On sait tous que la licence à l’université connaît un taux d’échec très important, en particulier pour la première année. L’UNEF, dans sa récente proposition de révolutionner le diplôme de licence tente une analyse des raisons de l’échec massif. Même si certains pourront considérer que ce sont des lieux communs ou un texte de défoulement excessif, elles me paraissent essentielles à ne pas perdre de vue car il s’agit de l’expression du syndicat majoritaire des étudiants. Les extraits ci-dessous proviennent du document « Le diplôme de licence : un défi pour la réussite de tous », téléchargeable ici, priorité n°2 des propositions de l’UNEF (fautes d’orthographe incluses).
- « Le contenu des enseignements et les modes de transmissions des savoirs n’ont pas évolué et n’ont pas su s’adapter à la massification de l’enseignement supérieur et à l’accueil des 2.2 millions d’étudiants.
- Les techniques d’enseignement et leurs contenus n’ont pas su prendre en compte l’évolution de la société et sont rester dans un conservatisme qui conduit aujourd’hui à un échec massif des étudiants.
- L’université reste structuré par et pour la recherche alors que moins d’1% des étudiants s’y destinent.
- Les enseignements universitaires sont restés très cloisonnés et la pédagogie est absente des bancs des amphis.
- La technique du bachotage est trop souvent présente, celle qui consiste à intégrer le plus de connaissances brutes possibles, sans utiliser les outils méthodologiques ou réquisitionner ses compétences.
- Seules quelques formations ont su évoluer, comme celles dispensées dans les IUT ou dans les licences professionnelles. Mises à part ces quelques exceptions, la pédagogie universitaire n’a pas changée alors que le public étudiant c’est fortement diversifié.
- La pédagogie est devenue un tabou dans l’université : les enseignants ne reçoivent aucune formation pédagogique et professionnelle, les cours d’amphis ne sont jamais réfléchit dans un objectif pédagogique. Finalement seuls ceux qui ont le bagage culturel suffisant réussissent à l’université.
- L’absence de suivi individuel prive les étudiants d’une éventuelle progression et ne fait qu’accentuer leurs lacunes.
- Les pédagogues ne sont pas toujours les bienvenus, et ne sont pas valorisés au sein de l’université. Les enseignants à l’université sont d’abord reconnus pour leurs travaux de recherche. C’est d’ailleurs ces mêmes travaux qui guident à l’évolution de leur carrière. Cette logique conduit un certain nombre d’enseignants chercheurs à se considérer « comme maitres du savoir », et laissent le soin à leurs étudiants de se débrouiller pour intégrer cette parole. La pédagogie doit être valorisée dans les carrières et dans les salaires. Si la réussite n’est pas une priorité pour les enseignants, comment pourrait-elle devenir réalité ? »


25 commentaires
Flux des commentaires pour cet article
9 mai 2011 à 07:39
PR27
Pas très convaincant.
item 1) difficile de lire autre chose que “il aurait fallu baisser les ambitions en termes de contenus”. S’ils veulent qu’on lise autre chose, qu’ils écrivent qqchose de précis.
item 2) au moins aussi flou et redondant avec le 1). Qu’est-ce que l’évolution de la société ici ? Auraient-il voulu leurs cours sur heilphone ?
item 3) un peu vrai et un peu faux
item 4) cloisonnés ? s’agit-il des équipes pédagogiques ou des contenus ? veut-on privilégier ces merveilleuses matières transversales ou tout est dans tout, veut-on insister sur les liens entre les matières de base, qu’on n’a pas étudiées auparavant ?
le dernier item : ok mais encore mal rédigé, je pensais au déjà ils évoquaient les pédagogistes des iufm. Je crois volontiers que s’ils ont cours avec P.Jourde, ils auront l’impression d’être face à un “maître du savoir” et qui le leur fait savoir.
Si cette liste était l’expression sincère de l’opinion étudiante (l’est-elle ? je n’en sais rien), elle est néanmoins intéressante, parce qu’il faut de toute façon écouter les étudiants. Mais je n’y vois que des premiers points d’accroche pour initier un dialogue plus précis et qui permettrait, lui, de tirer des conclusions un peu plus utiles.
