C’est une curiosité de la campagne électorale : aucun candidat ne semble favorable à une augmentation des frais d’inscription à l’université. On peut comprendre pourquoi : la simple idée d’une augmentation serait très impopulaire et source de violentes polémiques. On pourrait croire alors que c’est un non-débat. Pourtant, ces derniers temps, un grand nombre de tribunes, de points de vue ou de rapports ont été publiés à ce sujet, et la plupart d’entre eux préconisent une augmentation des frais d’inscription. Tous sont conscients qu’une université sous-financée ne pourra pas tenir des objectifs ambitieux. Beaucoup notent aussi que le système de quasi-gratuité est au final socialement injuste (lire les argumentaires dans les liens donnés dans le paragraphe suivant). Mais dans cette période de crise financière et de dette, aucun candidat ne se prononce pour une augmentation du budget dans l’enseignement supérieur. Certains signes sont même alarmants pour les universités. Par exemple le PS prévoit de renforcer les organismes de recherche. Mais sans augmentation globale, certains pensent que ça sera fait au détriment d’un investissement dans les universités.
Pour illustrer les appels au débat récents (de sensibilités de gauche comme de droite), on peut citer le fameux rapport du think tank Terra Nova (lire ici), Laurent Bigorgne, directeur de l’institut Montaigne (ici), de Louis Vogel, actuel président de la CPU (ici et ici), de la CGE (ici), l’institut de l’entreprise (ici), de Jean-François Méla (ici) … et j’en oublie certainement.
Aujourd’hui, Alain Cadix, directeur de l’Ecole National Supérieure de la Création Industrielle, publie un petit texte, dans Les Echos, qui va dans le même sens que ses prédécesseurs (lire ici). Il préconise la mise en œuvre du principe que Talleyrand défendit en 1791 devant l’Assemblée constituante: « Il est une instruction absolument nécessaire à tous. La Société la doit à tous [...]. Il est une instruction qui, sans être nécessaire à tous, est pourtant nécessaire dans la Société en même temps qu’elle est utile à ceux qui la possèdent. La Société doit en assurer les moyens ; mais c’est aussi aux individus qui en profitent, à prendre sur eux une partie des frais de l’application ».


42 commentaires
Comments feed for this article
16 mars 2012 à 17:22
François
Personnellement je trouve que la quasi-gratuité de l’enseignement supérieur a une valeur symbolique forte qu’il serait dommage d’abandonner.
C’est en grande partie l’accès libre à cet enseignement gratuit qui coûte cher inutilement.
Je rappelle quelques chiffres accablants :
hors IUT et professions médicales, on a :
- 680 000 étudiants en licence pour finalement en diplômer 121 000 par an,
- 374 000 étudiants en master en diplômer 96 000 par an.
Une partie de ces étudiants devrait être dans des filières professionnalisantes, et une autre déjà au travail après avoir obtenu un diplôme reconnu de ces mêmes filières.
Malheureusement nous vivons dans le cadre d’un accord Sarkozy-Julliard qui est :
- pas de troubles dans les universités jusqu’à la présidentielle,
- en échange : pas de sélection à l’entrée en licence ou en M1,
- pas d’augmentation des frais de scolarité à l’université,
et de mythes qui ne reposent sur aucune justification sérieuse : "50 % de la population doit avoir une licence", "doubler le nombre de docteurs", etc.
16 mars 2012 à 17:37
Rachel
On a aussi une tradition d’universités sous financée … faut-il continuer sur cette voie ? Je précise que je suis assez partagée sur le sujet. Mais je ne cache pas que je trouve les argumentaires des liens cités assez intéressants. Je trouve surtout dommage que les aspects de financement soient mis de coté dans la campagne et qu’aucune proposition ne soit mise en avant pour le financement des universités.
16 mars 2012 à 18:04
étudiant inquiet
Bien d’accord avec François, il est à mon avis plus simple de réduire le nombre d’étudiants et de financer mieux ceux qui restent, que de continuer à accepter tout le monde en les faisant payer.
Selon les chiffres de réussite de François, les ‘drop-outs’ représentent (environ) 317K étudiants en licence et 182K en master ; en supposant un coût de 10.000€/an/étudiant, on obtient près de 5 milliards d’économies potentielles en sélectionnant mieux les étudiants. Pour atteindre une telle somme par les frais d’inscriptions, il faudrait faire payer environ 5000€ à chaque étudiant en licence et master.
Je note qu’Alain Cadix se prononce à la fin de son article pour une sorte de graduate tax.
