Ils ont tout essayé. Pourtant rien n’y fait, les effectifs ne remontent pas. Pire encore, d’année en année ça continue de baisser. Les formations scientifiques à l’université sont en crise depuis de nombreuses années sans que ça ne perturbe grand monde, à moins que ça soit un sujet tabou. Ça touche en particulier la physique en conséquence d’un double effet (1) une désaffection générale pour les études scientifiques (2) ponction de plus en plus importante des écoles d’ingénieurs (en 20 ans, leurs effectifs ont doublé). Dans les filières on trouve maintenant une population très hétérogène, allant de l’étudiant refusé de partout (CPGE, IUT, BTS) à cause d’un niveau trop faible et de bons étudiants qui ne sont pas attirés par « l’esprit école ». Comment faire un enseignement cohérent dans ces conditions ? C’est un mystère non encore résolu …
Pourtant les physiciens auront tout essayé. Physique en fête, démonstrations aguicheuses dans les lycées et collèges, forums diverses et brainstorming intense … ils n’ont pas ménagé leur peine pour attirer des étudiants. Mais rien n’y fait, les effectifs ne remontent pas …
Alors je me dis qu’il serait temps de passer à l’artillerie lourde. Terminé les gentillets slogans « la physique c’est fantastique », les chapiteaux branlants pour montrer une manip tape à l’oeil avec de l’azote liquide. Il faut passer aux techniques modernes et décomplexées du marchandisage. Pour initier cette démarche, j’ai détourné quelques panneaux que je mets à disposition ci-dessous, pour la bonne cause …






23 commentaires
Comments feed for this article
11 juin 2012 à 21:43
FBLR
@Rachel
\Mode{Troll=on}
Pas crédible. Il n’y a pas de filles en section physique :-)
\Mode{Troll=off}
11 juin 2012 à 21:53
PR27
Dire aux jeunes naïfs et naïves que la physique, c’est la base des matériaux, technologies, procédés et dispositifs écologiques, écocitoyens, que c’est greeeen. Par ex. les formation en matériaux thermique, ça remplit très bien, il y a des filles à cheveux courts, d’autres à cheveux longs (pour se prendre dans les machines-outils). Il faut profiter que les jeunes de 18 ans veulent sauver la planète et les dauphins pour leur vendre du green. Barrer physique des tires. Trouver un autre mot qui veut dire la même chose. Derrière, il y a à peu près les même maquettes pédago, mais c’est pas grave. Dire que ce sont les fondamentaux scientifique et mettre une option green de 20 h en L3 pour justifier le titre global.
11 juin 2012 à 21:55
PR27
Jeu : ajouter quelques "s" dans le commentaire précédent. La touche "s" de mon clavier est un peu dure et ne marche pas à chaque fois, il faut croire. Sacré clavier :)
11 juin 2012 à 21:56
Petit cerveau
Rachel, si j’en crois d’autres blogs, vous avez oublie
"Viens jouer a elire ton president d’universite !!!"
mais ce n’est pas specifique a la physique.
Sinon, une bonne nouvelle: aux USA il paraitrait que ca remonte,
http://www.universityworldnews.com/article.php?story=20120608155451387
11 juin 2012 à 22:21
François
Sur 1,56 million de bachelors décernés aux USA en 2008, 22 000 en "Physical sciences & science technologies" (contre 335 000 en "Business" !)
http://nces.ed.gov/programs/digest/d10/tables/dt10_298.asp
Une hypothèse : l’augmentation récente mentionnée par Petit cerveau vient peut-être d’étudiants d’origine asiatique de plus en plus nombreux à avoir la nationalité américaine (enfants/petits-enfants d’immigrés).
11 juin 2012 à 23:22
Petit cerveau
@ Francois, il y a plus de precision la:
http://news.sciencemag.org/scienceinsider/2012/06/us-students-flock-to-graduate.html
Ce ne serait pas les immigrants mais les femmes et les hispanos-americains qui verraient les taux d’augmentation les plus spectaculaires. (D’autre part le chiffre mentionne pour ces disciplines scientifiques est 556,532.)
11 juin 2012 à 23:40
François
Attention, les statistiques américaines (en particulier celles de la NSF) incluent dans "Science & Engineering" la psychologie et les sciences sociales (effectif important).
La rubrique correcte est "Natural sciences & Engineering", pour laquelle les publications de chiffres sont nettement moins habituelles.
L’augmentation du nombre de femmes (et peut-être aussi l’augmentation générale) vient beaucoup plus de la biologie (78 000 bachelors en 2008) que de la physique.
