Dans un premier temps, j’avais trouvé l’affaire Luc Ferry assez insignifiante. Mais après réflexion, je trouve que ça prend une tournure plutôt intéressante. Rappelons très brièvement les faits: Luc Ferry touche un salaire de Professeur des Universités alors qu’il ne fait pas ses cours dans son université (détails dans les centaines de brèves consacrées au sujet sur la toile).
Tout d’abord, rappelons que cette situation n’est pas exceptionnelle. Des enseignants-chercheurs peuvent effectivement travailler à l’université sans y faire de cours, souvent sur des périodes temporaires (délégation, CRCT, mise à disposition, chargé de mission, …). Dans le cas de Luc Ferry, cela semble durer depuis un certain temps (depuis 2004, d’après ce que je peux lire) et de plus la mission est réalisée hors université. Mais rappelons également que les EC sont des fonctionnaires d’Etat. Si l’Etat appelle un EC pour réaliser une mission en dehors de l’Université, c’est son problème, je pense qu’il n’y a rien à dire à cela. C’est le cas de Luc Ferry car il est président délégué du conseil d’analyse de la société depuis 2004, organisme qui dépend du premier ministre.
Le problème c’est que maintenant les universités sont « autonomes » et qu’elles sont passées en RCE (responsabilités et compétences élargies), c’est-à-dire qu’elles ont la responsabilité de la gestion de leurs ressources humaines et financières. Donc si l’Etat demande à un EC une mission hors université, il doit dédommager l’université. C’est maintenant chose faite puisque Matignon vient d’annoncer qu’il remboursera à l’université Paris-Diderot le salaire perçu par Luc Ferry. La situation est donc normalisée, et personne n’est lésé dans l’histoire. Ce n’était qu’une simple négligence administrative. Les réactions entendues, dans les médias, à l’UMP comme au PS, me semblent injustifiées et un tantinet populistes.
Donc Monsieur Ferry a été administrativement un peu « léger » dans cette histoire. Tout d’abord il n’a pas jugé utile de répondre (ou a oublié de répondre) aux courriers de son université qui lui demandait de satisfaire à ses obligations. Quand le Canard Enchaîné a lancé la polémique, sa réaction première a été de proposer de donner une leçon « façon collège de France », pendant le mois de juillet (précisons que cette proposition de « rattrapage » émanait initialement de V. Berger, président de l’université Diderot). L’intention était louable mais des cours à l’université il n’y en a pas beaucoup en cette période. Il s’est ensuite dédouané en disant qu’il n’est pas le seul dans le cas là, et le gouvernement s’est empressé de normaliser cette situation.
Ces derniers jours, on a beaucoup lu dans les médias qu’être prof à l’université c’est faire 192 heures de cours par an (5 heures par semaine, en moyenne). Bien entendu les médias oublient systématiquement qu’un prof d’université a une double mission : l’enseignement mais aussi la recherche. Est-ce que L. Ferry ne fait pas non plus sa recherche ? C’est certes plus difficile à vérifier, mais d’un autre coté ce travail laisse plus facilement des traces par le biais de publications ou autres ouvrages. Depuis 2004, L. Ferry a publié 15 livres, ce qui semble témoigner d’une activité significative. Les spécialistes jugeront si c’est au niveau que l’on peut attendre d’un chercheur universitaire en philo. Moi j’en suis bien incapable. Je me pose toutefois une question : à qui sont versés les droits d’auteur quand un EC publie un livre qu’il réalise dans le cadre de sa mission d’universitaire pour laquelle il perçoit un salaire ?
Pour un EC, ne pas faire cours est assez délicat car c’est assez voyant. Par contre l’autre possibilité est de ne pas faire sa recherche. D’après les rapports AERES, il y a, selon les universités, entre 20 et 50 % de non publiants (non publiant = chercheurs dont l’activité de recherche est jugée insuffisante ou nulle – rappelons également que la plupart de ces non publiants s’investissent dans d’autres missions que la recherche). Pour l’université c’est un gros problème et une double peine. En effet le salaire plein est versé à l’EC non publiant, bien que celui-ci ne réalise que la moitié de ses missions. De plus l’université voit sa dotation réduite car l’Etat ne finance plus l’accompagnement de la recherche pour les chercheurs qui ne cherchent pas. Peut-être que le cas de L. Ferry fera jurisprudence ? En effet, une université devrait être en droit de se faire rembourser par l’Etat le ½ salaire qui correspond à la mission qui n’est pas accomplie par un fonctionnaire d’Etat. J’invite d’ailleurs les présidents d’université à se lancer dans cette démarche, d’autant plus justifiée que le récent décret sur le statut des EC (avril 2009) ne leur permet pas d’avoir une gestion des ressources humaines comme le voudrait pourtant la LRU.


59 commentaires
Flux des commentaires pour cet article
12 juin 2011 à 11:04
Marianne
Ben moi la situation me choque plus que vous…Je comprends bien qu’on puisse etere détaché mais le gars “bloque” un poste alors qu’il n’effectue pas le travail prévu. Il pourrait etre judicieusement remplace par quelqu’un d’actif faisant son boulot…
12 juin 2011 à 11:35
Rachel
Mais Marianne, un fonctionnaire garde son poste, même s’il effectue temporairement une mission ailleurs. C’est une sorte de garantie donnée aux fonctionnaires afin qu’ils puissent réintégrer leur fonction initiale quand la mission temporaire est terminée. Pour que son poste soit libéré, il faudrait qu’il démissionne ou qu’il soit licencié de la fonction publique. Je connais des EC qui sont partis à l’étranger depuis fort longtemps et qui bloquent leurs postes, ça peut durer pendant des dizaines d’années.
12 juin 2011 à 11:38
PR27
Je pense qu’on ne lui serait pas tombé dessus s’il avait eu la réputation de faire un travail sérieux là au CAS. Il a peut-être été vu ne pas y faire grand chose, s’étant rendu trop disponible pour d’autres activités – domaine de recherche : les cocktails ?
Les parlementaires produisent des rapports en libre accès, la plupart des conseils également. Le CAS a commenté en 2006 je crois par une note dispo en pdf sur la mondialisation, très bien, et peu à peu les notes n’ont plus été mises en ligne,
et finalement les dernières productions semblent être des ouvrages de Luc Ferry, publiés chez Odile Jacob, chacun pour 20 euros. Le pdf mis en ligne n’est pas son rapport, mais un article de journal faisant la promo de son bouquin.
Certes, il n’est pas le seul universitaire à diffuser son production par le biais d’ouvrages “payants”, 200 pages en pdf n’est pas pratique à lire et les éditeurs ont bien le droit de vivre. Néanmoins, on pourrait s’attendre à un peu plus de production mis gratuitement à la disposition du grand public.
Prenons en exemple la Fondation Jean Jaures :
Elle publie des livres papier “payants”, mais aussi une série de rapports
http://www.jean-jaures.org/Publications/Les-notes
http://www.jean-jaures.org/Publications/Les-essais
Vous trouverez là du travail, organisé proprement, avec des rapports disponibles en pdf gratuitement.
