« Lutter contre l’échec en licence était une priorité affirmée du candidat François Hollande. Et qui pourrait être contre la volonté de mettre fin au gâchis que représentent ces masses d’étudiants commençant des licences universitaires et qui se découragent, renoncent, ou échouent aux examens ? Mais ce problème, dont Hollande n’est certes pas le premier à se saisir, sans être un faux problème, ne serait pas bien analysé si on se limitait à le poser en termes d’organisation pédagogique ou de condition de vie des étudiants. Car il est avant tout lié à un problème d’orientation »
Il s’agit de l’introduction d’un long texte de Martin Andler, titré « sauver la licence ». Je partage les grandes lignes de ce texte très intéressant. Ci-dessous quelques petits points de détails qui me sont venus à sa lecture. Ils sont très mineurs et ne n’enlèvent rien à la qualité du texte (il faut donc aller lire le texte d’abord avant de lire la suite de ce billet).
1) Ce constat d’agonie des filières universitaire n’est pas nouveau. Ça fait au moins 15 ans qu’on le sait mais les alternances politiques n’y ont rien changé. Je pense que cet échec est certes celui les politiques successives de l’ES (de droite comme de gauche) mais c’est aussi celui des universitaires. Analyser les raisons de cet échec de l’université me semble important si on veut parvenir un jour à une solution. Bref une once d’autocritique des acteurs universitaires me parait ici essentielle. Je pense aussi qu’on ne fera rien si on ne sait pas comment contourner les forces conservatrices antirévolutionnaires (les nonistes).
2) Souvent les universitaires sont assez sévères envers les étudiants (n’ont pas le niveau, ne travaillent pas assez, etc …). De leur coté, les étudiants ont aussi une vision assez négative de l’enseignement dispensé en licence (lire le billet "Les raisons de l’échec selon l’UNEF"). On pourra lire aussi le texte de Philippe Meirieu, qui a « un peu honte pour l’université » (lire ici). A ma connaissance, les universitaires continuent d’ignorer superbement ces critiques.
3) Il me semble essentiel de revaloriser l’enseignement dans la carrière des enseignants-chercheurs. L’enseignement n’est clairement pas la priorité pour un EC. On a discuté souvent de ça ici, par le thème de « l’enseignement punition » (lire nos billets "les raisons du mépris: l’enseignement punition" et "En finir avec l’enseignement punition") et on avait esquissé quelques possibilités.
4) L’auteur donne les raisons du succès des filières sélectives (CPGE, IUT, BTS). Il ne mentionne pas que l’une des raisons de l’échec des licences est que son public est devenu, depuis la grande massification, scolairement de niveau beaucoup trop hétérogène. On y trouve pêle-mêle des bons étudiants du bac général qui ne souhaitent pas s’orienter vers les grandes écoles et des diplômés de bacs pros refoulés des IUT et BTS. Bref dans ces conditions, comment faire un enseignement ? Les meilleurs s’ennuient à mourir (on pourrait les emmener beaucoup plus loin) et les moins bons décrochent tout de suite. Tout cela n’est pas du tout satisfaisant mais pourtant ça perdure. Orienter (donc sélectionner ?) permettrait de prendre en compte les pré-requis des élèves avant l’inscription dans telle ou telle formation.
5) L’auteur pense qu’il faut sauver la licence universitaire, pour des raisons très raisonnables. Toutefois le système est tellement agonisant qu’on se demande si ça vaut vraiment le coup. J’en avais d’ailleurs fait un billet : « faut-il sauver la licence universitaire » ? Comme lui, je pense qu’on ne pourra pas se contenter de petits pansements comme cela a été fait par V. Pécresse ou comme cela semble être programmé par le nouveau gouvernement. L’auteur donne quelques pistes très générales (mieux travailler sur l’orientation, redresser l’image très dégradée des cursus universitaires), mais on peut regretter qu’il ne donne aucune suggestion "choc". Pour ma part, j’en ai deux assez simples : il faut intégrer les CPGE à l’université et construire une interface avec les étudiants qui veulent s’orienter vers la recherche et les métiers de l’enseignement. Par ailleurs il faut poursuivre la construction/structuration de grands ensembles scientifiques et technologiques associant grandes écoles et universités.
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Sur le même sujet, ou presque:
- Faut-il sauver le premier cycle universitaire ?
- Tout sauf l’université
- Bienvenue à l’université (moderne) française !
- Premiers cycles, le grand enjeu
- Promesse de vie meilleure
- Re-nouer formation et recherche ou comment (re)-motiver étudiants et enseignants (-chercheurs)
- Développer les formations professionnelles à l’université ?
- En finir avec l’enseignement punition
- Vers un enseignement supérieur enfin unifié ?
- Refonder l’université, le verrou du premier cycle
- Faut-il sélectionner les étudiants à l’université ?
- Libertés universitaires: sélectionner ses étudiants
- Pratiques studieuses
- La licence, une ambition
- Oser la cohérence
- -Diversifier les parcours
- Les raisons de l’échec selon l’UNEF
- Retour du colloque de la CPU (mai 2011)
- Démocratie universitaire : réforme de la licence, un cas d’étude très virtuel
- Référentiels nationaux pour la licence
- Les BTS et IUT bientôt réservés aux bacheliers des filières professionnelles et technologiques ?
- Les IUT et BTS marchent sur la tête
- Et si on osait vraiment ?
… et bien entendu, relisez la fabuleuse histoire du monde merveilleux des girafes !


44 commentaires
Comments feed for this article
29 mai 2012 à 23:00
DM
L’intégration des CPGE aux universités est une vieille rengaine, qui en plus parle aux égalitaristes de gauche. Saurez-vous également parler haut sur la mise en place de la sélection au mérite, qui est il me semble implicite dans vos propos, et dont il me semble qu’elle est l’anathème pour l’UNEF (quelle que soit la représentativité que l’on accorde à ce "syndicat") ?
29 mai 2012 à 23:10
Rachel
@DM, je n’arrive pas bien à comprendre pourquoi les CPGE sont dans les lycées … Mais qu’il faille des formations « d’élites » et une sélection au mérite pour faire sortir du lot les meilleurs et leur donner une formation de haut niveau, aucun doute là-dessus ! Je ne suis pas du tout sur la ligne d’une « licence unique » !
29 mai 2012 à 23:20
DM
@DM: Elles sont en lycée car les professeurs qui y enseignent sont des agrégés, et qu’elles tournent dans un format lycée (un professeur par matière tout au long de l’année) et non dans un format université (des enseignants différents en cours, TD et suivant les modules).
Je pense qu’idéologiquement, la mise en place officielle d’une sélection au mérite des étudiants (autrement que par la lassitude et l’échec) est un sujet bien plus lourd que la position géographique des CPGE.
29 mai 2012 à 23:34
Rachel
@DM, peut-être mais il faut aussi convenir qu’on sélectionne déjà à l’université : c’est le cas par exemple des IUT ou des écoles intégrées. Alors ça n’est pas si révolutionnaire que ça, c’est le quotidien (tri de dossiers, entretiens). Pour préciser mon point de vue, je pense que le concept d’orientation est plus politiquement correct. Mais orienter, ça veut dire qu’on donne son avis sur le parcours visé et donc qu’on sélectionne (en fonction du niveau et pré requis, et bien entendu en prenant en compte le projet du futur étudiant). Ca veut dire aussi qu’on prévoit des formations y compris pour les moins bons des bacheliers. Bref une formation pour tous mais pas n’importe comment.
Pour les agrégés, ils peuvent aussi donner des cours à l’université. D’ailleurs certains le font (PRAG). Intégrer les CPGE aux universités ne veut pas dire que les agrégés restent au lycée.
Elles sont comment vos copies ?
