geantlillePoursuivons notre examen des grands manœuvres dans  les universités. Cette semaine c’est Grenoble qui annonce une fusion à l’horizon 2016. Comme souvent, le PIA 3 et ses Idex ne sont certainement pas complètement étrangers à cette décision : « C’est l’une des raisons de notre choix. Nous savions que sans la fusion, ce n’était pas la peine de concourir à l’Idex 3. Mais notre démarche existe depuis plus d’un an et cela vient simplement renforcer notre détermination ». D’un point de vue structuration globale du site, il est envisagé de créer de grands pôles de recherche thématiques. Voilà qui va nous changer des structurations disciplinaires que l’on rencontre encore très souvent dans beaucoup d’universités. Source ici.

Si le paysage de l’ESR semble évoluer pour nombre de sites, il y existe un territoire qui résiste. Il s’agit de la métropole lilloise, nous en avons parlé récemment ici. Dans un récent communiqué, les responsables de l’ESR lillois nous expliquent qu’ils préfèrent la voie fédérale plutôt que celle de la fusion. Exit le projet de refondation de la grande université de Lille, chacun restera entre soi. Pourtant ils placent leur projet fédératif sous mot d’ordre « ambition », preuve qu’il n’y a pas que nos politiques qui sont capables d’enfumage, les universitaires sont aussi des maitres en la matière.

Pour ce projet fédératif, ils ont définis cinq axes : la recherche, la formation, les relations internationales, les conditions de vie et de travail, et enfin les fonctions supports (source ici, EducPros). Moi je trouve ça plutôt bien que des universités décident que la recherche, la formation et les relations internationales soient des axes principaux de leurs actions. C’est courageux (ambitieux, disent-ils !). Pour en arriver à ces conclusions, ils ont fait des groupes de travail communs, on sent que ça a turbiné sec.

Mais ce n’est pas tout, ils ont aussi mis en place des projets « concrets » (le concret est appuyé, certainement pour bien faire comprendre que l’université de Lille était de toute façon un concept abstrait, donc inutile). Parmi les exemples mis en avant, ils vont « mutualiser le montage de projets européens à venir ». On imagine qu’ils vont mettre en place une cellule « européenne » commune aux trois universités (la question du est soigneusement évitée, ouf !). Je trouve cette proposition particulièrement malheureuse, c’est tout le contraire de ce qu’il faut faire. Les montages de projets (européens ou autres) doivent être au contraire au plus proche des labos, en soutien de proximité, et non pas délocalisés. Qu’est-ce qu’il y a de commun entre un projet européen en biologie et en SHS ? Un autre projet est le développement de passerelles entre établissements pour les étudiants. Curieux de mettre cela en avant dans le cadre de cette conférence de presse visant à informer de l’avortement du projet de fusion. La façon la plus simple de travailler cette difficulté de passerelles est bien naturellement de fusionner les établissements.

Selon les présidents, les difficultés pour fusionner sont nombreuses : « consacrer notre énergie à l’harmonisation des durées de travail, de congés ou encore des différents régimes indemnitaires des personnels, c’est extrêmement compliqué, coûteux en temps et en moyens ». On note que les différences, quand elles existent ne doivent pas être si différentes. Je pensais que tout ça était harmonisé de façon nationale mais manifestement ce n’est pas le cas à Lille, où on est peut-être hors du temps et hors de l’espace ou que les agents qui y travaillent ne sont pas de la fonction publique ?   A Lille, on prend les choses avec le bon sens paysan : « il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs ». Et puis « il y avait auparavant une forte contrainte de la part du gouvernement. Ce n’est plus le cas aujourd’hui ». C’est plein de bon sens, on sait ce qu’on perd mais on sait pas ce qu’on gagne. Autant ne rien faire, c’est plus prudent.

A ce stade, le journaliste d’Educpros commence à s’inquiéter : « A l’heure du lancement d’une nouvelle vague d’Initiatives d’excellence par le gouvernement socialiste, ce choix d’un mode de rapprochement souple ne risque-t-il pas d’être de nouveau handicapant ? ». Les présidents avaient tout bien préparé. Ils s’attendaient à la question : « l’échec aux précédentes vagues Idex est surtout dû à un potentiel de recherche inférieur aux autres régions, du fait de la faible présence des grands organismes » (traduction : ce n’est pas notre faute). Le journaliste insiste : « A quel niveau territorial se situera cette fois-ci la réponse à l’Idex ? ». Là, les présidents commencent à s’emmêler les pinceaux. A leur décharge, il faut rappeler que leur réponse à l’Idex 1 était une réponse régionale. Pour l’Idex 2 c’était métropolitain, de quoi y perdre son latin. Alors les présidents ont une idée géniale : une troisième piste « une partie de la réponse devrait être lilloise, mais il est difficile de s’exprimer tant que nous n’avons pas l’appel d’offre » « Il y a une démarche régionale et des démarches de site [Lille, Artois, Valenciennes, Littoral], qui n’ont rien de contradictoire » (traduction : top secret ! mais on sent que ça sera un savant mélange entre le régional et le métropolitain). Le projet sera « multidimensionnel »!

Don’t acte (conclusion du journaliste).

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