Hier j’ai écouté la radio et j’ai eu l’impression que l’atmosphère était passablement déprimée avec votre crise financière, votre dette, votre incapacité à innover et vos exportations d’un niveau trop faible. Mais tout cela n’est pas bien grave, ce n’est pas parce que vous parlerez tous chinois demain que vous ne pourrez pas vivre heureux sur cette planète. Moi, d’ici là, je serai déjà repartie pour d’autres exploits à travers la galaxie.
Mais parlons plutôt de recherche et d’enseignement supérieur. Certains grincheux pensent qu’il ne faut pas s’attendre à une augmentation des finances publiques ces prochains temps, et qu’au contraire il va falloir se serrer la ceinture. On sait que le taux d’investissement de la France dans l’ESR n’est déjà guère reluisant, comparé aux autres pays de l’OCDE. Alors si en plus il n’y a plus de sous dans les caisses de l’Etat, comment faire ? N’y aurait-il pas une solution alternative ? Certains tentent d’y réfléchir. C’est le cas, par exemple de la CDEFI (conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs). Son président vient de rendre public quelques-unes des propositions pour le financement des études d’ingénieur (source ici):
Proposition n°1 : faire financer les formations d’ingénieurs par les entreprises – “Les entreprises intègrent déjà dans leurs modèles de coûts la hausse des matières premières, elles doivent se préparer à inclure également le coût de la matière grise à celui de leurs produits“,
Proposition n°2 : faire payer le coût de la formation par les étudiants. Dans ce cas, les étudiants rembourseraient leur prêt seulement en cas d’embauche. En cas d’échec, le prêt pourrait être remboursé par l’Etat ou par les écoles elles-mêmes.
Proposition n°3 : proposer des “job étudiants” au sein des écoles. J’ai du mal à bien comprendre comment ça pourrait ici permettre de financer les écoles, sauf si bien entendu ces job étudiants permettent d’économiser sur du personnel.
Dans tous les cas, la CDEFI fera connaitre le détail de ses propositions le 23 janvier prochain … à suivre …


9 commentaires
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20 janvier 2012 à 08:29
PR27
3 : les jobs servent à payer les étudiants, qui paient leurs frais d’inscription.
Vous pouvez être sûre que dans le cadre de l’attractivité internationale des carrières de dirigeants de grands établissements compétitifs de la connaissance, dans un monde ouvert où demain est plus tard qu’aujourd’hui etc…, la proposition 4 est : augmenter x3 le salaire du directeur.
En substance, son message consiste à dire : il n’y a pas d’argent, donc nous allons trouver de l’argent. Comme d’habitude, il s’agit simplement de court-circuiter les institutions publiques élues pour instaurer ses propres circuits financiers, contrôlables et sans fuite liée à une “redistribution” vers les pauvres.
20 janvier 2012 à 09:21
kropotkine
PR27, votre crudité vous fait honneur.
20 janvier 2012 à 12:19
PR27
Mes crudités sont sûrement des salades, mais au plaisir de lire d’autres interprétations, plus civiles.
20 janvier 2012 à 13:44
François
Il est clair que si la devise de l’enseignement supérieur français devient ” Un bac + 5 ou rien ” il va y avoir quelques problèmes de financement …
20 janvier 2012 à 13:47
Rachel
En somme, PR27, la proposition 3 serait pour financer la 2, si j’ai bien compris …
Ce n’est pas forcement court-circuiter les institutions publiques, comme par exemple la proposition 2. Les frais d’inscription peuvent être contrôlés par une institution publique élue.
20 janvier 2012 à 14:18
PR27
Rachel, je crois que la proposition 3 est d’importance marginale sur le fond mais nécessaire pour diluer la sauce salade communicationnelle (tournée). Elle sert à finir la liste sur une “idée de bon sens”, pour donner une tonalité positive, de réconciliation, à l’ensemble des items.
Votre proposition 2 est plus clairement énoncée que dans le lien que vous donnez. En gros, par rapport à maintenant, pour les étudiants, ça ne changerait rien, sauf qu’ils seraient obligés de bosser 2 ou 3 ans pour telle ou telle boite. Pour le directeur de la CDEFI, est obligé de bosser 3 ans pour Dassault ou pour l’Etat français, c’est la même chose. Les boites sont accablées d’impôts (soi-disant), mais pourraient financer les écoles ? Je ne vois dans tout cela que la construction d’une vague sous-république censitaire.
20 janvier 2012 à 14:53
François
On devrait mettre à contribution en les taxant très lourdement les entreprises dites de “conseil technologique” qui vivent essentiellement de la vente d’ingénieurs-mois, c’est-à-dire d’une matière première dont la formation a été entièrement financée par d’autres (les contribuables pour les écoles d’ingénieurs publiques et en partie les étudiants et leurs familles pour les écoles privées).
Ça aurait l’avantage d’augmenter les prix de vente de l’ingénieur-mois par ces sociétés et donc :
- de dissuader les sociétés industrielles de continuer à utiliser leurs services,
- de les inciter à recruter en direct les ingénieurs dont elles ont besoin.
21 janvier 2012 à 14:34
Zerafshan
@François: Une société industrielle peut avoir besoin d’un ingénieur pour résoudre un problème spécifique. Que fera-t’elle ? L’embaucher pendant 3 semaines ? Et lui ? Sera-t’il obligé de démarcher l’entreprise de manière individuelle ? Les sociétés de “conseil technologique” existent parcequ’il y a un besoin – c’est tout. Le prix payé pour former les ingénieurs restera le même qu’ils soient employés par une de ces sociétés, par l’état ou qu’ils soient au chomage. Les deux questions n’ont rien à voir.
23 janvier 2012 à 21:34
François
@ Zerafshan.
Si les sociétés françaises de “conseil en technologie” servaient uniquement à résoudre des problèmes spécifiques en 3 semaines, leurs effectifs seraient extrêmement réduits.
Or leur part dans le recrutement total d’ingénieurs et scientifiques est très importante, ce qui montre clairement qu’elles jouent également un autre rôle via des “missions” de très longue durée. En fait, elles évitent aux sociétés industrielles qui sont leurs clientes les risques liés aux embauches directes en CDI (risques importants en raison de la législation sociale française et des recours de plus en plus fréquents d’ingénieurs et cadres salariés devant les prud’hommes en cas de rupture de contrat).
Cet état de fait est catastrophique, car il dévalorise le métier d’ingénieur qui se limite essentiellement dans ce cadre de vente d’hommes-mois à une fonction de pur OS intellectuel, risquant donc de rendre le métier et les études d’ingénieur de moins en moins attractifs.
Faire participer ces sociétés de “conseil en technologie” au coût de formation des individus dont ils font le négoce me paraîtrait normal. Les obliger de cette façon à augmenter leurs prix rendrait leurs interventions moins compétitives par rapport à des recrutements directs par leurs sociétés clientes.