On dit souvent que l’université offre une formation par la recherche. C’est très certainement vrai pour le master. C’est à cette occasion que les étudiants sont confrontés à des cours spécialisé de haut niveau, souvent directement inspirés des travaux de recherche des enseignants-chercheurs. Ils reçoivent également une initiation à la recherche, par le biais de travaux personnels ou d’un stage de laboratoire. Mais en licence, je me demande vraiment si c’est le cas. J’ai plutôt l’impression que le premier cycle est consacré à l’acquisition de bases scientifiques assez générales, bref d’outils indispensables pour faire de la recherche ou tout autre activité nécessitant un minimum de connaissances.
Le public entrant en licence est maintenant massif et très diversifié : on y trouve (parfois) de très bons étudiants, qui ne voulaient pas faire ingénieurs et qui ont su résister à la pression sociale qui voulait les envoyer en prépa. On y trouve aussi des bacheliers de bacs pros, qui ont un niveau scolaire faible. La formation par la recherche est-elle adaptée à ce public si hétérogène ? J’en doute. Mais alors pourquoi le dogme de « formation par la recherche » persiste-t-il ? On se retrouve devant une situation ubuesque : la formation par la recherche est réservée aux étudiants les moins armés pour l’enseignement supérieur, alors que les meilleurs étudiants vont en prépa, dans les cycles intégrés des grandes écoles, en IUT ou STS. A mon sens, ça devrait être tout l’inverse.
Pour conclure ce court billet, qui est surtout une invitation à une discussion sur le thème de la « formation par la recherche » à l’université, je reprends un extrait de Jean-Luc Vayssière, président de l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines : « Aux détracteurs qui rétorquent qu’il semble difficile d’instiller une approche de la recherche en première et deuxième année de licence, je réponds qu’il serait certainement plus facile aux étudiants acceptés en classes préparatoires de s’y adapter qu’aux bacheliers technologiques ou professionnels qui sont actuellement à l’université – et que ce qui fonctionne déjà à l’université ne pourra qu’être profitable aux étudiants de prépa ! » (source ici).


18 commentaires
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27 janvier 2013 à 17:10
Gizmo (@Blogizmo)
Mmm… vous glissez dans l’avant dernier paragraphe de la formation PAR la recherche à la formation A la recherche. Ce qui est, me semble-t-il différent. La formation par la recherche consiste à enseigner, pour faire court, des questions de "pourquoi" plutôt que des questions de "comment". Il me semble que les enseignements courts à destination des bacheliers pro et techno (à tout le moins, ceux conçus pour eux : BTS, IUT) sont des enseignements de techniques à appliquer, sans nécessairement les questionner. Il me semble que la vraie différence dans les filières générales, c’est qu’on questionne en permanence les apprentissages (au moins, c’est ce qu’on devrait faire). De sorte que la formation par la recherche, c’est la formation au doute, au questionnement, à la remise en cause permanente des savoirs (même si c’est pour conclure, au moins provisoirement, que ce qui est enseigné est conforme à un savoir établi). La formation à la recherche consiste, elle, à enseigner les moyens de dépasser les savoirs existants, ou à enseigner en quoi on a soi même contribué à ces dépassements, ce qui effectivement est plus délicat dans les années de licence (sans être impossible, dans certains cours ou certaines parties de cours).
27 janvier 2013 à 17:15
Rachel
OK pour la confusion, j’étais justement en train de modifier le début du billet, et la boulette du second paragraphe. J’espère que c’est à peu près correct à présent.
27 janvier 2013 à 17:36
Rachel
Mais pour une formation au doute, au questionnement, à la remise en cause permanente des savoirs, encore faudrait-il une certaine maitrise ou compréhension de ces savoirs. Est-ce le cas actuellement à l’université en premier cycle ?
27 janvier 2013 à 20:20
FBLR
@Rachel
Je ne vais pas re-troller sur ce sujet, mais de ce que j’ai vu, ce n’est parfois même pas le cas en 2ème cycle dans certaines universités…
27 janvier 2013 à 22:21
FBLR
ça n’a pas grand chose à voir, mais Forbes vient de publier les salaires d’entrée suivant les majeures. Très bonne nouvelle, la Finance n’est plus que 9ème (Alléluia…):
http://goo.gl/MFQtC
Notons que cette année la majeure "Business" n’est plus dans le top 10, et la majeure qui termine première est "Computer Engineering".
