En cette période de crise latente, on nous dit qu’il faut maîtriser ou réduire les dépenses publiques. Parmi les services publics très exposés, on compte la santé et l’éducation, car ils sont très coûteux. Pour la santé c’est un peu difficile d’imaginer de réduire, un malade il faut s’en occuper par des consultations, lui proposer des médicaments. Mais pour l’éducation, la situation est toute autre. Examinons aujourd’hui plus particulièrement l’enseignement supérieur. En plus de la crise globale, on peut constater également qu’un nombre significatif d’universités en France sont dans des difficultés financières (lire par exemple ici), que certaines mettent en place un plan d’austérité (voir par exemple une tribune de Ph. Tassel sur médiapart, ici), que le CROUS n’arrive plus à payer les bourses pour les étudiants en temps et en heure (lire ici, par exemple). Compte tenu que les caisses de l’Etat sont vides, il faut trouver d’autres solutions pour éviter la faillite. Toujours prête à rendre service, je propose ci-dessous quelques mesures qui pourraient aider à redresser la situation.
Le problème c’est qu’en finance, je n’y comprends pas grand-chose. Alors je préfère laisser la parole à un économiste, le professeur Jeffrey D. Sachs de l’université de Columbia. Il a la solution miracle qui permettra de résoudre tous les problèmes (lire ici pour le texte complet, qui est en réalité plus orienté vers les économies réalisables en santé grâce aux TICE).
« Lorsque j’ai commencé à enseigner, il y a de cela 30 ans, il me semble que la technologie était à peu près la même. Je me tenais devant une classe et dispensais mon cours pendant une heure. Certes le tableau a peu à peu cédé la place au rétroprojecteur puis à PowerPoint ; mais pour le reste, le « système de production » dans la salle de classe semble n’avoir que très peu changé.
Au cours de ces deux dernières années, tout a changé – dans le bon sens du terme. Tous les mardis matin à huit heures, nous allumons l’ordinateur de l’Université de Columbia et rejoignons en quelque sorte une « salle de classe mondiale » auprès de 20 autres campus autour du monde. Quelque part, un professeur ou un expert en développement fait son cours, pendant que des centaines d’étudiants le suivent en vidéoconférence.
La technologie de l’information est en train de révolutionner la salle de classe et de faire baisser les coûts de production de contenus éducatifs de la plus haute qualité. De nombreuses universités mettent leur cours gratuitement à disposition en ligne, afin que quiconque autour du monde puisse apprendre la physique, les mathématiques ou encore l’économie, auprès d’un personnel enseignant de classe mondiale. Cet automne, à l’Université de Stanford, deux professeurs en informatique ont mis leur cours en ligne à disposition des étudiants du monde entier ; ils rassemblent aujourd’hui un effectif de 58 000 individus ».
Je pense que je n’ai pas besoin de faire des commentaires de texte, vous avez compris. Cette « révolution de la salle de classe » a une double avantage : (1) elle permet de réduire considérablement le nombre d’enseignants et donc de faire des économies de grande ampleur sur les salaires. Quand on sait que l’essentiel du budget de l’enseignement supérieur est consacré aux salaires, ce n’est pas à négliger. Mais que faire alors de la main d’œuvre devenue inutile ? Les meilleurs EC seraient alors recyclés dans les labos de recherche, ils seraient ravis d’être débarrassés de leur fardeau tâche d’enseignement. En outre la recherche se trouverait alors renforcée, permettant enfin d’avoir le potentiel pour développer la compétitivité nécessaire à nos entreprises pour combattre la crise. Les autres EC seraient licenciés avec le bénéfice d’une économie très significative qui servira à rembourser la dette de l’Etat auprès de ses créanciers. (2) le deuxième avantage concerne les étudiants. Ils auraient la chance de bénéficier de cours prodigués par les meilleurs enseignants, ce qui est un gain évident de qualité. Cela permet en outre de gommer les différentiels entre sites d’enseignement, rendant enfin possible l’égalité des chances pour les étudiants. En plus ces cours seraient en anglais, ce qui est un avantage de plus compte tenu de la mondialisation.
Un autre avantage, non mentionné par notre économiste, est qu’il ne serait pas vraiment utile de se rendre à l’université pour suivre les cours. On pourrait le faire de chez soi. Cela évite les coûts et temps de transport, permet de contribuer à la lutte pour l’environnement. On économiserait alors aussi sur les frais de structure (entretien des bâtiments, chauffage, etc …).
J’entends déjà quelques grincheux : « mais si les étudiants veulent poser des questions après le cours ? ». Pour cela un système de questions-réponses serait mis en place à l’aide d’une base de données FAQ. L’étudiant poserait sa question et accéderait rapidement à la réponse pré-enregistrée par des enseignants compétents. Dans les cas extrêmes, on pourrait maintenir un service de garde, par exemple en service nationale, pour les questions les plus pathologiques nécessitant une intervention personnalisée.
Pour les travaux dirigés, on adopterait un système plus interactif que les cours. Les étudiants auraient alors une manette interactive à leur disposition, leur permettant de répondre aux questions, chacun pourrait alors progresser à son propre rythme. En plus, les éléments de réponses seraient enregistrés et pourraient servir de base à un contrôle continu sans les inconvénients des corrections de copies sur papier, il faut convenir que c’est un travail pénible.
