« Je suis actuellement étudiant en licence Sciences de l’Ingénieur, à la nouvellement fusionnée académie d’Aix-Marseille. Je viens de valider la licence, je rentre donc dans le second cycle.

Je vais vous exposer ici mon choix cornélien qui s’annonce d’ici peu de temps parce qu’il correspond à une vision de la problématique que vous posez au travers de votre blog: le choix de l’école d’ingénieur ou de l’université.

Juste après mon bac, je suis entré dans une classe préparatoire PCSI. Très intéressant, très difficile, j’en suis ressorti plein de doutes: en effet, bien que mon année ait été validée, les professeurs m’ont fortement conseillé de :

  • changer de lycée pour poursuivre dans une prépa moins cotée et espérer accrocher une école d’ingénieur de niveau inférieur
  • quitter le cycle préparatoire

Étant un peu assommé par cette annonce, je décide de quitter le monde préparatoire. En étant déçu: parce que tous les élèves de prépa vous le diront, nous sommes un peu victimes du Syndrome de Stockholm. La classe préparatoire est notre ravisseur, il nous fait violence, nous détruit un peu socialement ou intellectuellement (cela dépend des gens), mais les étudiants ne veulent pas partir sans leur école. Donc je suis parti, et j’ai rejoint une licence 2.

Et maintenant, j’en suis à un choix que je n’avais jamais espéré: partir à Supmeca, école d’ingénieur assez bien cotée dans le domaine de la mécanique, ou rejoindre un master en biomécanique de réputation internationale, en anglais, à Paris, cohabilité avec les Arts et Métiers, approuvé ParisTech. Un gage d’excellence, sur un domaine quasiment inexistant en France: un secteur d’évolution formidable. Au passage, belle reprise d’un étudiant que les profs de prépa disaient « Foutu, nul, incapable ». Et peut être je vais accéder à l’ENS Cachan ou Centrale: j’aimerais leur envoyer la lettre d’admission …

Mais voila, les professeurs de classe préparatoire ont bien fait leur boulot: j’ai peur d’aller en master. Pourquoi ? Parce qu’on m’a ancré dans la tête le fait qu’un master ne vaut rien face à un diplôme d’ingénieur; que l’université à la Française est perdue, que seule l’école d’ingénieur nous offre la rédemption que l’on mérite.

Et cette problématique est la clé qui ronge notre système d’enseignement supérieur. La dualité université/école d’ingénieur, master/diplôme d’ingénieur, … est contre-productive, cela est évident. Mais surtout, elle amène de pauvres étudiants comme moi à douter de leur avenir. Dois-je faire quelque chose de probablement plus intellectuellement enrichissant et surprenant (ce master en biomécanique), mais risqué, ou dois-je choisir la sécurité avec le diplôme d’ingénieur ?

Ensuite, il faut comprendre qu’un ingénieur va travailler immédiatement après son diplôme. En choisissant le master, il est fort probable que je continue sur une thèse. Et la, seconde désillusion: la situation des enseignants-chercheurs en France. Je ne m’attarde pas dessus, la situation est évidente.

Sur certains points, je comprends les professeurs de prépa: en nous orientant sur une école d’ingénieur, ils essaient de nous protéger en nous assurant un diplôme efficace. Mais les étudiants pur université ne sont peut-être pas au courant de cette réalité. Mais moi qui ai connu les deux mondes, que dois-je penser ?

J’ai l’impression qu’un choix qui se devait heureux au départ n’en est plus devenu un. Je ne choisis pas là ou j’aimerais être, quel domaine je souhaiterais travailler, étudier, découvrir; mais je pèse le pour et le contre: il y a bien une prise de risque avec le master. Si on veut évoluer sur des métiers « intellectuels », qui commencent par une thèse: il faut prendre un risque.

J’espère que mon avis et ma situation va nourrir vos critiques et vous apporter plus d’informations. Bien entendu, mon cas est assez rare, et cette problématique qu’est la mienne ne devrait pas se poser si je savais d’avance si je terminais mes études en bac+5 ou +8. Mais je ne sais pas: je ne suis qu’un étudiant heureux des choix qu’il a, et heureux d’apprendre toujours plus. »

Source: Message reçu dans la boite Gaïa (rachel.gliese581e@yahoo.fr), publié ici avec l’accord de l’auteur.

About these ads