LA CPU (conférence des présidents d’université) consacre son colloque annuel au cycle licence. Ce colloque a lieu prochainement, du 11 au 13 mai 2011. Il faut se féliciter du choix du thème car la licence dans les universités est en effet en grandes difficultés, empêtrée dans un taux de réussite trop faible et en perte de vitesse par rapport aux autres formations postbaccalauréat. D’ailleurs la CPU ne n’en cache pas : « Les analyses, l’état des lieux et les auditions préalables à l’organisation du colloque ont montré que le premier cycle universitaire qui fait référence à l’étranger n’est pas considéré en France comme le lieu susceptible d’accueillir les meilleurs étudiants et d’irriguer l’enseignement supérieur ».
Partant de ce constat, la CPU a organisé son colloque sur trois demi-journées, avec pour chacune les thèmes suivant, le but étant est bien entendu de discuter « dans un souci d’amélioration continue du système de formation »:
- Osez la cohérence,
- Oser l’innovation,
- Oser la réussite
Sur le site du colloque (ici) on peut avoir un peu plus de détails sur ces trois grands volets, qui seront discutés sous la forme d’ateliers.
Ces questionnements sur les licences par la CPU ne sont pas nouveaux. D’ailleurs la CPU ne s’en cache pas et si le thème est remis à l’ordre du jour, c’est certainement que la situation actuelle n’est pas satisfaisante. Pourtant des efforts (assez, pas assez ?) ont été faits pour essayer de redonner à la licence un souffle nouveau. Pour ne parler que des mesures récentes, à son arrivée au ministère en 2007, V. Pécresse a mis en place un plan licence. Rappelons brièvement les lignes phares de ce projet en ce qui concerne les licences générales (plus de détails ici).
Un objectif majeur était de diviser le taux d’échec par deux, et celui d’amener 50 % d’une classe d’âge au niveau licence. Je n’ai pas chiffres très récents sous les yeux mais je doute fort que cet objectif soit atteint et atteignable d’ici 2012. D’un point de vue organisation, cette licence rénovée devait s’appuyer sur une première année fondamentale (acquis fondamentaux, méthode, autonomie, …). La deuxième année est une année de consolidation (en particulier début de la spécialisation disciplinaire). La troisième année est celle de la spécialisation et la finalisation du projet d’études.
D’un point de vue pratique, il était prévu 5 heures de plus par étudiant et par semaine. Car rappelons que selon les statistiques, les étudiants dans les universités (hors IUT et médecine) ont un volume de travail hebdomadaire assez faible (32 h/semaine, ce qui inclut les heures de cours et le travail personnel – plus de détails sur ces chiffres et comparaison avec les autres filières ici). Pour bénéficier des crédits du plan licence, les universités ont dû déposer un projet pédagogique avec un cahier des charges qui comprenait 4 exigences : Prendre en compte de la diversité des étudiants et renforcer l’encadrement pédagogique, renforcer la pluridisciplinarité et ménager une spécialisation progressive, développer l’ouverture de la licence sur les métiers et faciliter les changements d’orientation, assurer une meilleure lisibilité de l’offre de formation.
Le projet contenait également beaucoup d’action en termes d’orientation (construire un parcours de formation en lien avec un projet d’insertion professionnelle, signature d’un contrat de réussite entre l’étudiant et les responsables de formation, mise en place de tutorat, …), d’information (affichage du nombre de place disponibles, taux de réussite aux examens, taux d’insertion professionnelle) et réorientation (en particulier le transfert de crédits d’un cursus à un autre).
D’après l’UNEF, le plan licence est « une occasion ratée pour lutter contre l’échec à l’université ». Parcourons les critiques majeures pointées par l’UNEF : « Seules 32% des universités ont augmenté le volume horaire de leurs cours. Les étudiants en sciences humaines bénéficient seulement de 15h de cours par semaine, pour une moyenne de 25h pour les étudiants en sciences, et de 35h pour les étudiants en classes préparatoires. La diminution des heures de cours magistraux et la multiplication des cours en petits groupes sont tombées aux oubliettes. Moins de 28% des universités ont augmenté le nombre de cours en travaux dirigés. Seules 40% des universités ont développé des cursus pluridisciplinaire en licence, alors que ceux-ci peuvent permettre une orientation progressive et des réorientations. Seules 10% des universités ont mis en place des dispositifs d’accompagnement pour les étudiants salariés » (lire ici pour plus de détails). On constate donc que les universités n’ont pas véritablement mis en œuvre le plan licence de V. Pécresse. Était-ce parce qu’il a été jugé mauvais ? Était-ce par manque de moyens pour le mettre en œuvre ? ou par manque de volonté ?