29 mai 2012 à 23:51
étudiant inquiet
Rachel, je ne vois pas trop ce que l’intégration des cpge changera quoi que ce soit. Les licences classiques resteront les filières par défaut et les cpge garderont le 1er choix. Je crois au contraire qu’il faudrait aller vers la licence unique. La rigueur et la pluridisciplinarité des prépas avec la formation par la recherche des universités ; ce serait un beau slogan. Mais encore une fois, c’est à l’université de faire le premier pas.
29 mai 2012 à 23:52
Fabrice_BM
@DM @Rachel
Il y a un point assez important: le mode de rémunération.
Un PRAG à la fac est payé annuellement. Ce n’est pas du tout le cas d’un prof de prépa sur le statut "standard".
C’est d’ailleurs une sacrée différence de traitement entre ceux qui ont des prépa sur le nouveau statut (au sein d’université, PRAG) et ceux avec l’ancien (lycée, ORS etc…)
29 mai 2012 à 23:55
Fabrice_BM
@Etudiant Inquiet
Le texte de M. Adler est d’ailleurs édifiant: "Donnez nous les élèves, et peu importe ce qu’on en fait", et puis "faites pas chier".
Ca rejoint le texte récent de l’olibrius de Lakanal dans lemonde.fr qui disait à quel point Harvard était de la merde, puisque Ô comble de la forfaiture, les élèves évaluent les enseignants…
Pour son information, les professeurs sont évalués en école d’ingénieur. Ceci explique d’ailleurs peut-être pourquoi les enseignements sont aussi proche des besoins des milieux professionnels…
30 mai 2012 à 07:43
DM
@Fabrice_BM: D’habitude, on ne demande pas d’évaluer pas les professeurs en eux-mêmes, mais leurs enseignements. :-)
Je pense que l’adéquation des enseignements aux milieux professionnels est un problème différent de l’évaluation des enseignements par les étudiants…. tout simplement parce que les étudiants connaissent rarement la réalité professionnelle !
Mon expérience : certains étudiants ont des idées arrêtées sur ce qui est ou non utile dans l’industrie en se basant sur des préjugés ou alors sur la micro-partie de l’industrie qu’ils connaissent. Cas concrets : en 1999 des étudiants se plaignaient qu’on leur faisait étudier Java (langage alors hyper à la mode, on disait que c’était l’avenir de l’entreprise et du Web), ce « vieux truc » (date de 1995) et non C++ que « tout le monde utilise maintenant » (date du début des années 1980).
Mon impression : la différence entre une grande école d’ingénieurs (sans prendre en compte l’X, dont le cursus est vraiment spécial) et l’université, c’est que l’école d’ingénieurs mettra des cours obligatoires de management, création d’entreprise, sport, etc.
30 mai 2012 à 10:07
Astronaute en transit
Quand on parle de "sauver la licence", est-ce que cela veut dire qu’elle peut mourir? Bien entendu, il ne s’agit pas ici de relever que M. Adler, ou Rachel (qui nous parle "d’agonie") ont une vision physique de ce que serait la mort des licences. Je crois qu’ils reprennent en fait tout un vocabulaire qui circule dans les temps présents… n’y a-t-il pas aussi un groupe corporatiste qui s’intitule "Sauvons l’Université" (à moins que ça ne soit "Sauvegarde" de l’Université, de la Recherche, on ne sait plus très bien hormis qu’ils disent un peu la même chose).
Il convient de se demander si l’université, ou la recherche, ou même un cycle d’études qu’on appelle licence sont des objets qui peuvent disparaître, ou justement, êtres "sauvés" d’une disparition. C’est un peu le problème qui semble se poser avec le désarmement nucléaire. Peut-on "désinventer" la licence aussi bien que la bombe atomique?
Sans doute la notion de "disparition" de la licence qu’on n’aurait pas "sauvée" est à comprendre moins en terme de disparition qu’en terme de remplacement: en gros, si la licence ne devient pas intéressante, quelque chose d’autre la remplacera. Ou bien on peut comprendre que la licence deviendra un cursus et un diplôme complètement impersonnel, une pure formalité sans utilité. Cela dit, si la licence connait une telle évolution, on voit mal comment à terme elle ferait l’objet d’un "sauvetage", car ce n’est pas sauver quelque chose que de prolonger son processus de pourriture.
Parler de "transformer" ou de "réformer" la licence, ça fait sans doute un peu langue de bois, mais est-ce que ça ne serait pas plus précis quant aux intentions? D’abord cela peut reconnaître la licence comme un concept, ou une institution immuable, mais cela voudrait dire qu’on n’entend pas la préserver telle quelle. ça fait aussi moins dramatique que "sauver" (de la soi-disant "mort"), mais l’excès de dramatisation n’est-il pas aussi un facteur problématique de tout ce débat?
Au fond, cette question est simplement celle non pas de la sauvegarde de la licence mais de l’interrogation sur l’utilité, l’efficacité et la finalité du travail en vue d’un premier cycle de diplôme à l’université, travail fait tant par les étudiants que par les universitaires, lesquels offrent aux premiers ce qui est bien un produit. Ce produit connait manifestement des défauts, il se déprécie, il s’obtient avec un gaspillage de ressources considérables. C’est donc qu’il faut l’améliorer, plus que le préserver, mais sur les moyens pour ce faire, manifestement, les opinions sont très partagées.
30 mai 2012 à 10:24
Dan- visseur lycéen - tardif
Décidément, c’est obsessionnel : casser ce qui marche pour réparer ce qui est en faillite.
1 – Les CPGE sont dans les lycées parce que le cadre permet de travailler sans avoir les contraintes d’une gouvernance déréglée. Un lycée a au max 3000 élèves et, pour les Lycées avec CPGE, un vrai patron qui peut consacrer du temps à diriger. C’est impensable quand on a des monstres de 20000 étudiants : le président fait de la politique interne, de la négociation, …
2 – les profs de CPGE sont des enseignants, pas des Chercheurs ( avec l’auréole virtuelle que ceux ci se sont attribuée) . les profs de prépa que je connaissais consacraient leurs soixante heures de travail par semaine à leurs élèves et rien d’autre : préparation, DS chaque semaine, corrections, …avec une seule volonté : les voir réussir le concours. Dans certains établissements, il y a en plus une dimension humaine forte ( travail en équipe, valeurs humaines, engagements extérieurs…)
3 – les lycées peuvent travailler jusque fin Juin , même quand les autres élèves sont partis. C’est même une période faste pour bosser, car le Lycée est "pour nous"
4 – les profs de CPGE sont la plupart du temps accessibles. Nombre d’entre eux communiquent leurs courriels aux élèves, voire leur portable;
5 – le travail en CPGE est considéré comme normal, y compris pendant les vacances.L’ambiance des lycées à CPGE est, en général, une ambiance studieuse, et cela joue beaucoup.peut être est-ce aussi le cas dans certaines facs, tant mieux .
6 – Dans une CPGE de 38 élèves, on entend (presque) les mouches voler parce que les élèves ( pas les "étudiants" ) ont envie d’apprendre. Quelle que soit la noblesse de leur motivation;
7 – les causes de l’échec de la licence sont tellement connues que c’en est désolant : trop d’étudiants hétérogènes dans des filières qui n’aboutiront pas, et tout le monde le sait. cf. l’article du monde "Un tiers des diplômés de l’année 2011 n’ont pas trouvé de travail" : un titre imbécile qui ne fait pas la différence entre les diplômes et les filières, comme si seul comptait le nombre d’années après le bac !
Désolé, chère Rachel, mais votre idée fixe de casser les CPGE me désole toujours autant et ne résoudra en rien la question des licences. il faut réduire le nombre global des étudiants, et proposer aux jeunes bacheliers :
- des formations courtes très pratiques et professionnelles
- des mises à niveau en vie pratique ( faire un budget, comprendre le droit, les institutions,comprendre ce qu’est un prix de revient et à quoi correspondent les charges, faire un budget de PME et voir qu’il n’y a pas de miracles, créer sa micro boite…)
- des "coups de pouce" pour crer leur empoi
Anecdote illustrative Un bon copain, 30 ans, d’origine marocaine,a quitté après le bac pour crer un fast food. Echec, et plein de problèmes. Il rentre comme commercial dans une boite, et la quitte pour créer une autre. Cela marche pas mal, mais il veut faire autre chose; il vient de créer une troisième entreprise avec sa femme, à partir d’un bon concept de site. Il n’a jamais désespéré, il a su s’entourer, écouter, apprendre de ses échecs, Il n’a pas la licence ! J’admire son sens de l’entreprise, son ardeur, son humour, sa capacité à rebondir, même lorsqu’il a été "truandé" par tel ou tel, à ne pas gémir .