12 juin 2011 à 11:56
Dan - visseur budgetophile
Globalement ok avec Rachel. On en revient une fois de plus a la question des statuts et de leur plus ou moins grande souplesse et a la comptabilité analytique qui permettrait de savoir ce que l’état doit reverser. En entreprise , un salarie peut être transfère provisoirement a un autre service. Le service bénéficiaire du transfert se voit imputer sur son budget le salaire les charges sociales patronales un coefficient d’environnement car un salarie c’est un salaire mais aussi un encadrement ( peut on encadrer Luc Ferry?) des locaux, des amortissements…quand les règles sont cohérentes , c’est plus simple. Cette affaire met en valeur l’intérêt de la responsabilité budgétaire
12 juin 2011 à 11:56
Rachel
PR27, je pense que la question de savoir s’il fait bien ou non son travail au CAS est un autre problème, que je n’aborde pas étant donné que je n’en sais rien. Quand je vois la liste des bouquins signés par L. Ferry, je doute que la majorité relève du travail dans le cadre du CAS.
Pour ce qui est de la diffusion gratuite des publications, je suis chercheur du service public mais le « grand public » devra payer 39€95 pour lire ma dernière publication (et je ne touche aucun droit d’auteur).
12 juin 2011 à 12:05
MVM
Peut-êtte est-il utile de rappeler les fondamentaux.
Un EC nommé et exerçant dans un établissement d’enseignement supérieur et de recherche, doit tout son temps de travail au service de l’Etat, comme tout fonctionnaire, c-a-dire quelque 39 h par semaine pendant toute l’année universitaire. Il ne s’affranchit donc pas de ses obligations de service avec les seules 192 h de cours ou conférences annuels.
A part ceci, reste à vérifier la réalité de l’utilisation de ces 39 h : enseignement, recherche, administration, encadrement de jeunes chercheurs ou de jeunes enseignants, congrès et conférences et groupes de travail, participations à des structures de R&D, recherche de financements, contacts industriels, etc …la palette est large pour un poste d’EC de 1ère classe ou de HC, tel Luc Ferry, qui doit à la fois être le VRP de son équipe et la locomotive. C’est facile à vérifier si on veut s’en donner les moyens ……
Actuellement,de nombreux chercheurs et EC occupent des fonctions à temps partiel ou à plein temps à l’extérieur de leur établissement.
S’il reste dans le secteur public de l’Etat (Mise à disposition par exemple dans les ministères, ambassades, ….), l’établissement ne reçoit pas, engénéral, de dédomagement. Il perdait un poste en “force de travail” mais ne perdait aucun budget car le payeur restait l’Etat central et le TPG.
S’il exerçait dans une structure hors Etat,(Détachement par exemple dans les Collectivités territoriales, structures de R&D privées, …) l’établissement était en principe dédommagé du montant du salaire, ce qui lui permettait de recruter des vacataires ou contractuels avec ce budget (PR associé, ATER, PR visiteurs, …).
Mais le passage en RCE des établissements va changer la donne, puisque maintenant les EC seront payés par l’établissement, sur la subvention globale attribuée par le ministère à l’établissement. Donc la “fuite” d’un EC le prive d’un poste en “force de travail” et d’un salaire.
Dure négociation pour que l’établissement trouve un intérêt à cette disposition ……..
MVM
Professeur des Universités
12 juin 2011 à 12:11
dorant
Par ailleurs, en ce qui concerne les publications puisqu’il y est fait allusion à propos du professeur Ferry, en SHS, l’AERES et le CNU nous invitent à distinguer entre OS (ouvrages scientifiques) et OV (ouvrages de valorisation). Les OS comptent dans la définition du “produisant”, les OV pas vraiment…sauf en appui d’un très bon dossier.
Sinon, il a été indiqué aussi que le CA de Paris VII avait refusé en octobre 2010 la prolongation de la mise à disposition du professeur Ferry. C’est aussi le droit du CA de ne pas prolonger les mises à disposition. Ils le font très RAREMENT- jamais dans mon université- donc si cette info est validée, le dossier de demande de m.a.d devait être quand même contestable.
12 juin 2011 à 12:13
Rachel
En somme, Marianne, vous êtes sur la même ligne que Bertrand Monthubert :
“Enseigner est un métier extraordinaire. Ne pas le faire et en plus bloquer un poste qui ne peut pas être pourvu par quelqu’un autre, c’est quand même gênant, surtout dans la période actuelle. Tous ceux qui n’ont pas trouvé de poste cette année apprécieront.”
http://www.laprovence.com/article/france/luc-ferry-nie-avoir-occupe-un-emploi-fictif-pour-matignon
Etant donné que la mode est au fouille m., je peux m’y adonner aussi. Monsieur Monthubert est prof d’université, comme L. Ferry. Il est maintenant secrétaire national à l’Enseignement supérieur et à la Recherche du Parti socialiste. Bref la question qui se pose : a-t-il démissionné de son poste de PR, afin de ne pas « bloquer un poste qui ne peut pas être pourvu par quelqu’un autre » ? D’après sa fiche wikipédia, il est toujours PR à ce jour. Remplit-il ses obligations de service d’enseignement ? Fait-il son mi-temps de recherche ? (donc un plein temps d’EC, en plus de son travail au PS ?). Si non, le PS dédommage-t-il l’université Paul Sabatier ?
12 juin 2011 à 12:54
Jojo
Rachel, les emplois du temps 2010-2011 du département Techniques de commercialisation de l’IUT de Tarbes sont là :
http://tc.iut-tarbes.fr/EmploiTemps/EmploiTemps.html
Monthubert fait les mathématiques en S1, S2 et S4. Je vous laisse compter.
Pour les publis, vous avez assez fait d’articles sur les indicateurs biblio pour savoir où chercher.
12 juin 2011 à 13:00
dorant
A noter que Jack Lang, très souvent mis en cause pour n’importe quoi, a, quand il était député, continué à assurer ses cours et à diriger ses thésards en fac de Droit. Il n’a été en dispo que quand il était ministre.
12 juin 2011 à 14:22
PR27
Rachel, les secrétaires nationaux thématiques PS ont toujours des activités “normales” en parallèle (parlementaire, généralement), ces secrétariats n’étant pas des fonctions rémunérées, j’en suis quasiment sûr. Je crois volontiers que cela empiète un peu sur le temps de travail rémunéré, par contre. Pour info, par ex. Laurianne Deniaud, présidente des MJS à temps plein, titulaire d’un master, y passe 50h/semaine, elle est payée au smic (à 29 ans) par le PS.
Rachel, pourquoi ne pas publier chez des éditeurs qui ont signé des accords avec HAL ?
Même ces voraces de Elsevier ont signé, il suffit de reformater les articles avec une classe latex non-elsevier, je crois.
Dommage qu’on ne poursuive pas sur la petite annonce de sciences po qu’a posté l’étudiant en fin d’une note précédente. Ca le mériterait et puis… c’est la différentiation, c’est l’avenir !
12 juin 2011 à 14:48
Rachel
PR27, pour B. Monthubert, je pose juste des questions par rapport à une intervention que je trouve un peu « donneuse de leçon de morale ». J’ai du mal à croire qu’il peut gérer son rôle au PS sans conséquence sur son travail d’EC. Mais bon, après tout, cela ne regarde que lui et son université. Et on connaît des personnes capables d’une quantité de travail impressionnante ! Par ailleurs je n’avais aucun soupçon sur une quelconque double rémunération. Son intervention remet quand même en cause le statut de fonctionnaire, je trouve … ou alors il accroît sa rigidité.
Pour les publications et l’accès libre, il faudra qu’on en reparle, le sujet m’intéresse et j’ai en tête depuis longtemps d’en faire un billet. Je ne connaissais pas ces accords signés avec HAL (c’est quoi HAL ?). Mais je doute quand même que le grand public soit intéressé par lire ma daube publiée dans des revues spécialisées …
12 juin 2011 à 15:04
étudiant frustré
Rachel, je dirais plutôt que son activité d’EC pèse sur sa productivité comme secrétaire de l’ESR du PS. On peut pas dire qu’on soit abreuvé d’idées de sa part, d’où une sortie médiatique, rapidement relayée dans les média, pour montrer qu’il “existe”.