En sciences, les travaux pratiques seraient certainement les plus coûteux car ils nécessitent de l’équipement et sont difficilement solubles dans les TICE, quoi qu’il y ait un bon potentiel pour les aspects de développement ou de méthodologie. Afin d’éviter de multiplier les achats de matériels coûteux et la mobilisation de salles dans chaque université (les deux très largement sous exploités), il serait plus avantageux d’avoir des infrastructures mobiles mutualisées, ce qui permettrait aussi d’aller au plus proche des populations (toujours dans l’esprit de maintenir une démocratisation satisfaisante et une égalité des chances). Pour cela l’idéal serait quelques gros camions comme celui de Jamy dans C’est pas sorcier, qui parcourraient la France avec des TP haut de gamme. L’essentiel des manipulations seraient automatisées mais un personnel serait quand même présent pour assister les étudiants. Ce dernier aurait le permis poids lourd, bien entendu, car il faudra bien quelqu’un pour conduire le camion.
Voilà, j’espère avoir contribué de façon constructive au débat du comment survivre à la crise financière … il suffit d’un peu d’imagination …


43 commentaires
Comments feed for this article
27 novembre 2011 à 20:04
PR27
Voici le robot qui vous remplacera (côté enseignement!), Rachel :
http://www.masteringphysics.com/site/product/for-instructors.html
Remarquez comme c’est vendu : c’est une aide à l’enseignant. Ces contenus produits par les grands éditeurs pédagogiques classiques doivent d’abord devenir les amis des enseignants pour être introduits dans les établissements : les enseignants sont encore les intermédiaires obligés entre le management et les étudiants, alors il faut y aller en plusieurs bandes. Une fois qu’on ne pourra guère nier leur efficacité, parce qu’ils auront prouvé qu’ils sont assez efficaces : press eject on the teacher.
Pour ma part, je crois que ces outils peuvent être pédagogiquement très bons. Pearson publie plein d’excellents bouquins scientifiques, avec des exos corrigés etc…. les spécialistes reconnus des contenus pédago et de l’édition deviennent, de manière privilégiée, les acteurs du e-learning où le modèle économique est bien compris. Je suppose que la communauté du e-learning a maintenant beaucoup d’études et de remèdes concernant la démotivation de l’enseignement à distance… Pour peu qu’on trouve un module meetic et un module kfet, on retrouve toutes les fonctions nécessaires.
Au delà du gain en heures présentielles rémunérées et, plus généralement, en frais de personnels, ces logiciels entrent bien dans l’esprit des grilles de compétences standardisées. Ils permettent de fournir, sans efforts, pleins d’indicateurs et camemberts polychromes et de classer les enseignants (enfin, les responsables de filières, il ne restera plus qu’eux) en A+,A,B,C.
Willetts (ou l’autre, Gove, je ne sais plus) est très copain avec le chef de Pearson, justement, roi du e-learning . Surveillons tels les allemands au matin du 6 juin ce qui nous vient d’outre-manche en ayant l’air de débarquer ailleurs.
Les enseignants licenciés et sans le sous pourront toujours, eux, charger l’intégrale des sorciers pour leurs enfants pour rien sur torrent411…(eh oui, 500 épisodes…). La mise en ligne des ressources pédagogiques, c’est pas perdu pour tout le monde.
27 novembre 2011 à 20:11
PR23
"Tous les mardis matin à huit heures, nous allumons l’ordinateur de l’Université de Columbia et rejoignons en quelque sorte une « salle de classe mondiale » auprès de 20 autres campus autour du monde. Quelque part, un professeur ou un expert en développement fait son cours, pendant que des centaines d’étudiants le suivent en vidéoconférence."
ça ne peut pas être du "live" à cause des fuseaux horaires, donc c’est du pré-enregistré, donc encore moins de profs à employer. Tout le monde aura le même cours et le même prof de physique "throughout the world."..
A-t-on étudié les effets possibles de désocialisation (ou l’inverse) sur les étudiants de ce type d’enseignement?
27 novembre 2011 à 20:24
Marianne
Bah Rachel, mais ca existe deja. J’avais discute un jour avec un prof de sciences eco qui donnait son cours a l’universite de la reunion par video conference en restant tranquillement en metropole…
Sinon, dans l’ecole d’inge ou j’étais on poussait les enseignants de maths a s’investir dans Maple TA (Teaching Assistant) et a definir des QCM permettant aux etudiants de s’autoevaluer. Mon opinion est qu’a terme, on cherchera a remplacer les profs par un outil informatique et que ces a"ateliers" etaient un premier pas vers tout ca. D’ailleurs le terme peut arriver tres vite a cause des difficultes financieres de la dite ecole..
27 novembre 2011 à 21:22
Rachel
PR27, merci pour le package "easy physics", je pense que ça sera utile pour mes cours trop théoriques. Est-ce qu’il existe l’équivalent pour m’aider pour ma recherche ?
