Parmi les thèmes majeurs de la campagne de François Hollande, l’égalité des territoires a été très souvent citée comme élément central d’une France équilibrée. Il l’a d’ailleurs rappelé le soir de son élection dans son discours à Tulle. Il convient de se poser la question au sujet de l’enseignement supérieur et de la recherche en France. A-t-on une France égale sur ces thèmes qui concernent fortement la jeunesse et le potentiel de développement économique ? On peut se poser cette question, surtout après la vague des bidulex (investissements d’avenir) qui ont été accusés de creuser les inégalités entre sites. Dans ce billet, on va examiner si cette égalité des territoires est une réalité pour l’enseignement supérieur et la recherche. Toutes les données présentées proviennent du rapport biennal de l’Observatoire des Sciences et des Techniques (OST) « Indicateurs de sciences et de technologies », 2008 (consultable ici).

Pour l’enseignement supérieur, les données de l’OST nous apprennent qu’une assez bonne égalité existe réellement. On a bien quelques disparités, en faveur des grosses villes, mais ceci n’est guère étonnant et très compréhensible. Bref l’enseignement supérieur est implanté dans toutes les régions, avec un potentiel humain assez équilibré. C’est certainement le résultat de la politique de décentralisation des années 90 et d’une nécessité d’absorber un flux croissant d’étudiants (période de massification).

Pour la recherche, la situation est beaucoup plus contrastée, et disons le tout net : il n’y a pas d’égalité des territoires dans l’investissement de l’Etat dans la recherche. La cause est facilement identifiable : les organismes de recherche sont loin d’être répartis de façon équilibrée en France. La région parisienne, le Sud et le Sud-Est, ainsi que l’Alsace sont particulièrement bien dotés en potentiel de recherche. Cela a pour conséquence que les investissements de la France dans la recherche sont très déséquilibrés selon les territoires, d’où une grande injustice. C’est possiblement préjudiciable, du moins je le suspecte car j’ai la faiblesse (naïveté ?) de penser qu’il y a une relation entre la recherche, l’innovation, l’industrie et l’emploi.

On va examiner ci-dessous ces situations, en terme d’investissement financier et de potentiel humain. Pour cela l’investissement financier, un indicateur intéressant est la DIRD (dépense intérieure de recherche et de développement), dont nous ne commenterons ici que la partie du secteur public. Pour le potentiel humain, on va comparer les poids relatifs des organismes de recherche nationaux, en mettant également un éclairage sur le CNRS et la répartition des agents dans les régions.

L’histogramme ci-dessous (Fig. 1) montre la répartition de la DIRD secteur civil pour le CNRS. Pour donner du sens à la comparaison entre les régions, une normalisation par rapport à la population a été faite. La figure 2 montre le même type de diagramme, avec cette fois-ci le potentiel humain en nombre de chercheurs CNRS (incluant les non statutaires), là encore normalisé au nombre d’habitants dans les régions. La figure 3 est faite en incluant le nombre total de chercheur dans les organismes de recherche, donc incluant le CNRS et tous les autres (INSERM, CEA, INRA, INRIA, …). On constate que les moyens que la France consacre à la recherche sont très inégalement répartis sur le territoire national. L’Île-de-France est dominante, suivie par Rhône-Alpes, Midi-Pyrénées, PACA, Languedoc-Roussillon et Alsace.

 Figure 1: DIRD du secteur public normalisée au nombre d’habitants dans chaque région. Cela permet de comparer l’importance relative d’investissement dans la recherche au CNRS de chaque région.

 Figure 2: Nombre de chercheurs CNRS par habitant.

Figure 3: Nombre de chercheurs dans les organismes de recherche nationaux (par habitant).

Intéressons nous maintenant aux bidulex (investissements d’avenir). Ce plan du précédent gouvernement est maintenant terminé et on peut en faire un bilan en termes d’investissement de la France dans les régions. Un résumé chiffré est donné dans la carte ci-dessous, extraite du site d’EducPros (source ici).

Figure 4: Répartition des investissements de l’Etat dans les territoires (source ici).

La figure suivante (n°5) donne les mêmes chiffres normalisé au nombre d’habitants dans les régions, afin de permettre une comparaison objectives des chiffres et une comparaison avec les histogrammes précédents.

Figure 5. Investissements d’avenir normalisé aux nombre d’habitant dans les régions. Sur l’axe des ordonnées, on peut donc voir ce que ce que l’Etat a investi en moyenne par habitant dans chaque région.

Avec cette dernière figure et la comparaison avec les précédentes (investissements de l’Etat dans les organismes de recherche), on peut tirer deux grandes conclusions (1) les investissements d’avenir ne sont pas équilibrés selon les régions, ce qui n’est guère surprenant étant donné que le gouvernement a toujours précisé que ce plan d’investissements était complètement décorrélé de toute notion d’aménagement du territoire. (2) on peut constater une assez bonne corrélation entre le taux d’implantation du CNRS et les succès aux bidulex. Ceci parait assez logique étant donné que les bidulex étaient fortement axé sur la recherche et très peu sur l’enseignement supérieur. Sur un site très majoritairement constitué d’EC, cela parait difficile de mettre en place de genre de projet tant cela est chronophage.  Et puis, on ne prête qu’aux riches, c’est bien connu. Ainsi les investissements d’avenir renforcent les sites déjà bien pourvus (en relatif). Ces bidulex ne sont pas les vecteurs de disparités entre territoires, ils ne font que les renforcer.

Si F. Hollande veut vraiment mettre en pratique une des intentions majeures de son programme (égalité entre nos territoires), il faudra bien évidemment qu’il reconsidère la répartition des bidulex, mais surtout qu’il rééquilibre l’investissement de l’Etat dans la recherche, en particulier qu’il reconsidère la répartition des organismes de recherche en France. Cela devient aujourd’hui réellement problématique, surtout dans un contexte où ces organismes viennent en appui de la recherche des universités (comme peut le faire massivement le CNRS ou l’INSERM). Il me parait un peu scandaleux que certains territoires très peuplés (exemple: Lille et sa métropole) ne puissent pas bénéficier des mêmes chances que les autres.

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