Michel Destot nous a livré récemment un petit livre bien intéressant, téléchargeable ici (gratuit !). Donnons lui tout de suite la parole pour la présentation de ce petit ouvrage :

« L’ambition de cet ouvrage est d’offrir une réflexion sur notre système d’enseignement supérieur, de recherche et d’innovation. Nous devons le modifier afin de le (ré)unifier. Ce dernier souffre aujourd’hui de son éclatement et de ses divisions : entre les universités et les grandes écoles ; les filières courtes et les voies longues ; l’enseignement supérieur et la recherche ; la recherche organisée et menée dans les grands organismes de recherche et celle développée dans les universités ; les tenants d’une approche « élitiste » et ceux qui prônent une vision plus « égalitariste » ; ceux qui privilégient la constitution d’une dizaine de pôles de recherche et d’excellence en France contre ceux qui craignent la création de déserts de recherche et d’enseignement supérieur ; ceux qui estiment – à juste titre – que l’échec à l’université est un thème majeur versus ceux qui pensent que l’accroissement du nombre d’élèves en master est la clé de voûte de notre système d’enseignement supérieur… »

Ce sont évidemment des thèmes très importants et souvent discutés ici. Le programme est ambitieux et on se dit qu’on détient enfin l’ouvrage révolutionnaire qui poserait les bases d’un monde enchanteur. Comme Michel Destot, je pense que notre univers fragmenté est contre productif et qu’il est grand temps de le rénover. Ca veut dire qu’il va falloir sérieusement secouer le cocotier des conservatismes de tout bords. « Nous devons dépassionner le débat et nous attacher à forger des consensus, à développer la concertation avec les acteurs concernés, à rechercher des solutions au coeur de l’intérêt général. L’ambition de cet ouvrage est de démontrer qu’il est possible de (ré)unifier un système d’enseignement supérieur, de recherche et d’innovation aujourd’hui frappé d’obsolescence ».

Selon Michel Destot, notre ESR « souffre de deux vices fondamentaux: il est éclaté et illisible ».

L’univers ESR est éclaté sur trois niveaux : (1) « les filières courtes, l’université et les grandes écoles. A titre d’exemple, on compte en France 80 universités, près de 450 écoles, une centaine d’IUT (Instituts universitaires de technologie), 2 200 sections de techniciens supérieurs et des centaines de structures privées ». Il faut rappeler tout de même que les IUT appartiennent aux universités, même si les relations ne sont pas toujours au beau fixe, comme en témoignent les revendications sécessionnistes à peine voilées de la part de l’ADIUT et UNPIUT. (2) « Sur le plan géographique, les sites universitaires dans les métropoles et les villes moyennes souffrent d’une grande dispersion, et de l’absence de coordination de ces différentes implantations en réseau ». C’est là un désaveu des PRES qui n’ont certainement pas bien réussi leurs missions de coopération. Peut-être seront-ils remplacés par des "réseaux territoriaux de la connaissance", comme c’était annoncé dans le programme préliminaire ESR du PS ? (3) « l’insuffisance chronique de relation entre organismes de recherche et universités ». Je pense que là Michel Destot exagère un peu. Pour le CNRS, les relations sont nombreuses comme en témoigne le grand nombre d’UMR implantée dans les universités. Mais peut-être faut-il aller encore plus loin ? Disons ici que l’on reste malgré tout sur un système bicéphale, que nous avons discuté récemment ici.

Notre univers ESR est illisible, ceci pour plusieurs raisons : trop de sources différentes de financements, trop d’empilements de structures, encore aggravées par les bidulex. Sur le volet formation, on a aussi une situation fort complexe, avec un service public en compétition interne et contre productive. La lecture de l’offre de formation est difficile pour les étudiants (ne parlons pas des employeurs !), sauf pour ceux qui ont la chance d’avoir des parents qui ont été initiés à cette complexité. L’UNEF a récemment compté qu’un « bachelier doit choisir entre 9 000 possibilités de formations lors de son orientation ! » (lire ici).

Nul doute que notre nouveau gouvernement aura du pain sur la planche s’il veut effectivement faire évoluer notre système vers plus de simplicité et d’efficacité. De son coté, Michel Destot préconise 10 mesures à prendre :

  1. Développer la professionnalisation de l’enseignement en revalorisant les filières courtes.
  2. 2. Adopter une loi d’orientation de l’enseignement supérieur faisant de la lutte contre l’échec universitaire une priorité.
  3. Améliorer la condition étudiante, notamment par des aides financières plus importantes sur critères sociaux.
  4. Engager notre pays dans la définition d’une véritable stratégie européenne de recherche.
  5. Instituer un ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation industrielle (MESRII) chargé de mener à bien la nouvelle stratégie nationale et régionale de la recherche et de l’innovation.
  6. Mieux répartir et sécuriser les ressources des universités par des plans quinquennaux avec l’Etat et les régions.
  7. Dynamiser et rationaliser la carte de la recherche afin de renforcer l’attractivité de notre pays et de ses territoires.
  8. Faciliter le rapprochement entre les grandes écoles, l’université et les centres de recherche.
  9. Mobiliser des financements autour de thématiques nouvelles et de projets d’avenir.
  10. Réformer les dispositifs d’aide à l’innovation pour stimuler le développement d’établissements de taille intermédiaire innovants.

Chacune de ces mesures est argumentée sur deux ou trois pages. Un commentateur de ce blog faisait récemment remarquer un certain conformisme dans ces mesures. C’est vrai qu’il n’y a rien de vraiment révolutionnaire … Quoique … Peut-être que Michel Destot sera notre prochain ministre de l’ESR (lire ici), ou plutôt d’un MESRII (ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation industrielle) ? Si c’est le cas, on reviendra avec plus de détails sur ces 10 mesures. En attendant, je vous invite à lire ce petit ouvrage (rappel : disponible gratuitement ici).

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