En cette période de crise latente, on nous dit qu’il faut maîtriser ou réduire les dépenses publiques. Parmi les services publics très exposés, on compte la santé et l’éducation, car ils sont très coûteux. Pour la santé c’est un peu difficile d’imaginer de réduire, un malade il faut s’en occuper par des consultations, lui proposer des médicaments. Mais pour l’éducation, la situation est toute autre. Examinons aujourd’hui plus particulièrement l’enseignement supérieur. En plus de la crise globale, on peut constater également qu’un nombre significatif d’universités en France sont dans des difficultés financières (lire par exemple ici), que certaines mettent en place un plan d’austérité (voir par exemple une tribune de Ph. Tassel sur médiapart, ici), que le CROUS n’arrive plus à payer les bourses pour les étudiants en temps et en heure (lire ici, par exemple). Compte tenu que les caisses de l’Etat sont vides, il faut trouver d’autres solutions pour éviter la faillite. Toujours prête à rendre service, je propose ci-dessous quelques mesures qui pourraient aider à redresser la situation.

Le problème c’est qu’en finance, je n’y comprends pas grand-chose. Alors je préfère laisser la parole à un économiste, le professeur Jeffrey D. Sachs de l’université de Columbia. Il a la solution miracle qui permettra de résoudre tous les problèmes (lire ici pour le texte complet, qui est en réalité plus orienté vers les économies réalisables en santé grâce aux TICE).

 « Lorsque j’ai commencé à enseigner, il y a de cela 30 ans, il me semble que la technologie était à peu près la même. Je me tenais devant une classe et dispensais mon cours pendant une heure. Certes le tableau a peu à peu cédé la place au rétroprojecteur puis à PowerPoint ; mais pour le reste, le « système de production » dans la salle de classe semble n’avoir que très peu changé.

Au cours de ces deux dernières années, tout a changé – dans le bon sens du terme. Tous les mardis matin à huit heures, nous allumons l’ordinateur de l’Université de Columbia et rejoignons en quelque sorte une « salle de classe mondiale » auprès de 20 autres campus autour du monde. Quelque part, un professeur ou un expert en développement fait son cours, pendant que des centaines d’étudiants le suivent en vidéoconférence.

La technologie de l’information est en train de révolutionner la salle de classe et de faire baisser les coûts de production de contenus éducatifs de la plus haute qualité.  De nombreuses universités mettent leur cours gratuitement à disposition en ligne, afin que quiconque autour du monde puisse apprendre la physique, les mathématiques ou encore l’économie, auprès d’un personnel enseignant de classe mondiale. Cet automne, à l’Université de Stanford, deux professeurs en informatique ont mis leur cours en ligne à disposition des étudiants du monde entier ; ils rassemblent aujourd’hui un effectif de 58 000 individus ».

Je pense que je n’ai pas besoin de faire des commentaires de texte, vous avez compris. Cette « révolution de la salle de classe » a une double avantage : (1) elle permet de réduire considérablement le nombre d’enseignants et donc de faire des économies de grande ampleur sur les salaires. Quand on sait que l’essentiel du budget de l’enseignement supérieur est consacré aux salaires, ce n’est pas à négliger. Mais que faire alors de la main d’œuvre devenue inutile ? Les meilleurs EC seraient alors recyclés dans les labos de recherche, ils seraient ravis d’être débarrassés de leur fardeau tâche d’enseignement. En outre la recherche se trouverait alors renforcée, permettant enfin d’avoir le potentiel pour développer la compétitivité nécessaire à nos entreprises pour combattre la crise. Les autres EC seraient licenciés avec le bénéfice d’une économie très significative qui servira à rembourser la dette de l’Etat auprès de ses créanciers. (2) le deuxième avantage concerne les étudiants. Ils auraient la chance de bénéficier de cours prodigués par les meilleurs enseignants, ce qui est un gain évident de qualité. Cela permet en outre de gommer les différentiels entre sites d’enseignement, rendant enfin possible l’égalité des chances pour les étudiants. En plus ces cours seraient en anglais, ce qui est un avantage de plus compte tenu de la mondialisation.

Un autre avantage, non mentionné par notre économiste, est qu’il ne serait pas vraiment utile de se rendre à l’université pour suivre les cours. On pourrait le faire de chez soi. Cela évite les coûts et temps de transport, permet de contribuer à la lutte pour l’environnement. On économiserait alors aussi sur les frais de structure (entretien des bâtiments, chauffage, etc …).

J’entends déjà quelques grincheux : « mais si les étudiants veulent poser des questions après le cours ? ». Pour cela un système de questions-réponses serait mis en place à l’aide d’une base de données FAQ. L’étudiant poserait sa question et accéderait rapidement à la réponse pré-enregistrée par des enseignants compétents. Dans les cas extrêmes, on pourrait maintenir un service de garde, par exemple en service nationale, pour les questions les plus pathologiques nécessitant une intervention personnalisée.

Pour les travaux dirigés, on adopterait un système plus interactif que les cours. Les étudiants auraient alors une manette interactive à leur disposition, leur permettant de répondre aux questions, chacun pourrait alors progresser à son propre rythme. En plus, les éléments de réponses seraient enregistrés et pourraient servir de base à un contrôle continu sans les inconvénients des corrections de copies sur papier, il faut convenir que c’est un travail pénible.

En sciences, les travaux pratiques seraient certainement les plus coûteux car ils nécessitent de l’équipement et sont difficilement solubles dans les TICE, quoi qu’il y ait un bon potentiel pour les aspects de développement ou de méthodologie. Afin d’éviter de multiplier les achats de matériels coûteux et la mobilisation de salles dans chaque université (les deux très largement sous exploités), il serait plus avantageux d’avoir des infrastructures mobiles mutualisées, ce qui permettrait aussi d’aller au plus proche des populations (toujours dans l’esprit de maintenir une démocratisation satisfaisante et une égalité des chances). Pour cela l’idéal serait quelques gros camions comme celui de Jamy dans C’est pas sorcier, qui parcourraient la France avec des TP haut de gamme. L’essentiel des manipulations seraient automatisées mais un personnel serait quand même présent pour assister les étudiants. Ce dernier aurait le permis poids lourd, bien entendu, car il faudra bien quelqu’un pour conduire le camion.

Voilà, j’espère avoir contribué de façon constructive au débat du comment survivre à la crise financière … il suffit d’un peu d’imagination …

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