« Depuis 2 heures, je regarde des cours en ligne de Stanford, sur des sujets proches de ce que j’enseigne, en vue de rénover des enseignements. En particulier, les vidéos sont intéressantes, pour comparer les manières d’expliquer telle ou telle notion, pour piquer à l’occasion des bonnes idées ou des schémas sympas. Mais quand même, l’impression majeure que j’en tire, c’est qu’on enseigne la même chose, à peu près de la même façon, plus ou moins les mêmes schémas, les mêmes séquences pédagogiques. Il semble qu’il en va de même de bien d’autres cours de collègues de mon université, ou d’autres universités bien moins connues que Stanford. C’est peut-être un constat spécifique aux sujets très mondialisés… »
Source: un commentaire de PR27 dans ce blog


62 commentaires
Comments feed for this article
1 novembre 2011 à 10:19
Maximilien
Pour avoir suivi des cours de maths a Orsaye
1 novembre 2011 à 10:30
Rachel
J’utilise moi aussi ces bases de données d’objets pédagogiques pour préparer mes cours et les faire évoluer. Je rejoins assez l’impression de PR27 mais je trouve aussi que l’enseignement à l’anglo-saxonne est moins formalisé … est-ce une impression ?
J’ai repris ce commentaire du PR27 car je le trouvais intéressant. Il m’a plusieurs fois reproché de ne pas assez parler de « la vie de tous les jours à l’université ». Bien entendu le temps que je reprenne ce commentaire et que l’en fasse un nouveau billet, la discussion est engagée sur l’autre fil. Je recopie ce début de discussion :
Dan la visseur : @PR27 : Bravo pour votre démarche de recherche pédagogique. Je ne suis pas compétent ( c’est vraiment très loin) mais j’apprécie beaucoup cet investissement » pédagogique » au sens noble du terme.Et, cerise sur le gâteau, cela passe par une forte dose de travail personnel.
PR27 : Dan, s’occuper des contenus pédagogiques est une sorte de relaxation, des instants volés qui permettent de se reposer de la compétition, du qu’en-dira-t-on, des histoires de pouvoir et d’argent, et tous les micro-conflits qui accompagnent cela et qui commencent à me courir sur le système nerveux côté recherche. Merci de vous impliquer sur ces questions, alors que ça n’est pas votre travail principal.
1 novembre 2011 à 10:40
DM
Oui, il me semble que le style américain en informatique, en général, est de donner des intuitions avant de dégainer les raisonnements formels.
1 novembre 2011 à 10:59
François
Au risque de passer pour un radoteur, je répète un commentaire que j’ai déjà déposé car il contenait l’avis d’un Français qui avait "subi" les 2 enseignements français et américain (aux USA -Berkeley, donc près de Stanford, de l’autre côté de la baie de San Francisco – où il avait étudié en master puis enseigné en bachelor).
C’est un extrait d’un blog du Nouvel Obs. Le journaliste du Nouvel Obs soutenait qu’un master en ingénierie américain avait suivi au moins 2 fois plus de cours dans sa spécialité d’ingénierie qu’un ingénieur français et était donc d’un niveau très supérieur (ce qui expliquait qu’il y en ait aussi peu – environ 20 000 Américains par an, hors informatique pour plus de 300 millions d’habitants).
» Fauconnier (c’est le nom du journaliste du Nouvel Obs), je crains que vous ne vous trompiez légèrement. Les deux à trois premières années du bachelor sont consacrées à des cours généraux pendant que les futurs engineers décident de leur « major » ou spécialisation. J’enseigne en ce moment à l’université de Berkeley de la physique de lycée à des deuxième et troisième années. Donc mécanique du point, etc des choses qui pour les français sont vues au lycée.
Cela veut dire qu’un master a plutôt 3 ans au mieux de cours spécialisés…
J’ai fait un master of science en engineering pendant lequel j’ai fait :
- la chimie des solutions de prépa
- la mécanique des fluides de prépa
- Un cours sur la résolution d’équations différentielles vu en ecole
Je n’ai eu en tout que 3 cours spécialisés d’un semestre chacun… à cause des prérequis de matières générales que nous avions tous à passer… »
Fauconnier répond : « ne dites pas que les Bachelor sont des « sous formations ». D’après l’Institut Montaigne, au MIT, entre 50 à et 75 brevets sont déposés chaque année par des « undergrad » en Bachelor de 4 ans, soit des élèves de moins de 22 ans, (soit entre le tiers et la moitié des brevets déposés chaque année par le MIT) »
Réponse du Français de Berkeley : « certains brevets sont déposés par les élèves afin de contourner certaines restrictions qu’on les professeurs qui doivent reverser toute propriété intellectuelle à l’université, ce qui n’est pas le cas avec les étudiants. Rien n’empêche le professeur par la suite d’avoir des parts dans la startup de son élève… Ensuite, ce qui est vrai, c’est que les undergrad ont un peu plus accès à la recherche aux Etats-Unis qu’en France et les professeurs là-bas ont plus de sous pour payer leurs élèves pour faire de la recherche. »
1 novembre 2011 à 12:02
Astronaute en transit
Comme vous le savez, j’ai passé la première partie de l’année sur la "planète T1852", et je crois avoir rendu un peu compte de mes différentes expériences, coups de coeur ou coup de gueule justement sur la "vie de tous les jours".
J’ai trouvé cette expérience intéressante et un peu dépaysante, d’autant plus que là-bas j’exerçais dans un programme de troisième cycle alors que mes fonctions habituelles ici bas concernent des étudiants de premier cycle.
J’ai d’abord été marqué par le haut niveau d’exigence en travail personnel. Le volume de lectures hebdomadaires souhaitées par les facultés, en mettant en place les programmes de cours, était vraiment considérable, peut-être d’autant plus parce qu’on estimait que des étudiants de ce niveau là doivent démontrer leurs qualités de travailleurs motivés et d’investissement personnel intense. Cela demande de nombreux sacrifices de leur part. D’un autre côté cet investissement permet ensuite des séances qui sont certes plus courtes (un tout petit peu plus d’une heure au contraire des deux voire trois auxquelles je suis habitué ici) mais riches en discussion.
J’apprécie de ce système qu’il ne traite pas les étudiants en troupeau passif, mais leur demande une grande initiative. Ici, j’ai trop l’impression que le travail et les études sont quelque peu "subies". Je lis certes régulièrement ici la conviction de plusieurs comme quoi le niveau est plus élevé ici que là-bas, mais c’est peut-être un phénomène moins visible dans ma discipline. Je suis assez naturellement sceptique sur tout ce qui paraît un peu cocorico, mais n’ayant pas de batteries de statistiques à offrir je suppose que mon intime conviction ne passera pas pour très convaincante. J’en reste donc aux impressions.