9 mai 2011 à 09:41
Marie-Anne Paveau
comme vous le dites Rachel les remarques sont générales et pour certaines connues mais ce sont de bons indicateurs – je suis particulièrement d’accord avec le manque de didactique/pédagogie et d’apprentissage de la méthodologie – il faut rappeler régulièrement que les enseignants du supérieur ne sont pas formés à l’enseignement supérieur, excepté les rares doctorants contractuels moniteurs – sauf exception, il n’y a pas de didactique des disciplines dans l’enseignement supérieur, et la pédagogie reste encore transmissive (les enseignants qui dictent sont encore nombreux, ce qui pose d’ailleurs des problèmes à ceux qui font cours de manière participative…) – c’est vrai me semble-t-il de la première année au doctorat – il y a des inspirations à aller chercher du côté des Suisses, par exemple ce blog : http://pedagogieuniversitaire.wordpress.com/
ps : un peu intriguée par “heilphone” dans le commentaire précédent, j’espère que c’est un lapsus tapoti…
9 mai 2011 à 10:58
Jojo
C’est rigolo : la meute hurle contre les pédagogues dans le primaire et le secondaire, et ce serait la clef pour le supérieur. Surprenant…
Il y a vraiment beaucoup de fautes d’orthographe et de grammaire.
9 mai 2011 à 11:28
XIII
L’UNEF majoritaire ? Allons, vu le taux de participation, même Chasse, pêche nature et tradition fait mieux aux présidentielles, c’est dire.
Pour ce qui est de la prétendue “chasse aux pédagogues” à l’université, il suffit de regarder les taux de réussite de certaines fac au CAPES pour se rendre facilement compte que l’articulation université/IUFM s’y fait sans problème. On pourrait aussi parler de la mise en place de Persée ou de Galica pour ce qui concerne les SHS pour contrer l’argument “aucune évolution blabla conservateur”.
En quelle année a été écrit ce texte ? 1970, 1980… 2000 ? On a un peu l’impression de lire la même chose depuis plusieurs dizaines d’années quand même.
9 mai 2011 à 11:56
jako
Quelques commentaires :
« Les techniques d’enseignement et leurs contenus n’ont pas su prendre en compte l’évolution de la société » : ils voudraient quoi ? S’amuser sur Twitter, Facebook et autres Youtube ? : c’est donc ça l’alpha et l’oméga des nouvelles pédagogies ?
« La technique du bachotage est trop souvent présente, celle qui consiste à intégrer le plus de connaissances brutes possibles » : s’ils veulent remplacer Rousseau, Pascal, Montaigne, les livres et les contenus par Lady Gaga ou les NTM, s’ils veulent troquer la culture humaniste par du saupoudrage de banalités ou le kit du candidat à « qui veut gagner des millions », qu’ils le disent. Qu’ils ne s’étonnent pas ensuite de se retrouver dans des formations qui ne débouchent sur rien.
« seuls ceux qui ont le bagage culturel suffisant réussissent à l’université » : la belle affaire ! Prendrait-on un avion qui aurait à son bord un commandant au « bagage technique » insuffisant ?
« Cette logique conduit un certain nombre d’enseignants chercheurs à se considérer « comme maitres du savoir » : c’est exactement ce qu’on reprochait aux instituteurs qui nous apprenaient quelque chose. Maintenant, c’est sûr, c’est mieux : le maître est devenu un animateur qui n’a pas à transmettre des « savoirs » – les « savoirs », ce sont des valeurs bourgeoises qui instituent des « discriminations » : le nouvel animateur doit être un « médiateur des apprentissages » qui dans une démarche réflexive d’autonomisation accompagne l’apprenant vers son projet éducatif en instillant des savoirs-être et savoirs-faire modulaires susceptibles par la remédiation de libérer le potentiel cognitif qu’il porte en lui et répondre ainsi par une évaluation diagnostique à ces inclinations et ces besoins que l’école des savoirs aliénants a étouffés, faute d’avoir sous-estimé l’importance des procédures de bridging et de désatayage.
« Intégrer l’évolution sociale », cela signifie-t-il que les équations tournent désormais à l’envers ? Que le règne de Louis XIV a changé de siècle ? Que la bête verticale a moins besoin de culture aujourd’hui qu’hier ? Ou qu’il nous faut impérativement intégrer Powerpoint dans la formation (c’est le cas depuis belle lurette), ou faire cours sur Facebook ? Nous baignons depuis au moins deux siècles dans une culture bourgeoise qui suppose la maîtrise de l’orthographe et de la syntaxe, de vraies capacités scientifiques, et une connivence culturelle de chaque instant, appuyée sur une vision exacte de l’histoire (que nous la partagions ou non à l’origine) et des bibliothèques. (…) En clair, ressuscitons les IUFM qui d’ailleurs ne sont pas morts, mais se sont immergés dans quelques facs comme des virus dormants. Et par IUFM, j’entends bien entendu non la composante disciplinaire, qui peut rassembler des gens de valeur, mais cette tourbe indistincte de pseudo-spécialistes des “sciences de l’éducation”, qui aurait dû depuis longtemps inquiéter l’Observatoire des sectes. »
http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2011/04/27/le-plus-beau-metier-du-monde.html#more
9 mai 2011 à 13:12
Rachel
Merci Marie-Anne pour votre commentaire. Je pense tout comme vous que ces remarques doivent être prises en considération. Pour ma part je ne sais pas trop ce qu’est la pédagogie universitaire et je vais aller visiter le blog que vous nous indiquez, j’apprendrai certainement plein de choses.
