François Hollande, avant-hier : «Chaque année, 5 à 6% des bacheliers de chaque lycée de France doivent se voir proposer une place en classe prépa s’ils le souhaitent».
Moi je me dis que ces 5-6 % de plus dans les lycées post-bac, ça fera autant de moins à l’université (et pas les moins bons), bref autant d’enfants de la nation que l’on aura sauvé … ce n’est pas négligeable …
Cette petite phrase de F. Hollande a beaucoup été commentée sur la toile, je ne vais pas y revenir en détail. On peut lire ici et là que cette mesure avait déjà été décidée par N. Sarkozy en 2007, explicitement écrite dans une lettre de mission à X. Darcos. On peut lire aussi que certains s’étonnent de cette démarche qui est assez élitiste et d’un schéma douteux : les bons élèves doivent aller en prépas et dans les écoles, les autres à l’université.
Alors quoi, l’université elle compte pour quoi ? Pourquoi personne n’en parle dans cette campagne électorale ? tout cela me laisse sans voix, je préfère laisser le paragraphe de conclusion à un de mes précieux contributeurs.
« Ce que je vois est que depuis 12 ans les effectifs inscrits en université diminuent. Une part s’explique par la démographie, un autre par la crise économique qui évince certains jeunes d’études supérieures, mais l’essentiel vient de l’effort fait pour accueillir davantage de gens dans des filières sélectives à tout niveau (IUT, STS, prépas, etc…) Cet effort a un coût, et un coût essentiellement public, c’est donc un choix politique national. Il a commencé sous le gouvernement PS de L. Jospin et a été poursuivi par ses successeurs à droite sans discontinuer. Qu’il réponde aux attentes des parents et des étudiants est assez clair, bien entendu, mais la demande est une chose, l’offre en est une autre. Il s’agit d’une politique évidente au vu de ses résultats chiffrés, mais une politique jamais revendiquée par les gouvernements qui l’ont instauré, une volonté souterraine en quelque sorte, mais non dénuée de constance, ce qui assez rare en matière de politique d’enseignement, vous en conviendrez. »


17 commentaires
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29 mars 2012 à 19:04
Lorne
Je ne sais plus qui avait proposé que les 10% des meilleurs élèves de chaque lycée seulement soient autorisés à s’inscrire en classe prépa. L’idée était de contribuer à un rééquilibrage entre les lycées. Mais cela confortait bien l’idée que la voie royale n’est pas à l’université.
29 mars 2012 à 19:25
PR27
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LA JEUNESSE
un contexte de paupérisation de bon nombre d’universités françaises.
Soyons lucides ; quelle est la chance d’un bachelier professionnel de pouvoir connaître un cycle universitaire même court, débouchant sur un diplôme ? 10%. Quelle est la probabilité pour un bachelier technologique ? 30%. Ce sont les bacheliers généraux qui ont finalement capté les diplômes de l’enseignement supérieur et occupé les places qui étaient théori- quement réservées aux bacheliers technologiques ou professionnels ; je pense aux IUT et aux BTS.
Il faut donc que ces structures puissent accueillir celles et ceux pour lesquels elles étaient prévues.
De la même manière, il est nécessaire d’avoir un système d’orientation plus ferme. Après le premier cycle, les étudiants doivent suivre des parcours qui correspondent à des débouchés.
Enfin, un système d’incitations pour aller vers les filières universitaires scientifiques (aujourd’hui désertées par trop d’étudiants) paraît indispensable.
Pour atteindre ces objectifs, il sera nécessaire de mettre en place un système d’alloca- tions et de prêts publics au financement des études pour que les étudiants puissent, avec des contreparties notamment en termes d’orientations et de choix de certaines filières, poursuivre des cycles universitaires professionnalisés.
Le rapprochement grandes écoles – universités s’inscrit dans cette démarche, les passerel- les doivent être plus nombreuses, les effectifs des promotions des grandes écoles signifi- cativement relevés.