L’enseignement est peut-être "mondialisé" quand aux contenus, mon impression reste tout de même que la philosophie et le fonctionnement des systèmes restent très particulières. Il en ressort que les enseignants et chercheurs ne sont pas si facilement interchangeables…
1 novembre 2011 à 12:08
PR27
Rachel, je me suis mal expliqué, en évoquant le quotidien qui, chacun le subit, alterne en "toner low", "bourrage papier ouvrez la porte C" "qui a oublié de remettre le cable vga avec le videoproj ?" etc… Je voulais dire que parfois on (moi le premier) dit des choses trop générales non vérifiées sur le terrain, ou loin d’être vraies partout. Le message de François l’illustre bien : 3 petits gars sortis de l’X et contents de passer à la télé mettent une cravate et font un rapport pour l’institut montaigne (source d’information encore moins fiable que ma belle-mère). Leurs videos sur youtube sont plus amusantes que convaincantes.
Quant à la séquence intuitions/formalisme, justement, je me demande toujours dans quel sens le prendre. Je suis convaincu qu’il nous faut transmettre plus les intuitions, tout en craignant la "fausse bonne idée" qui crée plus de confusion et de laisser-aller que de compréhension. Peut-être simplement les intuitions ne supportent-elles pas d’être bâclées : dire aux étudiants, après la théorie et dans les 3 dernières minutes du cours "vous voyez c’est un peu comme ça, en gros," avec un vague dessin au tableau illisible et improvisé (comme je le fais souvent), c’est n’est pas ce qui va déclencher le déclic. La solution est peut-être simplement de préparer proprement et précisément ce qu’on veut raconter et d’allouer un temps présentiel réel pour cela.
1 novembre 2011 à 12:55
DM
Vous parlez de ce rapport ?
http://www.institutmontaigne.org/adapter-la-formation-de-nos-ingenieurs-a-la-mondialisation-3315.html
Il me semble avoir eu certains des auteurs en cours !
1 novembre 2011 à 13:29
Pierre
Bonjour,
Cet article me fait penser à celui-ci :
http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2011/10/le-prof-numerique.html
avec notamment la remarque "un bon cours est un cours que vous n’avez pas fait mais que vous avez piqué à d’autres meilleurs que vous".
Pierre
1 novembre 2011 à 13:36
François
Il me semble qu’en sciences l’enseignement français demande de la part des étudiants une aptitude à l’abstraction et conceptualisation qui n’est pas indispensable lorsqu’on étudie les mêmes matières dans beaucoup d’autres pays. Le Feynman français existe-t-il ?
1 novembre 2011 à 16:06
Rachel
Pour relire les aventures de l’astronaute sur T1852 : son arrivée en janvier 2010, son installation, ses premiers cours, les petits scandales et autre drames intergalactiques, l’histoire de la révolution sur H1636, la chronique d’une sélection, des Community Colleges à l’université, des salaires de présidents et autres fuites, de l’anniversaire du MIT, des petits incidents de la vie quotidienne sur cette étrange planète, de leurs choix financiers, de la mise au ban d’une université, du bon diplôme, du concept du « commencement« , et nous donne l’exemple d’une belle leçon de courage.
1 novembre 2011 à 16:18
Rachel
@PR27, « reproche » n’était pas le bon mot … en fait j’ai souvent pensé à faire un petit billet sur le bourrage papier des photocopieuses … un problème dont on ne parle pas assez, je trouve.
@DM, oui c’est bien une allusion à ce rapport, on en a souvent discuté ici sur Gaïa à l’époque sa publication.
@Pierre, c’est une jolie maxime ! c’est vrai qu’un bon cours ou un bon bouquin ça aide beaucoup à y voir clair pour ses propres cours …
@François, je connais d’assez bons bouquins français sur différents sujets en physique. J’en connais aussi un certains nombre très illisibles, à dégoutter de faire de la physique. Mais c’est vrai que je ne connais pas vraiment de « star pédagogue », mis à part un rayonnement local souvent mal exploité ou mis en valeur.
@Maximilien, quoi ??? j’ai pas bien entendu …
1 novembre 2011 à 16:59
François
J’ai un fils qui enseigne en école universitaire d’ingénieurs. J’ai remarqué qu’il utilisait assez souvent des bouquins de physique (plutôt orientés électricité-électronique) qui venaient de pays étrangers francophones (Suisse, Québec). Seraient-ils plus accessibles à des étudiants pas spécialement doués pour l’abstraction ?
1 novembre 2011 à 18:37
PR27
@DM : j’étais un peu médisant vis à vis des auteurs, leur rapport est assez intéressant – au moins les constats et exemples "où l’innovation marche" (J’avoue être très méfiant vis à vis de l’institut montaigne). Par contre, leurs préconisations me laissent un peu sur ma faim et leurs vidéos sont drôles. Une fois de plus, comme l’a rappelé François, il faudrait regarder de très près chaque cas pour voir ce qui fait que ça marche.
Astronaute, vous faites bien de rappeler vos aventures ici. Cette question des lectures et du travail personnel est aussi une grosse question pédago… Je suis persuadé que c’est une bonne voie (même dans les secteurs "professionnalisés"). Dans mon secteur, les problèmes que j’y vois : 1) le travail hors-présentiel est souvent consacré au "mode projet", à "faire" et non apprendre et comprendre (même si "faire" aide à comprendre, on abuse à mon avis du "faire pour produire" au détriment du "faire pour comprendre"). Comme vous l’avez évoqué l’autre jour, faire faire des exercices systématiquement par les étudiants pour obliger à bosser le cours, régulièrement, corriger ces exos… mais cette méthode est dévalorisée, qualifiée de "trop lycéenne" et d’ailleurs trop chronophage. Pourquoi se casser les pieds à corriger 500 exos dans son semestre, si les autres ne le font pas ? 2) le changement de mode de travail (plus de travail perso, plus de e-learning) est perçu avec grande méfiance par certains personnels, qui voient là le cheval de Troie de l’agent comptable, certainement à raison.
@François : moi aussi je n’ai quasiment que des livres étrangers, essentiellement des grands éditeurs académiques ordinaires, livres qui sont bien notés sur amazon.com . Je trouve qu’ils ont moins de scrupules à essayer de faire simple et clair, qu’ils font des efforts pour se mettre dans la peau du lecteur. Voir par exemple le caricatural mais efficace : http://www.cs.cmu.edu/~quake-papers/painless-conjugate-gradient.pdf Il y a un effort pour mettre le lecteur à l’aise et faire en sorte qu’il ne décroche pas. Dans trop de livres français, on se dit que le savoir, ça se mérite par l’effort, le lecteur n’est pas un client mais un élève, et hop, au boulot et s’il lâche, c’est de sa faute.
