Si j’ai bien compris, le 5 mars F. Hollande tiendra un grand meeting dont le sujet sera l’enseignement supérieur et la recherche. Enfin nous allons en savoir plus sur le programme ESR du PS qui était jusqu’à présent un peu flou ou restait sur des lieux communs (faire réussir des étudiants, redonner la confiance aux chercheurs, …). De nombreux challenges attendent le prochain gouvernement. Tentons d’en citer les principaux éléments, souvent discutés ici.

Premier cycle : le taux d’échec en licence reste très élevé (50 % en moyenne, 90 % pour les titulaires d’un bac pro). Le public de la licence est beaucoup trop hétérogène, surtout en science « dure ». Il est composé de bons étudiants qui ne veulent pas faire une grande école et d’étudiants de niveau faible qui ont été refusés ailleurs (IUT, BTS) et qui arrivent à l’université par défaut (notion d’université voiture balai). Dans ces conditions, la licence ne peut pas être satisfaisante (ni les étudiants, ni pour les enseignants qui sont passablement démotivés par une mission impossible à réaliser à cause de la différence extrême de niveau des étudiants).

Plutôt que de faire un énième plan licence qui ne servira à rien (y compris si on met des moyens), il faut aborder le problème autrement. A mon sens il faut redonner une cohérence à l’ensemble du premier cycle, c’est-à-dire offrir des formations qui soient adaptées aux niveaux des étudiants. Pour réussir cette opération, il faut une remise à plat d’envergure du premier cycle. (1) intégrer les classes préparatoires dans les universités (2) Redonner aux IUT et BTS leur mission d’origine, c’est-à-dire de s’occuper des formations courtes et professionnalisantes (disons bac+3) et non de servir de plateformes de contournement de l’université pour un accès aux seconds cycles ou aux GE.

Le premier cycle serait alors composés de deux grandes voies d’orientation (1) une préparation aux études longues (bac+5), incluant la voie des GE et celle des masters. On peut envisager une mutualisation d’une bonne partie de ces enseignements, ce qui serait particulièrement pertinent compte tenu du faible financement de notre enseignement supérieur. (2) une voie courte (bac+3), professionnalisante, qui serait largement pris en charge par les IUT et BTS.

Mixité sociale et intellectuelle. Il faut poursuivre l’effort de démocratisation de l’enseignement supérieur. Le rapprochement des CPGE et des GE de l’université permettrait de réaliser une mixité sociale et intellectuelle, ce qui me parait essentiel pour une évolution saine de notre société. C’est à mon sens un défi majeur : concilier élitisme républicain et université pour tous. Comment faire pour que notre enseignement supérieur soit autre chose qu’une grande gare de triage socio-culturelle ?

Formation des enseignants. Comment le PS gérera la formation des enseignants ? Retournera-t-il en arrière pour restaurer ce qui existait avant (IUFM clos et annulation des masters de l’enseignement) ? Ou au contraire proposera-t-il un schéma cohérent ? Comment gérer la superposition « concours » et « diplôme master » ? On peut bien entendu regretter que ce dossier a été mal géré par le gouvernement mais pour ma part je trouve particulièrement lamentable le comportement des universitaires sur ce sujet. Quoi de plus beau que d’accueillir la formation des enseignants ? Enseigner est un métier qui s’apprend … OK. On ne peut pas apprendre à l’université ?

Rénover le cycle master. Globalement le cycle M devrait être constitué de trois piliers : la formation des enseignants du primaire et du secondaire, la formation à la recherche et les formations professionnalisantes en direction des entreprises. Dans l’idéal ces formations ne sont pas être des vases clos et on fera l’effort de maintenir des passerelles entre elles, des points de rencontre (par exemple certains cours seraient communs), là encore pour travailler la mixité intellectuelle des futurs cadres du pays. L’année 2 du master serait largement consacrée à la formation professionnelle sous la forme de stages, au moins la moitié de l’année (stages dans les labos de recherche, stages dans les entreprises, stages dans les établissements du primaire et du secondaire). Mettre la sélection en début d’année de M1 (et non pas en plein milieu du cycle, ce qui est débile.

LRU et RCE : comment faire évoluer la LRU ? Le PS a largement médiatisé qu’il l’a réformerait ou même il la remplacerait par une nouvelle loi. On n’a actuellement aucune information sur le contenu de cette éventuelle réforme, sauf que prochaine loi ou LRU réformée serait plus collégiale ? Que veut dire plus collégiale ? Est-ce tout simplement faire élire le président par l’ensemble des trois conseils ? Est-ce que les trois conseils vont rester à 30 membres ou on augmente leur nombre ? Est-ce que l’on retourne vers un système de dilution à l’extrême du pouvoir, ce qui est une bonne façon de fuir ses responsabilités. Est-ce que le PS va maintenir les RCE ?

Financement de l’ESR, en particulier des Universités : certes les universités sont maintenant libres et responsables, mais pour mettre vraiment en œuvre leur autonomie (toute relative), il faut donner des moyens (qu’elles n’ont pas actuellement). Est-ce que le PS augmentera ces moyens ? ou au contraire retournera-t-on vers une préférence EPST (et donc re-déplacera le curseur vers retour au pilotage des universités par les organismes de recherche ?). Quid des frais d’inscription des étudiants, la gratuité étant jugé paradoxalement socialement injuste (notons aussi que nombre d’organisations ou d’acteurs, de gauche, réclament une réflexion sur ce thème).

Investissement d’avenir. Comment gérer la période post-bidulex et les très nombreuses questions qui en découlent (universités à deux vitesses, inégalités des territoires, etc …). Faut-il annuler tout le programme comme le demande les organisations nonistes ? Faut-il mettre en place un plan de « rattrapage », par exemple l’organisation d’une nouvelle vague de labellisation ? Ou bien reprendre les dotations concédées pour aller les redistribuer à tous, de façon indifférenciée ?

Fusion d’universités et rapprochement GE-universités. Un immense bénéfice des IDEX est un rapprochement universités et écoles, ainsi que de la résorption de la grande fragmentation universitaire issue de 1968. Comment le PS voit ces évolutions ? Va-t-il accompagner ce mouvement en cours ou bien au contraire va-t-il œuvrer pour re-cloisonner le tout, sous la pression des corporatismes de tous poils ?

Evaluation. Faut-il supprimer d’AERES et retourner vers une évaluation pilotée par le CNU et le CoNRS ? (comme le réclame les nonistes).

Mon h-index. Qu’est-ce que fera le PS pour améliorer mon h-index minable?

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