Ça voudrait dire qu’il fait passer son métier avant, ce n’est pas vraiment condamnable ; et puis Tarbes, c’est quand même plus loin que Paris VII…
12 juin 2011 à 15:31
PR27
Je trouve aussi qu’il ne faut pas se sentir obligé de sortir un “communiqué” pour chacun non-événement. A Tarbes, il y a des fayots.
“c’est quoi HAL ?”.
Vous plaisantez, bien entendu.
http://hal.archives-ouvertes.fr/
Règles pour savoir ce qu’on peut déposer :
http://www.sherpa.ac.uk/romeo/
vous pouvez taper sur cette page le nom d’un éditeur pour savoir ce qu’il accepte de vous laisser publier sur votre site web professionnel ou HAL.
Les articles déposés sur HAL sont très bien référencés dans google scholar, ce qui est très bien pour la visibilité et le hache-index.
On peut générer automatiquement des pages web de publis d’équipe, de personne, c’est très pratique et assez bien fait. Il y a des moulinettes sympa pour faire des pages plus sympa que les pages HAL de base, qu’on peut insérer facilement pour faire un site web d’équipe : http://haltools.inrialpes.fr/Public/afficheRequetePubli.php?auteur_exp=Serge,Abiteboul&CB_auteur=oui&CB_titre=non&CB_article=oui&CB_DOI=oui&langue=Anglais&tri_exp2=annee_publi&tri_exp3=audience&ordre_aff=TA&Fen=Aff&css=../css/VisuRubriqueEncadre.css:
Plus besoin de maintenir des pages web publis d’équipe, c’est fait automatiquement et proprement si HAL est correctement alimenté. Merveille.
12 juin 2011 à 16:01
MVM
A l’attention de Dorant
Pour mémoire,
Jack Lang a quitté l’Université de Nanterre pour finir sa carrière de Professeur au CNAM.
MVM
Professeur des Universités
12 juin 2011 à 16:15
astronaute en transit
me posant tout juste avec ma navette, j’ai l’impression qu’il ya une “affaire Ferry” alors qu’il devrait y avoir une affaire “université française”. ces règles de disponibilité de fonctionnaires me laissent assez pantois. ce qui scandalise les gens, c’est qu’elles existent, ou que ce soit la façon dont Luc Ferry en profiterait ? Comme le signalait Rachel, il n’est certainement pas le seul a en user, mais je me doute bien qu’on monte le cas Ferry en épingle car il est un ancien ministre de l’Éducation de droite, deteste par la vaste majorité des agents de ce ministère qui ont bloque tout initiative de sa part (émergence du mouvement noniste).De plus cette affaire tombe a pic pour faire oublier quelques magouilles marseillaises qui ennuient certain parti, en sus d’une affaire new yorkaise qui concerne… Tiens tiens, un professeur d’universités (a t on vérifie si lui aussi est bien en règle avec ses obligations?), lequel est accuse de faits autrement plus graves (et on se taisait a l’époque ou les intéressées n’étaient pas femmes de chambre mais étudiantes, forcément consentantes et conquises par le brio du fameux enseignant)
c’est peut-être une façon digressive dont je traite le sujet alors je m’en excuse, mais il s’agit d’une première impression de voyageur nouvellement arrive. Il faut évidemment souligner que personne en dehors de France n’a entendu parler de cette “affaire Ferry” mais plutôt de l’autre (celle concernant certaines allégations qu’il a faite sur des faits déroules dans les riads de Marrakech). Entendre certaines indignations sur des fonctionnaires qui “bloquent des postes” ça a de quoi faire rire tous les soutiers de France et de Navarre!
12 juin 2011 à 17:26
PR27
Je croyais que c’était Jacques Généreux qui laissait des petits mots dans les boites à lettres à sciences po.
12 juin 2011 à 18:43
Astronaute en transit
Disons que je suis étonné de l’étonnement. Certaines pratiques devraient avoir été corrigées depuis bien longtemps et ne pas faire opportunément surface à l’été 2011. Sur l’autre fil, on parlait de déni… C’est un état d’esprit que ne prévalait pas seulement sur l’impasse des SHS, mais aussi sur des sujets divers comme les tests Pisa, les différences entre statutaires et non statutaires…
La question de savoir est si cette affaire concernant Luc Ferry aboutira à une révision générale des pratiques et conduites, ou s’il sera le seul personnage mis en évidence. Bien des affaires emblématiques, comme Outreau par exemple, étaient censées signifier une rupture suite à une situation de scandale ou d’abus, or l’on sait que bien peu à changé, et que l’inertie de l’État et de ses administrations sont considérables. le sentiment d’immunité de certains s’en est accru temps après temps. Il faudrait que ces affaires servent à changer les cycles, sinon, ce ne sont que des passades d’un été.
12 juin 2011 à 19:21
Rachel
Astronaute, elle est toute rutilante votre navette ! sa nouvelle peinture lui va à merveille ! ça paye bien on dirait sur T1852 … en tout cas, je vous souhaite un bon retour sur la planète merveilleuse que-tout-le-monde-nous-envie.
Si l’affaire fait surface, c’est surtout du fait d’un passage récent des universités aux RCE, ce qui est sensé induire des pratiques plus rigoureuse de gestion du personnel. Comme je le dis dans mon billet, à mon avis les implications de cette affaire dans les universités sont loin d’être anodines. Universitaires, mes donneurs de leçons, chiche !
12 juin 2011 à 19:34
Rachel
S. Royal sur Canal+ ce midi : « Je crois vraiment que Luc Ferry aurait intérêt à rembourser sur ses propres deniers les cours qu’il n’a pas fait ».
E. Vals, sur une radio : “C’est insupportable qu’on puisse rembourser sur deniers publics l’université qui a payé M. Ferry. M. Ferry devrait rembourser lui-même cet argent”
Source
Luc Ferry s’énerve un peu cet après midi. Ceci dit, il a bien raison de s’offusquer de cette polémique, qui est ridicule (mis à part le petit détail administratif).
“Si tel ou tel député, si Mme Royal ou l’autre zouave, veut supprimer le Conseil d’analyse de la société mais qu’il le dise, je m’en fous, qu’il le supprime. Mais qu’on ne dise pas que j’ai été payé pour des heures que je n’ai pas faites et que je devrais rembourser. C’est honteux, c’est scandaleux”
(Je ne sais pas qui est l’autre zouave. Parmi les possibilités : E. Valls, ou alors un député UMP, Y. Favennec qui a dit à peu près la même chose hier).
Luc Ferry: “à partir de maintenant je vais poursuivre en diffamation les gens qui prétendent que j’ occupe un emploi fictif”. “L’affaire commence à bien faire. L’affaire commence à me chauffer les oreilles et maintenant je vais prendre un avocat pour poursuivre les gens qui disent des conneries.”
Source
12 juin 2011 à 20:05
dorant
Stop hypocrisie !
L’une des questions qu’il faudrait bien expliciter c’est que ce fameux “Conseil d’analyse de la société” ne sert pas à grand’chose sinon à recaser des copains politiques.