@Pierre "vous avez piqué à d’autres" : le pluriel "autres" dit-il justement qu’il ne s’agit pas d’un copier-coller, mais d’un mélange multi-sources ? Ces sources, probablement, se sont elles-mêmes inspirées d’autres sources…. En tout cas le blog d’Olivier est super bien, les élèves ont la chance d’avoir un enseignant comme ça…
1 novembre 2011 à 23:34
Petit cerveau
Assez d’accord avec Astronaute, a quelques nuances pres. Je pense que le systeme britannique donne beaucoup plus de chances a des etudiants moyens, ou meme mediocres au depart, de reussir et de s’epanouir dans leurs etudes, ce qui me laisse penser que le niveau moyen est au final plus eleve. Les programmes de licences (de maths) francaises que j’ai regarde sont intellectuellement extremment impresionnants, et parfois bien plus complets que ce que j’ai pu voir dans de tres bonnes grandes ecoles. A mon humble avis, cette approche prend le risque de larguer les etudiants aux alentours de la moyenne, mais ca peut faire gagner beaucoup de temps aux meilleurs etudiants.
2 novembre 2011 à 00:10
étudiant inquiet
Marquis, je pense que les cours "impressionnants" dont vous parlez servent à faire la sélection à l’entrée. On met d’entrée en L1 des cours très difficiles afin de décourager les plus faibles de continuer. Je me souviens d’un cours d’Histoire culturelle du Haut Moyen-Age’ qui fît des ravages… Des camarades m’avaient signalé la même chose en Droit, où les cours commençaient directement par du Droit civil assez pointu.
Pour des cours anglo-saxons : http://freevideolectures.com/
2 novembre 2011 à 00:23
Petit cerveau
A etudiant inquiet, en fait, je suis tristement sincere quand j’ecris "impressionnant", parce que je crois qu’un bon etudiant accrocheur pourra s’en tirer avec profit, et que, honnetement, il y a une certaine ambition intellectuelle derriere tout ca. Mais je concois bien qu’en meme temps ca peut faire l’effet devastateur que vous decrivez! C’est de plus une certaine forme de scandale que ces bons etudiants ne voient pas, des le niveau licence, leurs capacites reconnues par le marche du travail comme je le vois pratiquer par les britanniques.
Cette non reconnaissance me semble la consquence de l’existence des grandes ecoles, dont je me dis qu’il serait sans doute bien plus socialement profitable qu’elles selectionnent des le bac via des epreuves type concours general, des entretiens ou tests de QI, et qu’elles fassent passer l’equivalent d’une licence, amelioree si elles le veulent, a leurs etudiants.
2 novembre 2011 à 05:36
MCF27
@ PR27: Pas mal la référence du gradient conjuguée. Je vous la pique pour la refonte du master où j’enseigne.
Je serai aussi curieux de voir l’effet "reproduction des élites" dans l’enseignement à la française, en particulier en math avec cette fâcheuse tendance à donner dans le théorique austère (je n’ai pas dit non plus Bourbakiste) qui semble pouvoir favoriser ceux qui ont la clef de ce type de formalisme/langages.
2 novembre 2011 à 07:07
Marianne
En maths je ne pense pas qu’on commence d’entraé par le plus dur. A l’inverse on commence par ce qui est le plus en continuite avec le programme de terminale (analyse)
2 novembre 2011 à 09:06
Petit cerveau
@ A Marianne, je ne sais pas quel est le degre de latitude dans les programmes, mais j’enseignais dans un L1 de maths ou on faisait Caley-Hamilton, ce qui sous entend que les etudiants avaient vu et compris les notions de valeurs propres, sous espaces propres, sommes d’espaces vectoriels, etc… La premiere annee, c’est quand meme une peu hard pour un etudiant pas forcement motive… Dans certaines licences britanniques, ils font ca en L3.
2 novembre 2011 à 10:26
François
@Petit cerveau.
Ceci rejoint une suggestion que j’ai déposée il y a quelque temps sur ce blog : répartir les classes préparatoires entre des écoles ou regroupements d’écoles, autorisant une partie importante du recrutement en 1ère année d’école par contrôle continu des étudiants de classes préparatoires rattachées à cette même école.
Les recrutements croisés (recrutement en 1ère année d’école d’étudiants venant de classes préparatoires rattachées à une autre école) se faisant par concours ou sur dossiers, de même que les recrutements venant de licence, IUT ou BTS ou d’universités étrangères.
Les meilleures écoles ne devraient pas y être opposées, car les candidats se presseraient aux portes de leurs classes préparatoires (c’est ce qui se passe actuellement à Sciences-Po Paris où on rentre essentiellement après le bac). Pour y maintenir un haut niveau de travail, il suffirait que le contrôle continu ne permette qu’à 80 ou 90% des élèves de ces classes préparatoires de rentrer sans concours dans leur école de rattachement.
Simultanément il me paraîtrait judicieux de décerner un diplôme de niveau licence (car équivalent en nombre d’ECTS) en fin de 2ème année de classe préparatoire, car la perspective de 5 ans avant d’obtenir un diplôme écarte sans doute de ces cursus de très bons bacheliers issus de milieux peu fortunés.
2 novembre 2011 à 11:25
François
@MC27. Il est amusant de constater que les critiques des concours (sociologues, directeur d’institut d’études politiques, politiciens de tous bords) ont abondamment stigmatisé les épreuves "socialement discriminantes" en expliquant longuement le rôle qu’y jouaient la culture générale (acquise en particulier pendant les repas de famille, les visites dominicales de musées, etc.) et les langues (séjours à l’étranger pendant les vacances).
Or l’étude sérieuse qui vient d’être faite pour la première fois sur les résultats des concours matière par matière montre que contre toute attente les mathématiques des concours sont au moins aussi "socialement discriminantes", contrairement à la croyance d’après guerre qui avait conduit à remplacer la sélection par les humanités par une sélection par les maths dans un but d’équité sociale.
Je pense que ceci tient en grande partie au caractère excessivement abstrait de mathématiques enseignées en France, avec deux explications possibles (dont la seconde n’est pas très politiquement correcte) :
- le développement des capacités d’abstraction viendrait d’un entraînement familial dès le plus jeune âge à la réflexion, au raisonnement, entraînement précoce pratiquement irrattrapable (comme pour les futurs champions de ski),
- la capacité à l’abstraction, tout comme certaines capacités artistiques, serait en grande partie innée et statistiquement héréditaire (phénomène accentué par l’évolution dans la sociologie des couples, où les hommes diplômés se marient souvent avec des camarades d’études et non plus avec des filles de bonnes familles, futures épouses et mères pas forcément très futées).
2 novembre 2011 à 11:27
Petit cerveau
@ Francois, il me semble que les programmes des classes preparatoires sont assez loin d’un niveau licence, au sens francais ou "international". Il manque en particulier l’initiation (a fortiori la maitrise) des applications, qui me semble un prealable important a l’entree sur le marche du travail. D’autre part, ce sont des cursus quand meme assez particulier a la France, et je ne leur vois pas vraiment de contreparties internationales. Ceci dit, c’est vrai que si les classes preparatoires representent un volume de travail equivalent a une licence, il y a un probleme.
Mon opinion personnel est qu’un systeme de formation intellectuelle ou il y a un decalage tres net entre la formation des elites et le reste n’est pas tres sein. Je prefere le systeme britannique qui est plus homogene et assure les deux fonctions dans un cadre assez similaire, ce qui lui donne plus de porosite en theorie (la pratique est evidemment plus compliquee…).
