LA CPU (conférence des présidents d’université) consacre son colloque annuel au cycle licence. Ce colloque a lieu prochainement, du 11 au 13 mai 2011. Il faut se féliciter du choix du thème car la licence dans les universités est en effet en grandes difficultés, empêtrée dans un taux de réussite trop faible et en perte de vitesse par rapport aux autres formations postbaccalauréat. D’ailleurs la CPU ne n’en cache pas : « Les analyses, l’état des lieux et les auditions préalables à l’organisation du colloque ont montré que le premier cycle universitaire qui fait référence à l’étranger n’est pas considéré en France comme le lieu susceptible d’accueillir les meilleurs étudiants et d’irriguer l’enseignement supérieur ».

Partant de ce constat, la CPU a organisé son colloque sur trois demi-journées, avec pour chacune les thèmes suivant, le but étant est bien entendu de discuter « dans un souci d’amélioration continue du système de formation »:

  • Osez la cohérence,
  • Oser l’innovation,
  • Oser la réussite

Sur le site du colloque (ici) on peut avoir un peu plus de détails sur ces trois grands volets, qui seront discutés sous la forme d’ateliers.

Ces questionnements sur les licences par la CPU ne sont pas nouveaux. D’ailleurs la CPU ne s’en cache pas et si le thème est remis à l’ordre du jour, c’est certainement que la situation actuelle n’est pas satisfaisante. Pourtant des efforts (assez, pas assez ?) ont été faits pour essayer de redonner à la licence un souffle nouveau. Pour ne parler que des mesures récentes, à son arrivée au ministère en 2007, V. Pécresse a mis en place un plan licence. Rappelons brièvement les lignes phares de ce projet en ce qui concerne les licences générales (plus de détails ici).

Un objectif majeur était de diviser le taux d’échec par deux, et celui d’amener 50 % d’une classe d’âge au niveau licence. Je n’ai pas chiffres très récents sous les yeux mais je doute fort que cet objectif soit atteint et atteignable d’ici 2012. D’un point de vue organisation, cette licence rénovée devait s’appuyer sur une première année fondamentale (acquis fondamentaux, méthode, autonomie, …). La deuxième année est une année de consolidation (en particulier début de la spécialisation disciplinaire). La troisième année est celle de la spécialisation et la finalisation du projet d’études.

D’un point de vue pratique, il était prévu 5 heures de plus par étudiant et par semaine. Car rappelons que selon les statistiques, les étudiants dans les universités (hors IUT et médecine) ont un volume de travail hebdomadaire assez faible (32 h/semaine, ce qui inclut les heures de cours et le travail personnel – plus de détails sur ces chiffres et comparaison avec les autres filières ici).  Pour bénéficier des crédits du plan licence, les universités ont dû déposer un projet pédagogique avec un cahier des charges qui comprenait 4 exigences : Prendre en compte de la diversité des étudiants et renforcer l’encadrement pédagogique, renforcer la pluridisciplinarité et ménager une spécialisation progressive, développer l’ouverture de la licence sur les métiers et faciliter les changements d’orientation, assurer une meilleure lisibilité de l’offre de formation.

Le projet contenait également beaucoup d’action en termes d’orientation (construire un parcours de formation en lien avec un projet d’insertion professionnelle, signature d’un contrat de réussite entre l’étudiant et les responsables de formation, mise en place de tutorat, …), d’information (affichage du nombre de place disponibles, taux de réussite aux examens, taux d’insertion professionnelle) et réorientation (en particulier le transfert de crédits d’un cursus à un autre).

D’après l’UNEF, le plan licence est « une occasion ratée pour lutter contre l’échec à l’université ». Parcourons les critiques majeures pointées par l’UNEF : « Seules 32% des universités ont augmenté le volume horaire de leurs cours. Les étudiants en sciences humaines bénéficient seulement de 15h de cours par semaine, pour une moyenne de 25h pour les étudiants en sciences, et de 35h pour les étudiants en classes préparatoires. La diminution des heures de cours magistraux et la multiplication des cours en petits groupes sont tombées aux oubliettes. Moins de 28% des universités ont augmenté le nombre de cours en travaux dirigés. Seules 40% des universités ont développé des cursus pluridisciplinaire en licence, alors que ceux-ci peuvent permettre une orientation progressive et des réorientations. Seules 10% des universités ont mis en place des dispositifs d’accompagnement pour les étudiants salariés » (lire ici pour plus de détails). On constate donc que les universités n’ont pas véritablement mis en œuvre le plan licence de V. Pécresse. Était-ce parce qu’il a été jugé mauvais ? Était-ce par manque de moyens pour le mettre en œuvre ? ou par manque de volonté ?