16 mars 2012 à 18:09
Rachel
Dingue ! Vincent Peillon m’a invité à discuter avec lui ! holala … je vais lui dire quoi ?
16 mars 2012 à 19:08
PR27
Une fois de plus, si on dit qu’il y a trop de gens en L généraliste (OK), et que ces gens là seraient mieux en BTS, on dépenserait moins pour les L mais plus pour les BTS. Ou alors, on arrête au bac pro.
François, la sélection à l’entrée du M1 est actée dans le projet PS, c’est écrit, à plus forte raison dans le projet FH (d’ailleurs, je crois que FH l’a même écrit . Rappelons que les 50% incluent les formations actuelles bac+2 (qui "théoriquement" deviendront des bac+3). Il a été clairement écrit dans les projet PS et al. que l’augmentation des flux est à faire dans les formations pro et non dans les formations généralistes.
Entre tout ça et les histoires de halal, faites votre choix…
Alain Cadix, c’est celui qui fait la labellisation ?
16 mars 2012 à 19:23
Rachel
Si le projet du PS est d’ouvrir encore plus de formations courtes pro, alors je crois qu’il se plante complètement. Des formations comme ça il y a en a déjà beaucoup (IUT, BTS). Le problème c’est qu’elles ne remplissent plus leur mission (en particulier les IUT). Je pense qu’il faut d’abord remettre tout ça à l’endroit, ensuite on verra s’il faut effectivement en ouvrir d’autres …
16 mars 2012 à 19:39
PR27
Les EC qui rêvent de remplacer leurs actuels étudiants de L1 par les actuels étudiants de BTS se mettent le doigt dans l’oeil jusqu’au genou. Les étudiants de BTS sont pour la plupart bien où ils sont…
Par ailleurs, pour votre information, il y a maintenant des filières préparatoires aux écoles d’ingé universitaires, dans les IUT. Il y a aussi une filière pour repêcher vers les études d’ingé, en limitant la perte d’années, les perdants bien classés des concours de PCEM. C’est un idefi gagnant d’écoles d’ingé universitaires… mais suffit l’autopromotion….
16 mars 2012 à 20:57
Septime
PR27
Vous préférez le label Idefi au label de Cadix ?
17 mars 2012 à 11:35
MC27
La quasi-gratuité des frais d’inscription pourrait être modulée en fonction des résultats des étudiants. Cela peut-être vu comme une augmentation des frais d’inscription accompagnée de bourses qui couvrent cette augmentation.
En cas d’un premier échec de l’étudiant (année non validée), les frais d’inscription augmenteraient (ou la bourse diminuerait suivant le point de vue). En cas de deuxième échec, les frais d’inscription seraient pleinement dus. Pour illustrer, si les frais d’inscription sont fixés à 1000€, le montant initial serait ~0€. En cas d’un premier échec, les frais monteraient à 500€/an. En cas d’un deuxième échec, ils monteraient à 1000€/an.
Cela aurait l’avantage de donner une valeur aux études. En effet, la quasi-gratuité a un défaut majeur: elle ne valorise pas l’engagement de l’étudiant. L’approche bourse renforcerait le mérite attribué à l’étudiant. Enfin, ceux qui seraient mieux ailleurs éviteraient de gaspiller leur argent.
Il ne faut sans doute pas se limiter à 1000€ pour que ce système ait un réel effet. Il y a malgré tout un défaut: les étudiants de classes sociales supérieures sont mieux armés financièrement et culturellement. Mais ce n’est sans doute pas à l’Université de combattre (seule) cela. Le rôle de l’Université est de former et de délivrer un diplôme à ceux qui le méritent.
Les problèmes budgétaires et financiers de l’Université ne vont pas se résoudre en augmentant les frais d’inscription, mais en réduisant le nombre d’étudiants qui y perdent leur temps.
Quand aux propositions qui consistent à demander aux étudiants de rembourser leurs frais d’inscription une fois qu’ils sont diplômés, elles sont tout bonnement scandaleuses. On devrait donc s’endetter pour étudier: quel grand progrès!
17 mars 2012 à 14:44
François
@Rachel. " Dingue ! Vincent Peillon m’a invité à discuter avec lui ! holala … je vais lui dire quoi ? "
Un lien avec :
http://www.inventeragauche.com/non-classe/invitation-a-la-rencontre-inventer-a-gauche-mardi-20-mars-a-19h00-avec-vincent-peillon-et-marion-guillou/
???
