Notre mot "salaire", nous vient du latin, en souvenir, dit-on, de l’importance essentielle du sel pour les anciens Romains: la rétribution qu’ils touchaient, par exemple pour le service militaire, était censée leur permettre l’acquisition de ce précieux produit d’assaisonnement et de conservation. Aujourd’hui, bien sûr, on parle plutôt "pouvoir d’achat", et ce n’est pas vraiment la boite de gros sel marin qui fait référence, mais rien n’empêche de s’intéresser, en ces périodes de comparaison internationale, aux salaires des enseignants universitaires autour du monde. Lors de mon séjour sur T1852, j’avais d’ailleurs eu l’occasion d’aborder le sujet, notamment pour les présidents d’universités américaines (lire ici).

Une nouvelle étude vient d’être publiée concernant vingt-huit pays, dont l’édition de l’International Herald Tribune  de lundi rendait compte (lire ici).

Cinq chercheurs affiliés au Center for International Higher Education (Philip Altbach; Liz Reisberg; Maria Yudkevich; Gregory Androushchak; Ivan Pacheco) publient chez Routledge l’ouvrage Paying the Professoriate qui se veut une étude comparative des salaires, conditions d’emploi et régimes sociaux des enseignants universitaires dans un certain nombre de pays aux situations très différentes, aussi bien des pays développés qu’en développement ou dits émergents. Ce n’est pas Shanghai ou QS, ni même PISA, mais c’est intriguant. Je n’en n’ai pas encore vu d’écho dans la presse française.

La comparaison s’est faite avec la conversion des sommes en dollars américains, ajustés au pouvoir d’achat moyen dans le pays, et avant impôts. On évalue aussi la gamme des salaires, entre rémunération à l’entrée et à la fin de la carrière. L’étude a révélé quelques surprises, et les auteurs s’efforcent aussi d’en tirer quelques conclusions sur le niveau de considération sociale dont font l’objet les universitaires dans leurs pays respectifs que ces rémunérations pourraient suggérer.

Le tableau est publié par l’IHT, vous y verrez que la France se situe en seizième position sur vingt huit, ce qui parait médian, mais cela la met en deça de plusieurs de ses partenaires des grands pays développés et des pays de l’Union européenne en particulier.

Première place: le Canada (une lampée de sirop d’érable en tournée générale) qui a pour dauphins l’Italie et l’Afrique du Sud (2ème et 3ème respectivement). Il est intéressant de remarquer que le salaire d’entrée canadien (un peu en dessous de 6000 USD mensuels) correspond pratiquement au salaire de fin français, en fait presque trois fois supérieur au salaire d’entrée français. Le salaire de fin canadien se situerait entre 9000 et 10000 USD, là presque deux fois supérieur à un salaire de fin français. L’Italie présente semble-t-il la gamme la plus étendue de rémunérations, avec un salaire d’entrée  un peu en dessous de 4000 USD et allant jusqu’à 9000 USD en fin, donc presque un triplement, et c’est aussi une caractéristique de l’Afrique du Sud.

En 4ème position vient l’Inde, en 5ème les États-Unis et en 6ème l’Arabie Saoudite. Le prochain pays européen le mieux classé après l’Italie est la Grande-Bretagne (7ème) avant les Pays-Bas (9ème) et l’Allemagne (11ème) cette dernière prétendant un écart entre salaires d’entrée et salaires de fin remarquablement faible allant de 5000 à un peu plus de 6000 USD mensuels, c’est une progression plus faible que la française.

Trois pays non européens précèdent immédiatement la France, dans l’ordre, Nigéria, Malaisie, Argentine. La France devance (cocorico!) le Japon, Brésil, Colombie, Turquie, Tchéquie… et surtout on trouve loin derrière les salaires de Russie (27ème) et de Chine (26ème), ce dernier cas étant un peu étonnant d’autant plus qu’elle est précédée par l’Éthiopie!

Détail intéressant, au Mexique apparaissent des rémunérations en nature: prime de mariage (!) et même "en bonus de Noel, deux bouteilles de cidre brut et une dinde congelée". En décembre prochain, je sais déjà ce que je vais réclamer si j’ai retrouvé un travail!

Les auteurs concluent que les universitaires chinois ont le pouvoir d’achat le plus médiocre. Il faut relever que deux d’entre eux sont Russes et du coup l’intérêt de l’étude se porte beaucoup sur la comparaison entre les pays du BRICS, présentés comme la partie la plus visible du monde émergent. cela explique une autre conclusion importante de l’étude, celle du brain drain et du brain gain. La Russie et aussi la Chine ont ainsi perdu un nombre considérable de leurs universitaires partis à l’étranger, et ce en dépit d’une tradition académique et scientifique pourtant bien visible et reconnue. ces pays connaissent aussi un phénomène qui est celui de l’exercice d’un second métier par les enseignants pour compléter leurs fins de mois. La faible progression des salaires allemands expliquerait aussi un désintérêt pour la profession universitaire par rapport aux carrières de l’industrie.

Le compte-rendu mentionne enfin que le livre traite, mais de façon plus rapide et moins détaillée, est le recours général aux temps partiels et autres formules d’emploi avec rémunération horaire et pas de bénéfices sociaux. L’un des auteurs constate que 70% des enseignants d’Amérique latine exercent dans ce régime, et la moitié des nouvelles recrues aux États-Unis.

Un grain de sel?

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