27 janvier 2013 à 22:44
DM
@Rachel: Hé bien, on recrute parmi les grandes écoles. De plus. on est censé faire venir des étrangers (maghrébins, indiens, chinois, etc.); mais comme nos universités (à l’exception de feue la Sorbonne) n’ont aucun prestige international, comme nos procédures sont mystérieuses pour les étrangers, comme nos salaires (pour les débouchés mais aussi pendant la thèse) sont faibles… nous ne pouvons pas espérer recruter au niveau de l’élite (qui ira dans une grande université américaine, suisse, voire britannique).
27 janvier 2013 à 23:33
Dan-visseur agnostique
Je ne comprends toujours pas la sacralisation de la recherche comme voie du bonheur. Si certains veulent faire de la recherche , libre à eux, en passant par la filière qui leur plait : ils ont la chance extraordinaire d’avoir le choix entre école d’ingénieurs puis recherche, ou purgatoire L1 L2 L3 puis recherche. Mais JK Vayssiere n’a sans doute pas rencontré de taisons récemment . J’étais hier à deux journées portés ouvertes de grands lycées parisiens en prépa. Les motivations des étudiants de Sup qui nous accueillaient en nombre impressionnant n’étaient pas la recherche, mais un job d’ingénieur et le nombre d’options possibles une fois ingénieur – et ils appréciaient l’engagement des enseignants, Le travail en équipe, la densité du travail a fournir. Pourquoi passer par la licence quand on peut l’éviter? Si les facs veulent de bons candidats, au lieu de demander des mesures administratives , désolant aveu de faiblesse, qu’elles montrent par l’exemple qu’elles peuvent attirer de bons élèves et répondre a leurs attentes.
28 janvier 2013 à 09:28
marcrobinsonrechavi
Il me semble que la formation par la recherche ne signifie pas forcément qu’on forme des chercheurs, mais dire que les enseignants sont au fait des derniers résultats et des dernières techniques, qu’il sont au contact de la frontière mouvante des connaissances. Et donc qu’ils peuvent adapter leur enseignement à ces changements, et discuter avec les étudiants intéressés des pistes intéressantes à suivre dans leur carrière, des domaines qui montent et descendent.
Quelque part, toute mixité entre l’enseignement et une autre activité pourrait faciliter de telles interactions, qui peuvent à mon avis manquer avec des enseignants plein temps.
28 janvier 2013 à 10:47
Astronaute en transit
Je vais donner mon point de vue sur ce sujet en ne parlant que des disciplines littéraires, car il me semble qu’il y a lieu sur cette question d’établir de solides différences entre les disciplines, notamment la situation et les objectifs d’études en "sciences dures" et des sujets littéraires.
Je rejoins d’abord ce qui vient d’être dit sur la signification d’une formation "par la recherche": que l’enseignant soit "au contact de la frontière mouvante des connaissances" est une formule très juste me semble-t-il. Les sujets littéraires ne reposent pas eux sur des expériences conduites en laboratoire mais sur l’étude intensive et massive de documentation. La "recherche" y consiste donc, d’abord, en lecture, puis en analyse et interprétation des données. Dans un sujet comme l’histoire, cela revient donc à faire étudier une masse de sources primaires et secondaires par les étudiants, et de leur demander de les interpréter à l’oral comme à l’écrit. Ce sont là des compétences qui trouvent ensuite leur application dans de nombreux métiers allant bien au delà du sujet qui a servi de support à l’apprentissage de ces compétences.