2 novembre 2011 à 12:02
PR27
@François : sans contester ou approuver votre seconde explication, la première me semble déjà expliquer beaucoup. Hier, j’ai vu mes enfants passer une heure à regarder un catalogue de jouets de noël (des tas de saletés)…. horreur, vite à la poubelle et remettons quelque chose d’instructif entre leurs mains. 2h de monopoly dimanche, hop on maîtrise les nombres jusqu’à 100000, les soustractions, on pratique la lecture sans y penser. Et si on sait le faire en français, autant le faire en anglais, maintenant. C’est un peu l’art permanent de joindre l’utile à l’agréable.
On lit souvent que les enfants d’enseignants occupent (trop) les places dans les bonnes écoles, suggérant une connaissance des combines, des passe-droits, des bonnes filières cachées. Je crains qu’examiner les performances des enfants de CM2 explique déjà l’essentiel. Nos futurs élus y proposent heureusement un remède, peu coûteux : faire travailler les enseignants (pré-bac) 35h à l’école et pendant les vacances pour faire du soutien. Ainsi, ils seront moins disponibles pour leurs propres enfants et plus pour ceux des autres. Puisque c’est le fil de discussion cynique et que même Rachel raillait ceux qu’on ne voit guère le mercredi…
2 novembre 2011 à 12:02
François
@Petit cerveau. "un systeme de formation intellectuelle ou il y a un decalage tres net entre la formation des elites et le reste n’est pas tres sain"
Tout à fait d’accord, mais l’obstacle principal à ce rapprochement souhaitable me paraît être le refus de toute sélection à l’entrée à l’université. Si on veut intégrer des formations dites d’élite dans les universités sans sélection post-bac, on va reproduire à une grande échelle ce qui se passe en 1ère année de médecine (ou alors les études d’élite vont durer une éternité, car la progression pendant les premières années ouvertes à tous sera très lente).
Quant au système britannique, l’exemple des anciens d’Oxbridge que je connais me paraît témoigner d’un esprit de corps au moins égal à celui des anciens de telle ou telle école française. Je pense que le système allemand est plus homogène (bien qu’ils soient en train de monter eux aussi des universités d’élite !)
2 novembre 2011 à 12:04
emilie bouv.
Bonjour,
Vous enseignez la même chose de la même manière et bien "vitaminez" votre enseignement ! Pourquoi ne pas justement proposer à vos étudiants de visionner des vidéos de vos enseignement dits "théoriques" à distance et en présentiel faire autre chose, leur proposer d’interagir, de travailler en groupe, de vous poser des questions sur la théorie, d’aller plus loin…Bref 1000 et 1 façons d’envisager votre enseignement et permettre aux étudiants d’apprendre autrement grâce à vous ! Bref vous voyez, il y a plein de combinaisons à tester.
Pour répondre à PR27…!
2 novembre 2011 à 12:11
François
@PR27. Dans beaucoup de familles d’enseignants que je connais, les enfants passent peu de temps devant la télévision (quand il y a un poste familial !), et y regardent essentiellement des émissions sélectionnées par les parents (vulgarisation scientifique, histoire, reportages sur certains pays, etc.). Dans d’autres familles, les enfants passent de longues heures devant la Star Académie, les émissions de téléréalité. Donc le même poste acheté au même prix est dans un cas un instrument de développement intellectuel, dans l’autre un instrument d’abrutissement !
2 novembre 2011 à 12:45
PR27
@emilie bouv. : je constatais une concidence des contenus et des séquences, je ne dis nullement que le talent est le même, même si par les videos on peut faire "la petite souris"… Votre proposition serait intéressante, mais :
1) nos étudiants ont déjà beaucoup de présentiel,
2) actuellement j’intègre des phases d’interaction avec les étudiants pendant les cours (des exos dans le CM, pour être clair, pour bouger les dormeurs), donc ça n’est pas 1h30 CM/1h30 interactions/exos, mais multiplexé plus finement
3) je ne sais pas comment faire pour qu’ils préparent effectivement une séance "purement interactive". Soit je dois faire un gros système de flicage-interro-pénible à corriger-et-consommateur de temps-présentiel, soit je vais en avoir 15% qui ont faire le travail préparatoire et ça tournera au vinaigre.
4) J’ai tenté de faire une séance purement interactive, selon les modalités que vous mentionnez. S’ils sont de bon poil, c’est pas mal. Par contre, à la fin, ont-ils pris des notes, ont-ils ordonné ces notes (le travail interactif amenant les infos de manière peu ordonnée) ? Ensuite, il faut lire les compte-rendus et comme il manque plein de choses, il faudrait tous les compléter de manière personnalisée, c’est ingérable (à mon avis). Je ne sais pas encore faire pour que ça soit efficace pour eux et pour moi, le mieux que j’ai fait est un travail interactif basé sur un plan structuré et détaillé de questions.
5) Je serais tenté de faire un travail préparatoire plutôt par de la lecture de textes (articles tutoriels faciles, ça existe, chapitre de livre). Ca oblige les élèves à se concentrer sur un texte de 10 pages, ce qui en soi est un objectif pédagogique anti-zapping qui me plaît…. Je n’ai pas encore vu de valeur ajoutée à la video pour les élèves : la raison du commentaire que Rachel a repris pour ce fil était une comparaison prof-prof. C’est donc plutôt pour observer une manière d’expliquer quelque chose que je connais que pour apprendre (côté pédago).
2 novembre 2011 à 12:52
Jojo
@ François, PR27 : cessez d’essayer de réhabiliter les enseignants, ce sont des salauds à statut protégé, c’est tout. Sur ce, je retourne réviser mon allemand. A force de faire nos cachotteries en anglais à la maison, les enfants ont choppé trop de vocabulaire courant et ça ne marche plus :-(.
2 novembre 2011 à 14:10
PR27
Après le point de convergence "les fonctionnaires, faut les virer et tout irait mieux", un autre point de convergence "ah, si tout le monde pouvait bien élever ses enfants, comme nous", dont l’autosatisfaction me gêne. Ne sommes nous pas les premiers à râler que les fils de notaires deviennent notaires… ah, mais nous c’est la connaissance, c’est pas l’argent ! Séparer les enfants de profs de leurs parents est donc l’introduction d’une taxe sur le capital culturel…
2 novembre 2011 à 14:40
Petit cerveau
@ Francois, je suis un peu dubitatif sur le "club Oxbridge" car a elles deux ces universites representent largement 20.000 etudiants (et honnetement, il faudrait en rajouter d’autres comme UCL, Imperial, King’s, Warwick…), et dans des disciplines tres diverses … Ca n’est pas comparable avec les clubs ENA, X, HEC, Ulm, Mines, Centrale Ponts, voire meme Paris Tech. Si il y a un probleme au Royaume-uni, c’est plutot sur les droits d’inscription, et sur l’enseignement secondaire (les ecoles tres cheres captant un nombre impressionant de places dans les meilleures universites) qui sont deux points tres importants.