12 juin 2012 à 00:28
Petit cerveau
Exact Francois. La source (article NSF) est la
http://www.nsf.gov/statistics/infbrief/nsf12317/nsf12317.pdf
12 juin 2012 à 09:32
Helios
Je vais écrire des évidences. Peut-être faudrait-il mettre en avant les formidables possibilités d’emploi offertes à ceux qui ont fait des études de physique à l’université. Ainsi que le montant très élevé des rémunérations correspondantes.
12 juin 2012 à 10:20
François
Un peu de marketing : il faut un discours adapté à chaque cible.
Enfants de milieux favorisés : tenir compte du poids croissant du modèle anglo-saxon. Quand on est issu de ces milieux, on aura de plus en plus tendance à entreprendre des études de médecine, de droit, de finance/business ou alors (dans les pays développés, cas spécifique à la France pour des raisons historiques) on vise une école d’ingénieurs de premier plan. Discours possible : les impératifs de mixité sociale vont obliger ces écoles à diversifier leurs voies d’accès. Faire des études de physique permettra au moins pendant plusieurs années d’y rentrer beaucoup plus facilement que par les CPGE, et ensuite d’avoir le même diplôme final (tant que ces écoles n’introduisent pas des voies d’accès sur critères sociaux, les recruteurs ne seront pas trop soupçonneux sur la façon dont le diplômé est entré dans son école, à la différence de ce qui arrive à ceux qui ont le malheur d’arriver avec un nom à consonance étrangère et un diplôme de Sciences Po …).
Enfants de milieux moins favorisés : insister sur le fait que de façon générale les formations scientifiques donnent de meilleures chances de trouver un emploi (en France ou éventuellement à l’étranger). Ne pas oublier que dans ces milieux les métiers de l’enseignement sont assez attractifs (pour la sécurité d’emploi hantise de leurs parents, et comme me l’expliquait un brillant ingénieur puis docteur enfant d’ouvrier maghrébin parce que les professeurs sont les seules personnes d’un milieu supérieur au leur avec lesquelles ils ont eu des contacts, et qu’ils constituent donc des modèles pour ceux d’entre eux qui sont bons élèves). Leur expliquer que les concours d’enseignement sont beaucoup plus faciles dans les matières scientifiques en raison du faible nombre de candidats.
A mon avis des arguments de ce genre auront beaucoup plus d’impact que de leur faire faire de la "Science amusante" à la Tom Tit (pour ceux qui connaissent ces vieux bouquins).
12 juin 2012 à 13:27
FBLR
@François
L’agrégation de physique est incommensurablement plus dure à avoir que celle de maths en ce moment…
@Helio
+10 000
@all
Il est urgent de mettre la thèse dans les conventions collectives… Et ça commence par l’état (grands corps, techniques ou administratif). (oui, la répétition est mère de toutes les pédagogie)
12 juin 2012 à 13:59
François
Thèse dans les conventions collectives.
La principale convention collective de cadres de l’industrie (métallurgie) mentionne le doctorat dans la liste des diplômes permettant à un débutant de bénéficier d’un statut de cadre (“Position 1″). La convention ne fait aucune différence entre les diplômes du supérieur à partir de la licence. Ce principe égalitaire ne vise donc pas spécifiquement le doctorat, car on peut également estimer injuste que la maîtrise (ou les diplômes équivalents, dont celui d’ingénieur) ne donne pas plus de droits que la licence.
Quant à l’accès aux positions supérieures à la position 1, les syndicats patronaux refusent tout AUTOMATISME basé sur la seule détention d’un diplôme (position à laquelle les doctorats d’Elizabeth Teissier et des frères Bogdanoff donnent un certaine légitimité …)
” Années de début (position I). – Les dispositions relatives aux années de début s’appliquent au personnel de l’un ou l’autre sexe suivant :
- ingénieurs diplômés selon les termes de la loi et engagés pour remplir immédiatement ou au bout d’un certain temps une fonction d’ingénieur ;
- autres diplômés engagés pour remplir immédiatement ou au bout d’un certain temps des fonctions de cadres techniques, administratifs ou commerciaux et titulaires de l’un des diplômes nationaux suivants :
- institut supérieur des affaires ;
- école des hautes études commerciales ;
- écoles supérieures de commerce et d’administration des entreprises ;
- école supérieure des sciences économiques et commerciales
- institut commercial relevant d’une université ;
- institut supérieur d’études politiques de Paris, Aix-en-Provence, Bordeaux, Grenoble, Lyon, Strasbourg et Toulouse ;
- centre d’études littéraires supérieures appliquées ;
- agrégations, doctorats (docteur d’Etat, docteur ingénieur, docteur 3e cycle), diplômes d’études approfondies, diplômes d’études supérieures spécialisées, maîtrise et licences, délivrés par les universités des lettres, de droit, des sciences économiques, des sciences humaines et de sciences ;
- médecine du travail (s’agissant de médecins de services médicaux du travail d’entreprise ou d’établissement) ;
- titulaires d’un certificat de qualification de la catégorie D obtenu dans le cadre des dispositions des alinéas 12 à 15 de l’article 1er de l’accord national du 12 juin 1987 relatif aux problèmes généraux de l’emploi dans la métallurgie, ainsi que des dispositions de l’annexe I de celui-ci relative à cette catégorie D. “.
