pour la recherche, les labos trouvent (souvent) des financements externes mais pour l’enseignement, le problème reste entier.

Pour ma part je trouverais assez sain qu’il y ait plus de transparence dans les budgets des universités. Cela pourrait se résumer en une petite série « d’indicateurs pour les nuls », du type : nombre d’étudiants, budget enseignement, nombre d’EC, de Biatss et pour quelle masse salariale, budget CDD, budget recherche, budget patrimoine, budget pour les primes, budget pour les heures supplémentaires, etc … Ça ne serait pas du luxe. Surtout, si c’était rendu public, facilement accessible (dans tous les sens du terme), ça permettrait certainement de modérer les excès d’un côté comme de l’autre.

Une autre chose que je trouve étonnante, c’est que certaines universités affichent un budget positif assez conséquent. C’est par exemple le cas de Lille 2 (droit et santé), qui se vante d’avoir un fond de roulement de 50 millions d’euros (lire ici). C’est un magot impressionnant, alors que d’autres sont dans la misère et la quasi cessation de payement.

Mais revenons à nos présidents d’université mauvais gestionnaires, malgré leurs super-pouvoirs exorbitants confiés par la LRU. G. Fioraso a trouvé la solution : elle « invite ceux dont les universités perdent de l’argent à suivre une formation qui doit leur permettre de sortir du rouge », avec des cours de gestion à l’ENA (Source ici . …dans cette même source ça tape très dur sur l’UVSQ). J’ai beaucoup de respect pour la ministre, mais là je peux convenir avec d’autres sur la toile que la recommandation est assez discutable. Qui peut vraiment imaginer que c’est le président qui fait la gestion de son université ? (il est vrai qu’avec les superpouvoirs conférés par la LRU …).  N’est-il pas assisté par des gestionnaires dont c’est le métier ? Est-ce que le président n’a pas un conseil d’administration qui vote le budget ? Le président ne devrait-il pas concentrer son action sur les aspects de représentation, de relation avec les partenaires, etc …  plutôt que de s’esquinter les yeux sur des tableaux excel ? Je ne trouve guère enthousiasmante cette évolution vers un « président gestionnaire ». Un président, je le vois plutôt comme une sorte de super-héros, un personnage hors norme conduisant un vaisseau contre vents et marrées, bravant fièrement les tempêtes. Ceci dit, un petit cours de gestion ne peut pas faire de mal, à condition que ça soit à petite dose, bien entendu … Par ailleurs, ça fait un peu sourire d’imaginer que l’ENA donne des bons cours de gestion. Nos dirigeants sont massivement sortis de cette école, et sont-ils pour autant bons gestionnaires ? si l’on en croit la dette abyssale contractée par la France depuis déjà pas mal de temps, on peut se poser la question. Citons pour terminer Jean-Luc Vayssière, le président de l’UVSQ : « comment rester muet, quand on accuse aujourd’hui l’UVSQ d’avoir présenté un budget « insincère » parce que nous avions surestimé nos recettes, comme si cela n’arrivait pas au budget de l’Etat lui-même » (source ici). Anne fraisse (présidente de Montpellier 3), l’autre mauvaise élève de la classe, n’est pas rancunière pour un sous et déclare « «J’espère que la ministre viendra suivre cette formation avec nous» (source ici).

PS. En terminant l’écriture de ce billet, je m’aperçois que le sujet a déjà été traité le blog la vie au labo … à lire ici.

PS2 : Ci-dessous, un petit cadeau à imprimer et à découper: à vous de modeler votre président ! Un superman, un gestionnaire ou un universitaire avec son bonnet doctoral ? … à vous de choisir !

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