17 mars 2012 à 15:45
François
Les statistiques de sortie de formation initiale de la DEPP montrent que les filles profitent honteusement du système actuel :
Niveau de sortie de formation initiale (diplôme de niveau le plus élevé) :
- diplômés des études supérieures : 35% des garçons, 48% des filles,
- diplômés des seconds cycles du secondaire (Bac, CAP, BEP, ..) : 42% des garçons, 40% des filles,
- brevet et aucun diplôme : 23% des garçons, 12% des filles.
Au passage ces chiffres montrent que le problème de l’école primaire actuellement objet de toutes les attentions est essentiellement un problème de sexe de l’élève.
17 mars 2012 à 15:53
PR27
@Francois : une bonne occasion de questionner sur la différence d’affichage entre la ligne Destot et la ligne This Saint-Jean : Destot semble clairement pour une hiérarchisation forte des universités (pas de recherche partout : l’université de Savoie appréciera – Univ . de Savoie qui, dans sa page web de présentation, affirme qu’elle est en course pour l’idex – mais arrêtons de remuer le couteau dans la plaie). Mais bon, voilà des questions techniques et subtiles, alors que le bouffon d’en face a bien expliqué que la viande halal était le grand problème de l’avenir.
17 mars 2012 à 18:08
PR23
C’est très souvent en période électorale que l’on agite ce marronnier des "frais d’inscription"…
Or, les financements des universités sont en pleine évolution et diversification : rôle accru des contrats divers et variés sur lesquels sont prélevés des frais, fondations dans lesquelles s’engagent beaucoup d’universités, aides des collectivités territoriales et pas seulement pour la recherche. Dans une région, celle-ci va rallonger quasiment 2 millions d’euros pour la mise aux normes d’un bâtiment à usage pédagogique dominant.
Et enfin; les universités ne sont pas gratuites: ce sont les effectifs qui garantissent des ressources appréciables même si les niveaux individuels sont modestes.
Et alors faut-il diminuer le nombre des étudiants?
La raison nous indique que non si nous voulons nous placer au mieux dans les transformations économiques en cours (économie de la connaissance etc). Il faut élever le niveau de formation et d’employabilité des jeunes.
Le malthusianisme est généralement une impasse.
Donc il s’agit de mieux orienter et aussi de créer des filières porteuses ici et là, adaptées aux échelles de territoires.
Le dernier rapport de l’OST (qui vient de sortir) sur la production scientifique est loin, très loin du discours décliniste qui fait souvent écho ici.
En ce qui me concerne, le véritable problème n’est pas ce conte sur les frais d’inscription mais plutôt l’accès et la "durabilité" de plus en plus difficiles à l’enseignement supérieur de jeunes issus des catégories modestes et…moyennes, aussi.
17 mars 2012 à 18:55
Astronaute en transit
Attention Rachel, c’est peut-être une invitation piège pour vous faire sortir de votre anonymat… Si vous voulez, je vous prête mon masque de carnaval pour votre entretien!
J’avais vu l’article de Cadix dans Les Échos ça tombe sous le sens. Que l’opinion publique considère que la gratuité à des effets socialement injustes et mais n’accepte pas la fin de cette gratuité n’est pas très surprenant, car on observe de telles attitudes dans d’autres domaines que l’enseignement supérieur. Entre le confort et la justice, les Français choisissent, oh comme c’est humain, le confort…
De toutes façon, s’en préoccuper sera superflu. Si l’enseignement supérieur était mieux financé, que ce soit par réduction des étudiants dans les filières surchargées pour par des paiements nouveaux (en droits ou en impôts, il est sûr que ce sera l’un ou l’autre) la question demeurerait encore de savoir si les fonctionnaires de ce système étatisé se secoueraient assez pour le rendre plus performant. Où l’on verrait que tout n’est pas seulement question de moyens, ça doit être pareil pour les bouchers…
17 mars 2012 à 19:08
François
" Il faut élever le niveau de formation et d’employabilité des jeunes. "
C’est-à-dire par exemple créer une formation d’artisan plombier où, au delà de l’apprentissage technique, l’étudiant soit capable de rédiger un devis ou une correspondance commerciale sans faire de fautes de calcul ou d’orthographe (vaste programme ! ! ), connaisse suffisamment de droit commercial pour être capable de gérer un litige, de droit social pour pouvoir gérer un jour du personnel, etc.
Remplacer des cursus qui conduisent à des taux de chômage élevé par ce genre de formation n’est ni malthusien ni décliniste. C’est ce que font les Suisses et les Allemands depuis longtemps.