12 juin 2012 à 15:55
Petit cerveau
@Francois, il y a eu en Allemagne des scandales recents sur les titres de doctorat de certains politiciens, mais il semble bien que le diplome de doctorat soit dans les conventions collectives allemandes. La these serait un perequis pour certains boulots (mais ca j’espere que c’est aussi le cas en France) selon cette discussion (munix, 22.May.2011 – 21:02 hrs)
http://www.toytowngermany.com/lofi/index.php/t216135.html
"in some sectors having a doctoral degree is a pre-condition to get hired (e.g. in many cases in the chemical or biotech industry)".
Ceci dit, essayer de passer en force sur le sujet me semble tres difficile: si ca ne correspond pas aux volontes des acteurs, une convention collective valorisant la these risque de rester lettre morte. Mais des discussions dans ce sens sont sans doute importante.
Il y a dans le supplement Economie du Monde d’aujourd’hui une serie d’article sur "l’open innovation" et notamment les strategies de collaboration entre le public (le CNRS notamment) et le prive. On peut y entrevoir le fait qu’il n’y a pas beaucoup de places pour beaucoup de docteurs dans cette approches, si ce n’est en tant que chercheurs confirmes ou bien petites mains doctorantes dans les laboratoires publics mais j’aimerais bien me tromper.
12 juin 2012 à 16:37
PR27
je reradote, mais les stats chez nous sont claires, j’y ai passé un moment aujourd’hui : les matériaux, la thermique, l’énergie, figurent parmi les spécialités d’ingénierie les plus demandées, avant les STIC. Et il y a plein de filles. C’est pas la finance qui pique tous les jeunes.
12 juin 2012 à 17:39
François
Quelques banalités.
En général, en sciences, les filles sont plutôt attirées par ce qui touche à l’environnement et au vivant. Ça peut expliquer le succès de matériaux, thermique et énergie.
Quant aux STIC elles conduisent souvent à moyen terme à des culs-de-sacs professionnels, et ça se sait.
En chimie enchaîner diplôme d’ingénieur d’une école spécialisée et doctorat est une vieille tradition.
En revanche en biologie les "vrais" doctorats sont souvent condamnés aux seconds rôles (ou au chômage) en raison de la concurrence des doctorats professionnels (médecine, pharmacie).
12 juin 2012 à 18:19
Astronaute en transit
On devrait faire appel à vos talents publicitaires pour monter une campagne "Ne venez plus faire Histoire!" :)
12 juin 2012 à 19:03
PR27
François, je suis d’accord sur ces filières à succès, on fait des entretiens de recrutement et on questionne les jeunes sur ce qui les incite à postuler à telle ou telle filière. Si j’évoquais ces voies, c’est qu’il me semble qu’il s’agit quand même beaucoup de physique appliquée, non ? Donc, la physique ça plaît – une certaine physique, emballée d’une certaine manière.
12 juin 2012 à 21:49
Rachel
Et ben les STIC en prennent pour leur grade … c’est aussi l’impression que j’ai depuis quelques temps, et effectivement ça commence à se savoir. Ca semble patiner dans la semoule, ou du moins le retour sur investissement n’est jugé à la hauteur des sommes colossales investies. L’essaimage est trop faible. Terminé la science « bling bling », retour de bâton probable.
Je trouve que les universitaires ont une approche très (trop) disciplinaire et qui est assez conservatrice (à mon sens). La science est depuis au moins 20-30 ans largement pluridisciplinaire mais ça ne semble pas beaucoup transparaître dans les plaquettes des formations. Très curieux.
PR27, oui la physique ça plait aux étudiants. Dans les écoles d’ingénieurs il y a beaucoup de physique, avec un emballage très différent, centré sur les domaines d’application.