Quel malthusianisme a-t-on laissé prospérer dans notre pays où demeurent depuis 50 ans le même nombre d’élèves dans les grandes écoles, alors même que la population a large- ment augmenté et que les besoins de l’économie se sont diversifiés. D’avantage d’étudiants devront être accueillis dans ces grandes écoles, grâce à un accès direct par l’université.
F.Hollande, "Parlons de la France", 2010 (déjà loin…)
http://www.repondreagauche.fr/sites/repondreagauche.fr/files/parlonsdelafrance.pdf
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Bon, si c’était vraiment FH qui avait écrit ça, il n’y aurait pas écrit "D’avantage d’étudiants" (j’espère). On a vu une myriade de personnes travailler sur le sujet (Rémi Branco, Florent Pigeon, JY Le Déaut, A Claeys, pour s’en tenir aux hollandais…. qd même 3 universitaires parmi ceux-là, dont un toujours directeur d’UMR), et au total….
Et aujourd’hui, on nous sort un "bac numérique", et on le remballe 10mn après. On bosse depuis 3 ans sur le projet et on a l’impression que les gars commence à rédiger le papier la veille du deadline : @#&!§#$ : voilà ce que j’en pense…..
29 mars 2012 à 20:10
Fabrice_BLR
D’autre part, il se donne un objectif déjà atteint à l’heure actuel (12% d’une classe d’âge va en prépa en terminale S).
Pourquoi l’université n’abandonnerait pas le 1er cycle ?
29 mars 2012 à 20:22
Rachel
Sur le fond, il est assez constant: en 2010, dans son pacte éducatif pour démocratiser la réussite: "Afin de lutter contre le recul de la mixité sociale et territoriale dans les grandes écoles, nous proposons que 5% des meilleurs élèves de tous les lycées de France aient le droit d’être admis en classe préparatoire aux grandes écoles".
Extrait de la lettre de mission de N. Sarkozy à X Darcos en 2007: "Vous permettrez par ailleurs aux 5% des meilleurs élèves de chaque établissement scolaire de rejoindre, s’ils le veulent, une classe préparatoire aux grandes écoles ou un établissement bénéficiant d’un statut de grand établissement ou d’université technologique".
@Fabrice je pense qu’on y va, doucement et douloureusement.
29 mars 2012 à 20:52
PR27
Je retiens surtout les histoires d’orientation (et alloc) contraintes, il y avait bâton et carotte.
Si l’université abandonnait le premier cycle….n’est-ce pas déplacer le problème ? Chacun veut garder ce qui est valorisant : les bons chercheurs, les bons étudiants, les activités sympatoches proche de sa recherche…
et les mauvais : not in my backyard.
Justement, dans ce texte, FH disait : un large accès à l’enseignement supérieur, mais chacun dans une filière adaptée, selon les aptitudes de l’étudiant et le boulot dispo derrière, et inclut BTS et DUT dans la démarche. Basique, plein de pbs de mise en oeuvre, mais pondu en 2010, il y avait le temps de cogiter sur l’implementation, de consulter les acteurs de terrain (certains se seraient opposés, bien sûr, mais on aurait identifié à coup sûr tous les effets de bord et on aurait eu le temps d’ajuster le tir et en 3 itérations arriver à une bonne solution). C’est peut-être fait en catimini, comme les idex.
29 mars 2012 à 21:24
Fabrice_BLR
D’autre part un petit béarnais pas trop apprécié par ici à renouveler son intérêt pour l’université à plusieurs reprises, insistant sur son système de draft pour l’affectation des professeurs lors de la primo-affectation, afin que ne se créent pas de déserts universitaires.
29 mars 2012 à 21:34
Rachel
Rachel disait souvent "un large accès à l’enseignement supérieur, mais chacun dans une filière adaptée, selon ses pré requis, ses aptitudes et avec une certaine gestion des flux". Peut-être Rachel c’est F. Hollande ?
