moocPréhistoire : Avant, la transmission des savoirs se faisait par voie orale. Les enseignants rassemblaient leurs élèves dans des amphithéâtres et donnaient la leçon. C’était il y a fort longtemps, tout ça bien avant l’apparition de l’imprimerie et des livres dans lesquels furent consignés les savoirs. Par endroit, cette transmission ancestrale s’est perpétrée, mettant parfois les jeunes générations dans l’incompréhension ou l’exaspération: « je suis déçue car je trouve les cours trop théorique et tu retrouves tout dans les bouquins donc merci je sais lire!!!! » (lu dans un forum sur la toile, à propos d’un cours en amphi dans une université préhistorique).

Ce chien de Gutenberg. Car entre temps il y a eu une petite révolution : celle de l’imprimerie.  Ce fut la fin d’un monde, et le début d’un autre : celui de l’écrit. Ça n’a pas été sans crise  et sans mobilisation. On raconte que les moines copistes, en guise de protestation, ont entamé une ronde infinie des obstinés et qu’ils tournent encore. « L’abbaye du Mont Réal résistait tant que bien que mal à cette invention de ce chien de Gutenberg, l’imprimerie, cette machine du diable qui reproduisait en série des lettres et même des images, mais des lettres sans âme et des images aussi noires que plates » (lire la suite ici).

La bibliothèque universitaire. Mais tout le monde ne pouvait pas s’offrir des livres pour s’abreuver du savoir. Les universitaires, qui n’étaient pas que des idiots (à l’époque), rassemblèrent les livres dans des tours qu’ils appelèrent « bibliothèques universitaires ». De nombreuses personnes venaient alors à l’université pour lire. Les universitaires servaient à orienter les lecteurs et assurer le service post-imprimerie, au cas où les lecteurs n’auraient pas tout bien compris certains passages des livres.

Internet, les savants et les chercheurs. Il y eut ensuite une autre révolution, celle d’internet. Subitement, le savoir des livres se retrouva projeté sur une toile, visible de partout et gratuit, ‘somewhere-nowhere into the cloud’. Les bibliothèques universitaires ne servaient alors plus à rien. A peu près durant la même période, le savant universitaire se transforma en chercheur ultra spécialisé. C’est ainsi que l’université se retrouva de nouveau désorientée, de surcroit plombée par quelques groupuscules qui s’accrochèrent au concept de l’université du savoir, plutôt que de développer celui des compétences. On raconte ces derniers sont allés rejoindre les moines copistes dans leur ronde infinie.

Digitale native. Les enfants de cette révolution (digital natives) sont devenus des mutants connectés en permanence avec le reste du monde. Cette évolution fut beaucoup commentée et critiquée par des moralistes réactionnaires alors que d’autres se disaient que peut-être ce n’était pas pire que leurs parents, cette génération élevée devant la TV (image projetée à l’aide d’un tube cathodique), le club Dorothée et Goldorak.

MOOC (fin du monde). L’étape suivante (dans votre futur proche), quasi-immédiatement après celle d’internet fut le développement des MOOC ‘massive open online courses’. Le principe était de dématérialiser le transmetteur de savoir, pour plein de bonnes raisons expliquées ici dans mon plaidoyer pour les MOOC. L’emploi fut bien évidemment massivement détruit, selon un schéma analogue celui de la mécanisation de la révolution industrielle. Rapidement les productions artisanales de MOOC furent toutes supplantées par des productions industrielles qui se spécialisèrent dans la juteuse sphère de l’économie du savoir. En l’espace de quelques années et de quelques processus fusions-acquisitions, le marché a été contrôlé par des holdings mastodontes internationales, comme Elsevier et quelques autres ont su le faire pour l’édition scientifique, passant au broyeur les éditions artisanales des sociétés savantes du siècle dernier.

Définitivement, on vit une époque formidable !

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Dans la même rubrique, n’hésitez pas à lire ou relire notre plaidoyer pour les MOOC.

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