Quand on fait de la recherche, on doit se préoccuper du financement de sa recherche. En effet les financements récurrents des laboratoires sont assez modérés. Par exemple, dans le budget de mon laboratoire, ces financements récurrents (dotation université + dotation CNRS) représentent environ 20 % du budget global (hors salaires et coûts d’infrastructure). L’essentiel de l’argent provient donc de contrats suite à des appels à projets (type ANR, Région, Europe, …) ou de contrats industriels. Dans un rapport à l’assemblé Nationale (lire ici), des députés Claude Birraux (UMP) et Jean-Yves Le Déaut (PS) nous rappellent que « malgré la multiplication des financements sur appel d’offre il faut tout de même rappeler que les financements récurrents représentent encore la plus grande majorité des financements en termes quantitatifs. Ils ont toutefois baissé, comme au CNRS (- 10 % pour certains laboratoires en 2011). En effet, ceux-ci couvrent encore les financements des postes permanents ou encore des coûts liés à l’utilisation des bâtiments ». Ils concluent que « c’est au parlement de trouver l’équilibre entre les financements sur appel à projets et les financements directs et récurrents des laboratoires ».

Quand on est universitaire, il est de bon ton de se plaindre des appels à projets. Il faut reconnaître qu’on y passe beaucoup de temps. Il faut écrire un projet, il faut qu’il soit bien ficelé étant donné la forte compétition qui règne entre les différentes équipes. Et après il faut aussi que les projets soient évalués (par les pairs) et classés par des commissions (constituées elles aussi de pairs). Ces travaux d’écriture et d’administration de la recherche sont chronophages. Tout ce temps serait peut-être mieux dépensé à faire de la recherche. Et il serait aussi beaucoup plus agréable de voir pleuvoir l’argent sans se fatiguer. D’ailleurs certains disent qu’il ne faut pas regarder où va l’argent. Il faut ensemencer de façon indifférenciée et ensuite on verra bien ce qui en ressort. D’un autre coté, la science sur appel à projets à quelques avantages. En effet, cela permet de bien réfléchir à la pertinence d’une recherche. Une question bien posée et une bonne méthodologie, c’est déjà une partie importante du travail, qui ne sera plus à faire. Par ailleurs ces appels à projet sont souvent l’occasion de formaliser des collaborations entre laboratoires de recherche.

Bref faut-il augmenter les dotations récurrentes ou bien au contraire confirmer le mécanisme des appels à projet ? Voyons ce qu’en pensent nos deux finalistes. Les textes en italique ci-dessous sont extraits d’une interview des deux candidats par la revue Nature. On peut lire cet interview ici.

N. Sarkozy : « Ce qui est vrai, c’est que nous avons mis fin à la mauvaise habitude française qui consistait à répartir de façon récurrente et parfois égalitariste les crédits de la recherche par les principaux organismes de recherche. L’ANR, y compris pour les programmes des investissements d’avenir, fait désormais appel à des jurys externes, composés de scientifiques reconnus internationalement. Les meilleures équipes de recherche françaises ont bénéficié d’une augmentation sans précédent de leurs financements. Mais ces fonds n’ont pas forcément transité par les principaux opérateurs, CNRS, INSERM, INRA, CEA, ce qui provoque parfois les critiques des chercheurs statutaires de ces organismes ».

F. Hollande : « Je veux que les mécanismes de financement des universités soient clarifiés et qu’ils ne conduisent pas à accroître les disparités, notamment en rognant sur les formations dispensées ou sur les rémunérations des enseignants-chercheurs et des chercheurs. Ces réformes seront discutées dans une loi-cadre sur l’Enseignement Supérieur et la Recherche discutée avant fin 2013, précédée dès 2012, d’assises de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche » […] « En 2011 et 2012, les niveaux globaux de financements ont baissé tant dans les organismes qu’à l’Agence National de Recherche. Cela prouve que les discours du Président-Candidat ne constituent que de la « poudre aux yeux ». Je rééquilibrerai donc les crédits appelés « soutiens de base », soutiens permettant aux équipes de se projeter sur le moyen et le long terme, et les crédits sur projets ».

Là encore, on peut constater deux approches assez différentes…

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