Quant à l’ "économie de la connaissance " (de quoi ?), au delà du slogan, je ne sais pas trop ce que ça veut dire.
17 mars 2012 à 20:05
PR27
François, l’économie de la connaissance, c’est (peut-être) justement l’exemple que vous mentionnez. Le plombier sera souvent plombier-chauffagiste et a intérêt à comprendre un minimum la physique appliquée à son domaine. J’en ai connu qui étaient paniqués par les chaudières à condensation : ils ne comprennaient pas le principe. Que penser du charpentier qui ne comprend pas la physique de la vapeur d’eau et met les films de sous-toiture à l’envers ? Mais je vous rejoins : il est indispensable de préciser ce qu’est "l’économie de la connaissance". Alors, oui, il existe des postes à pourvoir, qui sont purement "physique et sourire" ; on y est souvent traité comme un chien, et c’est sûrement pourquoi ils sont à pourvoir.
17 mars 2012 à 21:13
PR23
pour l’économie de la connaissance, voir entre autres : http://mitpress.mit.edu/catalog/item/default.asp?ttype=2&tid=10104
quant aux plombiers, oui pour la physique, et aussi la maîtrise d’appareils numériques récents, lire l’anglais, pouvoir créer et gérer son site web, parler quelques mots de chinois pour le stage qu’il fera à Shangaï.
En somme, tout ce qu’une bonne licence professionnelle ou un bon DU en formation continue à l’université de sa région lui permettra d’acquérir.
Et il pourra mieux monnayer tout cela à ses clients.
Et voilà l’économie de la connaissance sur les rails !
17 mars 2012 à 22:25
PR27
Je connais une intersection non vide entre, d’une part, les promoteurs des frais d’inscription "pour un bon usage de l’argent public", et d’autre part, ceux qui s’accommodent bien d’enseigner à des groupes et promotions de très petite taille dans leur petite option de leur metit master.
17 mars 2012 à 23:48
Rachel
@François, non, ce n’est pas la même date ni a même heure …
18 mars 2012 à 00:22
François
De toute façon, inutile de trop se creuser les méninges, puisque nous sommes entrés, comme le dit la dernière version du Times Higher Education (censé faire autorité …) dans un système où :
" It is not what you study, how you get in or even what grades you achieve: it is simply where you went to university that matters."
J’en déduis que Harvard va sans doute bientôt ouvrir des sections de classes maternelles dont la scolarité coûtera vraisemblablement une fortune …
18 mars 2012 à 09:58
Astronaute en transit
@ François: la variante française de ce système! Ce n’est pas juste où vous avez étudié, cela dépend si vous êtes fonctionnaire ou pas!
18 mars 2012 à 11:35
PR23
Quand ici ou parfois ailleurs, on évoque des filières "surchargées", il s’agit pour la plupart d’évoquer implicitement des filières lettres-sciences humaines, supposées remplies de futurs chômeurs et d’aspirants-fonctionnaires (horreur !).
Mais,
c’est une vision désormais datée car,
depuis plusieurs années, ces filières voient leurs effectifs baisser puis chuter, peut-être à l’exception de la psychologie.
Les effectifs ont tellement baissé que si l’on prolonge cette courbe, il va être difficile de remplacer les départs en retraite de professeurs (l’une des ressources supposées de ces filières) dans certaines disciplines de l’enseignement secondaire : lettres classiques et modernes, histoire-géographie, allemand, sciences économiques et sociales, sciences et techniques économiques, philosophie.
Déjà pour corriger les épreuves de philo du bac, les rectorats ont du faire appel à des retraités, faute de professeurs en activité….
Alors, soit il va falloir, comme pour les maths ou la physique, importer des contractuels issus des pays francophones du sud, soit, ce qui nous ramène au fil du billet de Rachel, non pas augmenter les frais d’inscription des étudiants mais peut-être les supprimer pour attirer des candidats.
Bon, la mastérisation des métiers de l’enseignement est une des causes directes de ces chutes d’effectifs, le discrédit dans lequel est plongé le métier d’enseignant une autre, mais il n’y a pas que ça.
L’ambiance sociale générale dans laquelle nous évoluons serait certainement à mettre en cause.
18 mars 2012 à 12:22
Astronaute en transit
@ PR23, pourquoi supprimer les quelques centaines d’euros qualifiés de "frais de scolarité" (on se demande quels frais ça peut bien couvrir quand l’heure de cours magistral est rémunérée à trente-neuf euros) pour attirer des étudiants dans des disciplines dont vous remarquez par ailleurs que le nombre de leurs étudiants serait en chute libre, et ayant pour conséquence la difficulté de remplacer les départs en retraite dans l’enseignement secondaire?