Je trouve un peu curieux que le débat sur la pédagogie fasse rage dans le primaire et le secondaire alors qu’il me parait quasi-absent à l’université.
Pour ma part j’ai été monitrice durant ma thèse mais je n’ai pas eu de cours de didactique/pédagogie/méthodologie/… Etre moniteur permet d’avoir une première expérience d’enseignement mais guère plus.
Enfin, pour revenir à l’UNEF, j’ai l’impression qu’ils entendent la pédagogie avec une vision très large, en incluant les éléments d’organisation de la formation (contrôle continu, amphi surchargés, …). Je trouve que leur discours n’est pas des plus clair et cela mériterait des précisions sur certains points car les reproches sont assez acerbes.
9 mai 2011 à 13:17
Rachel
XIII, disons qu’il est majoritaire pour ceux qui votent aux élections des représentants. Mais compte tenu de la participation minable aux élections, cela ne fait en effet pas beaucoup. On a le même problème chez les EC, le SNESUP est majoritaire mais est très loin d’être représentatif des EC. C’est un gros problème.
9 mai 2011 à 13:28
amigues
C’est presque trop facile que de taper sur le discours très convenu de l’UNEF qui refuse de mettre le doigt où ça fait mal : le niveau insuffisant des étudiants qui entrent dans les universités pour y poursuivre des études supérieures que l’on puisse qualifier de supérieures.
Par contre, je ne partage pas les avis méprisants de certains sur tweetter ou you tube. Faut-il vous rappeler que Facebook a été développé par des étudiants de Harvard ?
J’en parlais vendredi avec un de mes étudiants de M2. Il m’a raconté que quelques étudiants ont fait un wiki accessible à toute la promo avec les exercices corrigés, des commentaires sur les notes de cours et des fiches de lecture d’articles ou de chapitres de manuels. Cela a été très apprécié des étudiants et a rendu les auteurs très populaires. Seul problème : beaucoup de “consommateurs”, toujours les mêmes peu nombreux “contributeurs” . Deux points qui me semblent importants :
1) Je n’en avais jamais entendu parler et renseignements pris auprès des collègues personne n’était au courant parmi les enseignants (à l’exception d’un responsable de M2 qui “l’avait entendu dire”…. ). 0 pointé pour nous. Non seulement on aurait du savoir mais nous aurions du jouer le jeu et contribuer nous aussi au wiki ou au moins contrôler pour des erreurs éventuelles. Nous aurions aussi beaucoup appris sur ce qui “coince” dans nos cours et pu fournir de l’aide ciblée en fonction.
2) Avec mon étudiant nous avons alors évoqué les blogs d’étudiants au USA, souvent suivis avec attention par mes étudiants (surprise, surprise…) D’où notre idée d’encourager les étudiants à créer des blogs et pourquoi pas à rajouter une note en bonus pour les meilleurs d’entre eux.
Les réseaux sociaux peuvent aussi être très utiles pour signaler des articles intéressants ou organiser des chats sur des sujets comme la crise économique, les vilains marchés financiers ou la réforme fiscale (je suis économiste, je vous le rappelle) .
Enfin, soyons fous, transposons cela en L3 pour agréger des groupes autours de e-projets notés avec des exigences d’articles de qualité (comme sur wikipedia) et de sérieux dans la bibliographie. Je passe sur l’effet “mémoire” : renvoyez les étudiants aux “oeuvres” de leurs dévanciers. Je le fais pour mes projets en mettant sur mon site les rapports de projet de mes anciens étudiants. Les actuels adorent cela, ils peuevent voir le travail; connaitre la note obtenue et l’appréciation que j’ai donnée pour la justifier et ils comprennent beaucoup mieux ce que j’attends d’eux et ce que c’est qu’un bon travail. Ils sont aussi poussés à essayer de m’épater en faisant mieux, d’autant plus qu’ils savent que leurs “oeuvres” seront lues par les suivants (l’amour propre cela existe).
Bref, je crois que nous devrions arrêter de rejeter avec mépris tout cela et plutôt tenter d’en faire quelque chose de bien. C’est possible et beaucoup plus à leur portée qu’un enseignement en chaire ex cathedra.