Avec plus de recul, nous savons bien qu’on ne pourra pas absorber 50% d’une classe d’âge en "encadrement" payée à 2500 € ( soit un coût pour l’entreprise d’environ 4500 € ) donc devant générer un chiffre d’affaires supérieur . On ne connait pas de recettes miracles. Ce qui implique de repenser le modèle de développement, qui ne tient pas face à l’explosion démographique et l’épuisement des ressources ( cf Article de Dennis Meadows – un des auteurs du rapport du club de Rome – cf. Pierre rahbi et la sobriété heureuse + une croissance intelligente , au sens de Stiglitz+Sen)
Alors, casser les CPGE pour traiter l’échec de la licence, c’est casser l’horloge qui fonctionne pour trouver le temps d’aller à la plage. ce qui n’est pas votre souhait, ô Rachel interstellaire.
30 mai 2012 à 11:55
Petit cerveau
Dan, je crois que la conclusion qu’appelle votre critique (on ne pourra pas absorber 50% d’une classe d’âge en “encadrement” ) est assez simple: la qualification cadre passe au niveau M, ce qu’elle devrait deja etre dans les faits, non?
30 mai 2012 à 14:34
Astronaute en transit
Ce qui est toujours désopilant du point de vue historique, c’est que la licence a longtemps été le diplôme de base des études universitaires, et ce dans bien des pays. C’était non seulement une qualification académique, mais c’était une qualification reconnue sur le marché du travail, donnant accès, comme le rappelle précédemment Petit cerveau, à un niveau cadre… Bien sûr, c’était il y a longtemps, avant que nous ne soyons tous nés!
Ce sera, à l’avenir, un intéressant sujet de recherche que d’étudier la dépréciation historique de la licence en tant que diplôme académique et en tant que qualification professionnelle, un peu comme l’odyssée du franc germinal jusqu’au nouveau franc et pour finir l’euro (et dieu sait quelle nouvelle appellation fantaisiste "eurofranc" que nous concoctent les souverainistes démondialisateurs aujourd’hui bien en cour). Comme pour les origines des grands conflits, on départagera peut-être cette dépréciation de la licence universitaire en causes de long terme et causes immédiates. les chercheurs aboutiront sans doute au fil de leurs croisements des sources à des responsabilités multiples, partagées par degrés, entre les différents acteurs.
Comprendre ce phénomène est plutôt du ressort de l’avenir, car étant encore plongés dans le coeur du problème, nous manquons trop du détachement nécessaire pour faire un bilan historique des plus objectifs. En attendant donc que le temps passe, que faire pour "sauver la licence"?
J’ai déjà dit qu’à mon avis, il s’agit plus de transformer la licence que de la sauver.
Notre ami Dan bondit à chaque fois que la forme actuelle des CPGE est remise en cause. Je ne suis pas de cette écurie, mais j’avoue ne pas trop comprendre en quoi le transfert des CPGE d’un lycée vers une université aiderait à "sauver la licence", si ce n’est, peut-être, que par des effets "culturels" espérés de ce transfert pour faire évoluer les méthodes de travail et d’encadrement du premier cycle universitaire. En gros, mettre l’esprit CPGE dans les cours de licence.
Au delà de la considération de Dan selon laquelle il ne faut pas "casser ce qui marche", avant de procéder, il faudrait d’abord s’assurer que cet effet d’imitation aurait bien lieu. Les personnels enseignants existants actuellement à l’université peuvent-ils aisément se reconvertir en profs de CPGE? (peut-être, s’il est entendu qu’ils viennent du moule "agrégés"? mais ne le sont-ils pas déjà, et donc en quoi travaillerait-ils différemment d’aujourd’hui?) Quand aux étudiants, qu’il ne faut pas sélectionner car ce serait antidémocratique (pardon, "antirépublicain"), est-ce qu’une seule "orientation" parviendrait à les mettre dans le bain d’une culture de travail "classe prépa" alors qu’ils représentent un public très hétérogène et généralement moins doué si on en juge leurs moyennes au secondaire?
Il me semble qu’à défaut d’effectuer cette fusion université-CPGE qui causera sa énième crise d’urticaire à l’ami Dan, il faut se demander si l’université ne pourrait pas se réformer toute seule, sans avoir besoin de l’aiguillon CPGE intégré en son sein. Le problème est bien entendu aussi dans la résistance, tant des enseignants que des étudiants depuis les années 1980, à toute réforme de fond. Proposer une réforme, ça ne sert qu’à mettre tout le monde dans la rue (comme au Québec actuellement), et après une reculade, à diminuer encore plus le crédit et le sérieux accordé à tous les acteurs de cette comédie (universitaires, étudiants, autorités publiques). Faire capoter une réforme, ce n’est pas difficile en France, il suffit de la décréter "d’inspiration néolibérale", terme qui sera repris par les journalistes et ensuite par tout le bon peuple moutonnier, qui dira aux sondeurs "comprendre" et "approuver" le "mouvement" (de grévistes payés).
Il est à craindre que les acteurs de la licence se soient mis dans la panade à eux tout seuls, et que c’est d’abord de leurs comportements et de leurs mentalités qu’une transformation de la licence dépendrait. Il faudrait revoir à fond le principe de fonctionnement, d’enseignement et de recrutement tant d’étudiants que d’enseignants-chercheurs des universités avant de rendre à la licence un peu de sa qualité d’antan, un peu bien sûr puisque de d’autres diplômes et formations existent tant pour la concurrencer et pour la compléter. Je range ceci dans la catégorie d’un des travaux d’Hercule, alors que la fusion université-CPGE ne pourrait bien être qu’une mesurette, je crains.
30 mai 2012 à 15:10
dan- visseur urthicant
En gros, mettre l’esprit CPGE dans les cours de licence. : c’est évidemment le contraire qui se produirait, en vertu d’un bon vieux proverbe : la mauvaise monnaie chasse la bonne. Jamais une CPGE perdue dans les sables mouvants de l’université ne pourra "influencer " la licence. Et puis, il y déjà les polytech ‘ : en quoi ont-ils transformé les licences ? quelles sont les conditions de réussite ?
Une fois de plus, outre l’urthicaire qui m’envahit, en attendant le zona, c’est le refus de voir que, par construction, une université à la française n’est pas gérable : trop gros, trop lourd, trop "pluridisciplinaire" bidon,trop de petits chefs, trop d’étudiants pas à leur place, pas de capacité de décision, pas d’attachement des profs et des élèves à leur boutique.
Je suis aussi ancien de paris VI , qui a créé un groupe facebook pour les alumni de Paris VI. Par souci de loyauté envers cette fac où j’ai passé un DEA en travaillant, j’ai adhéré. Aux dernières nouvelles , nous étions..2 (le créateur du groupe et ma pomme) 24 mois après la création du groupe.
Alors, fichons la paix aux CPGE et aux GE, et occupons nous de ce qui est faisable , peut être : un enseignement exigeant en université, avec des profs-profs, passionnés d’enseignement, des profs- chercheurs, des chercheurs chercheurs, et une administration rigoureuse .
30 mai 2012 à 15:19
dan- visseur automatisé
@ Petit cerveau : la qualif "cadre" est bien associée au niveau M, mais que faire de centaines de milliers de "niveau licence" ? ils n’accepteront pas des travaux manuels, ou d’exécution, et demanderont un salaire supérieur à celui des ouvriers ou employés. Mais il n’y a pas de postes pour tant de monde- sauf à accepter de considérer que licence = certificat d’études des années 1930. Pas gagné.