Plus récemment, l’UNEF a appelé à révolutionner le diplôme de licence et fait des propositions. Les points mis en avant sont les suivants, sous forme de grandes priorités (lire ici):

  • Priorité 1 : une nouvelle réglementation des modalités d’examen, en particulier avec un règlement national et en intégrant la compensation annuelle, l’interdiction des notes éliminatoires et la mise en place de rattrapages aux examens dans toutes les filières, l’obligation d’une deuxième session d’examen.
  • Priorité 2 : remettre la pédagogie au service de la licence. Je pense que je reviendrai plus tard sur ce volet, car cette partie du texte de l’UNEF décoiffe un peu ….
  • Priorité 3 : améliorer l’architecture des licences (manque de lisibilité des formations, suppression du cadrage national des diplômes, faciliter les l’orientation, réduire l’écart entre la terminale et l’université, principe de progressivité, etc …).
  • Priorité 4 : créer les licences pluridisciplinaires – formations actuellement trop cloisonnées et qui restent sur un découpage disciplinaire académique.
  • Priorité 5 : rendre la licence qualifiante. Opposition artificielle entre filières disciplinaires (actuellement trop théoriques et tournées vers la recherche) et filières professionnalisantes.
  • Priorité 6 : Améliorer l’encadrement des étudiants. Plus d’heures de cours, plus d’EC et BIATOSS, …

Par ailleurs, l’UNEF demande que les licences aient un cadrage national (intitulés et contenus des diplômes).

De son coté, V. Pécresse a publié en décembre 2010 quelques pistes sur la nouvelle licence, en continuité du plan licence de 2007 (lire ici). On n’y trouve rien de vraiment révolutionnaire, si ce n’est que la deuxième année est maintenant placée sur le signe de la professionnalisation (alors qu’en 2007, elle était sous le signe de la consolidation et de spécialisation disciplinaire). On note aussi qu’elle veut renforcer les passerelles entre formations postbaccalauréat (avec les STS et les IUT notamment).

Je trouve que le thème de la professionnalisation revient souvent ces derniers temps, à la fois dans les discours de la ministre, de l’UNEF ou du programme préliminaire du PS. Mais il semble que dans le débat, on oublie trop souvent que des filières professionnalisantes existent déjà en grand nombre (licences pro, BTS, IUT) mais que ces dernières en remplissent pas forcement les fonctions pour lesquels elles ont missionnées (par exemple, 80 % des étudiants qui sortent des IUT poursuivent leurs études). Peut-être, en même temps de réfléchir sur l’évolution des cursus de licences, il faudrait réfléchir également à rendre les filières professionnalisantes actuelles en adéquation avec leurs objectifs, c’est-à-dire qu’elles soient réellement des formations réservées aux étudiants qui n’envisagent pas d’études longues plutôt qu’elles soient utilisées comme des voies de contournement de l’université.

Pour ma part je pense que la licence devrait garder, au moins pour bon nombre d’entre elles, une forte connotation généraliste. Je ne vois quel intérêt nous pourrions avoir à former des jeunes avec une palette de savoirs/compétences trop étroite.

Mais pour reboucler avec ce colloque de la CPU, la licence représente clairement un enjeu majeur pour l’université. Le contexte est d’autant plus particulier que l’on peut craindre que le grand emprunt conduire à un système universitaire à deux vitesses, avec d’un coté des universités de recherche intensive (les gagnants des bidulex) et de l’autre des universités de second rang qui évolueront vers un enseignement supérieur de masse pour le premier cycle (seront alors un peu comme des lycées de l’enseignement supérieur). D’autres préconisent des mesures très radicales (blog d’Irnerius, ici), c’est-à-dire sortir les licences des universités et regrouper l’ensemble des formations postbac dans des instituts spécialisés dans le premier cycle.

Comme je le dis souvent depuis que j’ai ouvert ce blog, l’université est en train de perdre son premier cycle si elle continue à le négliger… alors la CPU, faudrait qu’elle se bouge un peu …

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