En effet, le gouvernement a à sa disposition des services bien plus performants et efficaces que cet aréopage. L’ INSEE produit des synthèses tout à fait rigoureuses – voir son site – et il y a quantité d’observatoires qui font bien leur travail – l’OVE (vie étudiante), l’ONZUS (zones urbaines sensibles) pour n’en citer que deux. On pourrait aussi parler du CNE – comité national d’éthique etc…
Luc Ferry n’a pas pu devenir député européen après son limogeage (cf ses diverses biographies) et n’avait pas envie de revenir bosser à la fac. On lui a créé ce truc qui publie pas grand’chose – cf la note du pr27 – pour lui éviter les cours et la recherche…
Et si la polémique vient maintenant, ce n’est pas à cause des ragots qu’il a colporté mais, comme nous le savons tous ici, parce que nous sommes au moment de l’année où les administratifs vérifient les “services faits” pour diverses opérations comptables, heures sup etc…bon, un administratif ecoeuré a du faire fuiter…
Ce qui est également hypocrite c’est de faire semblant de croire que ses bouquins relèvent de la production scientifique- allez donc voir les critères de l’AERES -.
12 juin 2011 à 20:21
PR27
Voici ce que j’ai trouvé sur l’express.fr :
Pour Bertrand Monthubert, secrétaire national à l’Enseignement supérieur et à la Recherche du Parti socialiste, “la solution trouvée n’est pas très bonne”.
“Enseigner est un métier extraordinaire. Ne pas le faire et en plus bloquer un poste qui ne peut pas être pourvu par quelqu’un autre, c’est quand même gênant, surtout dans la période actuelle, a-t-il dit à Reuters. Tous ceux qui n’ont pas trouvé de poste cette année apprécieront.”
“Est-ce que présider ce Conseil mérite d’être payé 6.300 euros, la question mérite d’être posée”, a-t-il ajouté.
Que dit B Monthubert ? Que Ferry demande à conserver son poste universitaire, alors que semble t-il il n’a pas enseigné depuis très longtemps. En attendant, il bloque certainement son poste PR, qui est probablement remplacé par un poste d’ATER renouvellé chaque année, ou de l’argent équivalent à la composante pour payer des heures sup. Selon mon interprétation, Monthubert demande que Ferry trouve un mécanisme de “détachement” qui libère le poste, en demandant par ex. un changement de corps, un changement de ministère de tutelle,… et qu’il est anormal qu’il s’en foute. Je ne sais pas, mais dans mon université, on sait faire ça, mais ça suppose effectivement de s’en occuper. Quant à la RCE, elle dit qu’au lieu d’avoir un personnel au service de l’Etat, il est maintenant au service d’un ensemble de petites et grosses boutiques “responsables” (bon aspect) et concurrentes.
12 juin 2011 à 20:30
Astronaute en transit
Rachel, c’est sûr qu’il me faut aller à T1852 pour faire repeindre la navette, puisque dans le système-que-le-monde-nous-envie, des fonctionnaires “bloquent des postes” (et tout d’un coup on s’en offusque, c’est très bizarre!)
On pourrait aussi s’étonner de ce que vous suggérez, c’est à dire que le “passage au RCE induit des gestions de personnel plus rigoureuses”… comme quoi, apparemment il était licite auparavant de ne pas gérer rigoureusement le personnel et comme par hasard il ne se trouvait alors pas d’”administratif écoeuré” pour “faire fuiter”. Pourquoi en être écoeuré maintenant? Cela ne relève-t-il pas de pratiques bien ancrées depuis des décennies? Ce CAS ne vaut manifestement pas grand chose, mais le Général de Gaulle évoquait déjà les nombreux “comités Théodule” de rigueur dans la République. ils ont été créés tant par la droite que par la gauche et nombreux sont ceux qui en ont profité.
Soyons donc écoeurés, mais veillons à l’être envers cette collectivité de personnes qui ont pu en profiter en toute tolérance. Pour ma part, lisant tout ceci, je n’ai toujours l’impression qu’il ne s’agit que de mettre en accusation que le seul Ferry, mais s’il doit y avoir polémique, n’est-ce pas le système-que-le-monde-nous-envie qui devrait répondre de ces déviances?
12 juin 2011 à 20:32
PR27
“Universitaires, mes donneurs de leçons, chiche !”. Il n’y a que Ferry qui n’est pas donneur de leçons, et c’est justement ce qu’on lui reproche.
Quant aux commentaires de Ségo sur ce qui concerne l’ed nat, sachez que c’est terrible pour les militants socialistes qui doivent ramer pour rattraper ses âneries. Elle a encore proposé ce midi que les profs de collège restent à l’école corriger leurs copies et préparer leurs cours, comme ça ils pourront surveiller les gosses en même temps. Des dizaines de milliers de profs ont une nouvelle fois compris qu’on veut les faire rester 35h au collège ET faire préparer/corriger leurs cours chez eux en plus. Idem avec Manuel Valls (vous me le copierez cent fois). Bon, je ne voterai de toute façon pour aucun de ces deux là aux primaires…
12 juin 2011 à 22:02
Rachel
Dorant, je ne connais pas les critères de l’AERES pour la philo, c’est pourquoi je ne juge pas et laisse soin aux compétents de trier dans les bouquins et autres travaux qu’il a fait ces derniers temps. Quant au CAS, son utilité ou pas, c’est un autre débat, il me semble.
PR27, si votre université sait faire ça, alors elle est vraiment très douée ou bien très influente auprès du ministère. Manifestement la mienne s’y prend comme un manche. Pour ma part je ne suis pas contre faire évoluer les pratiques ou les statuts des EC. Mais si vraiment on discute de ça, je pense que les nonistes vont déferler pour s’y opposer. C’est bien de savoir que Monthubert a un petit fond progressiste. J’espère qu’il va s’empresser d’ajouter ça au projet du PS : quand le travail n’est pas fait, il faut que quelqu’un rembourse à l’université le salaire que l’EC a injustement perçu, ou alors qu’on recrute quelqu’un à la place du défaillant.
Astronaute, avant les RCE ces problèmes n’existaient pas. Les universités n’étaient pas responsable du budget (salaires des EC), il n’y avait aucun pouvoir sur les postes. Maintenant les universités ont le pouvoir d’en créer, mais pas d’en supprimer en licenciant car le personnel statutaire est agent de l’Etat, pas de l’université. Par exemple, dans le cas de L. Ferry, l’université ne pouvait pas faire grand-chose, la mise à disposition n’est pas de son ressort et elle a l’obligation de le réintégrer quand la mise à disposition se termine. Ici l’université ne demandait rien (il me semble), sauf peut-être que son personnel fasse ses cours.
12 juin 2011 à 22:13
Astronaute en transit
C’est sûr Rachel, dès qu’il est question de toucher au statut pour qu’il ne serve plus à couvrir des comportements répréhensibles, les banderoles sortent…
12 juin 2011 à 22:28
dorant
Rachel : la mise à disposition est du ressort de l’université : il faut un vote préalable du CA et une décision du président, même avant la LRU. Le CA et le président peuvent aussi y mettre fin.
C’est ce qu’aurait fait en octobre 2010 le CA de Paris VII à propos de Ferry. Comme il y avait eu refus, il devait faire son service.
La réintégration est évidemment de droit et l’université doit trouver un support, qui peut très bien ne pas être celui sur lequel était le précédemment le mis à dispo
12 juin 2011 à 22:49
Rachel
Dorant, je pensais que c’était le ministère qui décidait, autant pour moi … L. Ferry n’est pas si innocent que ça, finalement …
13 juin 2011 à 01:15
Krokodilo
D’un autre côté, c’est un formidable coup de pub pour l’université. Désormais, quand la maîtresse demandera à ses élèves ce qu’ils veulent faire plus tard, attendant in petto les classiques trader, footballeur ou même dealer, elle aura peut-être la divine surprise de se voir répondre : “J’veux faire enseignant-chercheur, m’dam : c’est trop cool !
