Selon Olivier Beaud, Professeur de droit public à Panthéon-Assas, la LRU a donné aux universités une autonomie illusoire. L’un des raisons de cette illusion, c’est que  les universités « ne sont pas libres de recruter les bacheliers. Selon la loi, les universités n’ont pas le droit de sélectionner leurs étudiants à la différence des écoles (des «grandes écoles» aux petites) et des BTS des grands établissements (type université de Dauphine). Cette interdiction trahit l’infériorité des universités qu’on a pu désigner, d’une manière imagée, comme la voiture-balai de l’enseignement supérieur » (source ici, Libération).

Dans un récente tribune dans Le Monde (édition du 29 mars), que l’on peut lire aussi sur le site "Qualité de la Science Française" (QSF), Olivier Beaud et François Vatin écrivent "On ne peut garantir un accompagnement de qualité sans maîtriser ni le nombre de personnes que l’on accueille, ni leur qualité. Malgré la LRU – loi relative aux libertés et responsabilités des universités – , les universités sont encore tenues d’inscrire des étudiants sur injonction des rectorats, parfois jusqu’en décembre de l’année, alors que les cours ont commencé depuis deux mois ! Aujourd’hui s’opère une sélection par l’échec : c’est la pire des solutions. Il y a sans doute bien des améliorations à apporter à l’enseignement universitaire, en termes de prise en charge des étudiants, de pédagogie. Tant que l’on n’aura pas fait sauter ce verrou idéologique, aucune réforme ne sera efficace" (lire ici l’ensemble de la tribune, que je trouve très intéressante, surtout elle comporte des propositions très concrètes).

Citons également un extrait d’une récente tribune de M. Gauchet et A. Caillié, déjà discutée dans ce blog (ici): « Ne serait-il pas temps de comprendre que les universités ne sont pas "responsables" du taux d’échec dans leur premier cycle? Qu’on ne peut leur demander tout à la fois d’accueillir tout le public refusé ailleurs et de diplômer celui-ci? La population étudiante issue de baccalauréats professionnels, dont le taux d’échec en premier cycle universitaire avoisine les 90%, ne cesse d’augmenter. Faut-il rappeler que ces baccalauréats n’ont pas été conçus pour la poursuite d’études supérieures longues, et qu’il est donc insensé, au sens premier du terme, de reprocher à l’université de ne pas parvenir à diplômer tous ses lauréats? La sélection, absente à l’entrée de l’université, se réalise dans le cours des cursus, et l’injustice se trouve bien en amont des seules procédures d’examen. Si l’on veut réduire le taux d’échec universitaire, il faut repenser l’ensemble de l’enseignement supérieur, et notamment son premier cycle, et cesser de le dévaloriser aux yeux de nos étudiants et de nos personnels. Sous prétexte que les diplômes sont et doivent rester nationaux, le ministère continue de définir leurs modalités d’accès avec une ingérence sans équivalent dans les pays auxquels on s’ingénie à comparer sans cesse l’université française.»

Dans ce blog j’ai souvent pris position contre une sélection des étudiants à l’université, dans le contexte actuel du premier cycle universitaire. J’y préfère la notion d’orientation, c’est-à-dire une formation pour tous mais pas n’importe où et pas n’importe comment (lire ici pour plus de détails sur le sujet). Une idée, déjà discutée souvent sur ce blog, serait de mettre en place une année de remise à niveau pour tous ceux qui n’auraient pas les prérequis jugés nécessaires pour suivre une licence universitaire (Olivier Beaud et François Vatin font une proposition comparable dans leur tribune dans QSF).

De nombreux commentateurs de ce blog semblent favorables à une sélection à l’université. Cela montre qu’il ne faut pas occulter ce débat. Je pense ce thème devrait être abordé avec courage, par exemple lors des prochains états généraux promis par la gauche (si elle gagne les présidentielles). Une autre idée serait de faire un référendum interne dans les universités, auprès des enseignants et étudiants, afin de recueillir l’avis des personnes les plus concernés. Cela pourrait être fait après la publication de tribunes présentant les avantages et inconvénients de chaque modèle.

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