9 mai 2011 à 13:32
astronaute en transit
L’UNEF en prend sacrement pour son grade ici! A quoi sert-elle vraiment?
9 mai 2011 à 15:05
Astronaute en transit
Plus on relit ce document de l’UNEF, plus la concentration de ses préoccupations autour du point de la pédagogie surprend. Comme le remarque amigues cela donne l’impression que l’objet poursuivi est de contourner une vaste gamme de défis à relever. Ici encore le plaidoyer en faveur de la pédagogie a un parfum de… secondaire. Qu’il faille un enseignement de qualité en licence ne fait pas de doute (d’ailleurs pourquoi pas un enseignement de qualité partout?), de là à estimer que la méthodologie pédagogique, dont on a vu les résultats édifiants ailleurs, constitue la solution magique, on en concluerait presque que l’UNEF prend la parole pour défendre une autre catégories d’intérêts qui dépasse largement celle des étudiants d’université. Serait-on en présence de l’Union Nationale des Enseignants de France?
9 mai 2011 à 16:25
amigues
Astronaute, oui c’est très curieux, je ne sais pas quoi en penser. Je suis bien sûr d’accord que les enseignants devraient plus réfléchir à la manière de faire travailler les étudiants, je crois avoir beaucoup contribué sur ce blog à ce sujet, qui me paraît central.
Alors deux explications possibles. Si j’étais “refondateur” (pardon Rachel, je me soigne c’est promis) je dirais ceci : dans le supérieur, par définition du terme “supérieur”, il n’y a plus rien “au-dessus” ou “après”. Donc fini de rire, maintenant on apprend vraiment à fond quelque chose. Et re-donc il n’y a pas de limites a priori au niveau d’exigence des enseignants vis-à-vis de étudiants, il peut en principe monter juqu’au niveau le plus avancé des disciplines enseignées (les “fronts de science” comme on dit au CNRS ou à l’INRA). On n’est pas là pour faire de “l’éveil” ou du “socle de prérequis” car nous sommes au bout de la chaîne. Aux étudiants de s’adapter, et pas question de brader les diplômes ou les savoirs. Donc la “pédagogie” c’est bien pour les enfants et les adolescents mais dans le supérieur on forme des adultes pour leur vie entière.
En allant plus loin, on peut remarquer que la “pédagogie” est une discipline universitaire comme les autres et pas plus que les autres. Alors on pourrait imaginer de mettre en place des groupes de travail réunissant pédagogues et EC pour réfléchir sur la transmission du savoir universitaire, mais ce serait une discussion entre égaux et entre enseignants, les étudiants n’ont pas à s’en mêler, quelles seraient leurs compétences pour ce faire ?
Deuxième explication, c’est le principe de réalité (c’est la bonne je pense). Il faut réparer les dégats du secondaire en comblant les lacunes des ex-lycéens. Donc on en revient à la “secondarisation” du premier cycle mais avec un problème: il faut bien commencer à faire du vrai “supérieur” à un moment ou à un autre et donc en pointillé c’est le niveau master qui devrait le faire. D’où une licence UNEF à deux vitesses : de la culture générale et de la msie en niveau type lycée pour ceux qui s’arrêtent en L3 et du bachotage pour les courageux qui voudraient continuer en M.
Comme la mauvaise monnaie chasse la bonne, bien sûr en très peu d’années on critiquera le niveau d’exigence “trop élevé” des masters (la licence ne vaudra plus rien à ce moment là) et on déplacera le problème vers les masters. Et après quoi, les doctorats ?
9 mai 2011 à 17:29
Dan- visseur débile
• En règle générale, je suis très critique vis-à-vis de l’UNEF, dont je considère qu’elle a bloqué la plupart des réformes, et qu’elle a fait perdre beaucoup de temps aux étudiants, en se figeant sur des positions dogmatiques. Mais cette fois-ci, il me semble que beaucoup de ces arguments méritent d’être entendus.
• Le contenu des enseignements et les modes de transmissions des savoirs n’ont pas évolué et n’ont pas su s’adapter à la massification de l’enseignement supérieur et à l’accueil des 2.2 millions d’étudiants.
• mon commentaire :: c’est ce que nous répétons dans ce blog depuis 2 ans. On ne peut pas traiter 2,2 millions d’étudiants comme on en traitait 55 000 dans les années 60, d’autant plus qu’à l’époque l’homogénéité sociale de ces étudiants était très forte.
• Les techniques d’enseignement et leurs contenus n’ont pas su prendre en compte l’évolution de la société et sont restées dans un conservatisme qui conduit aujourd’hui à un échec massif des étudiants.