Croyez vous donc que le facteur coût explique ce désamour quand en fin de message vous nous indiquez en réalité d’autres raisons comme la mastérisation et le discrédit du métier d’enseignant?
On a déjà discuté, je crois, du problème qui est de considérer la finalité de ces différentes disciplines comme étant d’alimenter l’enseignement secondaire. C’est ce raisonnement étroit qui a abouti à concevoir l’enseignement et la formation universitaires dans ces disciplines comme n’aboutissant qu’à ce seul métier. Dès que ce métier est lui-même en crise (et qui est responsable de cette crise sinon la gestion calamiteuse du service public par les agents censés l’assurer?) celle-ci se transmet aux disciplines à qui l’on a donné comme seule raison d’être leur enseignement.
Je ne sais pas pour vous, mais je vois encore des amphis bondés, alors je prends avec un grain de sel cette alarme au sujet de la chute des effectifs. Il reste que ces sujets sont encore perçus comme abordables par des étudiants qui ne peuvent faire d’études scientifiques; c’est là aussi un choix par défaut qui reste une réalité très large.
On ne voit pas donc comment on pourrait prétexter une baisse des effectifs dans les disciplines (qu’on prétend relier à une baisse d’effectifs observée dans une corporation très préoccupée par l’effet de nombre de façon à s’imposer socialement) comme devant aboutir logiquement à une suppression des droits d’inscription pour attirer un plus grands nombre d’étudiants et combler une "pénurie". Déjà que les droits pour étudier ces sujets sont purement symboliques, leur suppression l’est encore plus!
18 mars 2012 à 15:27
Rachel
@PR23, j’avais lu il y a récemment un article qui allait dans le sens que vous mentionnez et qui était, je crois, en réaction contre la circulaire Guéant. Dans cet article il était préconisé qu’il faudrait mettre en place un système de financement pour attirer les étudiants étrangers (en clair, les payer pour qu’ils viennent étudier en France). Je ne retrouve plus l’article en question …
@Astronaute, @PR23, La chute d’effectifs est observée depuis longtemps en science, surtout en physique. Elle touche maintenant d’autres disciplines, comme par exemple les maths, puis encore plus récemment les métiers de l’enseignement (personnellement, je ne pense pas que la mastérisation soit la cause principale). D’un autre coté, les filières sélectives ou les filières privées (payantes mais sans démesure) remplissent toujours leurs promos, et elles sont de plus en plus nombreuses. Je pense qu’il faut s’interroger sur cette évolution, c’est-à-dire (1) soit laisser faire (ne rien faire) et donc accompagner cette évolution (2) soit faire une réforme d’ampleur sur les premiers cycles.
18 mars 2012 à 16:21
Sirius
Rachel
1) attirer les étudiants étrangers par des droits de scolarité bas ou, pire, par des aides financières, est la garantie d’avoir les plus mauvais étudiants.
Il est établi depuis longtemps que les pays pauvres envoient leurs meilleurs étudiants dans les universités chères et les mauvais dans les universités à faibles tarifs.
2) L’évolution des effectifs s’explique moins par les disciplines que par le caractère sélectif ou non des filières. Sur les dernières décennies, on observe une hausse tendancielle des effectifs des filières sélectives (Grandes écoles, médecine, IUT, BTS, etc.) et une baisse relative des filières ouvertes à tous. La question de la sélection est donc au moins aussi importante que celle des frais de scolarité.
3) Limiter l’accès par l’argent est moins "social" que le limiter par une sélection sur les capacités. Mais les deux demandent un courage politique qui a manqué à tous les gouvernements de droite comme de gauche depuis trente ans. Ne faire ni l’un ni l’autre conduit à un gaspillage économique et social monstrueux.
18 mars 2012 à 16:45
Rachel
@Sirius, je ne comprends pas très bien votre premier point. L’idée me semble tout à fait valide pour attirer les bons étudiants peu fortunés (en admettant que ceux qui sont fortunés préfèreront de toute façon payer très cher une formation très cotée dans le référentiel Shanghai ?).