Plus récemment, l’UNEF a appelé à révolutionner le diplôme de licence et fait des propositions. Les points mis en avant sont les suivants, sous forme de grandes priorités (lire ici):
- Priorité 1 : une nouvelle réglementation des modalités d’examen, en particulier avec un règlement national et en intégrant la compensation annuelle, l’interdiction des notes éliminatoires et la mise en place de rattrapages aux examens dans toutes les filières, l’obligation d’une deuxième session d’examen.
- Priorité 2 : remettre la pédagogie au service de la licence. Je pense que je reviendrai plus tard sur ce volet, car cette partie du texte de l’UNEF décoiffe un peu ….
- Priorité 3 : améliorer l’architecture des licences (manque de lisibilité des formations, suppression du cadrage national des diplômes, faciliter les l’orientation, réduire l’écart entre la terminale et l’université, principe de progressivité, etc …).
- Priorité 4 : créer les licences pluridisciplinaires – formations actuellement trop cloisonnées et qui restent sur un découpage disciplinaire académique.
- Priorité 5 : rendre la licence qualifiante. Opposition artificielle entre filières disciplinaires (actuellement trop théoriques et tournées vers la recherche) et filières professionnalisantes.
- Priorité 6 : Améliorer l’encadrement des étudiants. Plus d’heures de cours, plus d’EC et BIATOSS, …
Par ailleurs, l’UNEF demande que les licences aient un cadrage national (intitulés et contenus des diplômes).
De son coté, V. Pécresse a publié en décembre 2010 quelques pistes sur la nouvelle licence, en continuité du plan licence de 2007 (lire ici). On n’y trouve rien de vraiment révolutionnaire, si ce n’est que la deuxième année est maintenant placée sur le signe de la professionnalisation (alors qu’en 2007, elle était sous le signe de la consolidation et de spécialisation disciplinaire). On note aussi qu’elle veut renforcer les passerelles entre formations postbaccalauréat (avec les STS et les IUT notamment).
Je trouve que le thème de la professionnalisation revient souvent ces derniers temps, à la fois dans les discours de la ministre, de l’UNEF ou du programme préliminaire du PS. Mais il semble que dans le débat, on oublie trop souvent que des filières professionnalisantes existent déjà en grand nombre (licences pro, BTS, IUT) mais que ces dernières en remplissent pas forcement les fonctions pour lesquels elles ont missionnées (par exemple, 80 % des étudiants qui sortent des IUT poursuivent leurs études). Peut-être, en même temps de réfléchir sur l’évolution des cursus de licences, il faudrait réfléchir également à rendre les filières professionnalisantes actuelles en adéquation avec leurs objectifs, c’est-à-dire qu’elles soient réellement des formations réservées aux étudiants qui n’envisagent pas d’études longues plutôt qu’elles soient utilisées comme des voies de contournement de l’université.
Pour ma part je pense que la licence devrait garder, au moins pour bon nombre d’entre elles, une forte connotation généraliste. Je ne vois quel intérêt nous pourrions avoir à former des jeunes avec une palette de savoirs/compétences trop étroite.
Mais pour reboucler avec ce colloque de la CPU, la licence représente clairement un enjeu majeur pour l’université. Le contexte est d’autant plus particulier que l’on peut craindre que le grand emprunt conduire à un système universitaire à deux vitesses, avec d’un coté des universités de recherche intensive (les gagnants des bidulex) et de l’autre des universités de second rang qui évolueront vers un enseignement supérieur de masse pour le premier cycle (seront alors un peu comme des lycées de l’enseignement supérieur). D’autres préconisent des mesures très radicales (blog d’Irnerius, ici), c’est-à-dire sortir les licences des universités et regrouper l’ensemble des formations postbac dans des instituts spécialisés dans le premier cycle.