Je viens de me rendre compte que j’avais déjà fait un billet sur le même thème, avec les prophéties de Bill Gates, mille pardons, je radote …
27 novembre 2011 à 21:22
étudiant inquiet
Certaines filières surpeuplées (AES, Médecine, Droit…) utilisent déjà des cours enregistrés en L1 ; les étudiants viennent dans un amphi où un lecteur cassette leur diffuse le cours. Évidemment il s’agit d’un désastre pédagogique…
J’ai du mal à croire qu’un prof puisse proposer une telle mesure. En poursuivant son raisonnement, on pourrait carrément supprimer tous les profs jusqu’au primaire – les enfants apprendront à lire avec Skype.
27 novembre 2011 à 21:45
PR27
@etudiant : je crois que les ressources en ligne des éditeurs avisés et astucieux pourraient mettre les enseignants de leur côté, dans un premier temps. Les éditeurs savent ce qui ennuie les enseignants : noter les exercices, calculer les moyennes, produire des indicateurs avec les fichiers xls buggés, … Nous avons ici plusieurs fois discuté du problème de suivi des étudiants : 1) comment les faire bosser le cours très régulièrement et faire en sorte que le TD-TP serve de TD-TP plutot que refaire le cours, on n’a ni envie ni le temps de corriger des millions de petits exos par semaine 2) on a la flemme de fabriquer des contenus multimedia – exos interactifs pour qu’ils bossent chez eux. Pearson fera tout ça pour vous. Leur système vous donnera la liste des étudiants qui on’ont pas fait les exos, ceux qui les ont fait mais ont mal répondu, ceux qui ont fait mais lentement, ceux qui ont tout bon et qu’il faut convaincre de faire une thèse avec vous… Moodle fait déjà + ou – ça, mais ici, les contenus pédago sont prêts !
Quasiment zéro paperasse, juste à cliquer sur les exercices, pris dans l’immense catalogue Pearson d’exercices, que vous choisissez parce qu’ils correspondent à votre avancée du cours. Il y a plein de matières pour lesquelles ont fait les mêmes exos dans le monde entier…
Après quelques années, la direction de l’établissement aura pu faire valider la qualité pédago des contenus de cet éditeur, par les enseignants eux-mêmes. Ce faisant, ils scient la branche sur laquelle ils sont assis.
27 novembre 2011 à 22:11
Jojo
C’est toujours amusant, ce fantasme "du" cours, donné par le meilleur prof du monde, pour tous les étudiants du monde. J’y croirai le jour où on relèvera un défi plus simple : faire écrire "le" livre, par les meilleurs auteurs du monde, pour tous les étudiants du monde.
28 novembre 2011 à 11:16
Krokodilo
Bonne idée, ce camion de travaux pratiques ; il s’inscrira dans un vaste plan de revitalisation rurale. Mais plutôt que de voir plusieurs camionnettes polluer l’atmosphère, on pourrait les regrouper, genre semi-remorque qui ferait également poste et épicerie et bibliothèque. Naturellement, lorsque toutes les campagnes seront connectées en haut débit, ces TP pourront se faire virtuellement et en anglais. Si les pilotes de ligne peuvent être formés sur des simulateurs, nos scientifiques en herbe le peuvent aussi. J’imagine bien aussi au lycée la dissection virtuelle d’une grenouille, avec un bruitage de fluides visqueux sans lequel la valeur pédagogique serait moindre. L’université au village, c’est le vieux rêve des villes à la campagne qui commence !
D’ailleurs, les physiciens donnent l’exemple : certains disent que les accélérateurs de particules ne sont que de gigantesques simulateurs !
28 novembre 2011 à 12:28
François
L’enseignement est en train de devenir une activité extrêmement rentable pour les États (et pas uniquement pour la raison fumeuse avancée par l’OCDE : les étudiants sont de futurs diplômés qui paieront plus d’impôts que la moyenne de leurs concitoyens).
Ça rapporte tout de suite (Les Echos de ce jour) :
http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/innovation-competences/sciences/0201754153620-la-mobilite-des-chercheurs-profite-aux-etats-unis-254723.php
On notera au passage que : "Dans certaines disciplines désertées par les jeunes Américains, comme les sciences du vivant ou l’ingénierie, les Asiatiques sont majoritaires dans les laboratoires et cette omniprésence saute aux yeux de tous les visiteurs".
Malheureusement la France ne paraît pas très compétitive dans ce domaine :
« Pas cher mais pas terrible. » Voilà ce que pensent les étudiants étrangers de l’enseignement universitaire français.
L’enquête http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/innovation-competences/sciences/0201754153809-les-etrangers-boudent-la-france-254798.php réalisée en 2010 par l’IIE (Institute of International Education) auprès de 9.330 étudiants de 11 pays compare les perceptions d’étudiants en position de choisir une destination hors de leur pays d’origine pour compléter leur cursus.
28 novembre 2011 à 14:28
François
Le corps enseignant des GE est de plus en plus d’origine universitaire car ces établissements cherchent à être bien classés dans les comparaisons internationales (qui sont essentiellement basées sur la recherche et les CV des enseignants).
Ce qui peut amener à remplacer dans une école de management/commerce un responsable en entreprise qui a mené personnellement des actions intéressantes et qui a un peu de sens pédagogique par un théoricien fumeux de l’économie …parce que c’est un stakhanoviste de la publication en anglais.
De même dans les les écoles d’ingénieurs, la situation antérieure qui maintenait un équilibre entre enseignants à profil académique et praticiens de l’industrie avait beaucoup d’avantages.