L’évolution des effectifs (en particulier la fameuse « désaffection des sciences ») n’est pas un phénomène purement français. Mais en France il y a, à mon avis, une double difficulté : les études scientifiques n’attirent pas les jeunes, phénomène mondial (2) un phénomène purement français de construction progressive d’un tas de filières sélectives qui ont pompé beaucoup d’étudiant des filières classiques-académiques. C’est le concept du TSU (tout sauf l’université).
18 mars 2012 à 17:45
PR27
Faut-il compter comme désaffection pour la science ceux qui vont vers les IUT et les écoles d’ingé – qui se qualifient de "technologiques" ? Dans 2 ou 3 matières de sciences dures auxquelles je pense, je ne crois pas que la différence de contenus enseignés justifie la distinction. "Technologiques" permet de rassurer les parents , le message étant ; il y a des choses pratiques aussi et on trouve du travail ensuite.
18 mars 2012 à 18:00
Rachel
PR27, le développement des IUT et écoles d’ingé a certainement limité cette désaffection (c’est une chance !). Mais dans la confusion actuelle des différentes missions des formations, tout cela revient à avoir mis en place un système concurrentiel au sein même du service public. Les filières académiques sont maintenant tellement sinistrées qu’on se demande si ça vaut le coup de les maintenir.
18 mars 2012 à 19:01
Astronaute en transit
D’accord avec Sirius, je pense, s’il fallait faire une réforme d’ampleur pour rendre les premiers cycles universitaires plus attractifs (quelle que soit la discipline), ce serait évidemment d’introduire une procédure de sélection académique à l’admission. Cela a un poids évident quand à l’image des formations, bien plus que le fait d’être ou non payantes. On se dit que face à une sélection, il y a un niveau d’exigence non seulement en termes de capacités, mais de motivation: on demande aux futurs étudiants de travailler avant d’entrer, ils doivent savoir qu’ainsi on leur demandera de travailler une fois admis. Ils sauront aussi qu’en définitive, leur diplôme ne provient pas d’une pochette surprise.
Au vu des comportements et des mentalités qui ont été longtemps tolérés dans ce pays, je pense, toujours pour reprendre ce qu’a évoqué Sirius, qu’il faudrait à des responsables politiques un courage encore plus grand pour oser introduire une sélection académique que des droits d’inscriptions. Payer pour des services, au fond, les gens y sont habitués, et ils s’exécutent tout en ronchonnant. mais devoir prouver des capacités toucherait encore plus à leur illusion égalitariste qu’à leur porte-monnaie, et cela, peu de Français modernes sont préparés à le faire.
18 mars 2012 à 19:44
étudiant inquiet
Astronaute, 64% des Français sont contre la sélection à l’entrée de l’Université, 89% plus ou moins contre une augmentation des frais d’inscriptions (http://www.campuscommunication.fr/barometre.pdf). La 1ère solution serait donc moins fortement rejetée. Je redis ma surprise de voir que même parmi les sympathisants de droite (vu l’unanimisme des réponses) on repousse ces mesures. Je ne vois pas ce qui pourrait amener une inflexion dans les mentalités ; il ne faut pas s’attendre à des changements d’ampleur dans les prochaines années…
Pour ceux que ça intéresse, j’ai retrouvé la totalité du rapport de Talleyrand (de 55 pages…) : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k495459/f451.image
18 mars 2012 à 21:30
PR27
@etudiant : votre paquet de "sympathisants de droite" comporte peut-être autant d’ouvriers qui votent Le Pen que de profils classiques de la droite libérale. Notre roi fait 28% et n’a guère de réserves. Merci pour le lien Gallica, ça fera plaisir au très anti-sarkozyste Jeanneney.
Vivement que l’Astronaute, "au vu des comportements et des mentalités qui ont été longtemps tolérés dans ce pays". "Tolérer des mentalités", c’est fort. Je suis toujours amusé de lire l’Astronaute répandre du round up dans l’âme des paresseux.
19 mars 2012 à 10:18
Frais d’inscription dans l’enseignement supérieur | Enseignement Supérieur et Recherche en France | Scoop.it
[...] background-color:#222222; background-repeat : no-repeat; } rachelgliese.wordpress.com – Today, 4:18 [...]
19 mars 2012 à 10:20
Astronaute en transit
PR27, faites moi au moins l’honneur de me citer correctement pour ne pas déformer mes propos et inviter à des jugements facilement négatifs (le supposé lepéno-sarkozysme dont vous m’accusez désormais régulièrement, c’est la campagne qui vous rend aussi désagréable?): j’ai parlé de tolérance de comportements et de mentalités . Si je suis en désaccord avec la façon dont se comportent et pensent mes concitoyens, étant dans la minorité, il faudrait donc que je m’écrase que que je me taise, pour ne pas vous empêcher de tourner en rond?