Comme je le dis souvent depuis que j’ai ouvert ce blog, l’université est en train de perdre son premier cycle si elle continue à le négliger… alors la CPU, faudrait qu’elle se bouge un peu …


47 commentaires
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5 mai 2011 à 10:10
FredMo68
Sans vouloir jouer les vieux ronchons et même si le texte de l’UNEF (point 2 que vous signaliez) brasse avec efficacité un certain nombre d’évidences, le fait d’y trouver deux fautes en une seule page (je n’ai pas lu les autres mais ici, en page 10, on a "la pédagogie universitaire n’a pas changée" et, un peu plus loin, "les cours d’amphis ne sont jamais réfléchit dans un objectif pédagogique") décrédibilise à mes yeux l’ensemble du propos ! Dommage qu’on ait licencié (depuis qurelques années déjà) tous les correcteurs, dans les syndicats comme dans les partis politiques ou les salles de rédaction…
5 mai 2011 à 10:26
étudiant frustré
Je constate une nouvelle fois que la question de la sélection (la plus importante) est complètement éludée, même par la CPU.
L’Unef ne propose rien de moins qu’un plan de secondarisation du 1er cycle. Le but avoué de l’Unef est d’amener 50% d’une classe d’âge au niveau licence, même si personne n’a réfléchi à l’intérêt pour la société et l’économie d’une telle masse de diplômés. Pour répondre à cet objectif comptable, on abaisse les exigences de validation des examens, on supprime l’adossement à la recherche des formations, on crée des programmes nationaux de licence, on augmente les heures et le nombre de cours…
Le plan de l’Unef est une éternelle fuite en avant vers toujours plus de diplômés au mépris de la qualité des formations, et toujours plus d’État centralisé aux dépens de l’initiative locale. Autant rallonger le lycée de 3 ans, ce serait plus efficace.
Je ne me sens vraiment pas représenté par ce syndicat qui veut détruire l’Université.
5 mai 2011 à 10:43
PR27
@etudiant : quelques commentaires sur le style du commentaire,
indépendamment du fond
Je ne vois pas en quoi 50% d’une classe d’âge au niveau licence serait un critère particulièrement "comptable". Si on définissait un examen d’entrée en université et qu’il fallait N points à cet examen pour être admis à l’université, ça serait tout aussi comptable.
"personne n’a réfléchi" : ou bien ils ne tirent pas les mêmes conclusions que vous ?
"on supprime l’adossement à la recherche des formations" : guère besoin en L1-L2. Ceux qui disent qu’on enseigne en L1-L2 (et même apres) le front de la science en train de se faire me font bien rigoler. Ou ils sortent leurs slides de conf en cours…. ?
"Le but avoué" mais en quoi serait-ce honteux ? (l’utilisation du mot "avoué" est un joli procédé… on pourrait le remplacer par "assumé" ou "revendiqué"…)
5 mai 2011 à 11:23
étudiant frustré
PR27, le nombre de places offertes dans une université avec examen d’entrée serait défini en fonction du nombre d’EC, de logements disponibles, de bourses… bref de la capacité de l’Université à accueillir ces étudiants. Où est cette réflexion à l’échelle de la société lorsqu’on balance ce chiffre tombé du ciel de 50% d’une classe au niveau licence?
Sur l’adossement à la recherche, je voulais dire que les cours selon l’Unef ne seraient plus construits en fonction des travaux de recherche des EC, mais selon des programmes nationaux. C’est la porte ouverte aux dérives du lycée.
5 mai 2011 à 14:38
Rachel
FredMo68. Certes des fautes d’orthographe font mauvais effet. Mais je trouve exagéré de dire que cela décrédibilise l’ensemble. Je trouve au contraire qu’il y a beaucoup d’éléments intéressants dans ce texte, même si je suis loin d’être d’accord avec l’ensemble. SI j’en trouve le temps, je reviendrai sur ce point 2.
5 mai 2011 à 14:48
Rachel
Etudiant, c’est vrai que la question de la sélection ne semble pas être d’actualité dans ce colloque de la CPU. Au contraire le texte de présentation insiste bien sur le fait que l’université doit être ouverte à tous. Néanmoins, je doute que cette question puisse être éludée. Elle reviendra sur le tapis un moment ou un autre (ou celle du numerus clausus, ou celle de l’orientation-sélection).
Pour les 50 % d’une classe d’âge au niveau licence, l’UNEF n’est pas la seule organisation à le revendiquer comme l’objectif. C’est aussi celui de l’union européenne, de V. Pécresse, du PS, … je trouve que c’est un noble objectif.
5 mai 2011 à 15:56
astronaute en transit
Dans d’autres systèmes universitaires, l’ambition du diplôme de licence est qu’en l’obtenant, on ait un choix: celui de commencer a travailler, ou celui de poursuivre des études (et même ceux qui optent pour le travail ont l’option de pouvoir reprendre des études avancées après quelque temps).
est-ce que cette ambition figure dans les projets pour la licence française?