28 novembre 2011 à 14:56
PR27
François, un industriel peut en effet raconter des choses intéressantes car proches du terrain et un académique des choses fumeuses. Un industriel peut aussi passer 2h à parler en acronymes fumeux et anecdotes "près du terrain", distrayantes, sans transmettre de connaissance organisée et claire. Au contraire, un économiste publiant en anglais peut être un très bon pédagogue. Je doute qu’il y ait des corrélations….
28 novembre 2011 à 15:08
François
C’est pour çà qu’il vaut mieux répartir les risques en mélangeant les profils (ce qui n’est pas l’évolution actuelle).
28 novembre 2011 à 15:10
Rachel
Cette discussion sur les GE aurait été mieux dans le fil précédent, on discutait du statut des enseignants dans les GE …
Plus proche du sujet du jour : « La queue le matin, à 6h30, pour trouver une place dans les amphis bondés de la fac de médecine de Lille 2, c’est fini ! Depuis l’année dernière, Didier Gosset, le nouveau doyen, a mis en place un système d’attribution de places appelé "Équi’Tables". Désormais, chaque étudiant de 1re année reçoit un numéro qui lui attribue une place fixe en amphi. Au cours de l’année, ces numéros sont amenés à tourner pour que chacun puisse suivre un même nombre de fois les cours depuis l’amphi où le prof le dispense et depuis les 10 autres amphis de la fac, où ils sont retransmis en vidéo. » http://www.letudiant.fr/etudes/rendezvous–etudier-en-region/Nord-Pas-de-Calais/etudier-en-nordpasdecalais_1.html
28 novembre 2011 à 19:57
Jacques Yver
Dans mon université, qui se targue d’être à la pointe des nouvelles technologies (avec des salles informatiques réservées aux étudiants mais restant quasi-vides), on a eu la bonne idée de maintenir la préparation à certaines agrégations malgré les restrictions budgétaires grâce à la visioconférence. On mutualise les cours avec une université voisine ce qui permet aux agrégatifs de suivre le programme avec les meilleurs des spécialistes des deux établissements, sans avoir à quitter celui où ils sont inscrits (du moins jusqu’aux "colles"). Voilà un usage intelligent du télé-enseignement.
29 novembre 2011 à 10:23
dorant
François : c’est bien d’attirer des Asiatiques mais il faudrait quand même s’interroger sur les raisons qui poussent les jeunes Américains à déserter les sciences… et les jeunes Français prennent ce chemin: le CAPES de Math, 900 postes, 600 admis… des amphis inutilisés en physique.
Et malgré toutes les "Fêtes de la sciences", "Mains à la pâte" et Nuit des chercheurs"…
Des mutualisations à foison dans les Masters scientifiques…
Des sociétés, un monde, qui ne s’intéresse plus à la science, ce n’est pas de bon augure pour l’avenir.
Et pendant ce temps, les dossiers s’entassent pour entrer dans les écoles de commerce, faire du commerce à tout prix, mais si la science, faute de chercheurs, ne produit plus, n’innove plus…
29 novembre 2011 à 10:45
PR27
Malheureusement (ou pas?), dans de nombreux projects collaboratifs avec des industriels, cent fois on avait préparé des slides pour expliquer nos contributions scientifiques, de manière sympathique et légère, avec des belles figures, en cachant toutes les difficultés, et presque toujours, on sent une indifférence polie de la part des ingénieurs (techniques) des boites à comprendre ce qui est raconté, le "comment ça marche/pourquoi ça marche". Il y a un intérêt réel, mais je suis à peu près certain qu’il est organisé autour d’une boite noire : qu’est-ce qu’on a en entrée, qu’est-ce qu’on a en sortie, est-ce que ça marche bien, comment est-ce que je peux construire un modèle économique avec ça, pour le vendre à mes clients, pour le vendre à ma business unit. Les académiques "techno-théorique" sont d’ailleurs incités à participer à la réflexion sur ce modèle économique… J’ai la vague impression que "monde rapide" (c’est quoi exactement ? Un sentiment ou une réalité ?) encourage à penser vite et simple, par boites noires, et est un des facteurs de désaffection envers la science.
29 novembre 2011 à 11:53
amigues
Pour en revenir au sujet, je pense qu’un enseignant est un point d’entrée dans un champ, ni plus, ni moins. Donc l’idée d’un l’enseignant "top" qui concentrerait dans son cours tout ce qu’il y a comprendre de quelque chose, non seulement cela n’existe pas, mais même si cela existait, il y a de fortes chances qu’aucun étudiant ne puisse jamais s’en rendre compte. Seuls des experts pourraient le voir, ce qui par construction n’est pas le cas d’un étudiant.
Comme vous j’imagine, je passe du temps sur le net à aller espionner mes petits camarades : que font-ils ? quels manuels conseillent t-ils ? Comment organisent ils leur plan de cours, leur système d’évaluation ? Le plus souvent on n’a que du texte, parfois des vidéos. De ce fil je retiens qu’au lieu de citer incidemment tel ou tel aux étudiants comme bon exemple de cours sur le sujet, je vais systématiser cela en donnant les liens utiles à mes étudiants. Il est bon qu’ils se confrontent à différentes manières d’expliquer la même chose. Ils ont auront ainsi bien plus de chances de comprendre.
