1 – Le constat de François Garçon (interview dans « L’Hebdo », janvier 2011, lire ici).

A l’heure où la course aux cerveaux revêt une importance de plus en plus capitale, François Garçon dresse un vaste portrait comparatif de quatre grands systèmes universitaires, en France, en Angleterre, aux États-Unis, et en Suisse. Son constat est cinglant: l’éducation supérieure en France est à l’agonie. L’Hexagone doit se réformer à tout prix, en s’inspirant notamment de son petit voisin, la Suisse, qui brille dans les classements internationaux. L’auteur revient sur les raisons de ce délabrement, les remèdes à apporter, ainsi que sur l’avenir de la compétition que se livrent les fabriques du savoir. Extraits de l’interview:

« C’est un traumatisme terrible dont la France ne s’est pas remise. […] L’enseignement tertiaire français se trouve, en fait, dans le wagon de queue. Il a fallu que les Français soient pointés du doigt pour se rendre compte du délabrement de leur enseignement supérieur.

- Q: Et quel a été l’impact de ce classement pour la Suisse?

Attitude inverse. Soudainement, des années d’efforts et d’investissements importants sont consacrées par un œil extérieur. Une politique d’autant plus audacieuse que les électeurs suisses sont avant tout des contribuables. […]

En admettant que l’excellence est compatible avec la gratuité et ainsi dissoudre le cliché qui voudrait que l’excellence ne soit associée qu’à des droits d’écolage himalayens. La Suisse est un modèle public qui fonctionne de manière quasi parfaite. Aujourd’hui, il n’est question que de PISA et des résultats de la Corée du Sud, de Shanghai ou de la Finlande. Pourtant, il n’y a pas une seule université finlandaise, chinoise ou coréenne dans les 50 premiers établissements mondiaux.

La tâche primordiale de l’enseignement supérieur est la recherche, et cette démarche doit faire appel aux meilleurs, qu’ils soient Ukrainiens, NéoZélandais ou Saint-Gallois. Si des pays comme la France ou l’Allemagne se sont effondrés dans les classements internationaux, c’est parce que leur recherche s’est anémiée, principalement pour avoir recruté principalement leurs nationaux. De cette manière, leurs biotopes se sont desséchés et atrophiés, se reproduisant de manière endogamique. »

2 – La réalité : les dépenses suisses.

Quelques chiffres sur les budgets :

École polytechnique de Lausanne : 8 500 étudiants, budget de 660 millions d’€, 650 masters et 330 doctorats par an.

École polytechnique de Zürich : 17 000 étudiants, budget de 1 200 millions d’€, 1 500 masters et 700 doctorats par an.

La dépense par étudiant est donc 7 fois plus importante que dans les universités françaises, 2 à 3 fois plus importante que dans les « grandes » écoles.

Les résultats correspondants sont-ils au rendez-vous ?

3 – La réalité :  au XXIème siècle, le modèle n’est plus la Suisse mais Israël

Comme l’indique souvent François Garçon, si l’on tient compte de sa population, la Suisse avait une position éminente au XXème siècle (nombreux prix Nobel à Zürich – dont Einstein -, plus haut taux mondial de docteurs, plus haut taux mondial de Nobel … mais on parle du  XXème siècle). Voir par exemple ici et ici.

Mais quels sont les résultats au XXIème siècle ?

SUISSE (7,9 millions d’habitants)

  • 2002 : Kurt Wüthrich (Nobel chimie) … oui, un seul !

ISRAEL (7,6 millions d’habitants)

  • 2002 : Daniel Kahneman (Nobel économie)
  • 2004 : Aaron Ciechanover (Nobel chimie)
  • 2004 : Avram Hershko (Nobel chimie)
  • 2005 : Robert Aumann (Nobel économie)
  • 2009 : Ada Yonath (Nobel chimie)
  • 2010 : Elon Lindenstrauss (Médaille Fields)
  • 2011 : Dan Shechtman (Nobel chimie)

FRANCE (65 millions d’habitants)

  • 2000 : Gao Xingjian (Nobel littérature)
  • 2002 : Laurent Lafforgue (Médaille Fields)
  • 2005 : Yves Chauvin (Nobel chimie)
  • 2006 : Wendelin Werner (Médaille Fields)
  • 2007 : Albert Fert (Nobel physique)
  • 2008 : Luc Montagnier (Nobel médecine)
  • 2008 : François Barré-Sinoussi (Nobel médecine)
  • 2008 : Jean-Marie Le Clézio (Nobel littérature)
  • 2010 : Cédric Villani (Médaille Fields)
  • 2010 : Ngo Bao Chau (Médaille Fields)
  • 2011 : Jules Hoffmann (Nobel médecine)
  • 2012 : Serge Haroche (Nobel physique)

Royaume-Uni(62 millions d’habitants)

  • 14 noms (dont 8 Nobel de médecine).

« Si des pays comme la France ou l’Allemagne se sont effondrés dans les classements internationaux, c’est parce que leur recherche s’est anémiée, principalement pour avoir recruté principalement leurs nationaux. De cette manière, leurs biotopes se sont desséchés et atrophiés, se reproduisant de manière endogamique » F.G.

Ah bon ? Il y a pourtant dans la liste, des Français qui ne sont pas trop « de souche » :

  • Gao Xingjian (Chine)
  • Wendelin Werner (Allemagne)
  • Jules Hoffmann (Luxembourg)
  • Ngo Bao Chau  (Vietnam)

Ce billet nous est proposé par François

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