iwantyouLe sénat va bientôt entamer ses travaux sur le recrutement des enseignants-chercheurs. C’était une promesse faite lors de la fameuse crise de la qualification de juin dernier (lire ici et ici). A mon sens, c’est une réforme en profondeur qu’il faut opérer. Mais pour que ça fonctionne, il faut que ça soit réaliste, bref ça ne peut pas être une rupture totale. Je pense également qu’il faut en profiter pour réformer le CNU et lui redonner, autant que possible, un rôle intéressant dans le processus.

Supprimer la qualification du CNU

On ne va pas y revenir en détails ici tant les arguments ont été discutés sur ce blog. Pour résumer, la qualification est chronophage, redondante et couteuse, avec comme toile de fond cette obsession de l’évaluation et du contrôle. Elle ne permet aucunement de garantir un recrutement de qualité, ni de lutter contre le fameux « localisme ». Par ailleurs, elle jette une double suspicion : celle de la qualité de nos diplômes de doctorat et celle d’une incompétence généralisée des structures qui recrutent. Enfin, elle est contraire aux principes d’autonomie et de libertés académiques. Pour en savoir plus sur le sujet, on pourra relire les billets suivants : ‘suppression de la qualification du CNU’ et ‘enfumage à tous les étages’.

Réformer en profondeur les « comités de sélection »

Si le passage de V. Pécresse au MESR aura été globalement positif, les comités de sélection sont certainement une de ses plus grosses erreurs. La réforme a engendré une considérable évolution de la composition des jurys de recrutement des EC. Maintenant, il a au moins la moitié de membres extérieurs dans les comités de sélection. Très paradoxalement, cette réforme du mode de recrutement va à l’encontre de l’autonomie des établissements et des libertés académiques. En effet, les membres de l’établissement ne sont plus majoritaires et peuvent se voir imposer un candidat par les membres externes (un comble !). J’imagine qu’un des buts était de lutter contre le fameux « localisme » (favoritisme local).

A mon sens, cette réforme « comités de sélection » a fait pire que bien. En toute rigueur les membres externes sont nommés par le président d’université. Bien entendu, le président, malgré ses superpouvoirs, est parfaitement incompétent pour le faire. Il se base donc sur des propositions qui émanent très souvent de l’équipe de recherche qui recrute. Afin de s’assurer un pilotage du comité, l’équipe en question va choisir des « copains », disons des gens dont on sera certain qu’ils ne feront pas de vagues et qu’on pourra briefer avant les réunions du comité. On a alors pour conséquence un comité dont le barycentre décisionnel fortement recentré sur l’équipe de recherche qui recrute, par rapport aux pratiques antérieures (barycentre sur un département/UFR). Ce n’est vraiment pas un progrès et pas du tout une bonne façon de lutter contre les « dérives localistes ».

Il faut donc revoir complètement la composition des comités de recrutement (ou commissions de spécialistes, peu importe comment ça s’appelle). Pour respecter le principe d’autonomie, il est clair que le comité de recrutement doit être majoritairement composé de membres de l’établissement qui recrute. Il serait assez large, composé de membres élus et de membres nommés pour la circonstance. D’ailleurs on laisserait aux établissements une certaine  liberté du nombre de membres. Il y a aura bien entendu quelques extérieurs (en faible proportion, disons 2 ou 3 ?). Mais en aucun cas les extérieurs seront choisis par les structures qui recrutent. A mon sens la meilleure solution serait qu’ils soient tirés au sort dans une base de données contenant quelques mots clés (assez larges). Le CNU pourrait certainement avoir la responsabilité de nommer ces ‘extérieurs’ (qui ne seraient pas nécessairement des membres du CNU, bien entendu). Pour pouvoir siéger dans le comité de recrutement, ces extérieurs certifieraient ne pas avoir d’accointance particulière avec l’équipe qui recrute, prendraient l’engagement de ne pas communiquer avec cette équipe durant la période de recrutement. Bref ils seraient là essentiellement pour « surveiller » le fonctionnement du comité local. Ils seraient les garants que le comité n’a pas versé dans le localisme ou fait un recrutement de mauvaise qualité (par exemple par faute de bons candidats). En cas de doute, ils alerteraient une instance nationale (par exemple le CNU) qui pourrait alors annuler le recrutement.

Des profils de postes plus larges

Enfin  il faudrait prendre garde à ce que les profils des postes ne soient pas trop étroits, car sinon seuls des candidats issus du microcosme local peuvent répondre. Dans le principe, on ne recrute pas un personnel pour œuvrer dans le projet européen Bidule, l’ANR Théodule ou le Labex Machin. On recrute tout d’abord un scientifique (fonctionnaire) pour des dizaines d’années, avec impossibilité de corriger une éventuelle erreur de recrutement ou autre défaillance postérieure dans les missions qu’il doit accomplir. Alors peu importe s’il ne colle pas parfaitement aux besoins immédiats de l’équipe. Le plus important est de recruter un bon scientifique dans le domaine, mais pas dans la micro-spécialité « à la mode ». Là encore le CNU pourrait jouer un rôle, en ayant la responsabilité de l’examen des affichages de profils afin qu’ils ne soient pas trop étroits.

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Les articles de Gaïa sur le sujet:

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