pleureusesEn cette période, force est de constater une certaine ‘morosité’ ou ‘inquiétude’. On nous le répète suffisamment chaque jour aux informations, nul besoin d’être plus explicite ici. Le monde de l’ESR participe largement à ce mouvement général. Coté universités, on ne compte plus les communiqués (appelées motions) pour faire état des difficultés rencontrées dans les établissements. Pour les lire, il suffit de se connecter sur le site de SLU. Ce ne sont pas des petites larmes mais des torrents de lamentations, parfois même d’invocations belliqueuses. Moi personnellement, je suis d’accord : il nous faut plus de sous, en particulier dans mon université, dans mon labo, dans mon équipe et sur ma thématique.

Ceci dit, toutes les revendications ne sont pas inamicales, comme par exemple celle-là: « Monsieur Ayrault, s’il vous plaît, un petit milliard pour l’Université… » (lire ici). Je trouve que le « s’il vous plaît » est le bienvenu dans ce monde de brutes. Nul doute que ça va faire mouche. Un petit milliard pour l’université ? mais pour quoi faire ? (c’est ce que je répondrais si j’étais le premier ministre …). Des propositions, pour l’instant je n’en ai pas vu beaucoup de la part des universités. Mais ça va peut-être changer, car c’était hier la journée de « l’université de toutes les austérités… une fatalité ? » organisée par le Snesup (programme ici). On nous a promis témoignages et propositions …

Mais l’argent n’est pas forcément le seul malaise, ou du moins le sentiment de sous dotation (réelle ou imaginaire, nous ne jugeons pas ici) provoque chez certains un sentiment de désamour. C’est par exemple le cas de la présidente de Montpellier 3, qui résume sa pensée par un petit poème de Jacques Prévert, adressé à la ministre de l’ESR : «Tu dis que tu aimes la pluie et tu fermes la fenêtre / Tu dis que tu aimes les fleurs et tu leur coupes la queue / Tu dis que tu aimes les poissons et tu les pêches et tu les manges / Alors quand tu dis que tu m’aimes / J’ai un peu peur.» Source Libé, ici.

bouh2Coté grandes écoles, l’ambiance générale ne semble pas aussi vindicative ou poétique que dans les universités. Mais le sentiment de désamour est tout aussi présent (un peu à la sauce Caliméro). C’est Philippe Jamet, le nouveau président de la CGE (conférence des grandes écoles) qui l’exprime. « Les grandes écoles et tout ce qui va avec, je veux parler des classes préparatoires, sont dans une période de désamour de la part des autorités, nous sommes la face honteuse de l’enseignement supérieur aux yeux des autorités qui misent avant tout sur les grands sites universitaires » (lire ici).  « Il existe un dis­cours ambiant ambigu, selon lequel les grandes écoles ne seraient pas conformes à la repré­sen­ta­tion idéale d’un sys­tème ouvert et démo­cra­tique. Il faut se débattre pour faire admettre que les grandes écoles ont un rôle à jouer dans l’enseignement supérieur. […] Je déplore un cer­tain désa­mour à l’encontre des grandes écoles » (au sujet de la considération des écoles par la ministre) » (lire ici). La ministre a parfaitement entendu le message. Elle a récemment fumé le calumet de la paix avec les écoles : « j’ai envie de vous dire : détendez-vous ! » […] « il y a de la place pour tout le monde, rien ne sera sacrifié, et surtout pas ce qui marche bien ! » Lire ici.

Mais dans le climat actuel, les susceptibilités sont exacerbées. Une récente maladresse du président de la CPU a remis le feu aux poudres et en conséquence réactivé la guerre des mondes (lire le résumé des batailles ici). Terrible … pas un pour rattraper l’autre. Moi ce que ce qui me chagrine c’est que notre ESR est un capharnaüm structurel incompréhensible et incohérent. C’est un état de fait reconnu par tous, mais éternellement irréformable tellement il est pétri de conservatisme. Une façon d’en finir serait de jeter de l’huile sur le feu, histoire de provoquer un affrontement final et qu’un monde nouveau puisse alors émerger sur les cendres. Si j’étais la ministre, voilà ce que je ferais: je mettrais en place des sortes de communautés avec les universités et les établissements que sont les grandes écoles, tous ensemble dans un seul paquet. Et j’attribuerai une dotation unique à l’ensemble … il se passerait inévitablement des drames irréversibles …

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