C’est le borgne contre le bien voyant en quelque sorte ou l’histoire des savants et de l’éléphant. Bref avoir une vison plus large d’un sujet (chaque enseignant ne mettant pas l’accent sur les mêmes aspects) et une autre manière de l’aborder.
C’est aussi une bonne façon de résoudre le problème de l’hétérogéneité de formation des étudiants. Chaque fois que je vais faire appel à quelque chose que je pense déjà connu des étudiants, je leur demande. J’en ai un tiers qui lèvent la main et le reste qui me regarde avec des yeux affolés. Eternel problème de l’angoisse du censé savoir… Je rassure tout le monde en demandant aux uns d’affuter leurs crayons et autres d’en profiter pour faire la sieste et je me lance dans un petit rappel. A la fin je demande à tout le monde si c’est clair, et même ceux qui savent me disent : c’est intéressant, vous ne le présentez pas pareil que les autres, on voit d’autres choses.
Renvoyez à des supports existants pour ces rappels ferait gagner du temps et aiderait à homogéneiser le niveau. Clea a aussi d’autres avantages.
En premier cycle, vous êtes souvent dans le cours "panorama" : on vise l’exhaustivité mais pas la profondeur. Il serait utile de s’appuer sur des supports faits par d’autres pour certains aspect que l’on n’aura pas le temps de traier en détail. En second cycle, on est souvent dans le cours "je mène l’enquête". Bref on veut creuser une question plus ciblée. D’une part, il faut des connaissances annexes empruntées à des domaines parallèles. Pour grader le fil rouge de l’enquête, il serait bon d’y renvoyer les étudiants (le problème des "rappels" indispensables à la compréhension de ce qu’on raconte). D’autre part, on peut creuser un tunnel par plusieurs bouts et voir d’autres manières de creuser permet de se dégager l’esprit du fil rouge qui en fait n’en est qu’un parmi d’autres possibles.
Le gros problème de toute pédagogie est qu’il n’existe pas une unique manière d’apprendre ou de comprendre quelque chose. Nous avons tous nos "trucs" pour y arriver. L’enseignant a tendance à croire que les étudiants vont utiliser ses propres "trucs" pour maîtriser le cours, alors qu’ils vont en fait essayer de se servir des leurs. Plus vous voyez de cours sur un me^me sujet et plus vous voyez des "trucs" différents, et plus vous avez de chances d’en trouver un qui corresponde à votre manière de penser. Pour moi, c’est cela l’intérêt du télé enseignement, le "cost killing" est une illusion. Implanter du savoir dans la tête de quelqu’un, tête qui a priori n’est pas faite pour cela, et qui souvent n’a rien demandé, relève de l’artisanat bien plus que de la production en série.
29 novembre 2011 à 16:48
dorant
commentaire d’un chef d’entreprise rencontré dans notre campagne électorale :
" Ce que j’aime bien chez ceux (les étudiants recrutés) qui sortent des facs, c’est qu’ils ne sont pas formatés. Ils sont plus adapables"
29 novembre 2011 à 17:40
amigues
Pr27, ce que vous dites me rappelle un épisode vécu de l’autre côté, si je puis dire, consistant à aider une boîte à construire son modèle économique. Le "produit" était des services d’information temps réel météo sur mobiles pour des professionnels (routiers, ambulanciers, agriculteurs,…). Je vous avoue que d’entrée je pensais qu’il y a plein de gens qui font ça alors un de + ? et à qeul prix (c’est quasi gratuit un peu partout) ? Bon, c’est pas grave, on phosphore et je vois plein d’autres applications possibles + intéressantes (en termes de business). Et la tête de mes interlocuteurs de s’allonger au fur et à mesure de mon exposé. Ok très intéressant mais vous imaginez les performances des serveurs qu’il faudrait ? comment faire le développement logiciel pas évident que ça impliquerait ? et la maintenance ? et les astreintes ? Trop demandant votre truc en termes techniques.
Bref faute de se donner de vraies ambitions technologiques, on aboutit à des modèles économiques étriqués. Et pour suivre un modèle économique étriqué, pas besoin de se casser la tête sur le technique. La boucle est bouclée. D’où le désintérêt des boîtes pour le technique pointu qui va avec la petiesse des ambitions de leurs modèles économiques…
29 novembre 2011 à 22:59
Astronaute en transit
J’ai lu dans Les Échos de ce jour la complainte du "Groupe Marc Bloch" rassemblant "59 présidents d’université et… hauts-fonctionnaires" par rapport au financement inadéquat par l’État de l’autonomie. Soit dit en passant, curieux que cette autonomie doive être financée par quelqu’un d’autre que la personne autonome, mais passons.
En tout cas, dans cette complainte, il n’était point question de robots… (qui ne seraient par ailleurs pas financés!)
29 novembre 2011 à 23:10
PR27
Vous êtes trop bon de faire des commentaires non rémunérés, Astronaute !
30 novembre 2011 à 09:35
emilie bouv.
Bonjour,
Il y a aussi des filières qui tendent à disparaître faute d’inscrits étudiants (je pense à des filières en mathématiques en particulier) et le moyen de les maintenir est parfois l’enseignement à distance.