D’où, il me semble, l’utilité d’aspects professionnalisants a cette licence, en plus de la formation généraliste dont parle Rachel (ici encore, une formation générale offre peut-être plus d’options professionnelles qu’une spécialisation trop poussée et ce trop précoce dans le cycle d’études).
il procède aussi de cette ambition qu’une amélioration du taux de réussite devrait avoir la priorité sur le taux d’obtention par classe d’age. C’est un objectif qui n’est noble, Rachel, que tant que la licence vaut quelque chose, plus que le papier sur lequel elle est imprimée. En d’autres termes il faut d’abord assurer que la licence est un diplôme de qualité, exigeant, et requerrant un niveau. C’est beaucoup plus difficile que de distribuer des licences a 50% de jeunes (remarque, pour cela, il suffit de faire grève, après tout le monde a son diplôme, c’est une pratique française désormais bien établie).
certes la sélection a l’entrée peut avoir un effet sur le niveau d’exigence en licence en assurant que des lycéens vraiment capables s’y inscriront, mais il me semble que l’effort principal devra venir des universités: il faut effectivement que l’encadrement soit plus important, les heures de travail en cours plus nombreuses et plus intensives. Même dans les SHS qui demandent beaucoup de travail personnel, c’est a dire de lecture, il faut s’assurer chaque semaine de ce que ce travail est fait. Cela demande beaucoup de temps aux enseignants? la aussi le bat blesse, il faudrait s’assurer d’une plus grande disponibilité de leur part: éradiquer la culture de l’enseignement-punition, veiller a ce que même les professeurs confirmes ne considèrent plus qu’enseigner un peu en licence est en dessous de leur dignité; il faudra aussi prendre des mesures pour encourager et motiver les personnels moins avances dans leur carrière, c’est a dire faire sauter des barrières bureaucratiques qui maintiennent des enseignants compétents dans des statuts de vacataires.
tout ceci ne peut se faire au niveau national: les besoins sont de nature locale, et c’est au niveau de chaque universite qu’il faut déterminer les efforts a faire, cela mene a la différenciation certes, mais celle ci parait encore plus inévitable que la sélection; a charge pour l’État d’aider a surmonter les faiblesses les plus marquantes, pour que les différences entre établissements ne deviennent pas abyssales.
Surtout, il faut éviter la secondarisation du premier cycle: elle ne servira qu’à enfoncer l’enseignement supérieur français dans les comparaisons internationales et aura très vite un effet ricochet sur la qualité des autres cycles. on ne peut pas accuser, avec raison, les faiblesses du secondaire d’être responsables de la mauvaise qualité des étudiants en licence a l’heure actuelle et souhaiter reproduire ces faiblesses pour ensuite envoyer ces mêmes étudiants vers des Masters ou vers un marche du travail ou ils peineront.
L’UNEF depuis des annees ne tient aucun discours crédible sur l’enseignement supérieur. Ses positions repetees, et les mouvements de contestation qu’elle a soutenus ont une responsabilité directe dans l’actuel état de l’université: report ou blocage de reformes, concentration sur des mesures d’importance secondaire, absence d’ambition hors le nivellement. Mieux vaudrait l’ignorer tant qu’elle ne conduit pas une réflexion réaliste.
5 mai 2011 à 17:56
Rachel
Astronaute, j’ai peut-être été maladroite avec le terme « formation généraliste ». Bien entendu il faut des formations professionnalisantes et des formations plus académiques permettant la poursuite d’étude. Mais dans chacun des cas il me semble essentiel de ne pas exagérer vers une spécialisation trop poussée ou créneau trop étroit.
A propos de l’ambition de 50 % d’une classe d’âge titulaire d’un diplôme du premier cycle, il serait certes facile de baisser le niveau d’exigence. Mais je ne l’entendais pas comme ça, et je pense que les autres partisans de cet objectif non plus (du moins je l’espère pour l’UNEF en particulier). J’y entendais un objectif d’élévation du niveau de culture, de connaissances et d’éduction. Je pense que la société dans son ensemble y tirerait bénéfice. Si c’est pour dévaloriser les diplômes ou bien si ce n’est qu’un stratagème pour maintenir le plus longtemps possible les jeunes hors du marché du travail, alors ce n’est effectivement pas très intéressant.