Prise de conscience, enfin : la révolution informatique crée un certains nombre d’emplois, mais en supprime beaucoup plus. Il n’ya qu’à la sécurité sociale que les effectifs ne bougent pas malgré l’informatique. Quand je visite une usine automobile aujourd’hui, je constate qu’elle est vide de personnel- et c’est vrai dans beaucoup de process. l’automatisme supprime les emplois de production, crée quelques postes de conception et management, et beaucoup de surveillants et emballeurs;C’est vrai aussi en Chine : Flexcon va réduire à 500000 son million d’ouvriers en automatisant.
La fuite en avant vers le supérieur repose sur une croyance, non vérifiée.cela rappelle le naïf Alfred Sauvy des années 1970.
30 mai 2012 à 16:33
Petit cerveau
@ Dan, il doit y a avoir une gradation entre cadres et ouvriers/employes qui conviendraient (et convient sans doute deja) a un niveau licence? ceci dit, c’est vrai qu’il ne s’agit peut etre plus d’emplois perennes.
@ tous, vous avez vu cet article du Monde d’aujourd’hui, "une licence entre prepa et universite" sur la licence de Paris Sciences et Lettres?
30 mai 2012 à 17:14
Astronaute en transit
@ Petit cerveau, j’ai remarqué que le dernier bulletin Educpros reçu ce matin en parle aussi…
30 mai 2012 à 17:20
amigues
Je suis d’accord avec Rachel que les universitaires feraient bien de balayer devant leur porte. Pour les CPGE, je suis d’accord avec Dan, c’est un système qui marche et il ne faut pas mettre la charrue avant les boeufs. D’abord, il faut relever le niveau dans les universités, et quand cela sera fait, on pourra réfléchir calmement à tout cela.
Il y a beaucoup de débats outre-atlantique sur la pédagogie universitaire. Rachel a fait des billets là-dessus. Avec les moyens techniques dont nous disposons, on peut très bien imaginer que des équipes d’enseignants s’attellent ensemble à la réalisation de supports de cours pour le premier cycle. Ces supports iraient bien plus loin que les habituels polycops ou autres powerpoint, conçus chacun dans son coin au petit bonheur la chance.
Combinant vidéos, wikis, synthèses textuelles, simulations par ordinateurs, expériences virtuelles, moteurs de référencement bibliographiques dédiés, ils se présenteraient comme un corpus vivant car en évolution permanente dans des réseaux d’enseignement inter-universités et nourris d’évaluations et de retours d’expérience des enseignants et des étudiants. L’essentiel est que le processus soit interactif et que tant les enseignants que les étudiants puissent observer la progression des acquis tant d’eux mêmes que des autres, assemblés en groupes d’apprentissage.
On n’apprend que de ses erreurs mais on peut aussi beaucoup apprendre des erreurs et des difficultés des autres. Ces efforts pourraient être commentés sur des blogs et des séances orales se dérouler en tweets. La connectivité sur mobiles est aussi essentielle pour pallier les absents. Bref, nous avons un arsenal technologique conséquent dont nous nous servons très mal. Il est grand temps de s’y mettre je crois.
Pour être bien clair, je sais très bien que la technologie n’est pas tout. Les australiens avaient tenté de rompre les problèmes d’isolement des enfants d’agriculteurs en développant l’enseignement à distance par la télévision, échec complet. L’interaction personnelle physique en petit groupe est essentielle, tant dans les rapports entre enseignants et étudiants, qu’entre enseignants et enseignants ou entre étudiants et étudiants. C’est la conclusion de toutes les études américaines sur le sujet. Il s’agit donc de maximiser ce potentiel d’interaction physique en s’aidant de la technologie.
30 mai 2012 à 17:44
marc G.
@Dan 15:19 que fait-on des gens qui ont bac+2+bac+3 : par exemple, parmi les personnels administratifs des universités, et de l’éducation nationale je crois aussi, on observe que beaucoup de concours de cat. C sont pourvus par des personnes ayant au moins niveau cat. B, pour des emplois qui savent exploiter, voire qui exigent, des compétences de type cat. B.
30 mai 2012 à 17:55
Rachel
@Astronaute, je reprenais un peu le vocabulaire des docteurs-refondateurs, qui parlaient d’un système « à l’agonie pour nombre de ses composantes » ou « en danger de mort lente ». Malheureusement ces refondateurs ont disparu. Ils n’étaient certainement pas d’accord sur le mode opératoire pour traiter l’agonisante et l’ont laissé à son triste sort.
@Dan, mon visseur, c’est amusant : je dis « intégrer les CPGE dans les universités » et vous traduisez « casser ce qui marche ». (j’en profite pour préciser-insister que cette idée n’engage que moi, pas l’auteur du texte « sauver la licence »). J’avoue ne pas bien comprendre. Ensuite tout votre argumentaire est basé sur cette traduction. L’image de l’université est-elle à ce point dégradée ?
Je reprends vos différents points, dont la plupart sont absolument erronés, même si vous allez trouver par ci par là des contre-exemples (malheureusement rien n’est parfait, j’en conviens).
1) Dans les grands ensembles (par exemple une grosse université), il y a un découpage des responsabilités et des formations en plus petits morceaux qui sont de taille humaine. Il n’y a pas qu’un seul patron pour 20 000 étudiants. Le président coordonne tout ça mais ne fait en aucun cas le travail d’un directeur de composante ou d’un responsable de formation. Par ailleurs en sciences, on est loin d’avoir des grosses promos.
2) C’est pourquoi je dis que ça marchera que si on parvient à ce que l’enseignement soit mieux considéré dans la carrière d’un EC. Je pense comme vous que pour qu’une formation fonctionne bien, il faut y passer du temps et il faut que quelques personnes s’y consacrent à plein temps. Je pense que des EC pourraient se reconvertir dans l’enseignement (et son administration) et être libérés de leur tâche de recherche. Ca me parait devenir difficile de faire tout, surtout qu’on additionne maintenant des missions de valorisation, d’insertion professionnelle. On a fait de l’EC un homme-orchestre et alors que je pense qu’il faut un minimum de spécialisation et missions claires pour être efficace et impliqué dans ses missions. Penser que tout le monde peut faire tout avec le même bonheur est une ineptie.
3) Je travaille à l’université et mes premiers cours sont début septembre, quasi en phase avec la rentrée scolaire. Fin aout-tout début septembre c’est la période des retours de stage (idem pour période début-mi-juillet), sans compter les diverses réunions de jurys, de coordination emploi du temps ou autres petites choses du quotidien. Il est vrai que je travaille dans une école d’ingénieurs mais mes collègues des IUT ont le même phasage et celui des UFR n’est pas si différent.
4) Aujourd’hui j’ai reçu un étudiant dans mon bureau et j’ai répondu à deux sollicitations par mail. La légende des EC inaccessibles ou est fausse.
5) Ambiance studieuse : les publics sont quand même assez différents entre CPGE et ailleurs, idem pour les motivations. Ce que je pense c’est qu’on n’en demande pas assez aux étudiants en licence (voir ce qu’en dit l’auteur du jour ainsi que mon billet sur les pratiques studieuses (comparatif entre les différentes formations). http://rachelgliese.wordpress.com/2010/11/06/pratiques-studieuses/
6) En sciences il n’y a plus beaucoup de monde. Je prends le pari que les effectifs dans les classes de licence sont plus faibles que celui dans les prépas.
7) Tout à fait d’accord au sujet de trop d’hétérogénéité de niveau en licence.
30 mai 2012 à 19:25
Astronaute en transit
@ Dan, pour réaliser le "faisable", il me semble que l’anicroche ce serait d’avoir à démolir de fond en comble des structures existantes (dont vous remarquez qu’elles sont justement très grosses et ingérables) ainsi que les conceptions des personnes qui opèrent actuellement dans ces dites structures… du coup, il y a de quoi se demander si c’est "faisable" (bien que nécessaire)!
