vapoteLe sujet de la cigarette électronique est intéressant sur pas mal de points. Il y a le volet de l‘ingénierie, celui des études scientifiques aval au produit, de la santé publique, tout cela avec des enjeux économiques majeurs et des politiques qui ne savent pas sur quel pied danser. Ce dossier montre aussi que les individus d’une société peuvent faire évoluer très vite leurs habitudes suite à une révolution technologique.

D’un point de vue ingénierie, voici l’histoire: l’inventeur de la cigarette électronique est un pharmacien chinois, gros fumeur. Il sent qu’il doit arrêter de fumer mais n’y parvient pas. « Je me suis mis alors à réfléchir à un moyen de créer une vapeur contenant de la nicotine qui soit proche de la fumée de la cigarette mais qui ne soit pas aussi nocive pour l’organisme » (lire ici). Et il invente la machine à vapoter, appelée de façon très maladroite « cigarette électronique ». C’était en 2003. Cette invention a mis quelques années à diffuser sur le marché. Ce n’est qu’en 2010 qu’elle a commencé à vraiment être grand public, avec un marché qui a explosé en 2013.

Bien entendu il est question de santé publique. Il est important de vérifier que la machine à vapoter n’est pas dangereuse pour la santé. Les différentes études scientifiques restent très prudentes quant à des conclusions définitives, mais la grande majorité semblent converger : la vapeur des machines à vapoter est deux ordres de grandeur moins nocive que la fumée de combustion du tabac (qui sert elle aussi à véhiculer la nicotine).

Devant l’ampleur récente du phénomène, ça semble être un peu la panique chez les politiques et dans le monde de l’industrie. L’industrie pharmaceutique se rend compte qu’elle a loupé le marché (du substitut au tabac) et l’industrie du tabac s’inquiète de la chute de la consommation de tabac. Coté des politiques, on est en pleine confusion, comme en témoignent les hésitations de  Marisol Touraine (ministre de la santé), il est vrai peu aidée par le vide juridique sur le sujet. En particulier, la question de l’autorisation ou non de la publicité pour la e-cigarette est intéressante : Promouvoir la cigarette électronique, est-ce faire la promotion du tabac ? Ou au contraire, promouvoir la e-cigarette, est-ce encourager un substitut au tabac, et donc lutter contre le tabagisme ? L’autre point assez majeur qui est certainement une inquiétude sur le manque à gagner de l’Etat si la e-cigarette venait supplanter la cigarette traditionnelle (cette dernière est très fortement taxée).

Dans deux jours (le 8 octobre), le parlement européen va tenter de répondre à la question suivante : la cigarette électronique doit-elle être considérée comme un médicament (substitut au tabac) ? Si c’est le cas, alors elle doit être vendue dans les pharmacies. Si le parlement prenait cette décision, on se retrouverait devant une situation très étrange : un produit considéré comme peu dangereux (la machine à vapoter) se verrait restreindre sa diffusion, alors que le produit nocif (la cigarette qui donne le cancer) resterait accessible comme produit de consommation courant ! Réponse dans deux jours.

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