Étudiant, ces chiffres indiquent peut-être que la sélection serait "moins fortement rejetée" que les droits, mais j’arrive à ma conclusion de l’inverse plutôt au regard du passé. L’éventualité de la sélection a constitué un élément mobilisateur central dans tous les mouvements anti-réformes à l’université depuis 1986. Le texte original de la LRU la prévoyait, et c’est sur instruction de l’Élysée, aux seules menaces proférées par M. Julliard, que cette sélection universitaire en a été retirée, amputant du coup une bonne part de la révolution culturelle attendue du fait de cette loi. Oui, même les gens "de droite" s’y disent opposés et pourquoi? Parce que dans l’esprit majoritaire, l’université publique est un service de proximité qui doit être accessible comme la boulangerie, le PMU, le médecin et le commissariat de quartier. À ne pas différencier l’université en tant qu’institution et en tant que mission (et en tant qu’une part, une part seulement, de ce qui peut être des "études post-bac"), c’est ainsi qu’on incite les gens à continuer de penser en ces termes erronés, quelle que soit leur sensibilité politique.
19 mars 2012 à 10:21
Astronaute en transit
Youpi Rachel, on s’est encore fait remarquer! Une bonne nouvelle pour le H-Index de Gaia!
19 mars 2012 à 13:01
PR27
Astronaute, je citerai correctement quand vous lirez correctement : mes deux paragraphes étaient décorrélés répondant aux deux commentaires juste au dessus. Le premier ne vous concernait pas, J’écrivais simplement à l’étudiant que l’ensemble des "sympathisants de droite" est probablement hétérogène : il y a sûrement des libéraux favorables aux frais d’inscription et des anti-mondialistes "version de droite populaire" mis dans ce paquet. Il n’est donc pas surprenant qu’on s’oppose aux frais d’inscription même parmi cet ensemble "sympathisants de droite".
Sur le second paragraphe, vous écrivez néanmoins qu’on a eu tort de tolérer des mentalités. Je trouve le choix des termes assez inquiétant, mais chacun son vocabulaire.
19 mars 2012 à 13:17
PR27
Astronaute, remarquez que vous traitez ici depuis des lustres (et avec la bienveillance de la patronne) les fonctionnaires de paresseux irrécupérables… dans le cadre d’un dialogue respectueux, bien sûr.
19 mars 2012 à 13:45
Astronaute en transit
Nos différences de vues ne sont pas vraiment le sujet du blog, ni du fil de discussion, mais puisque vous soulevez la question, PR27: ma réponse ne faisait aucun lien entre vos deux paragraphes, elle traitait juste de celui où vous vous adressiez directement à moi. Et comme souvent lorsque je dis quelque chose qui vous déplait, vous déplacez le sujet, généralement pour sous-entendre que je suis d’extrême-droite.
Oui, les mentalités dominantes de ce pays ne me plaisent pas, et je le dis. Ce n’est pas la même chose que de me faire prétendre que j’affirmerais que ce mode de pensée devrait être interdit. Déplorer n’est pas la même chose qu’imposer une censure.
Oui, le comportement et la compétence professionnelle de beaucoup d’agents de la fonction publique me paraissent très en dessous de ce qu’on peut en attendre, et je le dis. Vous vous sentez personnellement visé? Mais je ne vous connais pas! Demandez vous plutôt pourquoi certains de vos collègues suscitent de tels commentaires.
Quand à vous plaindre au passage de Rachel et de sa supposée "bienveillance", c’est encore plus déplacé
20 mars 2012 à 12:28
Helios
Les exemples étrangers montrent que les augmentations de frais d’inscription ne servent qu’à gonfler les portefeuilles des managers et de quelques profs vedettes (voire encore pire, d’équipes de sport). D’ailleurs l’exemple révélé de Sciences-Po montre que ça commence chez nous.
Je suis donc totalement opposé à l’existence même de frais d’inscription, même faibles.
Par contre je pense qu’il faut une sélection à l’entrée.
On pourrait même ajouter un engagement à rembourser les frais d’étude dans certains cas (départ à l’étranger par exemple), comme c’est le cas dans certaines grandes écoles publiques.
Mais il ne faut pas oublier que les politiques ne traitent pas d’un sujet comme l’enseignement supérieur indépendamment des autres. Par exemple si on fait une sélection à l’entrée de l’université il faudra trouver une autre garderie pour les élèves refoulés.