30 mai 2012 à 19:31
Astronaute en transit
@ amigues, dans mon travail passé, j’aurais bien aimé faire ainsi partie d’une "équipe"… je pense qu’en associant ainsi nos travaux, savoirs-faire et tutti quanti, nous aurions tout d’abord été véritablement été "collègues", ç’aurait été enrichissant pour nous, et il n’est pas impossible que nous aurions sensiblement amélioré une offre d’enseignement déjà loin d’être mauvaise. Ce sera une chose de plus que je pourrai regretter d’avoir manquée après avoir quitté la profession!
30 mai 2012 à 19:59
Rachel
@Astronaute, ça me fait penser à la deuxième novation pondue par la CPU en mai dernier : « Comme nous avons su mettre en place des équipes de recherche, il nous faut des équipes pédagogiques avec un mode d’organisation spécifique, pour la licence ». Dingue !
http://rachelgliese.wordpress.com/2011/05/14/licence-premier-retour-du-colloque-de-la-cpu/
30 mai 2012 à 20:03
Astronaute en transit
@ Rachel, une remarque sur ces fameux EC reconvertis et la nécessaire amélioration de la considération de l’activité enseignante dans l’université: autant il est sans doute important de faire délivrer l’enseignement de premier cycle par des personnels très investis dans cette tâche (ce fut mon cas, malgré le traitement minable en retour) il faudrait aussi veiller à ne pas penser qu’être un "enseignant universitaire investi" c’est être tout simplement un prof façon CPGE (autrement dit un agrégé assez pointu, genre normalien qui de temps en temps à un peu publié). Dans mon esprit, ces gens là ne sont encore que des profs de lycée, et pas équivalents des universitaires. (précision: ce n’est pas un jugement sur la compétence, ou l’intelligence, mais simplement sur la différence de finalité du métier puisqu’en "prépa" on prépare un concours d’admission et non pas un cursus de diplôme) Si l’on entend que l’enseignement universitaire soit bien d’une valeur ajoutée par rapport à celui du lycée (comme j’ose croire que l’enseignement CPGE est d’un contenu et d’une ambition supérieures à ce que les élèves recevaient avant le bac) il n’est pas souhaitable que l’enseignement universitaire renonce tout à fait à la recherche… peut-être cela dépend-il de comment on conçoit la recherche, mais sans faire de mirifiques découvertes qui valent publications et prix prestigieux, la maîtrise de l’état actuel de la recherche, notamment dans sa dimension internationale, constitue un fameux investissement… de recherche. C’est un genre de travail que l’universitaire, passé par le cursus doctoral, est capable de faire mieux que n’importe quel prof de lycée, voire que certains profs de CPGE (en lycée, gnangnan). Bien entendu, on retombera dans la question concernant le peu de valorisation du diplôme doctoral (parce que le doctorat ça ne vaudrait rien, on ne le passe qu’avec la complaisance du directeur de thèse et des jurys achetés, blabla…). Mais supposons que ce doctorat, par une modification de mentalités (le plus infaisable de tout ce programme, on est en France!), soit lui-même plus valorisé et considéré (j’entends par son exigence au recrutement et un niveau de rémunération que cela commanderait) alors l’enseignant qui utiliserait le savoir-faire de son doctorat pour maitriser cette recherche light qui lui permet d’être un enseignant mieux informé que ses collègues du secondaire/CPGE, alors là cet enseignant se verrait lui-même mieux considéré comme universitaire, et incité au niveau d’investissement nécessaire pour des premiers cycles de plus grande qualité, tout en y associant par exemple le travail d’équipe et de réseau auquel amigues faisait allusion. Il ne me semble pas qu’il s’agisse ici, pour "sauver la licence", de la secondariser en s’assurant que ses enseignants ne soient plus rien d’autre que des profs du secondaire dans leur façon d’opérer. Les profs d’université ont peut-être des trucs pédagogiques à reprendre du secondaire ainsi que des CPGE, mais autant qu’ils conservent un petit peu de ce qui les différencie des enseignants du secondaire, par un minimum de recherche, d’assurer un service d’un degré quelque peu supérieur. Mon propos n’est pas ici de manifester un quelconque snobisme, mais où serait l’intérêt à ce que l’enseignement "supérieur" soit en tout point identique à ce qui le précède, je veux dire sans contenu et ambition plus avancés que ce qui est demandé dans le secondaire?
Quelque part j’ai un peu l’impression de défendre du statu quo pour les universitaires qui sont déjà champions à le faire, réclamer le beurre et l’argent du beurre ils savent faire, et je les ai toujours critiqués pour cela, et je le ferai encore longtemps je crains. Mais j’espère qu’on comprendra plus que cela dans mes propos ci dessus.
30 mai 2012 à 20:15
Rachel
@Astronaute, ce thème de qui doit enseigner dans les licences universitaires est très important. Je suis assez d’accord avec vous, mais d’un autre coté il faut quand même constater que suite à la grande massification, beaucoup d’étudiants arrivent à l’université très mal préparés pour recevoir un enseignement de type universitaire tel qu’on pouvait l’entendre il y a encore 20-25 ans (je ne mets pas ici en cause les profs du secondaire, simple conséquence d’un accroissement des flux).
Par ailleurs, les universitaires devraient répondre aux critiques de l’Unef sur la pédagogie universitaire :
• « Le contenu des enseignements et les modes de transmissions des savoirs n’ont pas évolué et n’ont pas su s’adapter à la massification de l’enseignement supérieur et à l’accueil des 2.2 millions d’étudiants.
• Les techniques d’enseignement et leurs contenus n’ont pas su prendre en compte l’évolution de la société et sont rester dans un conservatisme qui conduit aujourd’hui à un échec massif des étudiants.
• L’université reste structuré par et pour la recherche alors que moins d’1% des étudiants s’y destinent.
• Les enseignements universitaires sont restés très cloisonnés et la pédagogie est absente des bancs des amphis.
• La technique du bachotage est trop souvent présente, celle qui consiste à intégrer le plus de connaissances brutes possibles, sans utiliser les outils méthodologiques ou réquisitionner ses compétences.
• Seules quelques formations ont su évoluer, comme celles dispensées dans les IUT ou dans les licences professionnelles. Mises à part ces quelques exceptions, la pédagogie universitaire n’a pas changée alors que le public étudiant c’est fortement diversifié.
• La pédagogie est devenue un tabou dans l’université : les enseignants ne reçoivent aucune formation pédagogique et professionnelle, les cours d’amphis ne sont jamais réfléchit dans un objectif pédagogique. Finalement seuls ceux qui ont le bagage culturel suffisant réussissent à l’université.
• L’absence de suivi individuel prive les étudiants d’une éventuelle progression et ne fait qu’accentuer leurs lacunes.
• Les pédagogues ne sont pas toujours les bienvenus, et ne sont pas valorisés au sein de l’université. Les enseignants à l’université sont d’abord reconnus pour leurs travaux de recherche. C’est d’ailleurs ces mêmes travaux qui guident à l’évolution de leur carrière. Cette logique conduit un certain nombre d’enseignants chercheurs à se considérer « comme maitres du savoir », et laissent le soin à leurs étudiants de se débrouiller pour intégrer cette parole. La pédagogie doit être valorisée dans les carrières et dans les salaires. Si la réussite n’est pas une priorité pour les enseignants, comment pourrait-elle devenir réalité ? »
30 mai 2012 à 21:13
nathalie
astronaute, on ne "maîtrise pas l’état actuel de La Recherche" mais celui de la micro portion correspondant à sa spécialité. Je doute que ça apporte un plus à un enseignement des 2 premières années post bac, qui est souhaité comme étant assez large.