A mon avis, la selection a l’entree de l’universite n’est finalement pas tres importante au Royaume-uni, car on ne comprendrait pas sinon comment ce pays arrive a avoir un taux de licencies bien plus eleves par generation que la France.
Les formations d’elite au Royaume-uni sont assez courtes: ca peut etre une licences dans les universites du haut du panier, ou bien une bonne licence dans un etablissement completee par un master prestigieux. Mais meme dans mon universite, qui arrive (juste) apres ces etablissements, un etudiant peut trouver un tres bonne emploi apres une licence (type consultant junior dans un tres bon cabinet).
2 novembre 2011 à 14:48
Jojo
Un peu d’autosatisfaction de temps en temps ne fait de mal à personne. Surtout qu’en cherchant bien, on trouve sur ce blog des commentateurs convaincus que leurs profs leur ont caché des choses pour garder les places à statut pour leurs enfants. Ca fait un équilibre.
En outre, ce genre de choses doit pouvoir s’étudier : quel taux d’équipement en téléviseurs, consoles, etc, dans la population générale et dans les familles dont un parent est enseignant ? Comme il y a beaucoup trop de fonctionnaires, on doit pouvoir obtenir des échantillons très corrects et donc des statistiques de qualité…
2 novembre 2011 à 15:04
Petit cerveau
Dans la rubrique donnees, le site de statistiques de l’enseignement superieur britannique, l’HESA,
http://www.hesa.ac.uk/
Il faut faire attention a ce qu’ils appellent personnel academique, mais il y en aurait 181.595 au Royaume-uni, a comparer au 60.000 francais a l’universite… Ca pourrait expliquer la selection sauvage en premier cycle que decrit Etudiant Inquiet (et je crois qu’il decrit une realite statistique si je me fie au site du ministere,
http://media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/Publications/07/2/EESR10_WEB_167072.pdf)
2 novembre 2011 à 15:05
MCF27
@ François: est ce que vous avez la référence de l’étude que vous mentionnez sur les maths ?
@PR27: plutôt que taxer le capital culturel, il faudrait c’est sur plutôt le redistribuer plus équitablement… sur ces aspects d’ascenseur social etc, je vous livre une référence qui m’a marqué bien autant que Bourdieu, Franck Lepage et ses "conférences gesticulées"
2 novembre 2011 à 15:44
François
@Petit cerveau.
France. " il me semble que les programmes des classes preparatoires sont assez loin d’un niveau licence, au sens francais ou « international ». Il manque en particulier l’initiation (a fortiori la maitrise) des applications, qui me semble un prealable important a l’entree sur le marche du travail. "
A l’époque où il y avait moins de place dans les écoles d’ingénieurs que de candidats venant des classes préparatoires, IBM aimait recruter des élèves ayant raté tous les concours, car ils offraient alors le meilleur rapport performance-prix du marché … En effet, pendant longtemps, il y a eu un tel décalage entre les applications enseignées en école ou à l’université et les applications utilisées dans l’industrie que l’apprentissage utile d’applications se faisait surtout chez l’employeur (ce qui allait très vite si l’enseignement de base reçu en école ou à l’université était bon). Qu’en est-il aujourd’hui ? je ne sais pas répondre, en partie parce que l’usage omniprésent de l’informatique a brouillé les cartes.
UK . Le statut d’ancien d’Oxford ou de Cambridge est surtout utilisé à l’étranger (et pour être bien classé dans Shanghaï). Au Royaume-Uni on dit si on le peut qu’on est ancien de Trinity College plutôt que de Cambridge. D’autre part la véritable sélection sociale a lieu avant l’université (Eton, Harrow, Winchester, un peu comme chez nous l’Ecole alsacienne ou le cours Hattemer)
2 novembre 2011 à 15:49
PR27
Merci MCF27 pour cette ref précieuse, vite dans mon bibtex ! Je garde ça pour ce soir, il y a une belle collection sur dailymotion qui a l’air de dilater la rate. Voilà de belles videos que, nulle doute, les étudiants regarderont intégralement avant de venir en cours.
2 novembre 2011 à 15:55
François
@MCF27 et Rachel. "est ce que vous avez la référence de l’étude que vous mentionnez sur les maths ?"
J’ai déjà donné dans ce blog la référence d’un document intéressant sur le sujet … mais je ne sais pas la retrouver facilement.
Y a-t-il sur ce blog une fonction permettant de retrouver rapidement l’ensemble de ce qu’on y a déposé ?
2 novembre 2011 à 16:25
Petit cerveau
@ Francois "A l’époque où il y avait moins de place dans les écoles d’ingénieurs que de candidats venant des classes préparatoires, IBM aimait recruter des élèves ayant raté tous les concours, car ils offraient alors le meilleur rapport performance-prix du marché …"
J’ai l’impression que ca marche encore comme ca dans certains secteurs, comme le consulting ou le travail en equipe permet une forme de "compagnonage" pour des etudiants generalistes a l’origine.
2 novembre 2011 à 17:27
Marianne
@Francois : je pense en effet que la capacite d’abstraction se développe (ou non) très tôt en même temps que le langage en fait.
Tres un enfant est confronté (ou non) a travers les histoires qu’on lui lit par exemple à de l’imaginaire, à des concepts.
Ca peut faire sourire mais en fait avec mes gamins de DUT je me suis rendue compte qu’en algebre linéaire (qui est la partie théorique de leur programme) ce qui les génait le plus c’était le langage abstrait qu’ils avaient a acquérir et le fait qu’ils ne comprennaient pas ou mal qu’il fallait conceptualiser des catégories d’objets mathématiques : les espaces vectoriels, les applications linéaires…..L’aspect calculatoire les genaient peut (sauf qquand on faisait du calcul littéral)
C’était en fait un problème de langage et le fait de concevoir qu’il faut ou du moins que ca aide de créer des catégories générales, des concepts et que ca a un sens. C’était la dessus que j’avais le plus a argumenter
Ceux qui n’étaient pas géné par cela (en général) s’en sortaient. Et cela ca s’aquiert tres tot.Je ne saurais pas donner d’exemples précis mais a mon avis le milieu familial peut bien sur aider et c’est a mon avis tres lie a la maitrise de la langue, de l’imaginaire.
Imaginer c’est bien souvent se creer des représentations et donc un premier pas vers l’abstraction
2 novembre 2011 à 17:59
PR27
@Marianne : si ça fait sourire, c’est peut-être parce que ça donne des pistes de progrès plutôt que par ironie. Je crois que nous rencontrons les mêmes difficultés. Je crois toujours beaucoup aux "petits dessins" pour décomplexer face au langage, pour que le mot barbare ne soit pas leur ennemi, je crois aux scénarios où les quantités maniées correspondent à des applications concrètes et un peu intéressantes. Par contre, je me suis convaincu que les petits dessins doivent être soignés et que les liens entre la version abstraite et la version concrète doivent être explicités. Je me suis aussi convaincu qu’il faut aussi 2 ou 3 petits exemples concrets assez distincts, (a) pour montrer la variété des applications (b) pour en tirer explicitement sur ce qu’ils ont de commun, malgré leur diversité, et non pas oralement ( "eh, vous voyez bien, ça a l’air différemment mais cherchez bien, dans le fond vous verrez que c’est pareil, bon c’est l’heure à la prochaine"). Pour le top-15% de la classe, (b) est une activité spontanée, mais en le bossant explicitement, peut-être peut on arriver à faire passer le message à 40%, qui sait….