Les salles dont vous parlez s’appellent des salles de télé-présence qui vont être testées dans le projet c@mpus en Bretagne.
A l’université pour laquelle je travaille (Université Bretagne Sud), nous disposons de 2 salles comme celles-ci. Pour le moment, les enseignants sont assez satisfaits de leurs usages et les étudiants ne semblent pas perdus. On peut rappeler que ces installations, en médecine, permettent à des étudiants de 1ère année de suivre leur cours plus décemment qu’il y a quelques années. Dans ce cas, c’est une réelle plus-value pour les étudiants.
Je pense que cela peut apporter également une dynamique de territoire plutôt que de la concurrence entre universités. Imaginons que plusieurs universités dispensent la même formation, on peut créer et susciter la co-diplomation. Il y a de l’avenir mais tout reste à construite et surtout à penser. Ne pas oublier qu’il faudra aussi former les enseignants à l’usage des ces technos et surtout à penser leurs cours dans cette optique.
Bonne journée et merci pour ce débat !
30 novembre 2011 à 10:13
étudiant inquiet
"ces installations, en médecine, permettent à des étudiants de 1ère année de suivre leur cours plus décemment qu’il y a quelques années. Dans ce cas, c’est une réelle plus-value pour les étudiants."
Certes, mais je trouve qu’il est absolument scandaleux de délivrer des cours vidéos à des étudiants qui se déplacent à l’université. Pourquoi ne pas refuser les étudiants en trop plutôt que d’appliquer cette mascarade pédagogique?
30 novembre 2011 à 10:16
jako
@PR27: L’"autonomie" n’a jamais été autre chose que la liberté pour les Universités de se démerder pour trouver des solutions au bordel organisé par le Ministère, et le privilège accordé à ses acteurs de se saborder eux-mêmes. Rien ne le dit plus clairement que cette phrase du texte des Echos :
« Les universités vont devoir combler ce manque de financement en supprimant elles-mêmes des postes » : et s’il n’y avait que les postes ! Remarquez c’est tant pis pour tous ceux qui ont cru au Père Noël…
P.S. D’ailleurs plus la peine de « supprimer » des postes : maintenant les profs se « suppriment » eux-mêmes…On a prévu pour ça des bataillons de « conseillers à la mobilité » qui vont « faciliter des passerelles »…
http://www.lexpress.fr/actualite/societe/education/ces-profs-demissionnaires_1056242.html
http://blogs.lexpress.fr/mammouth-mon-amour/2011/11/29/pourquoi-jai-demissionne-de-leducation-nationale/
30 novembre 2011 à 11:25
emilie bouv.
Et entre nous, d’avoir l’enseignant en amphi en face à face, ça change quelque chose ? Que son cours soit diffusé en vidéo ne me choque pas vu que les interactions ne sont pas possibles pour le cas de la médecine et au regard du nombre considérable d’étudiants. Qu’en pensez-vous ?
Limiter le nombre d’étudiants signifierait mettre en place une procédure de sélection à l’entrée de l’université alors que ce n’est pas le principe, enfin je pense.
30 novembre 2011 à 11:52
amigues
Tout à fait d’accord avec vous emilie, le sureffectif en première année de médecine n’est qu’un symptôme du délire général de l’organisation des diplômes de santé en France, qui pousse les étudiants à tenter d’abord le "top" avant de descendre en gamme vers des concours moins prestigieux au fil de leurs échecs éventuels. J’ai déjà évoqué le fait que les précieuses informations collectées par Pierre Dubois montrent en outre que le surencombrement de certaines filières SHS comme la psycho s’explique entre autre par la présence d’étudiants en stand-by voulant se représenter à des concours dans des professions de santé. C’est un point que nous discutons rarement ici, le système des études de santé est régi par des textes et des institutions assez largement indépendantes du système universitaire standard. La LRU a très peu changé cela, ce n’était d’ailleurs pas son but, mais l’accent mis sur l’importance de la santé et donc de l’enseignement afférent étant unanimement reconnu comme central par toute la classe politique, il serait bon qu’un gouvernement intelligent y réfléchisse un peu sérieusement.
Incidemment, la relative autonomie des formations de santé dans le giron universitaire nous indique ce à quoi ressemblerait une "inclusion" des GE dans l’université si jamais elle devait se produire… Pour reprendre un de nos vieux thèmes de débat :)
30 novembre 2011 à 16:06
François
@ amigues « la relative autonomie des formations de santé dans le giron universitaire nous indique ce à quoi ressemblerait une « inclusion » des GE dans l’université si jamais elle devait se produire »
Non car la condition sine qua non à l’ « inclusion des GE dans l’université » est la sélection à l’entrée des cursus correspondants (CPGE ou successeurs, GE) que ce soit à bac+0 ou bac+N, ce qui n’empêche pas de prévoir des passerelles de rattrapage pour ceux qui se réveillent/révèlent sur le tard.