Faut il vraiment exiger un doctorat pour enseigner les bases de la mécanique et de la thermo ? J’ai l’impression que ça contribue à créer des frustrations de part et d ‘autres, le docteur pensant qu’il serait plus utile ailleurs, et les étudiants pas toujours convaincus par l’enseignement de celui qui n’a plus fait de mécanique ou de thermo depuis des années…
On retrouve des docteurs un peu à tous les niveaux (école primaire, collège, lycée…). Sont ils de meilleurs enseignants pour autant ?
C’est peut être différent en sciences humaines, je n’en sais rien.
30 mai 2012 à 21:36
étudiant inquiet
Nathalie, en ce qui me concerne (Histoire), il me semble impensable qu’un non-docteur (ou en cours de doctorat) délivre des cours d’enseignement supérieur. Un non-docteur n’aura jamais le recul nécessaire pour enseigner la complexité de l’Histoire et ne pourra donner qu’une version "officielle" emprunte d’idées reçues. Les sciences exactes n’ont peut-être pas ce problème.
Dans la lignée de ce que dit l’Astronaute, je pense que ne pas exiger le doctorat pour enseigner à l’université (au moins en SHS) serait dans la continuité de la secondarisation rampante du 1er cycle.
30 mai 2012 à 21:55
Marianne
Bah en maths pas d’accord…Il faut commencer par le debut…Et le debut, jusqu’au L3 compris n’a rien et ne peut pas vraiment avoir de rapport avec la recherche. Ou alors peut etre un tout petit peu en maths appli ou on peut faire un cours "culturel" ou on explique les appli des maths dans la "vie courante"
On m’a file un truc du genre a faire "maths et signal"
Mais c’est clairement du tres superficiel et en tous cas ce ne serait utile qu’a des etudiants qui maitriseraiient les bases…ce qui n’est pas le cas de tout le monde
Donc en maths oui l’enseignement cpge est meilleur et d’ailleurs 90% des chercheurs en maths ont fait une prépa
Je ne connais quasiment pas de pur produit fac qui ait un poste de chercheur en maths. D’ailleurs c’est paradoxal, tyous mes colleguesenseignent dan,s un systyeme qu’ils ont cherche a eviter en tant qu’étudiants (meme si c’est moins le cas en maths appli)
30 mai 2012 à 21:58
DM
« La pédagogie est devenue un tabou dans l’université : les enseignants ne reçoivent aucune formation pédagogique et professionnelle »
Et le CIES ?
30 mai 2012 à 22:32
Fabrice_BM
@DM
Je n’ai pas été suffisamment clair. J’évoquais plusieurs choses
1) l’évaluation des enseignants/enseignements par les élèves. En ciblant les questions posées aux élèves, on peut tout à fait en tirer des renseignements sur la qualité des cours/matériel pédagogique, etc… Je trouve que l’ECP, à titre d’exemple, fait ça très bien.
2) l’adéquation des cours.
Cela n’a en effet rien à voir avec les élèves :-) Enfin, pas tout à fait.
Les anciens élèves, sont sollicités, au travers des fora, ce qui permet d’avoir du feedback sur ce qui a été enseigné.
D’autre part (c’est surtout ce que j’avais en tête), les entreprises sont souvent sollicités pour signaler les domaines porteurs et encourager le développement d’options. Après, ce seront aux directeurs d’enseignement d’arbitrer et de définir une ligne pédagogique, mais à tout le moins, celle-ci n’aura pas été conçue totalement hors du monde…
30 mai 2012 à 22:32
Dan- visseur compatissant
Merci à l’étudiant (inquiet, certes) de souligner qu’on ne peut traiter de la même façon les SHS et les Sciences. Problématiques, emplois, motivations, urgence et échelles de temps, matériel et outils : beaucoup de différences qui justifient une analyse et des propositions différentes. Rachel se situe du côté des Sciences. Pas de problème a priori pour faire de la formation Bac+2 en sciences avec des profs-profs, pas des chercheurs : il y a tant à apprendre de choses structurées, établies, qu’il vaut mieux investir dans la pédagogie et la compétence . J’ai eu de très bons profs de taupe, et d’autres auxquels je ne comprenais rien. Tous compétents, profs-profs, mais pédagogues ou pas.Heureusement, nous bossions beaucoup en plus des cours,seuls ou en binôme.
S’il n’y a pas beaucoup d’élèves en Sciences, comme le dit Rachel, où est le problème ? Vraisemblablement dans le niveau , faible ou hétérogène, dans l’absence de sélection, dans le travail fourni, dans la pédagogie.Aucun de ces facteurs n’exige de brader les CPGE. L’idée du travail en équipe pour les enseignants de licence? pourquoi pas ? Cela doit exister déjà, non ?
Le concours est un puissant adjuvant des CPGE . On peut discuter , mais pourquoi ne pas laisser ce système, le moins injuste connu, en parallèle avec la licence scientifique, qui doit pouvoir se changer d’elle-même.
Dans Le monde de ce soir , outre l’article sur la licence HIV ( hypersélective, yippie) un article sur l’attrait des GE sur les étudiants asiatiques et Marocains. Ces gens ne lisent pas la presse française qui débine les GE (trop petites,pas de recherche, …) ? ils ne connaissent pas le sublime classement de Shangaï (big is not enough – try fat) ? y a un truc.
Merci Rachel d’avoir rappelé les critiques de l’UNEF, que j’avais, à mon immense étonnement, approuvées à l’époque où vous les publiâtes. Qu’est-ce qui empêche de les prendre au sérieux, et peut être de faire un marché : on s’en occupe sérieusement et, en échange, on sélectionne ?
Oui, Rachel , je connais mal l’Univ actuelle. Est-ce qu’on peut toujours faire une licence de sciences sans cours d’anglais , de culture générale, de mécanique et d’électricité, de sport, de chimie, de méthodes de calcul et de technologie, en se concentrant sur un seul domaine ? C’est un choix proposé aux étudiants, ok, mais laissons les autres choix possibles.
Je crois fermement que les CPGE en Université deviendront un enjeu politique et un chiffon rouge pour nos amis syndiqués( budget, statuts, compétition, locaux, TP…) et qu’elles y crèveront.
Ce que Rachel répond au point 5 (ambiance studieuse ) met de l’eau sous les pales de mon moulin. Cf. les commentaires de l’époque de publication de son billet ( en particulier sur le coût réel d’une formation d’ingénieur – coût horaire – coût du diplômé)
Mais je m’interroge : la licence de Rachel coule-t-elle ? Si tout est si bien, pourquoi se mourrait-elle ?
30 mai 2012 à 22:35
Fabrice_BM
@DM
sur l’anecdote "Java" je te rejoins bien entendu, et je n’ai jamais réclamé que l’ESR devienne un pâle centre de formation.
Par contre anticiper que la mesure des risques sera un challenge et donc axer l’offre de cours en ce sens (=> probabilité/calcul stochastique/simulation/modélisation aléatoire) fait partie des choses qu’une école d’ingé réalise typiquement 100 fois plus vite qu’une université. Même si l’on peut citer des exceptions notables :-)
30 mai 2012 à 23:02
Astronaute en transit
Nathalie, il est utile de préciser que comme l’étudiant, j’ai exercé dans les sciences humaines, ça explique donc ma perspective. Pour autant, je n’ai été jugé que bon à être vacataire pendant une décennie, mais je ne crois pas que j’aurais obtenu le moindre emploi d’enseignant pour commencer si je n’avais été doctorant et ensuite docteur, et je souligne par ailleurs qu’à l’étranger, ce diplôme m’était encore plus nécessaire et qu’on n’y a pas les préjugés anti-doctorat qui sont de rigueur dans l’enseignement français.