Si l’université abandonnait le premier cycle, c’est bien évidemment déplacer le problème, mais au moins ça ne sera plus le problème de l’université et on pourra enfin faire sa recherche tranquille. L’université sans les étudiants, ça serait un peu comme le paradis, non ?
29 mars 2012 à 21:38
Rachel
@Fabrice, de mémoire le projet du petit béarnais n’a jamais été commenté dans ce blog. Je ne vois pas pourquoi il serait perçu comme non apprécié ici – ici tout le monde est le bienvenu pour parler de l’université.
29 mars 2012 à 21:48
Fabrice_BLR
@PR27
Au premier cycle, il faut donner des bases, et ça semble être insurmontable pour les enseignants universitaires et surtout l’organisation des études (morcellement, manque de cohérence, culture du zapping, peu d’exercices/d’évaluations).
En pratique le lycée n’arrive pas à garantir cette formation, loin s’en faut. Pour compenser, ne faudrait-il donc point importer les méthodes de l’ancien lycée au début de l’université, par exemple ?
29 mars 2012 à 21:50
PR27
@Fabrice : je crois que votre camarade est plutot peu évoqué que peu apprécié. C’est vrai, c’est dommage, peu de jeunes qui ont l’intention de voter pour lui savent qu’il souhaite augmenter les frais d’inscription universitaires. Ah, ici, toujours des tracteurs… oups, je voulais dire détracteur ! Je vais regarder de plus près son document.
@Rachel : ça m’étonnerait que Rachel soit FH, je me souviens de l’équipex loupé, des points outliers qui ne voulaient pas se mettre sur la courbe etc.. ça sent pas le FH.
29 mars 2012 à 21:53
Astronaute en transit
Je ne comprends pas bien le propos:
Dans un pays où l’on jure ses grands dieux, foi d’égalitarisme, que n’importe lequel détenteur de n’importe lequel bac (avec n’importe laquelle moyenne) a droit à n’importe lesquelles études universitaires aux frais de la princesse, comment s’y prendre pour interdire aux bacheliers généraux l’accès à des filières technologiques sous prétexte qu’elles ne leur sont pas destinées? Il fallait y penser avant!
Dans un pays où l’on exige que soit systématiquement sanctionné le niveau d’études et la position professionnelle supposément garantis par des études dans des filières "prestigieuses" (dites: grandes écoles), comment exiger qu’on augmente, par simple fiat administratif, "le nombre de places" qu’on suppose combler des besoins et garantir (aussi administrativement, je présume) la valeur de la qualification attendue d’une telle formation?
Sil l’on propose autre chose que le nivellement par le bas, il faudrait l’admettre, aussi bien qu’expliquer les moyens (évidemment conçus comme recrutement plus de fonctionnaires) par lesquels on l’assurera à une population…
29 mars 2012 à 21:56
PR27
@Fabrice : je suis d’accord avec vous sur les problèmes pédagogiques (et éventuellement les solutions, car je crois comme vous qu’il y a un pb de compatibilité entre un suivi de près des étudiants et le métier d’EC faisant sérieusement de la recherche). Ce qui m’ennuie plus, même si c’est peut-être anecdotique, ça serait la volonté de restreindre le terme "université" au périmètre d’excellence, charge aux couches moins nobles de se trouver un autre nom (du genre IES :).
29 mars 2012 à 22:09
Fabrice_BLR
@Rachel
C’était en effet dans les commentaires, n’ayant eu que des commentaires négatifs, j’avais rapidement extrapolé. :-)
29 mars 2012 à 23:14
François
Voilà une proposition qui rappelle un échange lu en 2010 dans le Guardian :
" Top universities remain dominated by privileged types. But one solution is ignored. Why? Because it would work
In 2002-3, 5.4% of students at Cambridge and 5.8% at Oxford came from « low participation neighbourhoods ». By 2008-9, the proportion had fallen to 3.7% and 2.7%. This has happened despite 13 years of a Labour government that listed its priorities as « education, education, education », and tens of millions spent – particularly by Oxford and Cambridge – on outreach and encouragement.