Je dis d’emblée que le handicap qui afflige l’université, dans l’enseignement de ces disciplines et de ces compétences fondamentales, est l’absence d’une sélection académique à l’entrée, ce qui inonde ces formations d’étudiants d’emblée inaptes et cause un formidable gaspillage de moyens, détruisant littéralement la crédibilité des universités et diplômes en ces matières (c’est pour cela qu’on a instauré en France une artificielle "égalité nationale" des diplômes, ce qui donne à toute l’entreprise un caractère encore plus mensonger). Le fait est qu’avec un nombre restreint d’étudiants sélectionnés à l’entrée, à qui ont pourrait consacrer l’année de L1 pour des enseignements de base déjà plus ambitieux que dans le secondaire, on pourrait dès la L2 leur faire faire des travaux en bibliothèques et en archives et exiger d’eux des travaux oraux et écrits basés sur leurs investigations. On peut le faire lorsqu’on s’est assuré qu’on n’a pas une masse d’ignares, là par défaut, et à qui il faut tout… apprendre (plutôt que ré-apprendre). Faire faire de la recherche dès la L2, en histoire, cela ne dépend que du genre de public qu’on a, et ce n’est au fond pas si ambitieux de cela puisque l’objectif n’est pas tant de faire des découvertes révolutionnaires que de simplement utiliser cette activité, la recherche, pour développer les facultés d’investigation, d’analyse, d’expression et de critique utiles à de nombreuses carrières. Si l’on veut maintenir l’université ouverte à tous vents, alors il est évident que pour "faire facile" comme le plaide l’UNEF, on se contentera d’enseigner en cours magistral, les étudiants tireront leur maigre savoir de quelques manuels, précis et aides-mémoires, et ils sortiront peu qualifiés d’une telle formation qui perdra encore en crédibilité aussi bien en France qu’à l’étranger. Dans mon expérience, actuellement, à l’université, ce n’est pas possible de se poser un objectif ambitieux comme cela dès la L2, c’est même douteux en L3. Mais cela peut se faire dans une formation sélective, et c’est le genre de travail que j’ai pu faire faire à des L2 de Sciences Po dès le début de mon travail là-bas. L’autre handicap, non de principes mais de moyens de l’université en ce domaine, c’est la faiblesse de leur instrument fondamental, la bibliothèque; on peut dire ce qu’on veut sur le développement de l’accès électronique, nombre d’universités ont tout simplement des collections trop petites ou peu accessibles en dehors des horaires normaux: on ne peut y faire ni le même genre, ni la même qualité de travail d’un établissement à l’autre, sélectif ou pas.
Former des étudiants, même au début de leur premier cycle, est donc possible dans les disciplines littéraires, et je dirais même souhaitable de façon à leur donner une authentique substance, de façon à déboucher sur un diplôme un peu valable et servant à autre chose que pour se présenter à des concours de fonction publique. En revanche ce projet ne peut se faire que dans le cadre d’une université rigoureusement sélective à l’entrée et résolument élitiste dans sa formation, acceptant franchement la relégation de publics inaptes vers d’autres formations professionnelles.
28 janvier 2013 à 19:22
Petit Cerveau
Il me semble que le lien entre l’enseignement et la recherche n’est pas dans la facon d’enseigner ou de faire reflechir les eleves (ce qui peut effectivement s’averer tres difficile), mais surtout dans ce qu’on ensigne: autrement dit, et tout betement, les programmes des differents cursus. C’est certainement la que le lien est le plus fort, ce qui est un peu inquietant parce que je n’ai jamais tres bien compris comment ils etaient fixes en France, a la fois dans l’universite et dans l’enseignement primaire et secondaire.
Laisser la question des programmes aux enseignants reviendrait en effet a supposer que les savoirs de bases d’une discipline sont immuables, ce qui est a mon avis inexact. On le voit par exemple en Mathematiques, avec la generalisation des Statistiques et Probabilites, tres tardive en France (et en fait aussi en Mathematiques), du a la fois au developpement d’une recherche plus formalisee dans ces domaines et au developpement de debouches professionnels (qui ont en fait aussi nourri la recherche).
Ca me parait deja beaucoup, et il n’est pas necessaire d’aller au dela, sous peine de faire effectivement fuire les etudiants… Mais ca parait important de comprendre comment sont elabores ces programmes, pour tous les niveaux d’enseignements. Il y a par exemple une forte pression au Royaume-Uni pour que les universitaires interviennent plus dans la definition des programmes de lycees.
28 janvier 2013 à 20:26
FBLR
@Petit Cerveau
Mais quel rapport avec la distinction GE/Université ?
Les profs en école sont EC, bien souvent publiants, essentiellement parce qu’ils sont mandatés pour faire cours. (ex: les profs chargés de cours à l’X ou l’ECP).
Le "mode projet", "l’investissement personnel" est bien plus valorisé qu’en université. Sincèrement c’est un faux procès.
Comme le disent François et Dan, ça ressemble à la volonté d’obtenir une rente d’accueil sur les élèves avec le couple Thèse/Université…
Une rente contre une nouvelle rente ? Je ne vois vraiment pas l’intérêt…
28 janvier 2013 à 21:21
Petit Cerveau
@FBLR, mais je n’ai rien dit sur cette question, je me suis juste poser la question de definir le lien enseignement/recherche. C’est donc a bon droit que vous me posez la question du rappot avec la distinction GE/Universite, je ne suis pas alle jusque la.