20 mars 2012 à 20:10
dan- visseur optimiste
Finalement, le système n’est pas si mauvais : les étudiants qui ont peur de la sélection vont à l’université passer quelques années tranquilles en attendant le RSA, et ils ont la bénédiction des sondages ( qui, comme je l’ai déjà écrit, sont la plus mauvaise façon de prendre des décisions d’intérêt général).
Pendant ce temps les étudiants qui acceptent de travailler et de s’investir vont dans les filières sélectives ( y compris khagne, n’en déplaise à la sosotte Marie Desplechin) , travaillent pendant cinq ans à un rythme normal, et se débrouillent ensuite pour trouver un job. La sélection ne se fait pas sur l’argent,mais sur l’acceptation du travail et d’un minimum de dose de risque. Continuons comme cela. Les effectifs pléthoriques des U diminueront, et les autres augmenteront. et basta.C’est un sondage qui a du sens, car il y a engagement des personnes.
21 mars 2012 à 10:48
jako
@François : ici un petit bouquin qui devrait vous plaire :
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/catalogue/9782110088574/index.shtml
L’économie de la connaissance est indissolublement liée à « l’écologie de l’innovation », à la R&D, aux transferts de technologies et à la compétitivité dont elle constitue une dimension essentielle. Cf. l’article « Les marchés de brevets dans l’économie de la connaissance », ici, et toute la problématique de la propriété intellectuelle :
http://www.cae.gouv.fr/IMG/pdf/094.pdf
Inutile de préciser que les SHS sont assez peu concernées par « l’économie de la connaissance » ainsi envisagée. Par contre, les SHS font évidemment les frais de cette nouvelle doxa : « (…) la valorisation de la recherche universitaire et publique par les transferts vers les entreprises est devenue plus importante, comme on le verra plus loin. Il ne s’agit plus d’engranger des « retombées », sous-produits bienvenus mais seconds d’une activité à finalité autre, mais de structurer une part importante de la recherche universitaire avec l’objectif d’optimiser les transferts vers la société et l’industrie (…)
@PR23 : même l’OCDE – qui n’est pas un repère de mélanchonistes – s’est alarmée de la situation catastrophique qui résultera de la pénurie des enseignants pour les années à venir. Mais comme l’a rappelé quelqu’un ici même, l’urgence du siècle, c’est la viande halal… Et puis il y en aura toujours pour expliquer que l’université n’a pas à se mêler de la formation des enseignants et que les profs sont évidemment responsables du fait que leur métier est devenu un métier de merde, qu’ils l’ont voulu et que c’est donc bien fait pour leur gueule…
Sur les flux d’étudiants à l’Université, cf. le texte de P. Arnoux :
« En 15 ans, les flux d’entrée en licence scientifique à l’université ont été divisés par 2, et les flux d’entrée en classe préparatoire scientifique sont en train de passer devant. C’est normal : elles travaillent dans un environnement stable, où l’enseignement est hautement valorisé (même si on peut contester leurs pratiques), et font donc le boulot sérieusement. Pendant ce temps, nous vivons dans un environnement en perpétuelle déliquescence, avec des règles arbitraires imposées d’en haut, et dont les responsables se glorifient qu’elles évoluent de plus en plus vite, ce qui interdit toute construction à moyen terme (on ne parle plus de long terme ici : 5 ans devient un horizon inaccessible) ; l’enseignement y est la dernière roue du carrosse, même si de nombreux collègues continuent à s’y dévouer, d’une façon qui finit par confiner au bénévolat. Pourquoi s’étonner du résultat? »
http://jfmela.free.fr/jfmblog/?p=246#more-246
No comment…
P.S1. En voilà un au moins qui ne risque pas de considérer la nature de sa discipline « comme étant d’alimenter l’enseignement secondaire » :
http://www.liberation.fr/societe/01012396570-bauer-grand-maitre-de-la-criminologie
P.S2. Dernière illustration ici de ce que le gouvernement avec sa « mastérisation » prend les enseignants et les étudiants pour des cons :
http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2012/03/19032012_Formationmaitres.aspx
21 mars 2012 à 13:47
PR23
Oui, je viens de voir passer la note d’info du ministère sur la création d’une section CNU de Criminologie…
Jusqu’où ne descendra-t-on pas avec cette clique?
24 mars 2012 à 10:25
Helios
Au Québec ça bouge contre les droits d’inscription
http://www.ledevoir.com/societe/education/345740/200-000-fois-entendez-nous