5 mai 2011 à 18:46
Jojo
C’est la gloire, ce billet est repris par SLU !
5 mai 2011 à 19:33
Astronaute en transit
Rachel, de tels objectifs étaient aussi ceux fixés pour les 80% d’une classe d’âge au bac, et on devrait pouvoir se servir de cette politique comme référence d’analyse. En définitive, on a fait une politique du chiffre, et non pas élevé le niveau culturel ou éducatif, puisqu’on reconnait que les bacheliers sont désormais moins bien préparés, notamment pour entreprendre des études en licence. Ceci explique le scepticisme que d’aucuns ressentiront envers un objectif chiffré de 50% d’une classe d’âge titulaire d’une licence. Je comprends bien que pour votre part, il s’agit là d’une ambition qui se fait aussi dans le sens qualitatif, mais la question est de savoir si l’on a actuellement les moyens d’atteindre cet objectif qualitatif alors qu’on connait les pièges et les problèmes? Je ne le pense pas, c’est pour cela que je conclus qu’en termes d’ambition, la prioritaire est le taux de réussite, ce qui va déjà demander de gros efforts. Ils en valent la peine, mais ce sont des efforts quand même, qui demanderont des moyens en période de disette, des changements de comportement personnel et collectif, de gestion, et surtout, ces efforts ne porteront leurs fruits qu’au bout d’un certain temps et non pas dans l’immédiateté où vivent tellement de gens.
Maintenant, peut-être pouvez vous soutenir qu’on peut poursuivre ces deux objectifs de front, c’est une option (à défaut d’une possibilité, je veux dire en termes de faisabilité) mais dans ce cas de quoi avons nous besoin pour la poursuivre, et avons nous ce dont nous avons besoin?
5 mai 2011 à 20:04
PR27
"je voulais dire que les cours selon l’Unef ne seraient plus construits en fonction des travaux de recherche des EC, mais selon des programmes nationaux. C’est la porte ouverte aux dérives du lycée."
je crois comme Rachel qu’abuser dans un sens comme dans l’autre n’est pas bon. Je crois même plus dangereux (surtout en licence) de concevoir des maquettes en fonction de ses travaux de recherche. Tout dépend comment on interprète "travaux de recherche" … disons, donner à la formation plutôt telle ou telle coloration thématique selon les "grandes compétences recherche locales" me paraît bon, mais on a connu bien des formations composée d’unes compilation de hobbies locaux beaucoup trop pointus, sans que l’ensemble soit cohérent et que les débouchés validés (que ça soit dans la recherche ou en entreprise). Résulat : on observe que 75% des diplômés font ensuite tout autre chose que ce qu’ils ont appris, il y a un problème…. qui peut se résoudre idéalement en promouvant d’industrie dans sa ville universitaire, dans le secteur en question… pas la solution la plus simple…
5 mai 2011 à 21:03
Rachel
Astronaute, disons que je ne conçois pas une société qui n’aurait pas des objectifs de progrès, même si c’est ambitieux et difficile. C’est vrai que les objectifs « 80 % en licence » suivent ceux du « 50 % en licence », ce n’est pas illogique. C’est vrai aussi que l’on remarque une baisse de niveau du bac, ce qui n’est pas un bon socle pour le « 50 % en licence », sauf si on baisse le niveau de la licence bien entendu.
Mais pour l’université, ce n’est pas le seul problème. Notre enseignement supérieur n’est pas du tout adapté pour atteindre l’objectif. Au fil des ans, on a vu les formations professionnalisantes se transformer en tremplin pour les diverses écoles (donc des études longues). On a vu alors les étudiants ayant le moins de bagages se présenter alors à l’université, par défaut, alors que ce n’est pas du tout adapté. A mon avis, on ne pourra pas l’économie de tout remettre à plat. Le vrai courage il est là, c’est-à-dire de redonner du sens à un système qui marche sur la tête.
Je pense que les difficultés sont multiples : structures de l’enseignement supérieur inadaptées au public, désintéressement des EC au cycle licence, manque de moyens, … tout ceci dans un contexte de très forte évolution des universités (de différenciation). La CPU a du boulot …
5 mai 2011 à 21:09
Rachel
PR27, compte tenu de nos hyper-spécialisations en recherche, je doute fort qu’on utilise nos travaux de recherche dans l’enseignement en licence. Je me vois mal présenter mes slides de conférences aux étudiants, déjà que moi j’y comprends rien, alors eux ….