Mais si vous me posez la question du lien entre la recherche et l’enseignement dans les GE, mon experience des GE est que, quand elles sont liees a un corps, comme les mines, les ponts,les telecoms, l’ENSTA, l’ENSAE, le GREF, etc,… alors c’est assez ambigu, parce que ce sont les membres du corps qui prennent les decisions importantes. Ils ne sont pas necessairement les mieux places pour le lien enseignement/recherche, meme si certains sont effectivement tres brillant dans leur domaine. Ca peut donner des choses assez comiques, genre le tout jeune corpsard debarque avec encore le lait dans le nez qui se retrouve directeur d’un labo sans avoir fait une seule publication… Dans le genre sans rente de situation, je crois qu’on a fait mieux, vous ne trouvez pas? Ceci dit, comme l’argent y coule a flot, il n’y a pas vraiment lieu de se disputer et ce sont des bonnes planques, mais, anouveau, ce n’est pas necessairement le meilleur endroit a citer pour l’absence de rente de situation et je n’irais pas non plus jusqu’a les prendre en exemple pour une bonne gestion des deniers publiques. Par contre, c’est vrai que quand on voit comme le budget de l’ECP est petit par rapport a d’autres, il y a de quoi etre curieux.
28 janvier 2013 à 21:25
Petit Cerveau
FBLR, il y a aussi un autre rapport si on se situe au niveau des programmes. J’ai un peu peur que les programmes des CGPE soient definis par les inspecteurs generaux du ministere, mais j’aimerais bien en savoir plus la dessus. Il est clair que ca ne concerne que les CGPE.
28 janvier 2013 à 22:38
FBLR
@Petit Cerveau
Je ne remets pas totalement votre raisonnement en question, mais il faut que vous ayez en tête que les corpsards qui partent en recherche sont vraiment l’exception. Même si vous avez tout à fait raison sur les conditions de travail…
Le point que je soulevais, c’est que dans quasi-toutes ces écoles des labos de recherche sont rattachés aux labos d’enseignements, et les professeurs chargés de cours pris parmi les chercheurs en pointe d’un domaine. L’X est la caricature de ce phénomène… pratiquement que des stars dans chacun des domaines, et sur un strapontin au cas où ils s’avèrent incompétents en enseignement.
28 janvier 2013 à 22:39
FBLR
@Petit Cerveau
Les programmes = concertations méga larges, et ça change vraiment régulièrement.
29 janvier 2013 à 00:18
Petit Cerveau
FBLR, ca ne fait pour moi aucun doute que les GE investissent en recherche depuis un certain temps. Mais je ne trouve pas que ce ca soit toujours fait de facon constructive. Par exemple, elles offrent assez peu de postes permanents, et elles se contentent souvent de contrats courts basant leurs pouvoir d’attraction un peu mesquinement sur leur rentes, du type salaire a l’universite plus 30% (c’est maigre. Au moins les ecoles de commerce sont plus genereuses, a un point qu’on n’imagine pas de la part de ces "epiciers", comme on les appelle communement). La facon dont elles structurent leurs laboratoires est assez souvent retrogade a mes yeux, assez proche des chaires universitaires a l’allemande, avec un ponte entoures d’une equipe de petites mains (pour etre juste, on voit ca aussi a l’universite). Si ca peut se concevoir dans les sciences experimentales (quoique…), c’est plus etonnant dans les domaines conceptuelles, et ca me semble globalement peu en accord avec la liberte academique a l’anglo-saxonne que j’apprecie personnellement beaucoup.
29 janvier 2013 à 12:44
Quel public pour une « formation par la recherche » à l’université ? | Enseignement Supérieur et Recherche en France | Scoop.it
[...] On dit souvent que l’université offre une formation par la recherche. C’est très certainement vrai pour le master. C’est à cette occasion que les étudiants sont confrontés à des cours spécialisé de haut niveau, souvent directement inspirés des travaux de recherche des enseignants-chercheurs. Ils reçoivent également une initiation à la recherche, par le biais de travaux personnels ou d’un stage de laboratoire. Mais en licence, je me demande vraiment si c’est le cas. (…) – Blog Gaïa Universitas, 27/01/2013 [...]
2 février 2013 à 10:26
Sylvette
Il y a peu, la ministresse a dit qu’il fallait que les universités et les classes prépas se rapprochent pour que les élèves de CPGE soient "formés à la recherche dès la licence". Grosse rigolade! La recherche en licence? vraiment? En tout cas pas en sciences humaines. On en est plutôt à revoir (voir) les bases et tout travail personnel est généralement pompé sur internet. Il y a des exceptions et des étudiants brillants, mais ceux-là me font presque de la peine: tiendront-ils jusqu’en master sans être découragés? Alors sur le papier, la formation par la recherche c’est sans doute très séduisant, mais sur le terrain, la réalité est moins flatteuse.