• mon commentaire : c’est une généralisation, donc cela n’a pas grand intérêt, et cela revient à rejeter l’échec sur les autres et sur les contenus. Un peu facile.
• L’université reste structuré par et pour la recherche alors que moins d’1% des étudiants s’y destinent.
• mon commentaire : cela me semble ressortir très fortement de ce blog. À ceci près que l’université semble également structurée pour former des enseignants chercheurs, c’est-à-dire pour se reproduire. C’est une légitimité darwinienne, et c’est évidemment en conflit potentiel avec le reste de la société qui « nourrit » la bête.
• Les enseignements universitaires sont restés très cloisonnés et la pédagogie est absente des bancs des amphis.
• mon commentaire : trop général sûrement, et heureusement. Il y a sûrement beaucoup d’enseignants qui réfléchissent à la pédagogie et qui pratiquent une pédagogie intelligente. Mais la grande difficulté de la pédagogie, c’est qu’elle demande un investissement très fort, puisque l’on apprend qu’en faisant – et donc il faut multiplier les exercices, les travaux pratiques, les mises en situation, et le faire avec des situations pertinentes, et cela demande un gros investissement de correction et de préparation. Théoriquement l’horaire réduit de 192 heures est fait pour cela, mais en fait, à la lecture du blog, j’ai l’impression que cet horaire réduit a pour objectif de laisser du temps à la recherche – c’est-à-dire à la raison d’être de l’EC, mais pas de l’enseignant.
• La technique du bachotage est trop souvent présente, celle qui consiste à intégrer le plus de connaissances brutes possibles, sans utiliser les outils méthodologiques ou réquisitionner ses compétences.
• mon commentaire : voir plus haut. C’est beaucoup plus facile d’enseigner et d’évaluer des connaissances brutes que des méthodes et de l’intégration de connaissances.
• Seules quelques formations ont su évoluer, comme celles dispensées dans les IUT ou dans les licences professionnelles. Mises à part ces quelques exceptions, la pédagogie universitaire n’a pas changée alors que le public étudiant c’est fortement diversifié.
• La pédagogie est devenue un tabou dans l’université : les enseignants ne reçoivent aucune formation pédagogique et professionnelle, les cours d’amphis ne sont jamais réfléchit dans un objectif pédagogique. Finalement seuls ceux qui ont le bagage culturel suffisant réussissent à l’université.
• mon commentaire : je ne sais pas si l’orthographe de ce texte est l’orthographe originale… Plus sérieusement, par ce que je me casse beaucoup la tête pour trouver les bons objectifs pédagogiques lorsque je prépare mes cours, et que cela demande aussi d’intégrer ces objectifs pédagogiques dans les objectifs professionnels, je me dis que les étudiants n’ont peut-être pas complètement tort.
• L’absence de suivi individuel prive les étudiants d’une éventuelle progression et ne fait qu’accentuer leurs lacunes.
• mon commentaire : nous logeons à la maison une étudiante algérienne en 3e année de licence. Elle confirme mot pour mot l’affirmation précédente. Peut-être n’est-ce pas de chance… Elle a sans doute perdu une année par manque de suivi.
• Les pédagogues ne sont pas toujours les bienvenus, et ne sont pas valorisés au sein de l’université. Les enseignants à l’université sont d’abord reconnus pour leurs travaux de recherche. C’est d’ailleurs ces mêmes travaux qui guident à l’évolution de leur carrière. Cette logique conduit un certain nombre d’enseignants chercheurs à se considérer « comme maitres du savoir », et laissent le soin à leurs étudiants de se débrouiller pour intégrer cette parole. La pédagogie doit être valorisée dans les carrières et dans les salaires. Si la réussite n’est pas une priorité pour les enseignants, comment pourrait-elle devenir réalité ? »
• mon commentaire : hélas, cela me semble transparaître dans nombre de remarques ou d’inquiétudes de ce blog.
Le grand défaut de ces reproches me semble être qu’ils s’adressent essentiellement aux autres, et qu’il n’y a aucune remise en cause des étudiants, aucune demande de plus de rigueur, de sélection, d’exigences. Pas d’analyse non plus sur les flux absurdes de notre université. Mais peut-être Rachel a-t-elle sélectionné ce qui concernait essentiellement les enseignants, a priori.
Ce qui m’amuse, c’est que Jako semble, par la caricature, vouloir donner raison aux étudiants, en faisant semblant de confondre le fond, qui n’est pas vraiment remis en cause par les étudiants, du moins dans ce texte et la pédagogie. Il est vrai que Jankélévitch faisait des cours magistraux sublimes mais tout le monde n’est pas Jankélévitch, et c’était au collège de France.