- Et tu vas enseigner quoi, Toto ?
- Rien, m’dam.
- Et tu vas chercher quoi ?
- Des champignons, m’dam !
(Naturellement, la maîtresse fera son boulot et présentera la vraie nature du travail et du statut des EC, cela va sans dire, mais après les menaces de procès d’un certain L.F., je préfère le dire.)
13 juin 2011 à 10:02
Septime
PR27
J’ai été surpris par votre jugement expéditif sur la proposition de Mme Royal d’accroître la présence des enseignants dans les établissements. Brosser les enseignants dans le sens du poil ne suffit pas pour justifier une politique. La présence des enseignants toute la semaine est la règle dans de nombreux autres pays et on ne trouve pas anormal qu’ils s’occupent à la fois d’enseignement, d’éducation, d’administration et d’orientation (alors qu’en France on ca créé des corps spécialisés pour chaque fonction).
La présence dans l’étabissement est la condition de la constitution d’équipes pédagogiques et de l’individualisation du suivi et du soutien aux élèves.
Tous les rapports récents sue l’enseigneent secondaire soulignent ces points.
Je ne connais pas beaucoud d’entreprises ou d’administrations qui laissent leurs employés travailler où ils veulent et ne faire acte de présence que pour une partie de leurs obligation professionnelle.
A moins de recourir à l’argument de la modernité du télétravail, on ne voit pas beaucoup d’arguments pour justifier une pratique professionnelle qui s’appuie sur une définition partielle des obligations de service (les heures d’enseignement en présentiel hebdomadaires ou annuelles -pour l’enseignement supérieur).
13 juin 2011 à 10:50
PR27
Septime, le sujet est intéressant. Mon jugement expéditif est celui d’un militant PS qui se fait régulièrement insulter (pas personnellement, juste la casquette “représentant PS”) encore pas plus tard que cette semaine, par les profs du secondaire, sur cette question du nouveau service des enseignants, depuis la video “fuitée” des 35h à l’école de ségo.
Comme vous le dites, la nouvelle définition du service est un projet largement partagé, sauf probablement par le PG et les partis à sa gauche. Le problème, c’est que comme c’est un sujet assez lourd, il faut qu’il soit très bien travaillé. Ce projet figure d’ailleurs dans le projet PS (implicitement, le projet Aubry).
En 2007, Royal l’avait déjà mis en avant, disant au passage que les profs faisaient vite leurs cours puis allaient chez Acadomia faire des extra. Entre ça et le dégraissage de mammouth, ce genre de propos casse le reste du projet. En 2009, paraissait un petit livre Peillon/Darcos, dans lequel Peillon exprimait très clairement ce projet de “nouveau service”, mais sans aucun détail de mise en oeuvre. Cela fait deux ans que je demande, dans le PS, que cette question soit sérieusement étudiée/documentée, dans ses détails pédagogiques, techniques, financiers. Des journées plus courtes pour les enfants ? Oui, mais qui les garde entre 15h30 et 17h00, qui finance quoi ? Préparer les cours à l’école ? Dans quels bâtiments, dans quels bureaux ? Espère t-on que les profs prépareront leurs cours tout en surveillant les enfants ? Personne ne sait, personne ne dit – ça n’est pas faute d’avoir questionné des socialistes qui sont censés savoir, participé à des réunions, et prévenu que si fin 2011, on n’a pas un dossier très clair là dessus, ça nous retombera dessus.
Ce que je reproche, ça n’est pas la direction choisie, mais que vu de l’extérieur ou même vu de l’intérieur, si on n’est pas dans la petite commission Julliard, on a un sentiment de grand flou, alors que ce dossier est censé être en préparation depuis très longtemps.
Certains pensent qu’on ne sort de l’ambiguité qu’à son détriment, mais je n’en suis pas convaincu. Résultat : à cause de l’impossibilité de donner des infos précises, quasiment tous les profs avec qui j’en ai discuté disent que ce projet a un objectif avant tout économique : 35h à l’école et les préparations/correction en plus, à la maison. Comme on a atteint l’os côté suppressions de postes, on va maintenant faire travailler plus les enseignants et réduire les volumes d’enseignement. Si on y ajoute les débats actuels sur les rythmes scolaires, les projets 2012 du PS et UMP pour l’école risquent, probablement à tort, d’être jugés assez similaires parce qu’ils ont les mêmes mots-clés (on retrouvera d’ailleurs le même débat sur l’autonomie des établissements interprétation PS vs UMP que pour l’université).
13 juin 2011 à 11:51
dorant
Eh oui…jugés similaires… Lors d’une réunion régionale de préparation de l’épisode Labex 02, une collègue, loin d’être “à gauche du PG” et bien produisante, a indiqué à propos de cette démarche en EX que “visiblement ceux qui sont au pouvoir dans les régions n’ont pas d’idées très différentes de ceux qui dirigent l’Etat et qu’en tous cas, s’ils en ont , on ne les connaît pas et ce n’est pas le blog de Monthubert ou le silence de Claeys qui clarifie les choses”.
Rires et assez nette approbation d’une assemblée de PR et de MCF relevant d’unités classées A…
13 juin 2011 à 12:16
PR27
Dorant, je pensais à l’école pré-bac mais, en effet, la question se pose aussi pour le post-bac. Néanmoins,
1) je trouve que B.Monthubert a fait un bon travail sur son projet. Il y a pas mal d’engagements assez clairs, selon moi dans de bonnes directions. Pour ma part, si déjà ce projet était mis en oeuvre, ça m’irait bien, et je crains plutôt les mosco, valls etc..
2) la discussion serait plus simple si les mécontents s’exprimaient sur *leur* projet (tout le monde passe PREx0 dans 2 ans, baisse à 128h eq TD pour tous et bureau de 25 m2 face sud-ouest, 1 thésard acheté 1 thésard gratuit, une retenue sur salaire pour ceux qui osent parlent avec des entreprises)
13 juin 2011 à 13:03
Jojo
Dorant, c’est un aspect essentiel de la crédibilité gouvernementale du PS : avec ses élus locaux, il démontre chaque jour qu’il peut mener une politique de droite, donc on peut lui faire confiance.
Que ce soit à Lyon (voir les textes de Gandrillon et Dezellus sur le site de SLR) ou à Montpellier avec son chantage à l’IDEX (certes, c’est un frêchiste, pas un socialiste qui dirige la région), les orientations des politiques locaux n’ont pas fini de faire ramer Monthubert question crédibilité. Pas besoin des déclarations dans le vide de Camba pour s’alarmer, il suffit de regarder le vrai monde tel qu’il se construit.
En outre, on oublie un peu vite le succès de la politique d’”ouverture” dans l’ESR. Les Philippe Gillet, Alain Fuchs & co n’étaient pas spécialement étiquetés à droite, loin de là.
13 juin 2011 à 13:21
PR27
J’ai un jeu amusant et involontaire avec mon lecteur de flux RSS. Quand il y a un nouveau commentaire, je peux le lire dans mon outil de mail, mais le nom de l’auteur n’est pas indiqué, comme si l’outil informatique avait compris que ça n’était pas nécessaire pour ce blog.
