L’étape des IDEX aura été assez traumatisante. Seulement huit sites auront été retenus par le jury international (quatre en Île-de-France, Bordeaux, Marseille, Strasbourg Toulouse. Deux autres sont en discussion sous le manteau (Lyon et Hésam). Beaucoup auront soulevés quelques inquiétudes sur les conséquences de cette politique « d’excellence » : création d’universités à deux vitesses, inégalités territoriales, etc … On ne va pas y revenir tant cela est discuté ici et ailleurs. Examinons plutôt aujourd’hui le cas de la région Nord-Pas-de-calais, qui a raté son IDEX. Cette région partait-elle avec les chances que d’autres ? La réponse est non, pour deux raisons majeures (1) une politique de démocratisation de l’enseignement supérieur appliquée à la région et qui se révèle aujourd’hui totalement inadaptée à la politique de site des IDEX. (2) le faible investissement des organismes de recherche dans cette région.

Aménagement du territoire. « À partir des années 1990, le ministre de l’Enseignement Supérieur Lionel Jospin lance le plan université 2000 dans un objectif d’aménagement du territoire ; les établissements doivent alors faire face à un afflux de 50 000 à 100 000 étudiants supplémentaires par an. Il s’agissait en particulier de désengorger les universités parisiennes et lilloises ». « Ces universités ont été créées à partir de composantes délocalisées d’universités plus anciennes, ou de programmes mis spécifiquement en place par ces dernières » Source. A cette époque, les universités lilloises avaient déjà quelques antennes délocalisées (antennes d’enseignements à Calais, Dunkerque, Béthune, Lens). Elles doivent donc participer à la mise en place de ces nouveaux pôles, qui deviendront des universités (Littoral et Artois principalement). Une université, ce n’est pas que de l’enseignement, c’est aussi de la recherche. Ainsi c’est une partie du potentiel recherche Lillois qui est déménagé dans ces structures périphériques. Cette construction d’université nouvelle s’est donc faite au détriment du cœur de la région. Or c’est maintenant la politique de site unique qui est à la mode dans ce nouveau contexte de mondialisation … pas de chance pour les lillois … les errements de l’Etat leur aura été un facteur très défavorable.

Organisme de recherche. « On s’aperçoit que la répartition des Idex en France épouse la carte des points forts du CNRS à la fin des années 60. D’où la question : fallait-il un jury international pour découvrir ce que chacun sait ? Et ne faut-il pas une nouvelle initiative pour les sites qui se sont développés plus récemment ? » Patrick Fridenson, ici. L’Etat n’a jamais beaucoup investit dans la recherche en Nord de France. Les effectifs de chercheurs d’organisme de recherche sont faibles comparés à d’autres régions. Voir ici, par exemple, la situation comparée pour le CNRS, pour le potentiel humain (ici) et le financement (ici). Sur les diagrammes que l’on peut voir sur ces deux liens, on constate que les régions ne sont pas logées à la même enseigne. Le facteur prédominant semble être l’implantation du CNRS dans les régions. Là où le CNRS est présent, les régions sont puissantes en termes d’investissement dans la recherche et le développement (secteur public). Ce sont ces régions qui attirent les investissements, y compris d’Etat comme en témoigne les orientations récentes du plan grand campus et des IDEX (sauf exception de type Rhône-Alpes).

Bien entendu, dans ces conditions peu favorables, le projet IDEX Lillois partait avec de sacrés handicaps. A cela s’ajoute un projet timide d’université fédérale, ce qui n’était pas vraiment un schéma bien perçu pour un IDEX.

En conclusion, on comprend mieux pourquoi le projet lillois a été retoqué. Mais on constate surtout que Lille a fait les frais d’une politique de l’Etat erratique en ce qui concerne l’enseignement supérieur et très inégalitaire en ce qui concerne ses investissements dans la recherche. Cette région est la 4ème la plus peuplée, la 4ème en nombre d’étudiant… mais seulement la 12ème en nombre de chercheurs des organismes de recherche, la 13ème en investissement de la recherche (DIRD secteur civil, rapporté au nombre d’habitant) et 1 % des investissements d’avenir (pour 6,6 % de la population française). Quelle place à proposer à cette région par rapport à la trajectoire nationale ? En attendant ces réponses, il me parait scandaleux que cette grosse métropole transfrontalière ne puisse pas bénéficier d’un investissement de l’Etat pour se donner une chance de se construire.

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