Merci à Amigues pour le récit de l’expérience du blog et du wiki. En entreprise, nous cherchons à développer les blog et les wikis, à la fois parce que nous apprenons par l’échange des savoirs, et l’approfondissement commun, mais aussi parce qu’il est difficile de trouver les bons canaux pour communiquer les expériences.
9 mai 2011 à 17:39
Astronaute en transit
Amigues, ce thème de l’enseignement supérieur destiné à des adultes devrait revenir, je crois, plus souvent dans nos conversations, surtout lorsqu’on parle méthode, types de savoir et autres. Ce me parait être une distinction très importante à relever, et à rappeler avec force, lorsqu’on est confronté à ceux que tente la “secondarisation”, notamment des enseignements de premier cycle, que ce soit par conviction ou par résignation. Il me semble que nous avons choisi ce métier, et suivi ces formations longues, parce que nous souhaitions travailler avec des adultes; si nous avions vraiment le goût d’enseigner à des enfants ou des adolescents, nos cursus auraient été tout autres. C’est l’une des limites, je trouve, aux concours de recrutement français qui se veulent similaires pour le secondaire et le supérieur. (ce en quoi je doute que le recrutement soit encore véritablement l’objet de ces procédures, mais c’est un autre thème).
Combien de fois entend-on parler des étudiants comme “les gamins”, “the kids”? ça doit être notamment plus courant en premier cycle qu’en master (par exemple mon semestre en 3ème cycle post expérience me démontre assez notamment la différence de traitement et de considération des enseignants envers les étudiants). Cela s’ajoute aussi à un discours ambiant sur l’actuelle “génération Y” qui serait notoirement immature. Alors, est-ce cette ambiance qui contribue à la tendance de vouloir dorloter ces étudiants en mise à niveau (même si elle s’avère aussi nécessaire dans les faits)?
Je ne sais pas trop ce que serait l’apport d’un dialogue avec d’authentiques “pédagogues scientifiques”, je crois qu’en tout cas il serait assez difficile de prendre leurs conseils notamment s’ils se présentent sous forme d’injonctions, de doctrines, formulées impérativement. D’accord pour une concertation d’équipes, mais ne sommes nous pas effectivement aussi à un niveau où nous devons être traités en adultes aussi? Hors ceux dont c’est vraiment le premier semestre ou la première année d’exercice de ce métier, avons nous réellement besoin d’approches parfois très condescendantes de la part de ces spécialistes?
Je n’ai pas passé de concours, pas passé de temps à l’IUFM, mais ma formation, du lycée au doctorat a longuement mis l’accent sur l’expression tant orale qu’écrite. Après cela, est-ce difficile de conduire un TD, de parler dans un amphi, de prescrire des exercices et de les corriger? A moins de ne vraiment pas avoir fait attention pendant un long parcours d’études où l’on était dans la peau de ceux qui se trouvent devant nous, ça ne me parait pas terriblement compliqué, et j’ai été surpris dès ma première année de travail d’avoir moins d’appréhension quand à cette exécution que je ne l’aurais envisagé en naturel timide que je suis.
On m’objectera que plus nous prenons de l’âge, plus nous nous trouvons en porte-a-faux par rapport aux “jeunes”, si délicats, si peu préparés, si divers socialement, culturellement, ethniquement et encore… Ne cherche-t-on pas un peu à se compliquer la vie en tenant ces raisonnements? Pourquoi serait-il si difficile, en tant qu’adultes, de traiter avec d’autres adultes, même jeunes? Peut-être y-a-t-il toute une industrie de la “postadolescence” qui a vraiment intérêt à maintenir cet état d’esprit et cette ambiance (et on la trouverait très bien infiltrée chez des syndicats comme l’UNEF), déplaçant les préoccupations vers des terrains de prédilection mais ne contribuant pas avec sérieux à une réflexion sur les problèmes et n’étant pas une force de proposition de réponses efficaces?
9 mai 2011 à 18:11
Rachel
Amigues, pas de problème de jouer au « refondateur », je les aime bien et le terrain semble libre étant donné qu’ils semblent avoir disparu. A vous lire je me pose quand même vraiment la question si vous en êtes une sorte de réincarnation (continuez à vous méfier !). J’en profite au passage pour vous remercier pour vos commentaires récents très intéressants et remarqués sur le travail avec les étudiants.