Rachel, bien entendu, le choix de massifier l’enseignement universitaire a eu des conséquences (démontrant surtout des inconséquences, puisqu’on a continué à sous-investir par étudiant au contraire des lycéens et des écoliers, dont on me dira sans doute ensuite que la formation est mille fois plus déterminante, bon!). Cela dit ce fut une erreur particulière de massifier en insistant, de façon parfaitement inconséquente là aussi, que le niveau demeurait strictement le même sur tout le territoire national. N’ayant aucun scrupule "égalitaire" (pardon, "républicain"), j’aurais tout simplement officialisé, en même temps que la massification était décrétée, une différentiation de niveau entre établissements. Une fois cela établi, et au vu des résultats, des réformes de pédagogie auraient pu être appliquées à ceux des établissements le plus manifestement défaillants, au public plus faible et au personnel enseignant le moins performant. Et il faut rappeler que l’UNEF a beau jeu de pleurnicher sur la condition d’universités qu’elle a elle-même contribuer à plonger dans le formol.
30 mai 2012 à 23:06
Rachel
@Dan, les licences de sciences se meurent pour plusieurs raisons (1) désaffection de sciences, phénomène mondial indiscutable (2) en 20 ans les écoles d’ingénieurs ont doublé leurs capacités d’accueil (3) Plus récemment nombre d’écoles développent des premiers cycles intégrés, ce qui d’ailleurs va tuer aussi les CPGE (4) les IUT ont également beaucoup ouvert des formations, ainsi que des BTS. On a maintenant beaucoup de formation professionnalisantes de premier cycle (qui d’ailleurs ne remplissent pas bien leur missions, comme les IUT). (5) je conviens qu’il y a de l’inertie dans le système universitaire et je pense que l’université est autant responsable que les politiques de la faillite (6) et que la licence n’est pas la priorité des universités (7) pas plus celle des EC pour des raisons largement discutées ici.
1+2+3+4 = peu d’étudiants en science en licence. Les licences récupèrent que ceux qui délibérément ne veulent pas faire le cycle ingé et ceux qui sont refoulés de partout et qui persistent à vouloir faire des études plutôt que d’aller s’instruire à pôle emploi. En conséquence cela fait trop d’hétérogénéité, c’est totalement impossible d’adapter une pédagogie. Les meilleurs s’ennuient à mourir, les moins bons décrochent tout de suite. 5+6+7 = peu d’espoir que ça aille mieux. On pourra mettre des moyens supplémentaires, ça ne servira à rien. Il faut une réforme structurelle de grande ampleur de l’ensemble du système de premier cycle.
Dans les autres disciplines, le problème est certainement très différent.
Et je suis obligée de vous reprendre encore une fois : intégrer les CPGE dans les universités ne signifie pas « brader les CPGE ».
30 mai 2012 à 23:18
étudiant inquiet
@Marianne, peut-être que la grande différence entre Sciences et SHS et justement que ces dernières n’ont pas de "début" (ou de bases). La méthode compte plus que le contenu, d’où l’importance d’avoir des profs maîtrisant la recherche. L’étudiant apprend un raisonnement, à lui de remplir les cases avec ses lectures personnelles.
Peut-être qu’une alternative à la licence universitaire serait de faire selon le système américain du BA ‘liberal arts’ (‘PPE’ en Anglais), qui est assez tentant : une licence avec plusieurs disciplines au choix et une spécialisation progressive. Par le jeu des options, chacun dispose à la fin d’un diplôme unique, qui correspond à ses capacités.
30 mai 2012 à 23:32
Fabrice_BM
@Astronaute
Comment peut-on vivre une décennie en étant "vacataire" ??
Dans mes souvenirs, on ne peut réaliser que 96h de vacation par an, et l’université, à l’image de l’ensemble du secteur public, sous-paie les précaires (=ceux qui pourtant prennent/absorbent le risque :-)), et donc c’est rarement payé plus de 40€ de l’heure, sauf à enseigner à Sc. Po…
Là je ne comprends pas.
31 mai 2012 à 09:55
Astronaute en transit
Effectivement Fabrice, je ne comprends pas plus que vous: peu d’heures, et peu de rémunération à l’heure. On peut en vivre à condition d’accepter tous les cours qui passent, de faire le plus d’heures possibles à droite et à gauche, ce qui veut aussi dire beaucoup de temps passé dans les transports à sillonner le pays, et à faire d’autres travaux en sus comme de la traduction, et avec de la chance on se fait aider par une famille solidaire. Je crois que ma désillusion vis à vis des universités et universitaires français s’explique logiquement après ça.
31 mai 2012 à 14:26
Fabrice_BM
@Astronaute
Merci pour vos explications.
Si je comprends bien, il est possible de déroger à la limite de 96h ?
Une des choses très hypocrite dans le système actuel, c’est qu’il est admis que les enseignants "permanents" sont rémunérés triple pour une heure de cours, ce qui est légitime, puisqu’il faut compter les temps de préparation et de correction.
Mais donc, pour un vacataire, il est normal de payer à l’heure sans défrayer, ni le temps de préparation, parfois horriblement long, ni le temps de correction, ni le temps perdu à dialoguer avec les strates administratives (salles/photocopieurs/notes/etc…). Je pense sincèrement qu’un vacataire universitaire est payé en dessous du smic horaire si on tient compte du temps de travail complet…
31 mai 2012 à 18:07
amigues
Les "SHS" sont aussi très diverses, pas pareil en éco-gestion, droit, histoire ou lettres. Il y a un paradoxe dans l’enseignement de ces disciplines. Il est convenu de les appeler "herméneutiques", ça fait bien pour impressionner ses amis, mais ne dit pas grand chose en fait. C’est ce à quoi fait allusion Astronaute quand il avance qu’il vaut mieux un chercheur actif pour les enseigner. Celui qui ne s’est jamais attelé à répondre à au moins une question de recherche dans sa vie aura bien du mal à enseigner ce qu’est une question de recherche et une méthodologie d’étude. Au delà, le "progrès" des connaissance dans ces domaines est surtout fait de reconsidérations et de remaniements permanents, bien plus que d’additions de connaissances nouvelles à un corpus établi. C’est aussi le cas en sciences dures bien sûr, mais celles-ci peuvent s’appuyer au moins en premier cycle sur une base de savoirs relativement stabilisée.
Rendre compte de ces mouvements suppose de se tenir au courant de ce qui se passe, pour éviter de transmettre des connaissances obsolètes.
Mais ces disciplines empruntent aussi à une longue tradition que j’appelerais d’érudition. Qui pourrait prétendre ne serait ce que produire une introduction valable à l’histoire politique de la Russie contemporaine qui ne connaitrait pas la langue russe ? Il en résulte un besoin d’investissement considérable dans la connaissance factuelle et textuelle, investissment sans lequel il n’y a pas d’expertise ou de compétence qui tienne sur un champ donné. On pourrait dire la même chose d’un juriste qui ne connaitrait que les textes des codes et pas la jurisprudence, par exemple.
C’est peu dire que l’érudition n’est pas à la mode chez les étudiants, si tenté qu’elle l’ait jamais été. D’où les facilités du copier-collé et autres artifices douteux. On est dans le domaine du "par coeur" et du pire de l’approche "scolaire", ou "scolastique". C’est ici que l’enseignant à une rôle central pour donner envie d’en savoir plus à l’étudiant. Le risque bien sûr est celui du professeur tout occupé à sa marrotte microscopique personnelle et incapable d’en sortir. C’est pourquoi l’on confie les cours de première année à des ensignants qui ont un maximum de surface intellectuelle dans leur domaine dans les prestigieuses universités anglo-saxonnes.
Si le système "licence" oblige à se poser la question des finalités de l’enseignement dans ces matières, ce qui est sain et pas du luxe, on voit que leur format ne permet pas de répondre pleinement à leurs spécificités propres, un argument usé ad nauseum par les contempteurs de toute réforme des études en SHS.
1 juin 2012 à 00:36
Dan -visseur truistique (? ça existe pas, comme les éléphants roses, quoique .)
Dans Le monde de ce soir – interview d’un universitaire polonais : "à quoi sert l’université ?" réponse "à augmenter le nombre des étudiants " …tout est dit.