La situation des premières année des études de santé me paraît autrement plus scandaleuse que celle des classes préparatoires, mais on en parle très peu car le lobby médical (dont ses députés et sénateurs !) est beaucoup mieux organisé que celui des ingénieurs. N’oublions pas que ce lobby médical été capable d’organiser de longue date une pénurie prévisible dans certaines spécialités, ce qui fait actuellement exploser les honoraires correspondants. Pendant ce temps la naïve CDEFI, tombée sous l’influence de ces modernes négriers destructeurs de vocations scientifiques que sont les Altran et autres Alten, milite pour une augmentation de 30% des diplômes d’ingénieurs !
30 novembre 2011 à 19:24
Astronaute en transit
PR27, j’en ai l’habitude! Il faut bien que la rémunération que je ne touche pas serve au contraire à embaucher un "fonctionnaire méritant".
30 novembre 2011 à 19:56
PR27
Astronaute, en tant que membre du fan club, j’espère que vous êtes au courant :
http://www.educpros.fr/detail-article/h/1a9f362ca1/a/bertrand-monthubert-envisage-de-se-presenter-a-la-presidence-de-toulouse-3.html
30 novembre 2011 à 21:47
Rachel
@amigues (commentaire du 29 sept, 17h40). Je me demande si nombre de boites n’auraient pas un peu oublié ce que sont des projets de moyens termes et ne seraient pas uniquement concentrées sur des objectifs de très court terme (dans votre exemple, essayer de vendre à des gogos des trucs qui existent déjà et disponibles gratuitement par ailleurs). Ou alors on a perdu tout repère de ce qui est gratuit ou payant, incapable de mesurer correctement la vraie valeur des choses ? mais c’est vrai que sans ambition technologique, on n’ira plus bien loin …
Dans mon labo, les problèmes avec entreprises sont liés à une non convergence d’intérêts mais aussi à des constantes de temps qui sont difficilement compatibles (typiquement quelques mois pour les industriels, quand ce n’est pas pour le lendemain – et quelques années pour un projet de recherche plus académique …).
30 novembre 2011 à 21:51
Rachel
Merci Emilie pour votre témoignage. C’est un exemple concret d’utilisation intelligente des outils. Mais ça semble également montrer que la présence d’un enseignant n’est pas obligatoire. J’ai moi aussi déjà participé à ce genre de séance (très occasionnellement, et plutôt du type cours spécialisé – séminaire). Ca donne quelque chose de plus formel, plus « sérieux » et très curieusement, beaucoup plus d’attention et d’écoute, en particulier quand il s’agit de la séance aux questions.
30 novembre 2011 à 21:54
Rachel
C’est vrai qu’on n’a jamais parlé du cursus en médecine. Je n’y connais pas grand-chose sur le sujet. Si quelqu’un se sent d’attaque pour formaliser un peu ce sujet et proposer un billet, qu’il n’hésite pas à le faire, je me ferai un plaisir de le mettre en tête de gondole.
1 décembre 2011 à 07:59
PR23
Le cursus en médecine…sujet brûlant…oui, il faut en parler mais "environné", c’est à dire en prenant en compte par exemple les CHU, souvent premiers employeurs dans des villes universitaires, le poids des PU-PH (profs de médecine, hospitalo-universitaires),
Se limiter au cursus n’avancerait guère.
1 décembre 2011 à 11:02
François
La première année d’études médicales est quand même très intéressante, car elle représente l’avenir que préconisent certains pour l’ensemble de l’enseignement supérieur.
On met ensemble, sans barrière d’entrée, tous ceux qui le souhaitent; on les classe pendant un an, on en élimine un maximum; les survivants sont aiguillés en fonction de ce classement, sans possibilité de rattrapage ultérieur, vers des métiers de revenus prévisibles et de statuts sociaux très différents (à une fraction de point près, on sera médecin ou sage-femme …).
L’enjeu est tel qu’il incite à se faire aider pendant cette année par des officines payantes.
1 décembre 2011 à 11:24
emilie bouv.
@Rachel
"Mais ça semble également montrer que la présence d’un enseignant n’est pas obligatoire" et bien il me semble que si l’enseignant est remplaçable c’est qu’il y a un problème quelque part, dans la manière d’enseigner ou dans les contenus…Si effectivement une machine, un dispositif technique sont capables de remplacer un enseignant et sa présence, alors pourquoi s’en priver ! Cela signifie bien qu’il n’y a pas de plus-value et de plus au présentiel et à l’interaction qu’il peut se passer, comme l’exemple d’un contenu théorique déversé et que des oreilles attentives écoutent sans possibilité de rétroaction. Ce n’est qu’un avis bien sûr.
Je tiens à m’excuser pour les "fôts" des mes précédents commentaires, j’ai honte…
1 décembre 2011 à 19:23
jako
On peut aussi imaginer un système où le cours diffusé en vidéo serait coupé toutes les cinq minutes par une pub de Microsoft, de Dell, de Epson, de carrefour, etc.. Et puis que les étudiants appellent des n° surfacturés: "vous voulez poser une question de méthodologie, tapez 1: votre question porte sur les barèmes de l’examen, tapez 2; votre question porte sur l’exercice n° 27, tapez 3, etc. Ou encore: "Trois questions pour le prix d’une", etc.