Demandez à Dorant, en effet, je crois que nous sommes dans la même région. Jusqu’à peu, j’aurais dit que la Région ne mène clairement pas une politique de droite, mais j’ai été embarrassé par une rumeur pire de Ferry : il y a maintenant des packages de welcome pour les chercheurs stars qui s’installent dans la région. C’est cool : ceux qui sont des stars n’ont pas besoin de soumettre des projets ANR pour démarrer, de passer des dizaines d’heures dans des réunions stériles et des formulaires .xls dont la mise en page pose des problèmes : ils ont le welcome package. Le sujet de recherche : le leur. Pas besoin de faire semblant de mettre des ronds dans des carrés. Tiens, ça me rappelle que j’ai demandé un post-doc au CNRS il y a 8 mois. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles, je suppose.
13 juin 2011 à 13:59
Rachel
Luc Ferry: Faux chiffres et vraies faveurs, sur le blog de V. Soulé (Libération)
13 juin 2011 à 15:43
Jojo
Je suis converti : des packagEX pour les recrutements blingbling, c’est sûr, on va voir ce qu’on va voir ! Les bolchéviks sont dans la place. Quitte à renverser la table, si vous décrochez l’Idex, la région abonde aussi la dotation en capital ?
13 juin 2011 à 16:56
Rachel
Nouvelle chronique chez P. Dubois : « Luc Ferry piétine son statut », après celle de samedi dernier « Luc Ferry, le CAS ».
Toujours dans Libé, un article de V. Soulé “Ce ferry qui fait des vagues“.
Si je pouvais réécrire mon billet, il serait certainement un peu différent aujourd’hui.
13 juin 2011 à 16:56
PR27
Jojo, c’est sûr. Par ex. si Ferry postule chez nous, on peut discuter en vue une décharge horaire – au moins la première année. Par contre, les portes zouvertes samedi matin, il n’y coupe pas. Le samedi il va bien chez Ruquier, ça veut dire qu’il est dispo, non ?
13 juin 2011 à 17:36
Rachel
Ce que j’aimerais bien savoir, c’est si la littérature abondante de Luc Ferry est au niveau de ce qu’on peut attendre d’un prof des universités en philo.
13 juin 2011 à 18:16
dorant
Rachel : Déjà, il n’a visiblement pas de rattachement labo…
mais il n’est pas en philo, il est agrégé du supérieur en sciences politiques et PR de cette discipline. Son agreg de philo est une agreg du secondaire, donc lui permettant de devenir éventuellement prag.
D’après l’article de Libé que vous avez mis en lien, il n’a pas enseigné ni corrigé une copie depuis sa nomination à Paris VII en 1993. Il est cependant passé PR1 en 2004…
La formule “j’ai 60 ans et mes cours sont prêts” me met particulièrement en rage si elle est vraie.
Le retentissement de tout cela est particulièrement calamiteux. J’ai du subir quelques plaisanteries là-dessus dans mon cercle familial et amical. Si vous lisez les commentaires des lecteurs des forums de Libé, du Figaro ou même du Monde, vous serez édifié sur l’image qu’ils ont de l’université après ce déballage…
13 juin 2011 à 18:52
PR27
Au contraire, moi je trouve ça très courageux de sa part d’avoir sans cesse repréparé des cours, année après année, alors qu’il n’en donnait pas, parce qu’il voulait toujours avoir des cours prêts au cas où il aurait dû en donner.
Nul doute qu’il a déjà mis son dossier de PR0 dans la file d’attente, ça lui ferait un bonus pour la retraite. A t-il plus de chance au CNU ou au CA de paris 7 ?
13 juin 2011 à 18:57
Rachel
Dorant, sur wikipédia, c’est écrit « professeur de philo à Paris VII » (se méfier de wikipédia, je dis à mes étudiants …). Je trouve un peu curieux de passer PR1 alors qu’on n’a pas enseigné depuis plus de 10 ans. On peut imaginer qu’il est passé au CNU, certainement pas en promotion interne université.
Quant aux dégâts, ce n’est certainement pas pire que quand l’AERES a rendu public ses premiers chiffres de non publiants ou même le mouvement noniste de 2009. C’est aussi une occasion pour notre communauté de s’interroger sur les pratiques actuelles. Un peu de réflexion sur la déontologie à l’université ne peut pas nuire. Pour les forums de libé, du figaro ou du Monde, je n’y vais plus, c’est un grand défouloir, on y lit n’importe quoi. Je croise les doigts pour que Gaïa en soit préservée …
13 juin 2011 à 19:09
dorant
vous avez raison : il est revenu à la philo en 1989 :
“Études secondaires au lycée St Exupéry de Mantes, puis à la maison par le Centre national d’enseignement à distance (CNED)4
Études supérieures à l’université Paris-IV et à l’université de Heidelberg
Professeur agrégé de philosophie (1975-1982) (affecté à l’école normale d’Arras de 1977 à 1979 ; en détachement au CNRS comme attaché de recherche de 1980 à 1982 ; chargé de cours à l’université de Reims, puis à l’École normale supérieure, aux universités de Paris X et de Paris I)
Docteur d’État en science politique (1981)
Professeur agrégé de Sciences politiques (concours d’agrégation de science politique 1982) : Institut d’études politiques de Lyon, professeur de science politique (1982-1988)
Université de Caen Basse-Normandie, professeur de philosophie (1989-1996)
Université Paris VII-Denis-Diderot, professeur de philosophie (depuis 1996)”
wikipedia
13 juin 2011 à 21:12
Rachel
Harro sur le baudet! , in Bouillaud’s Weblog
13 juin 2011 à 21:40
Rachel
Bryan Ferry, l’autre dandy, est à l’Olympia ce soir. Jules Ferry, quant à lui, il … bon allez, laissons le tranquille.
Astronaute, merci pour votre nouvelle livraison, mais j’ai l’impression qu’il manque un morceau. Vous vérifiez SVP ?
14 juin 2011 à 16:41
Rachel
Le point de vue d’un prof de droit public (Le Monde)
http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/06/14/luc-ferry-l-universitaire-qui-ne-fait-pas-cours_1535570_3232.html
15 juin 2011 à 13:02
Chers futurs ex-collègues, rejoignez Gaïa Universitas… « Le blog à PP
[...] l’honneur ce mois-ci : L’affaire Luc Ferry et l’invraisemblable mode de recrutement des futurs maîtres de conférences Ne rigolez pas [...]
16 juin 2011 à 07:21
PR27
L’intéressé aura un A+ en visibilité, il est conférencier invité ici et là…..
http://www.mediapart.fr/journal/france/150611/ferry-ses-heures-perdues-plume-pour-servier-orateur-devant-lobbys-et-banquiers
16 juin 2011 à 18:04
dan- visseur repentant
PR27 : Quant aux commentaires de Ségo sur ce qui concerne l’ed nat, sachez que c’est terrible pour les militants socialistes qui doivent ramer pour rattraper ses âneries. Elle a encore proposé ce midi que les profs de collège restent à l’école corriger leurs copies et préparer leurs cours, comme ça ils pourront surveiller les gosses en même temps.
La réaction de PR27 aux propositions de Ségolène Royal m’intéresse. En effet, l’idée que les professeurs puissent rester plus longtemps au collège, de façon à y faire la partie tout à fait significative de leur travail qui est reconnu en dehors des heures de cours, n’est pas une idée nouvelle, et à ma connaissance, elle est appliquée dans de nombreux autres pays.
Lorsque parent d’élèves , je voulais rencontrer un enseignant, il fallait que je prenne des heures de congé pendant la journée, et j’avais la chance de pouvoir le faire. Mais on n’imagine pas un ouvrier (e) à la chaîne disposer de cette facilité. Par ailleurs a l’époque il y avait cours le samedi matin et il était possible d’organiser des réunions le samedi à 11:30.