Pour Rachel : je ne comprends pas le lien entre votre analyse et la destruction par assimilation universitaire des CPGE :
- votre analyse :
¤ les élèves qui viennnent en fac de sciences sont peu nombreux
¤ils appartiennent à deux catégories : ceux qui sont refusés partout parce qu’ils n’ont pas le niveau et ceux qui ne veulent pas faire prépa à cause du stress
¤les CPGE vont disparaitre à cause des prépas intégrées
Conclusion : intégrons les CPGE dans les facs
¤ cela rendra moins nuls les nuls, par capillarité ou effet du saint esprit- pentecôte oblige ?
¤ les réfractaires aux concours et à la compétition pourront tirer la langue aux élèves de CPGE ?
¤ cela supprimera magiquement les prépas intégrées ?
Il faut offrir aux jeunes qui n’ont pas le niveau autre chose que les études supérieures ou dites telles : c’est une escroquerie intellectuelle. Ils sont sans doute capables de faire autre chose, et c’est leur rendre service que de les aider , manu professori, à s’en rendre compte. Mais allons chercher dès la seconde les filles brillantes, les bons élèves qui se cachent pour ne pas paraitre fayaux, tous ceux qui n’osent pas et qui sont futés, et faisons les entrer en fac de qualité, en CPGE ou en BTS : qu’importe pourvu qu’ils s’y sentent bien, y travaillent et soient reconnus.Evidemment cela suppose la sélection, truisme rabaché.
Je connais deux écoles d’ingénieurs qui vont "draguer " en seconde – pour faire découvrir et donner envie.
1 juin 2012 à 13:28
Petit cerveau
Le Guardian donne une comparaison europeenne des donnees universitaires, en particulier le taux d’echec en premier annee et les proportion de jeunes dans l’enseignement superieur. Si la presentation est jolie, la provenance des chiffres est cependant assez peu claire.
http://www.guardian.co.uk/world/interactive/2012/may/31/european-students-statistics-interactive
1 juin 2012 à 15:23
François
Les chiffres les plus sérieux semblent venir du rapport "Regards sur l’Éducation 2010" de l’OCDE.
Le tableau A4.1 page 76 (que je n’ai pas trouvé dans l’édition 2011) donne la " proportion d’étudiants accédant à l’enseignement tertiaire sans obtenir au moins un diplôme " :
- USA : 54%
- Suède : 46%
- UK : 35%
- Moyenne OCDE : 31%
- Pays-Bas : 28%
- France : 21%
- Corée : 15%
- Japon : 11%
La surprenante performance française avait beaucoup surpris le sénateur Demuynck, chargé d’établir un rapport sur le "décrochage étudiant".
Il l’expliquait de la façon suivante (je le cite) :
" Les taux d’échec, souvent soulignés, de fin de première année de licence universitaire occultent souvent une réalité bien plus positive de notre enseignement supérieur. Huit jeunes français sur dix qui s’inscrivent dans l’une de nos formations du supérieur en sortent avec un diplôme. C’est un résultat bien meilleur que celui de la plupart des pays de l ’OCDE, dont le taux d’échec moyen est de 30 %.
Le décrochage est un problème mondial quels que soient les systèmes universitaires. Et sur ce sujet, la France fait partie des « bons élèves » de l’OCDE grâce notamment à la diversité de son système, sa quasi gratuité dans de nombreux cas, son système de bourses, ses possibilités de réorientation des études longues vers les courtes. Nous sommes même devant la Finlande !
En comparaison avec la France, on note qu’ils sont parfois meilleurs pour les études longues mais moins bons pour les études courtes, ce qui est entre autres le résultat de modes de sélection à l’entrée différents."
J’ajouterai que :
- les taux d’échecs élevés concernent essentiellement les licences que seuls 45% des bacheliers entrant dans le supérieur entreprennent,
- le taux d’échec des 55% qui entrent dans d’autres filières (CPGE, IUT, BTS, écoles d’ingénieurs et de commerce post-bac, etc.) est plus faible.
D’autre part, si on compare la France et les USA, le pourcentage de la classe d’âge commençant des études supérieures est plus important aux USA qu’en France, alors que le taux de diplômés est pratiquement le même. On voit d’ailleurs dans les statistiques du bureau de recensement américain que la catégorie : "Some college – No degree" y est très importante (plus de 20% de la classe d’âge).
1 juin 2012 à 17:07
amigues
@François Merci pour ses informations très intéressantes. Elles confirment un constat que j’ai fait souvent ici. Pour résister à la massification, nos gouvernants ont accru significativement les capacités d’accueil dans des filières sélectives post-bac à toutes durées. Celles-ci offrant un encadrement plus serré, elles ont des taux d’échec plus faibles.
Restent quelques points "noirs" souvent évoqués par Rachel.
1) Le phénomène "d’aspiration" des lycéens avec bac S vers ces filières au détriment des filières sciences à l’université.
2) La superposition des dispositifs sélectifs qui favorise les parcours d’obstacles en zig-zags des étudiants (éviter les sytèmes trop sélectifs précocément type CPGE en allant en IUT pour ensuite tenter une prépa intégrée, etc…). Mais cette superposition contribue aussi à réduire le taux d’échec dans les filières sélectives par auto-sélection des étudiants et filet de rattrapage pour ceux qui échouent en cours de formation. Une préèorientation "non rattrapable" en filières sélectives aurait un effet catastrophique sur la performance d’ensemble, les acquis non validés imposant de repartir à zéro ailleurs.
3) L’accumulation d’étudiants faibles dans certains domaines SHS. Ce phénomène est favorisé par la non existence de filières sélectives fournies dans ces domaines. Les problèmes de débouchés de ces filières combinés aux fortes exigences en termes de travail personnel et de maturation intellectuelle pour y réussir viennent assombrir encore le tableau. C’est sûrement là qu’il faut faire porter l’effort principal.
1 juin 2012 à 19:05
jako
@Amigues: dans d’autres pays que la France (par exemple en Italie), les bons élèves font le Liceo Classico, qui correspond en gros à nos filières L+ latin et grec; et ce n’est pas un dépotoire. C’est d’ailleurs l’Université qui jusque-là produisait les élites de la nation. En France, par pur calcul on recommande aux bons étudiants de suivre une filière scientifique, avec ce résultat un peu fou que parfois on peut voir des chercheurs dans certains domaines de SHS – j’ai comme ça un copain en linguistique informatique – qui typiquement on eu une formation supérieure de "scientifiques" mais qui in fine travaillent en SHS (d’aucuns y verraient quelque chose de complètement hérétique….)
1 juin 2012 à 19:11
jako
A propos de maturation et de maturité:
C’est sans doute un point de vue de vieux-con réac qui s’imagine encore dans une Université qui n’existe pas et qui n’a peut-être jamais existé, mais je n’arrive pas à m’habituer à voir débarquer telle étudiante aux inscriptions pédagogiques avec sa maman qui lui fait en gros son emploi du temps et qui lui explique que faut pas qu’elle choisisse tel cours tel jour dans tel créneau parce qu’elle a son cours de gym ou de violon, etc. etc. Ce n’est faire insulte à personne que de faire ce constat d’un décalage ahurissant entre une génération (la mienne, d’accord, celle des vieux schnocks…) qui ne voyait pas l’heure de s’émanciper d’un cocon familial parfois étouffant, et une génération qui peine à couper le cordon ombilical et qu’on invite d’ailleurs constamment à attendre la tétée, annihilant ainsi toute vélléité d’autonomisation et de responsabilisation…
Pour avoir connu l’époque où on vous balançait à la figure votre disserte en vous disant qu’elle n’était même pas digne de torcher votre derrière, je ne pense pas qu’aujourd’hui à l’Université il reste beaucoup de profs de ce type là… heureusement d’ailleurs. Mais comme dans ce pays on passe constamment d’un extrême à l’autre, à force d’« enseignants-référents » et de tuteurs en veux-tu en voilà, on finira bien par instituer dans l’Université de demain… des assistantes maternelles…