1 décembre 2011 à 21:19
PR27
jako, je pense que vous êtes dans l’outrance. Vous allez nous dire qu’il y a des pays où ça existe. Vous allez nous dire qu’en Angleterre, certains frais d’inscription sont maintenant déterminés par des algorithmes de yield optimization qui varient au cours du temps, comme les tarifs d’avion. Bon, c’est vrai, mais ça n’a rien à voir, c’est au contraire un procédé pour faire fonctionner l’ascenseur social, et puis ça n’a rien à voir avec le sujet de ce fil.
1 décembre 2011 à 22:20
Rachel
@Emilie, le jour où mes commentateurs seront des machines, alors il n’y aura plus de fautes mais ça sera bien triste. J’ai corrigé celles que j’ai vues.
@Jako, je vous retrouve enfin ! vous et moi on ferait une bonne équipe. En plus d’avoir un enseignement supérieur sans enseignants, on aurait la possibilité de générer des revenus, bref d’avoir un solde positif ! J’avoue que je n’y avais pas pensé. Ainsi, lors des discussions du budget annuel, le gouvernement ne dirait plus en soupirant « voyons, combien à ça va coûter cette année », il dirait « combien ça va rapporter cette année !» …
2 décembre 2011 à 08:45
jako
A propos d’outrance:
http://www.framablog.org/index.php/post/2011/11/22/inspecteurs-education-nationale-microsoft
C’est vrai Rachel on ferait une équipe de choc….
2 décembre 2011 à 09:45
Krokodilo
Il y a longtemps que la pub et l’industrie sonnent aux portes de l’éducation et tentent de l’infiltrer… La querelle des distributeurs de malbouffe dans le secondaire, par exemple, je ne sais pas où ça en est, il me semble que le gouvernement a pour une fois résisté et imposé plutôt des fruits dans ces machines. En médecine, l’industrie pharmaceutique finance souvent des EC, dans un partenariat qui a son utilité, mais elle finance aussi les déplacements des pontes vers les congrès exotiques, surtout ceux qui sont identifiés comme capables d’influencer les prescriptions de la troupe. Parallèlement, auprès des étudiants et internes, elle distribue depuis longtemps les petits cadeaux, matériel de bureau pour les locaux faméliques, soutiens aux thèses, pots, etc. histoire de noyer dès la conception toute idée de regard critique sur elle ! Dans les documents internes, elle classait même les toubibs de base en catégories, sensibles, méfiants, rebelles, etc. mais c’est terrible ce monde de la globalisation, les infos censément secrètes finissent souvent par sortir…
6 décembre 2011 à 10:23
Sirius
Chère Rachel, votre modèle économique, amélioré par Jako, a un bel avenir. Je vous en livre une variante, qui a le mérite d’être déjà mise en oeuvre chez nous par un grand penseur de l’université du futur : Richard Descoings.
L’idée se décompose en deux temps. D’abord j’envoie mes étudiants dans des locaux lointains payés par les collectivités territoriales sur l’argument : SciencesPo va apporter les lumières de ses grands professeurs dans votre désert culturel.
L’ennui est que ScPo a beaucoup d’étudiants et très peu de professeurs : 90% de heures de cours sont faites par des vacataires (qu’on baptise "professeur" pour faire illusion). On est loin des 50% des grandes écoles. C’est là qu’intervient l’idée lumineuse défendue par Rachel : la téléconférence et/ou l’enregistrement video des cours. La vie culturelle de nos régions est évidemment bouleversée. Ils n’ont pas les prof promis, mais ils ont la télé. Et les économies réalisées sur les profs permettent de financer l’essentiel : l’administration (sous statut privé) et le plus gros budget de communication de tout l’enseignement supérieur.
Qui a dit que les énarques n’avaient pas d’imagination ?
6 décembre 2011 à 17:43
Rachel
Sirius, oui, Jako et moi on a un bon projet et la solution pour répondre à notre crise financière. C’est vrai que j’ai aussi oublié de parler d’un autre avantage, c’est la résorption de la précarité que subissent les vacataires. C’est là que c’est différent du modèle que vous présentez, car dans le mien il n’y a pas besoin de vacataires (ni de statutaires d’ailleurs = tout le monde sera à égalité).
1 juillet 2012 à 13:45
Olivier
Il me semble que vous vous méprenez sur l’utilisation des cours en ligne. Il s’agit d’un complément et non d’un substitut, et cela pour plusieurs raisons.
1. La mise en ligne des cours du MIT (ils furent les premiers) et désormais d’autres comme Stanford nécessite un coût modéré pour une opération marketing remarquable. Ces universités font une pub considérable quant à la qualité de leurs enseignants et leur conscience sur nécessité de la diffusion de la connaissance.
2. Les frais de scolarité aux Etats Unis sont très élevés. A ce titre, les étudiants n’hésitent pas à se plaindre et sont particulièrement écoutés. Les cours "physique" ne s’arrêteront a priori pas. La mise en ligne est ainsi la réponse à une attente des étudiants et non pas une substitution de la salle de classe.
3. Aux Etats-Unis (mais aussi au Royaume Uni), tous les cours sont associés à des "office hours", heures hebdomadaires où les étudiants peuvent rencontrer à leur souhait l’enseignant. Cette pratique est l’un des éléments fondamental du système éducatif supérieur anglo-saxon. On imagine mal une baisse des effectifs, rien que pour satisfaire des "office hours" qui ne sauraient être substitué par une FAQ en ligne.