Poursuivons notre discussion sur le thème « sauver la licence ». Pour Geneviève Fioraso, l’échec en licence est le chantier prioritaire. Le plan réussite en licence du précédent gouvernement « a mobilisé 730 millions d’euros et aucun indicateur n’a bougé. Comment ces millions ont-ils été utilisés ? Pourquoi cela n’a pas marché ? Mon cabinet et celui de Vincent Peillon [ministre de l'éducation nationale] se sont vus pour travailler sur ce que l’on appelle le -3 ans (le lycée) +3 ans (la licence). L’orientation est primordiale. Toutes les filières sont respectables, qu’elles soient professionnelles ou technologiques. Il n’est pas question d’envoyer au casse-pipe, sans préparation, sans passerelle et sans accompagnement renforcé, des étudiants qui veulent poursuivre leurs études à l’université avec un bac technologique. Mais peut-être faudra-t-il les faire passer par une filière plus professionnalisante, les accompagner ou pourquoi pas leur donner un an de plus. Ils devront aussi retrouver des places dans les IUT, souvent prises par des élèves des bacs généralistes ». Source ici, Le Monde daté du 2 juin 2012.

Le « - 3ans + 3 ans », ça me fait penser aux conclusions du dernier colloque de la CPU intitulé « la licence, une ambition ». En effet la CPU défend un continuum de la seconde au bac+3 . A l’époque j’écrivais : «  j’ai la désagréable sensation que l’on met un premier pied dans cette fameuse secondarisation du premier cycle de l’enseignement supérieur que nous discutons souvent sur Gaïa » (lire ici pour détails). Quand on a dix-huit ans, je pensais qu’on pouvait être suffisamment autonome et responsable pour envisager une petite rupture de cycle, mais force est de constater que beaucoup militent pour que le premier cycle universitaire ressemble à l’ambiance du lycée (enseignant référent, enseignement en classe et non en amphi, contrôle continu, etc … ). Cocoonons le jeune ! . Alors poussons la logique jusqu’au bout, et reportons à 21 ans le droit de vote, le permis de conduire et la consommation d’alcool.

Orientation : ce thème fait certainement l’unanimité. C’est bien entendu primordial de bien orienter les étudiants. Mais quand on parle d’orientation, le thème de la sélection n’est jamais loin et c’est là que ça devient rapidement très compliqué. En gros, il y a trois grandes orientations : les filières sélectives vers les grandes écoles, les filières courtes et professionnalisantes en IUT ou BTS et enfin les licences à l’université. En sciences la hiérarchie entre ces trois orientations est clairement établie et je doute fort que les mentalités évoluent rapidement sur le sujet. François Hollande avait fait quelques promesses de campagne en ce qui concerne les filières courtes. Celles-ci deviennent un réel problème car elles ne réalisent plus correctement leur mission première de professionnalisation (en particulier les IUT). F. Hollande avait promis qu’il y aurait un pourcentage de places en IUT qui seraient réservées aux bacheliers technologiques. Au sujet de quota d’étudiants, il avait également promis que 5 à 6 % des élèves de classes de terminale (et ceci quelque soit le lycée) soient admis de droit dans les CPGE. C’était d’ailleurs presque mot pour mot une promesse de N. Sarkozy en 2007 (lire ici). Dans son texte « sauver la licence », Martin Andler écrit :  « les grandes forces politiques du pays semblent s’entendre, même si c’est sur la base de conceptions très différentes de l’éducation, pour penser que les classes préparatoires sont bien la voie unique de la réussite. On pourrait difficilement trouver plus efficace comme méthode indirecte de dénigrement des filières universitaires » (source ici).

Casse-pipe : pour éviter d’envoyer des jeunes au casse pipe, on pourrait adopter une mesure très simple : avant l’inscription on vérifie si le niveau et les pré requis des étudiants sont en adéquation avec la formation visée. Cela nécessite une petite réforme (de type mise à jour), c’est-à-dire qu’il ne faudrait plus que le bac soit le premier grade universitaire (qui donne le droit à une inscription dans une licence). Cette règle avait certainement un sens il y a 30 ans, époque où les bacheliers étaient peu nombreux, donc de bons élèves. Mais la situation a bien changé depuis la grande massification des années 90. Certains me diront « mais faire des études supérieure est un droit ! non à la sélection à l’université ! ». D’accord, vous avez raison. C’est pourquoi les étudiants qui n’auraient pas le niveau pour suivre une licence se verraient proposer une « année zéro ». Elle serait une sorte d’année préparatoire à la licence, ce qui serait beaucoup plus profitable que la galère et la sélection par l’échec. Avec cette « année zéro », personne ne serait exclu, tout le monde aurait sa chance mais pas en faisant n’importe quoi n’importe comment comme c’est le cas actuellement.

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