Je pense moi aussi que l’on n’échappera pas à votre principe de réalité et qu’on devra construire quelque chose dans l’acceptation de la massification et de cette fameuse baisse de niveau associée. Pour l’instant l’université a toujours fait l’autruche mais cela ne peut durer qu’un temps car l’autruche, ne serait-ce que pour respirer de temps en temps, doit bien relever la tête un jour ou l’autre. Je trouve toutefois que votre deuxième explication est un peu trop défaitiste car je ne pense pas qu’il faille trois ans de licence pour remettre les étudiants au niveau du bac (je parle du bac d’autrefois, du vrai bac d’antan, c’était tellement mieux avant). Un an doit suffire et ensuite deux ans pour les embrancher sur une voie de formation professionnelle (diplômes terminaux). Et à coté, on met en place des licences « haut niveau » pour les bons étudiants avec l’objectif de les conduire jusqu’au master (au moins).
9 mai 2011 à 19:14
astronaute en transit
Par ailleurs il peut être utile que la notion de syndicat étudiant est souvent très curieuse vue de l’étranger (il ya certes en Grande Bretagne la fameuse centrale “National Union of Students”) alors ce genre de prise de position doit aussi conforter l’idée d’un enseignement supérieur français qui vit sur une planète a part…
10 mai 2011 à 09:42
PR27
Remettre de l’énergie et du “dévouement” dans l’enseignement des premières années… chez nous, on commence ces jours-ci à draguer les candidats classés sur les postes EC, au moyen de décharges horaires d’enseignement (mais attention, seulement proposées au haut du classement). Prochaine étape : n’enseigner que les matières que j’aime bien. Avoir un budget de fonctionnement initial (le voisin, lui, devra aller à la pêche au contrat alimentaire).
Enseignement-punition, quand tu nous tiens…
10 mai 2011 à 10:57
Rachel
PR27, est-ce que l’argument « labex » est utilisé pour séduire les candidats ?
10 mai 2011 à 12:21
PR27
bien sûr ! c’est d’autant plus séduisant qu’on n’a aucune idée de la quantité d’argent qui en sortira pour chacun des petits grains ! Mais c’est un label …
et un label, ça permet ensuite d’avoir des labels (voir Gide, les faux-monnayeurs).
10 mai 2011 à 16:48
François
Quand je lis dans un document de l’UNEF :
” Toutes les formations doivent intégrer :
1. une mise en lien des enseignements dispensés avec le monde professionnel, organisée durant l’ensemble de la Licence en lien avec les matières étudiées. Des outils d’apprentissage doivent être développés pour permettre aux étudiants de mettre en pratique et savoir utiliser dans une perspective professionnelle les connaissances acquises: travail en groupe, mise en situation, enquête de terrain, etc.…
2. des modules de préparation à l’insertion professionnelle : rédaction de CV, apprentissage du droit du travail, etc.…
3. un encadrement des stages ( les bureaux des stages doivent être mis en place dans chaque établissement pour aider l’étudiant à trouver un stage en rapport avec sa formation, le stage doit faire l’objet d’une validation pédagogique par l’équipe enseignante, le stagiaire doit être accompagné par un tuteur dans l’entreprise, le stage doit faire l’objet d’une évaluation, par conséquent d’un rapport de stage.) ”
et
” L’université reste structurée par et pour la recherche alors que moins d’1% des étudiants s’y destinent. Les premières victimes de cet échec sont les jeunes issus des classes moyennes et populaires ”
je me dis que 1968 bien loin … ce qui n’est pas forcément dommage.
11 mai 2011 à 12:09
jako
« On devra construire quelque chose dans l’acceptation de la massification et de cette fameuse baisse de niveau associée » : Pourquoi la massification devrait-elle être une fatalité ? C’est un peu comme si on disait : « il faut accepter le surendettement : c’est une catastrophe, mais acceptons-le ! ». Ni la massification, ni le surendettement ne sont des données immanentes. Evidemment, une fois qu’on y est, on impose des restructurations, des réaménagements et des régimes secs ; mais on peut aussi se poser la question de ce qu’il faudrait faire en amont (i.e. dès le primaire et le secondaire) pour éviter d’en arriver à des situations totalement ingérables.
Quand on est (justement!) un pauvre immigré et qu’on sait ce que l’on doit à une école républicaine exigeante et intransigeante, on est moins enclin à accepter les petits aménagements, les bidouillages de circonstance et autres ersatz qu’on réservera toujours aux mêmes… La « soupe populaire » universitaire pour les immigrés et les pauvres d’esprit, et les (CP)GE pour les autres ?
Rachel, vous avez vu que Valérie veut mieux sélectionner les étudiants étrangers ; « uniquement » les étudiants étrangers ?…..