Bien gentil, tout ça, mais encore faudrait-il qu’ils aient un crayon, un papier, arrivent à l’heure, ne se mettent pas qu’au fond, aient dormi… et quand on a fait l’expérience de préparer un cours nickel et que les étudiants arrivent mais que personne n’écoute parce qu’ils ont examen juste après et ont un autre poly caché sous le poly, on se dit qu’on donne de la confiture à des cochons et qu’on ferait mieux de bosser sa recherche….
2 novembre 2011 à 18:11
étudiant inquiet
PR27, pour éviter d’avoir des étudiants inattentifs, interrogez-les à l’oral, obligez-les à vous poser des questions et notez leurs interventions-questions.
2 novembre 2011 à 22:17
Rachel
@Petit cerveau, est-ce que les cours de licence en UK sont différenciés ou nom dans une discipline donnée ? c’est-à-dire est-ce qu’il existe des parcours pour les étudiants « faibles » et d’autres parcours pour les étudiants brillants ? ou bien y a-t-il une licence de niveau commun à tous ?
2 novembre 2011 à 22:20
Rachel
@François, j’ai regardé les fonctionnalités offertes par wordpress, mais il ne semble pas possible de faire des catégories selon les commentateurs, désolée … mais dans le mode administrateur je peux le faire. Si c’est utile pour vous, je peux vous faire parvenir un copié collé de l’ensemble de vos commentaires.
2 novembre 2011 à 22:32
PR34 (anciennement "pas content")
J’aimerais bien pouvoir enseigner à l’anglo-saxonne (ou ce que je pense être la méthode A.-S)… c’est à dire transférer la charge de travail personnel sur les étudiants. Cependant, force est de constater qu’entre deux cours ou deux TD, rares sont ceux qui ont ouvert leurs cahiers… et ce, quelque soit le niveau (L ou M). Il est vrai aussi qu’ils ont une obligation de présence peut-être plus importante ici (comme signalé plus haut)… alors qu’ailleurs (E.-U. ou G.B ?) les profs semble plutôt leur donner une mise de départ, charge à eux de creuser le sujet puis de revenir vers l’enseignant en cas de problème…
J’ai quand même bien l’impression que la triplette CM+TD+TP en France a pour but de leur mâcher le travail, et de les dispenser de travail personnel puisqu’ils reçoivent tout sur les bancs de l’université (c.à.d. en CM/TD/TP). Leur travail personnel se borne à réviser ce qui est vu "à la fac"… à pondre un compte rendu trop souvent bâclé en TP, et à faire les exos de TD, quand ils veulent bien les faire à l’avance…
Bien sûr, j’ai fait des essais d’enseignement alternatif. Certaines matières se prêtent bien à la préparation d’un sujet et la présentation orale (genre 10′ ou 20′ + questions) devant les camarades du groupe… ils ont tellement peu l’habitude de le faire que le résultat est assez inégal. Ca dépend du niveau (L ou M). La aussi, il faut leur expliquer le B.A BA de la présentation. Ca vaut le coût (pour eux), mais parfois c’est pénible (pour le prof). Bon… Par contre, l’idée de laisser une partie du cours en leur expliquant que c’est à eux chercher… ou de leur laisser les feuilles de TD et leur dire, débrouillez-vous, si vous n’arrivez pas vous pouvez me joindre à tel N°, tel adresse mail ou vous pouvez passer me voir tel jour de telle à telle heure. Vous avez déjà essayé ? Moi pas… trop peur de passer pour un mauvais enseignant, un glandeur, ou pire, un bourreau d’enfants. Tous les syndicats d’étudiants et d’enseignants à ma poursuite… ce serait trop horrible. Et pourtant ça leur ferait du bien à nos étudiants de se dém…brouiller tous seuls.
Sinon, ce blog est super, mais il est aussi très demandeur en travail personnel de la part des lecteurs !!
2 novembre 2011 à 23:15
Petit cerveau
@ Rachel, les licences sont a priori les memes pour tous. Mais les "moins bons" etudiants peuvent s’en sortir grace au poids plus important de la troisieme annee dans la note finale, et du fait qu’elle est faite de cours optionnels. Il y a souvent des options qui les aident a s’en sortir.
Attention a ce que le niveau d’une licence peut varier d’une universite a l’autre. C’est cependant le role des examinateurs exterieurs, qui ont un droit de regard sur les sujets d’examen et leur correction, que d’assurer une certaine "equivalence" au niveau national (ils doivent certifier que les examens sont d’un niveau equivalent a ce qui se fait ailleurs). Mais ils sont proposes par le departement.
2 novembre 2011 à 23:24
étudiant inquiet
PR34, c’est aussi une source incroyable de procrastination!
Moi aussi j’aimerais que les profs soient plus exigeants envers les étudiants ; encore hier, j’ai eu un séminaire où le prof a parlé pendant pratiquement 1h30 sans vraiment faire participer son auditoire. On a bien reçu une biblio, mais elle est trop énorme pour isoler des lectures prioritaires (celles pour le cours d’après). Donc personne ne lira quoi que ce soit pour la semaine prochaine, d’ailleurs ce n’est pas demandé.
Les rares fois où un prof demande de lire des documents (je ne parle même pas d’articles), il ne contrôle pas que les lectures ont été faites…
J’ai bien souvent l’impression que le prof a un planning personnel à respecter et tant pis pour les étudiants – s’ils apprennent le cours, ce sera déjà bien.
Je n’aime pas trop les présentations type exposé de 20min car c’est souvent très ennuyeux et en général on attend que le prof donne la correction. En fait dans le système de cours français, l’étudiant a besoin de travailler pour une seule (ou deux max) séance, celle où il rend son devoir/présente son exposé du semestre ; les onze autres semaines, il écoute le travail des autres. En dehors de l’examen terminal, bien sûr.
Pour moi, un bon cours est celui qui oblige les étudiants à rester attentifs du début à la fin ; c’est pour ça que le prof doit veiller à faire participer les étudiants. Ne craignez pas de vous faire poursuivre par les syndicats! au mieux le bouche-à-oreille fera fuir les flemmards vers des profs plus "cools" et vous ne récupérerez que les plus motivés… ce qui rendra vos cours bien plus agréables – je pense.
2 novembre 2011 à 23:24
PR27
@Marquis : les EC sont sollicités pour faire des doubles corrections, pour une université à l’extérieur ? Et pourquoi pas la vaisselle du café ? Jury de bac tous les 5 ans, ça va, c’est marrant, mais là, je dirai que j’ai piscine….