La question de la présence des enseignants auprès des enfants pendant toute la journée est d’abord une question pédagogique : est-ce que cela serait plus efficace pour remplir la mission des écoles ? Que disent les exemples anglais par exemple ou d’autres pays ? Comment cela se passe-t-il sur les campus américains ?
La deuxième question est : le fait de ne venir au collège ou lycée que pour dispenser ses heures est-il un avantage acquis ou le résultat de l’incapacité de l’éducation nationale à fournir des locaux adaptés pour un travail personnel et pour rencontrer et tutorer les étudiants ? Ségolène Royal propose de mettre des locaux adaptés, équipés, à disposition des enseignants pour leur permettre d’exercer à temps plein au collège, et elle suggère implicitement qu’ils n’auront pas de travail supplémentaire a la maison. Cela peut se discuter, mais elle propose d’expérimenter dans certains collèges. Pourquoi ne pas expérimenter ? Il est évident que la situation est différente en région parisienne, où il n’est pas raisonnable de rajouter brutalement des personnes dans les flux de circulation à 5:00 du soir, mais on imagine que la situation en région est très différente. Il me semble qu’un certain nombre de professeurs pourraient être intéressés par une telle situation dont ils voient bien le bénéfice pédagogique. Tous les professeurs n’ont pas des questions de nounou à régler, puisque c’est la principale contrainte que l’on va opposer à ce type de réforme. Les salariés, de formation équivalente et de rémunération équivalente dans l’industrie ou le commerce, exercent a temps plein et trouvent des solutions plus ou moins adaptées. ( et certains,ce qui n’est pas toujours un bien, ont aussi des dossiers à traiter à la maison)
C’est dommage que PR 27 parte immédiatement vent debout contre ces propositions expérimentales, dont on peut penser qu’elles auraient un effet positif sur les élèves.Après expérimentation on pourrait voir le résultat, analyser… insupportable attaque contre nos zakis? Ou sous estimation de l’intérêt que portent de nombreux enseignants a leur métier?
16 juin 2011 à 18:19
Jojo
Dan, ce que pointe PR27, c’est la juxtaposition “les profs de collège restent à l’école corriger leurs copies et préparer leurs cours, comme ça ils pourront surveiller les gosses en même temps”. Offrir aux professeurs un bureau correct, avec la ressource documentaire requise pour préparer leurs cours et la possibilité d’accueillir les parents en rendez-vous de façon digne, pourquoi pas ? Mais surveiller en même temps ? Je ne corrige jamais mes copies à la maison et je n’y prépare pas mes cours, précisément parce que mes propres enfants, pourtant pas si nombreux et pas si turbulents, me dérangent quand j’essaie de le faire.
16 juin 2011 à 18:56
PR27
Dan, j’apprécie votre attaque contre les zakis des fonctionnaires paresseux, nul doute que vous trouverez des supporters ici. Je vous suggère de lire ma réponse à Septime 13 juin 2011 à 10:50, ci-dessus, et notamment :
“Ce que je reproche, ça n’est pas la direction choisie, mais que vu de l’extérieur ou même vu de l’intérieur, si on n’est pas dans la petite commission Julliard, on a un sentiment de grand flou, alors que ce dossier est censé être en préparation depuis très longtemps.”
Je vous cite :
“Ségolène Royal propose de mettre des locaux adaptés, équipés, à disposition des enseignants pour leur permettre d’exercer à temps plein au collège, et elle suggère implicitement qu’ils n’auront pas de travail supplémentaire a la maison”
Oui. Très bien. Depuis 18 mois, ayant participé à de nombreuses réunions du PS sur l’éducation, locales ou avec B.Julliard lui-même, je n’ai jamais pu obtenir le moindre document précis sur la manière de mettre cela en oeuvre, sans qu’il soit question d’y adhérer ou de s’y opposer. Détails techniques, disent certains. Evidemment non,
alors que ça fait 18 mois que ce sujet est censé être à l’étude précise. Alors, sur desirsdavenir.org, c’est encore pire : il n’y a que des annonces de co-voiturage, pas de projet… Aujourd’hui, aucun militant PS ne peut donner un chiffre concernant le coût d’une telle opération. A ma connaissance, il n’existe pas de chiffrage diffusé, même approximatif, du découpage du volume horaire de travail des enseignants dans la future mouture. On dit qu’il travailleront plus et qu’ils seront payés plus. Travailleront plus de 1% et seront payés plus de 50% ? L’inverse ? Nul ne sait, nul ne peut savoir.
Expérimenter à petite échelle ? Il suffit de regarder dans certains pays voisins, vous dites vous-même que cela a déjà été validé par eux.
17 juin 2011 à 11:45
Astronaute en transit
Rachel, pour répondre à votre question j’aurai besoin de vous apporter une explication d’ordre privé, pouvez vous m’envoyer un email?
17 juin 2011 à 11:48
dan- visseur manuel
à PR27 : je n’ai pas écrit ( ni même suggéré ) le mot “paresseux” car – c’est un leitmotiv pour moi- je tente de ne pas généraliser. C’est vous qui insérez un “paresseux ” subliminal mais inapproprié ( heureusement car il y a 5,5 millions de fonctionnaires – tous différents + 2 millions de statuts associés.). Je connais des fonctionnaires qui bossent comme des fous, et il y a aussi des fonctionnaires du genre « absolument débordé »
En revanche, je me suis permis, un peu vite peut-être, une allusion aux Zakis qui structurent souvent la pensée syndicale, quelle que soit la proposition .
Sur le fond, bien d’accord pour dire qu’on ne peut faire du travail de qualité et de la surveillance en même temps, surtout “de nos jours”.
Pour ce qui est du programme du PS, j’ai essayé de me le procurer, et j’ai fini par trouver 5 pages en PDF sur l’éducation, mais je n’ai pas encore pris le temps de les lire et analyser.
Au passage, dans “sciences humaines ” de juillet 2011, ces éléments sur l’évolution de la place de l’État. « L’ensemble des dépenses de l’État est passé de 45 % du PIB en 1980 à 55 % en 2009 ». Cela suggère de faire une redistribution des dépenses plutôt qu’une augmentation sans limite. Et, concernant l’éducation, de dépenser beaucoup plus pour le primaire et le collège, et beaucoup moins pour la partie de l’université qui sert de parking. diviser par 2 les effectifs de formation « cul-de-sac » serait une mesure de salubrité publique – Et ouvrirait des perspectives à la moitié qui reste.
Illustration : je viens de passer 10 jours à l’hôpital. une des infirmières est fille de charcutier. Son père a créé son entreprise, beaucoup bossé. Il appartient maintenant aux classes moyennes. Il ne trouve personne pour travailler avec lui. Son frère est plombier, compagnon du tour de France. Il a trouvé femme en Allemagne, pendant son tour d’Europe de plombier. À 28 ans, il a créé son entreprise de plomberie. Le frère et la soeur ont fait le choix volontaire de travaux “manuels” pas vraiment reconnus, et sont manifestement « bien dans leur tête ». A contrario, le petit copain a fait une maîtrise de communication,scandaleux miroir aux alouettes. Il colle des affiches, ce qui n’est pas plus bête qu’autre chose, mais ça le rend malheureux…
19 juin 2011 à 09:19
jako
PR27, le postulat est bien que ces glandeurs de profs, faut les mettre au travail ; car bosser 18 heures par semaine, c’est quand même indécent… Le minimum est donc de leur demander de surveiller aussi les marmots, de leur faire faire les devoirs, de les surveiller à la cantine, à la récré, à la bibliothèque, etc etc. Et puis faut pas oublier non plus le nettoyage des toilettes, passer le balai, la serpillière, etc. D’ailleurs il est des endroits où ils le font déjà! Vous verrez : Valérie nous demandera bientôt d’en faire autant: ce seront les prochaines « missions » des « enseignants chercheurs »…
P.S1. Rappelez-vous le rapport Glasman et Besson (2004 : 82): « les entreprises de cours particuliers à domicile jouent de fait un double rôle. Certes, elles dispensent un soutien scolaire, mais dans le même mouvement elles gardent les enfants ou les jeunes adolescents, et libèrent les parents pour d’autres tâches. Il y a dans leur prestation une dimension objective de “baby sitting”, mais celui-ci fait partie du “package”.”