11 mai 2011 à 13:13
Rachel
Jako, je suis d’accord qu’on peut se poser la question sur ce qu’il y a à faire en amont. Mais c’est un peu hors thème de ce blog, même si je ne censure pas les commentateurs s’ils veulent en parler ici. Ici je positionne le problème comme un paramètre non modifiable (car il ne dépend pas du supérieur) et que le supérieur doit examiner : rester sélectif pour maintenir un “haut” niveau (sélection à l’entrée ou bien par « l’échec ») ou bien accompagner la massification au plus près ? La première hypothèse (fonctionnement actuel) revient à dénier la massification (pour moi c’est un peu la politique de l’autruche). La deuxième hypothèse impose une refonte importante du premier cycle.
Oui, j’ai vu les récentes déclarations de Valérie P. sur le sujet des étudiants étrangers, merci. J’aimerais en faire un nouveau billet prochainement.
J’ai enlevé votre lien Facebook – vraiment hors sujet.
11 mai 2011 à 15:55
Dan- visseur positif
@Jako – et alii
http://www.ccic-cerisy.asso.fr/ethnotechnologie11.html
Un colloque parmi d’autres sur la fameuse pédagogie et l’apprentissage. J’aurais vraiment aimé y aller mais…
D’accord avec jako (pour une fois ) :
1 – il y a une vie “bonne” après le bac en dehors des études ESR et de l’université – et même en dehors du bac!
2 – la massification c’est comme les frontières héritées de la colonisation : on ne peut pas y toucher, mais à force de sacraliser, que de massacres ( intellectuels au moins)
3 – la racine du mal est en primaire…dans la pédagogie , et la relation aux parents et au travail – et la pression pour qu’ils n’en fassent pas trop ( résultat : mes petits senfants s’ennuient à l’école car cela n’avance pas. Pas d’exigence). Croire aux limites des enfants, c’est les mépriser. ce sont les adultes qui leur imposent des limites aux facultés d’apprendre, dans 80% des cas. cela n’est plus vrai en fac, hélas, le pli est bétonné.
Ok, OK , Chère et vaillante Rachel, c’est hors sujet, mais désolant quand même.
12 mai 2011 à 15:56
Réseau SUP
Je précise tout d’bord que je n’ai pas lu l’intégralité des commentaires et si ce que j’annonce est redondant merci de m’en excuser.
Il EXISTE des moyens de se former à la pédagogie universitaire lorsque l’on est enseignant-chercheur dans certaines universités françaises : c’est le cas à Toulouse, Brest, Dijon-Bourgogne, Lyon, UJF Grenoble. En effet ces universités ont toutes un SUP (Service Universitaire de Pédagogie) http://sup.ups-tlse.fr/reseaudessup/ qui propose des formations en pédagogie et de l’accompagnement pédagogique pour les enseignants qui le souhaitent.
12 mai 2011 à 18:45
Astronaute en transit
T1852 a, pour ça part, un “Center For Teaching Excellence” qui met à disposition des consultants.
14 mai 2011 à 14:16
jako
Puisque vous évoquiez la position de l’Unef, voici celle de la FSE :
« A travers une première année généraliste et pluridisciplinaire, la nouvelle Licence sera réduite à une secondarisation du lycée. La pluridisciplinarité, n’est efficiente qu’au sein des filières d’élite où seul-e-s ces étudiant-e-s reçoivent une formation fondamentale de qualité dans chaque matière. Elle ne saurait être la solution à l’abandon des étudiant-e-s en Licence car elle ne se réduirait qu’à un saupoudrage incohérent des matières, aggravant la différenciation des parcours. Un semestre en deuxième année serait consacré à un stage obligatoire en entreprise. Cette mesure est censée contrer le chômage accru des jeunes et les préparer à l’entrée sur le marché du travail. Cependant, aucun stage, par définition peu ou pas rémunéré, déconnecté du cursus universitaire et seulement applicable au bassin d’emploi local déjà fluctuant, ne permettra d’assurer une re-qualification décente du diplôme de la Licence. Car ce n’est pas à l’Université de fournir aux entreprises des travailleur/ses formé-e-s selon leurs besoins spécifiques et corvéables à merci, mais bien aux entreprises elles mêmes de financer la formation de leurs employé-e-s. (…) La Licence se métamorphosera en une coquille vide. D’après un référentiel de compétences centré sur les besoins du bassin d’emploi local, sur les compétences et non les connaissances, la réouverture de l’arrêté Licence n’augure en rien un recadrage national, mais une dévaluation inédite du contenu disciplinaire du diplôme, et représente, en ce sens, une régression majeure. »
http://fselyon.luttes-etudiantes.com/spip/index.php?option=com_content&view=article&id=194:contre-la-devalorisation-de-la-licence-sud-etudiant-et-la-fse-appellent-des-aujourdhui-a-la-mobilisation&catid=36:communiques-nationaux&Itemid=63