3 novembre 2011 à 00:47
Petit cerveau
PR27, il y a deux ecoles dans le monde anglo-saxon: soit vous etes totalement autonomes comme aux USA, mais comme personne ne "verifie" ce que vous faites, les etudiants ont un droit de regard sur les corrections, ce qui peut mener a des negociations de marchand de tapie … Soit il y a un controle exterieur, et la les etudiants n’ont plus le droit de contester leurs notes.
En pratique, il y a donc au Royaume-uni une double correction qui se fait en interne. Les exterieurs (remuneres, mais je crois que c’est symbolique) vont ensuite "regarder" un echantillon "representatif", choisi par le titulaire du cours.
Inutile de vous dire que ce n’est pas la partie de la vie academique britannique que je prefere.
3 novembre 2011 à 06:41
François
@MCF27. @MCF27 Apparemment les conclusions de l’étude confiée à l’Inspection générale sont tellement dérangeantes car opposées à tout ce qui a été raconté antérieurement (en particulier sur le rôle des fameux « codes sociaux ») par les politiques, R. Descoings, Y. Sabeg, etc. que le rapport semble introuvable.
Extrait de l’Express du 28/9/2010 :
« Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, avait commandé voilà quelques mois un rapport à l’Inspection générale. Quels sont les constats principaux de ce rapport?Il semble que les boursiers aient des résultats inférieurs aux autres. Mais il remet aussi en question une idée reçue: le français est moins discriminant que les sciences. C’est une surprise, mais il apparaît que, au concours des écoles de commerce et d’ingénieurs, les boursiers réussissent aussi bien les épreuves de français que les autres. La baisse du niveau en orthographe est réelle, mais touche de la même manière toutes les catégories sociales. A l’inverse, les matières scientifiques comme les maths, la physique, la biologie, sont devenues clivantes. C’est tout à fait nouveau. On pensait qu’il fallait soutenir les moins favorisés pour leur permettre de s’approprier les codes sociaux et la culture. On s’aperçoit que les sciences sont aussi une zone à risque. Cela s’explique par le fait que ces matières sont très abstraites, et difficiles à assimiler quand on ne dispose pas d’une aide à la maison ou d’un bon bagage culturel. Certains ne comprennent même pas les énoncés… »
J’ajoute sur ces questions de discrimination sociale quelques textes qui m’ont paru intéressants :
http://portail.mathdoc.fr/PMO/PDF/S_SAMUEL-141.pdf
« On y verra comment les maths sont un outil de sélection sociale »
http://irem.statistiques.free.fr/telechargement/126_pdfsam_brochure135.pdf
Etude basée sur des considérations statistiques qui confirme que l’augmentation du nombre de familles socialement favorisées (conséquence de la démocratisation de l’enseignement) entraîne mécaniquement pour la génération suivante une apparente dé(ou anti)-démocratisation
et enfin pour Petit cerveau
http://www.bbc.co.uk/news/education-14069516
« Five schools ‘send more to Oxbridge than 2,000 others’ »
3 novembre 2011 à 09:26
PR27
Conclusion : http://www.repid.com/Les-places-et-les-chances.html
3 novembre 2011 à 09:52
PR34 (anciennement "pas content")
@etudiant inquiet… mais je demande à mes étudiants de travailler ! Seulement, c’est risqué. Par exemple, être trop demandeur sur certains cours, (par exemple les options, où je peux contrôler les cours et les exo) c’est courir le risque de voir son option simplement ne plus être choisie (trop dure), ou parfois son master ne plus être choisie. Et donc, devoir le fermer, souvent définitivement… donc les responsables de master (dont je ne suis pas) donnent des consignes de modération (avec lesquelles je ne suis pas d’accord, mais que j’applique car je ne suis pas kamikaze non plus). Pour les autres cours (les obligatoires), la secondarisation outrancière de l’université (il faut faire l’appel, il paraît ! ce que je ne fais pas bien sûr), et la diminution du nombre de groupes (pour la physique du moins !) conduit à interdire aux étudiants de changer de groupe !! Apparemment, c’est très grave de changer de goupe !! A la fin des années 80, c’était en effet un ajustement possible – on choisissait l’enseignant de TD qu’on trouvait le plus clair. D’ailleurs tout le monde ne faisait pas le même choix…
Sur les présentations de 20′, je ne donne pas de "correction" (comment faire d’ailleurs ? leur donner "ma" planche sur le même sujet ? Leur refaire une présentation préparée par moi-même ?). C’est concentré sur en fait 3 séances de 2h (sur les 15 séances du cours au total), et typiquement chaque groupe (binôme/trinôme) a 40′ (20′ de présentation + 20′ de questions /commentaires /discussion). En fait j’incite (j’oblige) les étudiants à poser des questions (il y en a qui aiment ça d’ailleurs) et j’en pose moi-même pour éclaircir et corriger des points (il faut quand même connaître un peu le sujet !). Et surtout, c’est un prétexte pour donner (a priori et a posteriori) les règles élémentaires de présentation orales et écrites… dont ils ont bien besoin.
Enfin, il y a-t-il besoin de "contrôler" les lectures ou le travail des étudiants ? N’est-ce pas suffisant pour vous, "étudiant inquiet", de savoir que vous avez lu les documents proposés, d’avoir fait vos exercices et d’avoir compris ? Le moment de vérité, ce sont les contrôles et les examens… Telle que je l’ai vécue (en étant passé par le DEUG, Lic., Maît., DEA), l’université a en effet des allures d’auberge espagnole… on y trouve que ce qu’on y apporte… et les quelques contrôles dont le semestre était parsemé donne des indications. Ca me plaisait bien ce fonctionnement après les années étouffante (!) du lycée. Ca ne vous plait pas ?
3 novembre 2011 à 11:19
étudiant inquiet
PR34, bien sûr que je préfère l’Université au Lycée, mais je pense qu’une partie du mépris envers l’université est due au doute qui subsiste quant à la qualité d’une partie des étudiants. J’en vois effectivement certains qui ne font pas grand chose et jettent ainsi un discrédit sur les autres. J’aimerais que les étudiants d’université possèdent les mêmes a priori positifs que pour les normaliens ou polytechniciens, dont personne dans le grand public ne doute de la qualité. C’est pour cela que j’aimerais une plus grande exigence des profs.
Cette évaluation ne doit pas ressembler au Lycée (type contrôles surprises) pour ne pas infantiliser les étudiants, mais plutôt se faire sur le modèle Anglo-saxon où l’étudiant est laissé responsable de son travail.
3 novembre 2011 à 11:27
MCF27
@François: merci pour les liens. Le second de l’IREM Paris Nord rappelle une note de Pierre Arnoux assez savoureuse (avec un passage "bourbakiste")… puisque la conclusion est qu’il est difficile de conclure:
http://smf4.emath.fr/Enseignement/TribuneLibre/entreeX.pdf
Le rapport dont vous parlez est intriguant parce que je ne vois pas trop l’aspect dérangeant de dire que les maths sont plus clivantes que le français (au lieu de l’inverse). Le processus inégalitaire reste le même dans tous les cas, non ?