12 juin 2012 à 22:03
François
J’ai eu l’occasion l’année dernière d’entendre pendant le volet "formation" d’un congrès d’ingénieurs :
- un prof de l’université du Colorado expliquer comment il aiguillait progressivement ses étudiants ingénieurs vers les disciplines les plus susceptibles de les intéresser, et dont ils n’étaient pas forcément conscients eux-mêmes : un étudiant commence des études d’ingénieur parce qu’il est attiré par la conception de voitures; aujourd’hui dans une voiture il y a de la mécanique, de l’électronique … ce sont des branches assez différentes, même les maths nécessaires ne sont pas exactement les mêmes … donc il avait mis en place un enseignement qui permettait à l’étudiant de découvrir peu à peu les disciplines par lesquelles il était réellement attiré et donc de s’orienter en connaissance de cause,
- un prof de Polytech français expliquer que ses sections de génie civil et d’électronique avaient un peu de mal à faire le plein d’étudiants; que l’ensemble avait été réorienté vers la conception de bâtiments intelligents (qui font appel aux disciplines qui n’attiraient plus !) et que la nouvelle section ainsi rebaptisée n’avait plus de problèmes de recrutement.
12 juin 2012 à 23:06
Rachel
@François, pour votre premier point, c’était quasiment impossible à faire dans les « écoles d’ingé à la française » étant donné qu’elles recrutent à bac+2 et que l’enseignement de spécialité débute tout de suite. Mais maintenant les écoles construisent leur premier cycle intégré et vont pouvoir faire ce travail d’orientation progressive de proximité. C’est à mon sens un gain appréciable de l’évolution du système (certes c’est la mort des CPGE …).
Pour revenir aux filières universitaires, en plus du coté très disciplinaire du premier cycle, il y a aussi une autre difficulté marquée en France, qui est de faire la théorie avant tout, et parler (éventuellement) de la pratique et des champs d’application plus tard. De ce que je connais dans mon domaine, les anglo-saxons font très différemment (quasi à l’envers). Je ne dis pas que c’est forcement que c’est mieux, mais peut-être plus adapté à de nos morveux d’aujourd’hui, qui sont assez fébriles sur les questions de l’emploi et du « à quoi ça sert ».
13 juin 2012 à 14:40
amigues
@Rachel J’entends bien que vous avez un problème "d’animation" de la filière physique en université. Avant de me lancer dans des réformes profondes et lourdes (injection des CPGE dans l’Univ ou je ne sais quoi), à votre place, je commencerais par regarder simplement autour de moi et tenterais de répondre à quelques questions élémentaires. Par exemple :
Que font mes étudiants dans le cursus L3 (options choisies), Que deviennent ceux qui sont éliminés ? Qui se réoriente vers un IUT pour lequel il n’avait pas été sélectionné ab initio ? Qui s’arrête en L3, qui va en master, en école d’ingé ? Qui continue en doctorat ? Combien vont dans l’enseignement secondaire ? Comment s’insèrent-ils sur le marché du travail ? Quels jobs font-ils après ? A quel salaire ? Avec quelles pespectives à 10 ans d’évolution dans leur milieu professionnel ?
Si vous ne savez pas répondre à cela, impossible de mieux cibler les objectifs de votre formation, impossible de raisonner la part de "théorique" et de "pratique" dans les cours, impossible de rasssurer vos étudiants sur la suite (bien normal qu’ils s’inquiétent s’ils sentent que vous n’en savez pas davantage qu’eux là dessus). Je crois que nous (les faqueux comme disent les ingénieurs qui ne nous aiment pas) ne sommes absolument pas au point sur ces questions de base. Tant que nous n’aurons pas fait les efforts requis, nos angoisses propres (et celles de nos étudiants) resteront dans le vague, et donc incapables de se traduire en positif.
13 juin 2012 à 21:33
Rachel
Amigues, je suis bien d’accord mais il y a plusieurs problèmes (1) impossible de cibler des objectifs communs avec un public aussi hétérogène. (2) pour l’instant pas de statistiques claires sur le devenir des étudiants, ça part dans tous les sens, ce qui n’est d’ailleurs pas forcement un désavantage (des études précises existent, on pourrait se baser dessus). (3) pas de CTI pour fouetter les faqueux. (4) Pas l’état d’esprit de réforme permanente comme dans les écoles. (5) Pas vraiment de pilote dans l’avion, mis à part le président-dictateur
Je précise que je parle des sciences et du premier cycle.
1 juillet 2012 à 11:42
Laurence Bianchini (@BianchiniPhD)
Il semblerait que la Commission Européenne ait lu ce post avant de publier la vidéo de sa campagne "Science: It’s a girl’s thing": http://blog.mysciencework.com/2012/06/26/science-its-a-girl-thing-si-loin-de-la-cause-femmes-et-science.html
ou comment attirer les filles vers les carrières scientifiques à coup de rouge-à-lèvre et de mannequins anorexiques…