So what is to be done? There is a short and simple solution, first proposed 11 years ago by the journalist Peter Wilby. Oxford and Cambridge, he suggested, should offer places to the top one or two pupils from every school, regardless of grades. The next-best universities would offer places to the pupils who come third and fourth, and so on downwards.
Réponse d’un lecteur.
This simplistic solution to Oxbridge elitism won’t work
Top universities can’t offer places unless they know the students will flourish in a demanding environment
Unfortunately, this solution is, in its purest form, unworkable. Universities live or die by the academic standards they uphold. No elite university would allow students on to its degree courses unless they had shown that they could survive and flourish in an academically demanding environment – irrespective of how highly ranked they may have been at their school. To do so could be disastrous for the student and the university.
30 mars 2012 à 14:08
Astronaute en transit
Une collègue m’a raconté avoir participé pendant plusieurs années aux entretiens d’admisssion, pour son collège et son département oxbridgien. Cela faisait suite à plusieurs incidents de pression médiatique autant que politique pour faire admettre des étudiants issus d’écoles "défavorisées". Le fait est que les candidats ne manquaient pas, ceux qui se présentaient avaient en fait les notes requises pour le faire, et de ce fait constituaient les meilleurs éléments de ces écoles. La difficulté du choix ne revenait pas tant au fait que ces étudiants avaient de moins bonnes notes que ceux des écoles plus "côtées"; comme tous avaient des hautes notes, et équivalentes, ce n’était pas sur ce critère là qu’on pouvait juger de l’admissibilité. L’entretien prenait donc de l’importance, de façon à juger de la maturité des candidats, de leur aisance particulière avec le sujet qu’ils entendaient étudier. C’était parfois assez hasardeux de recaler l’un et d’admettre l’autre: quand cela tient à une impression personnelle (ce qui est l’une des raisons pour lesquelles ce procédé est très mal accepté en France) l’incertitude peut vite être qualifiée d’arbitraire.
Le lecteur-répondeur du Guardian me semble avoir saisi le dilemme: dans ce système, l’université est maîtresse de sa réputation académique, laquelle ne dépend pas garantie étatique. Si elle décide délibérément de se niveler, elle perdra l’intérêt qu’elle peut apporter d’y étudier, ce qui a des conséquences d’autant plus néfastes pour ceux des étudiants qui espèrent une ascension sociale grâce à leurs mérites académiques.
30 mars 2012 à 15:11
François
Le système de sélection idéal est celui retient les candidats qui, aux yeux d’examinateurs expérimentés, présentent la plus grande probabilité de devenir, après formation dans l’établissement objet de cette sélection, les meilleurs dans les disciplines enseignées.
Ceci ne correspond donc pas exactement au résultat d’un concours d’admission qui mesure de la manière la plus objective possible le niveau du candidat avant formation dans l’établissement sélectionneur.
Mais prévoir la différence entre un classement basé sur le niveau constaté avant formation et le niveau prévisible après formation est un exercice assez difficile … et qui peut inclure une part d’arbitraire.
31 mars 2012 à 14:47
Helios
Le meilleur moyen de sélection reste l’examen. C’est le seul qui mette tout le monde sur un pied d’égalité. Je ne parle que pour les disciplines scientifiques. Ce qui est curieux c’est que ce moyen classique, celui de l’élitisme républicain, est combattu à la fois par la droite et par la gauche.
Et pour les postes dans la recherche c’est la lsite des résultats obtenus.
Je me rappelle une époque (il y a bien des années) où les collègues chargées du recrutement au CNRS (en mathématiques) avaient décidé de boycotter tous les "entretiens" qu’on avait cherché à leur imposer pour sélectionner les nouveaux entrants, ou plus exactement ils les avaient réduits à leur plus simple expression : bonjour, au revoir…