@PR27: je fonce direct chez le libraire pour trouver le livre dont vous donnez la référence !
3 novembre 2011 à 13:01
PR27
@MCF27 : rien de bien compliqué dans ce bouquin, mais un exposé dont la structure et l’argumentaire sont remarquables de clarté et d’utilité pratique, à l’époque d’excellence où on explique (sans le dire) que les inégalités sont, en fin de compte, bien méritées par les mauvais.
4 novembre 2011 à 17:42
PR34 (anciennement "pas content")
@etudiant inquiet.. la qualité d’une partie des étudiants est sûrement en question, mais aussi la qualité d’une partie des enseignants – pas toujours au niveau (ça arrive). Et parmi ceux qui sont de bon niveau, pas toujours assez exigeant en effet. Il y a beaucoup de mollesse à l’université… due d’une part à la mollesse intrinsèque des gens, mais aussi aux conditions d’exercice difficiles qui font que bien des enseignants baissent les bras ou composent avec les contraintes (mais je ne me place pas aux dessus ! Les montagnes à déplacer me découragent aussi !!).
Dans une auberge espagnole, il faut interpeller le taulier et exiger plus que ce que prévoit le menu de base… et ensuite, même si des employeurs ont un a priori négatif sur les étudiants issus de l’université, ce que vaut l’individu pèse quand même dans la balance…
4 novembre 2011 à 19:03
amigues
j’i pratiqué plusieurs années de suite le système "projet" en L et M1. Le choix du sujet (en rapport avec le cours) était libre, groupes de 3/4 étudiants, un fond de biblio fournie mais + pour fixer un niveau minimal qu’autre chose. Rendu avec support écrit (10-15 pages) + planche en 15′ et questions/réponses 15 ‘ (le tout en anglais pour les M1) . Un seul présentateur par groupe. Tout le monde assiste aux planches des autres et pose des questions (ils savent que j’en tiens compte dans leur propre note). les dossiers complets sont archivés et mis à disposition des étudiants des années suivantes. Ils regardent beaucoup cela pour se faire une idée de ce qui les attend.
Toujours de bonnes appréciations de la méthode, l’idée d’être hébergés et publiquement visibles sur le site du prof plait. ils ont l’impression que leur boulot n’est pas destiné à la corbeille dès que la sanction est tombée. Je me suis rendu compte (c’est idiot, tellement évident) que depuis leur enfance, toutes leurs productions personnelles ne servent qu’à avoir des notes et rien d’autre. Je pense qu’il faut vraiment creuser cet aspect.
Prend beaucoup de temps en amont et durant les séances. débordement d’horaire à prévoir.
4 novembre 2011 à 19:21
François
@MCF27. "Le rapport dont vous parlez est intriguant parce que je ne vois pas trop l’aspect dérangeant de dire que les maths sont plus clivantes que le français (au lieu de l’inverse)". Si parce que ça flanque par terre toute la belle argumentation sur le rôle prééminent des "codes sociaux" et de la connaissance de la culture bourgeoise dans la discrimination sociale (sauf à Sciences-Po et à l’ENA).
4 novembre 2011 à 21:23
MCF27
@ François: ça c’est parce qu’on voit aussi souvent les maths (par exemple) comme quelque chose de pas très codifié, une sorte d’abstraction pure indépendante de la pensée, du langage… une vision platonicienne en somme. Je ne connais pas bien parfaitement ce qui se fait en sciences cognitives là dessus mais je crois me souvenir que Stanislas Dehaene a montré beaucoup de choses sur le lien entre mathématiques et langage.
4 novembre 2011 à 21:39
PR34 (anciennement "pas content")
@ Amigues , oui c’est une bonne idée… je n’y avais pas pensé !
5 novembre 2011 à 15:16
Astronaute en transit
@ amigues: cette remarque sur les notes m’interpelle. je ne suis pas de ceux qui se passionnent sur le récent débat sur la suppression ou non des notes, mais il est vrai que j’aimerais que les étudiants considèrent d’abord les exercices comme une occasion d’apprendre à faire un travail et à utiliser des méthodes plus que comme le moyen d’obtenir les notes. cela se reflète beaucoup dans leur attitude. Du coup j’insiste pour que certains travaux individuels aient une valeur collective: par exemple, les fiches écrites, qui doivent être distribuées à toutes la classe et pas uniquement rendues pour notation.
D’ailleurs, je trouve que devoir noter est l’une des tâches les plus barbantes de ce métier!
9 novembre 2011 à 19:30
étudiant inquiet
A voir cet édifiant article du Monde diplo sur l’ignorance assez terrifiante d’étudiants en L2 Histoire : http://blog.mondediplo.net/2011-11-07-Bandes-a-Gaza-que-savent-les-etudiants-du-conflit (les cartes sont savoureuses)
Cela montre que :
1. les étudiants ingurgitent les cours en apprenant par cœur sans chercher à comprendre – même en fac.
2. ils ne s’intéressent que peu à l’actualité internationale – c’est tellement mieux de glander sur facebook.
3. l’enseignement de l’Histoire en France reste très franco-français.
4. beaucoup d’étudiants en Histoire sont de trop.
1 juillet 2012 à 13:12
PR27
Je serais tenté de préciser ainsi :
(1) il n’y a pas nécessairement "le cours méga génial du MIT ou de Stanford", et les autres n’ont qu’à le pomper.
(2) quelles sont les possibilités légales et techniques d’utilisation des contenus publiés en ligne, par d’autres établissements, et en particulier, d’en prendre des éléments librement, de les modifier/traduire/adapter à notre public, mélanger avec d’autres sources etc… pour arriver à un contenu à nos objectifs ? Je vois là deux voies possibles, bien différentes :
(2a) l’option "packagée", où il faut s’inscrire sur la plateforme de l’université qui fournit les contenus (contenus qu’on ne peut pas aisément télécharger et qu’on ne peut pas republier chez soi, mais plutôt juste visionner depuis l’université fournisseur), suivre un cursus à dates imposées, etc… Cette option en est une pour les étudiants, mais ne constitue pas vraiment une ressource pédagogique pour les autres enseignants du monde.
(2b) l’option "à la wikipedia" : une "expérience utilisateur" qui offre les mêmes possibilités que (2a), mais avec publication edes contenus en creative commons (voir par ex. Do What The Fuck You Want To Public License http://sam.zoy.org/wtfpl/), permettant un très libre usage par d’autres enseignants et étudiants, et en fournissant tous les code sources .tex, .doc .bib etc… de tous les contenus mis en ligne, pour faciliter la réutilisation.
J’aime bien, évidemment, l’option 2b….
2 juillet 2012 à 09:57
Enseignement mondialisé | éducation religion | Scoop.it
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