On parle souvent ici de la dualité de notre enseignement supérieur, avec d’un coté les universités et de l’autre les écoles. Mais cette dualité existe aussi en recherche, là encore une spécificité française. En effet la recherche est faite dans les organismes de recherche (en particulier les EPST) et dans les universités. Il y a bien entendu beaucoup d’interaction entre les deux entités mais cela complique beaucoup de choses dans les labos de type UMR (unité mixte de recherche).

Il n’y a pas longtemps, un commentateur me disait : « la gauche avantage les EPST et la droite les Universités ». Franchement je n’arrive pas bien à comprendre la logique de cette préférence politique.

J’ai cherché à savoir si c’était le cas dans les deux programmes ou récentes déclarations des deux candidats. Je n’ai pas fait une analyse exhaustive, je vais juste prendre quelques extraits de la récente interview donnée par les deux candidats à la revue Nature (texte complet ici). Les propos me semblent en bon accord avec ce que j’avais pu lire antérieurement.

Rappelons tout d’abord qu’en 2007 le gouvernement a remis l’université au cœur de la discussion, avec d’abord une nouvelle loi, un plan campus et ensuite des investissements d’avenir très favorables aux universités. On a aussi assisté à de grandes opérations visant à réunifier les universités fragmentées dans certaines villes, ainsi qu’un rapprochement universités-écoles (surtout dans le cadre des IDEX). On ne peut certainement pas reprocher à la droite de n’avoir rien fait pour les universités. Après, qu’on soit d’accord ou non avec les évolutions, c’est une autre question. Rappelons également une évolution du CNRS: le gouvernement a tenté d’en faire une agence de moyens plutôt qu’une structure de pilotage de la recherche.

Mais laissons la parole à N. Sarkozy « Le CNRS et l’INSERM ne sont pas des agences comme la NSF, mais des organismes de recherche, opérateurs de la recherche, ce qui est très diffèrent. La France est un cas très particulier dans le monde : juste après la seconde guerre, on a séparé les universités des institutions où se faisait la recherche fondamentale. Seuls les pays communistes connaissaient à l’époque une telle organisation, URSS et Chine, notamment. Et même dans ces pays, ce modèle été abandonné. Aux États-Unis, l’immense majorité des opérateurs de la recherche sont des universités. Ce n’est pas encore le cas en France, mais c’est notre objectif. Les choses vont évoluer. Pourquoi ce qui marche ailleurs ne marcherait-il pas pour la France ? Ce serait extraordinaire tout de même ! Et les organismes de recherche sont appelés à devenir davantage de vraies agences de moyens, au service des universités et des établissements où la recherche a été jugée la plus prometteuse, à savoir les initiatives d’excellence. »

Ça a le mérite d’être clair et en continuité de la politique menée depuis 2007.

F. Hollande n’est clairement pas sur la même ligne : « La situation de la recherche française est spécifique. Elle associe universités et organismes de recherche. Il faut en tenir compte pour ne pas casser ce qui marche ».

« Pour améliorer la compétitivité de la recherche Française, je souhaite une meilleure coopération entre universités et organismes de recherche L’université, associée aux grands organismes de recherche doit être placée au centre de l’offre de formation et de recherche. Chaque territoire pertinent doit avoir pour perspective la création d’une grande université, coordonnant l’offre de formation et de recherche ».

« Je réaffirme la place de l’unité mixte de recherche, associant des équipes issus des universités et grands organismes, comme élément structurant de la recherche universitaire ».

« Les grands organismes doivent être associés, définir les priorités, effectuer la programmation et retrouver des moyens ».

J’ai du mal à bien comprendre comment on peut avoir en même temps des universités autonomes (avec des laboratoires de type UMR), et un CNRS qui s’occupe du pilotage national de la science française. Il y a quelque chose que ne me parait pas logique.

De ces quelques lignes, il est assez clair que mon commentateur avait raison. La droite a tendance à favoriser l’université et la gauche est plus portée vers les organismes de recherche. Pourquoi ?

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