http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/054000358/0000.pdf
Il s’agira donc pour les enseignants auxquels on demandera de passer toutes leurs journées dans leur bahut d’intégrer (entre autres!) les tâches de baby-sitting…
P.S2. @Dan: si on ne se remue pas le cul, qu’on soit titulaire d’un diplome de plombier ou d’un master en communication, c’est kif-kif. C’est quand même cocasse : on parle constamment de « liberté », d’ « autonomie », et de « responsabilité », mais on passe son temps à déresponsabiliser les étudiants qu’on traite comme s’ils avaient encore les couches : quand on est un adulte et qu’on fait des choix, on les assume!… Car on a quand même affaire à des adultes, majeurs et vaccinés, qui votent, qui paient un loyer, qui conduisent et qui vivent éventuellement en couple ou peuvent même être mariés, non?
21 juin 2011 à 12:30
dan- visseur pavlovien
@Jako : ce n’est pas moi qui ai bloqué toutes les tentatives d’apprentissage dès 14 ans, mais les mouvements enseignants. Ce n’est pas moi qui, en réunion d’orientation de fin de troisième, ai dit aux parents ” tout sauf l’enseignement professionnel. En dehors des sections générales, pas de salut”. C’est le principal du collège.
Objectivement nombre de parents sont perdus pour l’orientation, et ils se laissent guider par les “miroirs aux alouettes” des études longues. Bien sûr ils sont responsables, mais c’est un peu réducteur . Pourquoi les enfants d’enseignants sont ils ceux qui réussissent le mieux ? Par hérédité, certes, mais aussi parce qu’ils ont le GPS du système.Si vous êtes le fils ou la fille d’un ouvrier dans l’agroalimentaire, peut ête n’avez vous pas les mêmes ressources ?
Une amie, fille d’ouvrier algérien, était brillante. Elle passe une maîtrise de lettres classiques. Et un enseignant de DEA l’invite dans son cours de relations Internationales, pour avoir son taf d’étudiants. terminus = pôle emploi. Autonome et responsable, elle aurait du faire autre chose, of course.
23 juin 2011 à 15:31
jako
Dan, vous prêchez un convaincu (cf. la liste d’offres d’emplois non pourvus signalée il y a quelques temps). J’aime bien l’exemple de votre amie ; d’ailleurs sur le coup on pouvait craindre : « étudiante brillante qui passe une maîtrise de relations internationales, puis un enseignant de DEA l’invite dans son cours de lettres classiques pour avoir son taf, et résultat le chomdu ». Heureusement que c’est l’inverse ! Que n’aurait-on entendu ! Tiens le contrôleur de mon TGV m’expliquait que lui aussi il devait faire son taf de PV – “performance” oblige… – et que ça le dégoutait parce qu’il n’était pas rentré à la Sncf pour ça… Belle société n’est-ce pas ?!
P.S. Un témoignage intéressant d’un « ingénieur indigné » dans le dossier signalé par Rachel :
« Ingénieur promo 95 de l’INPG spécialisé en sciences physiques ayant connu la crise de 1995, 2000 et 2008, en pleine désillusion sur le métier d’ingénieur en France (…) alors oui je comprends la jeune génération qui se dirige vers la finance ou le commerce. Pour ma part j’ai viré au commercial avec la frustration de ne pas m’être véritablement réalisé dans mon métier… un sentiment de grand gachis »
http://www.lenouveleconomiste.fr/ecoles-dingenieurs-le-moule-ne-fonctionne-plus-5400/
Autonome et responsable, l’ingénieur indigné qui pourtant semble avoir le GPS du système, il aurait dû faire autre chose ( ?)
24 juin 2011 à 14:16
dan- visseur basique
Puisqu’il est de mode de dénigrer les écoles d’ingénieurs et encore plus les préparations, je suggère de ne pas s’arrêter à l’article du nouvel économiste, mais de lire un certain nombre des commentaires, très éclairants sur la manie de faire des comparaisons partielles avec les États-Unis, comme si le pays honni du libéralisme devait être un modèle en tout. Quelques observations que j’ai notées dans ces commentaires, et qui rejoignent mon expérience de 30 ans dans une entreprise industrielle :
1. l’innovation vient de la capacité à prendre des risques, pas seulement de la formation. Les entreprises sont de plus en plus dirigées par des financiers, peu intéressé par les risques industriels. Qu’il y ait des ingénieurs ou des docteurs, cela ne changera pas grand-chose sur l’évaluation des projets.
2. Dans l’entreprise où j’étais, nous étions des centaines d’ingénieurs, et tous les jours nous mettions en œuvre la diversité de nos compétences techniques, la pluridisciplinarité technique (énergie, mécanique des fluides, mécanique, résistance des matériaux, thermique, thermodynamique, automatisme, informatique industrielle, et souvent un peu de chimie en particulier pour les risques dans les usines, en pétrochimie, en assainissement). La formation complémentaire en management, aux aspects non techniques des métiers proprement dits de chargé d’affaires, à la communication interpersonnelle, à la gestion analytique était donnée par l’entreprise dans son université d’entreprise. nous étions capables de prendre des projets sur des sujets que nous n’avions jamais traités, et de nous y adapter. Parfois, nous prenions de sacrées gamelles Et on repartait. Mais à l’époque, le patron était un ingénieur qui avait exercé son métier d’ingénieur.
3. Petit rappel : les bonnes universités américaines sont sélectives et très chères. Arrêtons de les comparer aux universités françaises. De plus, chacune à son statut particulier et elles ne sont pas liées par un moule commun et une politique nationale. et comme le fait remarquer un commentateur, bons nombres des brevets sont déposés par des étudiants étrangers sous-payés
4. Le nombre de brevets est un indicateur intéressant, mais insuffisant. Le dépôt de brevet prend beaucoup de temps, et coûte très cher. C’est une décision de l’université de payer le dépôt de brevet, ou de la direction de l’entreprise. Cela n’a pas beaucoup de rapports avec la formation d’ingénieurs.
5. Le raisonnement sous-entendu qui consiste à dire : « les universitaires sont innovants parce que pendant les 3 premières années ils sont laissés à eux-mêmes, et les ingénieurs ne sont pas innovants parce qu’ils travaillent trop pendant les années de prépa » me paraît un peu simpliste. Une analyse plus sérieuse des conditions d’innovation, depuis la naissance de l’idée jusqu’à sa mise en œuvre me paraîtrait plus féconde. Mes 2 fils qui sont ingénieurs ont beaucoup d’idées à développer, mais voilà, ils ont beaucoup trop de travail, et ce n’est pas leur responsabilité.
24 juin 2011 à 14:21
dan- visseur basique
complément : je me souviens d’un jeune ingénieur qui avait voulu faire une thèse pour compléter sa formation. Il a passé 3 ans à faire de la recherche documentaire pour le compte de son patron de thèse. C’est surement une exception, et la recherche documentaire sur internet est une des bases de l’innovation. il n’avait sans doute rien compris quand il a claqué la porte.