Alors il faut poser la question qui dérange : a quoi ça sert de confier le cycle licence aux EC ? Pourquoi l’université ne recrute-t-elle pas des enseignants pour ce cycle ? Et si c’était le cas, ne serait-ce pas un premier pas vers une "secondarisation" du premier cycle de l’enseignement supérieur ?
6 mai 2011 à 00:32
Astronaute en transit
Utiliser la recherche en premier cycle, c’est ce qui distingue cet enseignement du secondaire, ou du bachotage de classe préparatoire. L’idée selon moi n’est pas de l’utiliser pour en faire un enseignement trop spécialisé ou pointu, puisqu’on est au niveau licence. Mais le genre d’enseignant qui officie à ce niveau doit pouvoir offrir plus que la récitation d’un programme, et donc la référence générale (et scrupuleusement mise à jour) à la recherche, qu’elle soit locale ou internationale, apporte une richesse supplémentaire à cet enseignement. C’est pour cela que je pense qu’il reste préférable que ce soit des enseignants-chercheurs (et j’en parle en termes des missions qu’ils exercent grâce à leurs qualifications, et non pas du statut) qui assurent l’enseignement aussi bien en premier cycle qu’en cycle avancé.
6 mai 2011 à 12:19
AubeMort
astronaute, en physique la distinction L1-L2 / secondaire / classe prépa est faible, les bases ne permettant pas vraiment de fioritures. Ainsi certaines parties du programme semblent dériver entre la TS et le L1; étrangement, certains points traités en L1 ici font plutôt partie de la 2e année de prépa, etc.
Il n’y a pas de référence à la recherche à faire, ou de façon anecdotique.
J’ai toujours du mal à comprendre pourquoi la mécanique du point traitée en L1 serait une "ouverture à la recherche" à l’université et la même mécanique du "bachotage" en prépa??
Je suis même tombée un jour sur un témoignage d’étudiant qui trouvait que la réflexion était plus poussée en prépa, la physique à la fac se limitant à l’apprentissage des quelques exos types qui seraient demandés à l’examen…
C’est peut être complètement différent pour d’autres domaines que je connais pas , les SHS qui paraissent plus mouvantes et nécessitent moins de prérequis ??? C’est sans doute ce qui rend la question de "la licence" compliquée, les problématiques étant très différentes entre la physique et la psychologie… (et il n’y a pas de CPGE pour devenir psychologue !)
6 mai 2011 à 14:39
amigues
Le sujet est tellement vaste qu’on ne sait par quel bout le prendre. C’est bien pour cela que l’idée de programmes nationaux est inepte. Quel génie pourrait en définir des contours valables partout, pour tout et pour tous ?
L’enseignement de Licence mêle de l’acquisition de compétences générales dans un discipline, des contenus à vocation plus "professionnelle" et des contenus davantage "intellectuels" relevant de la culture de la discipline ou plus "pointus". A cela se rajoutent des matières hors disicpline de base destinées à élargir le champ de l’enseignement ou à faciliter des réorientations en cours de cursus. Le mix varie selon les disciplines et les universités et je ne connais pas de doctrine pédagogique capable de définir le mix optimal.
Dans tous les cas il faut résister à la "secondarisation" de la licence qui serait une véritable catastrophe pour les universités au plan de leur philosophie de transmission des savoirs (voilà que je parle comme un "refondateur" maintenant, décidément…) que de la dévalorisation de ce déjà bien dévalorisé titre universitaire.
J’avoue avoir du mal à comprendre l’UNEF, les étudiants qu’il prétend défendre pratiquant avec délice le consumérisme scolaire dans l’ES. Les systèmes de passerelles judicieusement mis en place depuis 20 ans le permettent, voire le dictent. Il s’agit d’éviter tel "trou noir" ou tel ‘écueil", de ne pas partir aileurs pour faire ceci ou cela, d’accèder au final au diplôme vraiment visé par le moyen de multiples zig-zags dans le système. Bref les étudiants demandent surtout de la liberté de manoeuvre dans l’espace des formations proposées et de la qualité dans les diplômes délivrés, tout le contraire de la licence "taille unique" de l’UNEF.
6 mai 2011 à 15:11
Rachel
Amigues, oui le sujet est très vaste. J’ai dans l’idée dans les prochains jours de l’aborder de façon plus thématique (et bien entendu également polémique, pour s’amuser un peu).
C’est vrai que je trouve que vous avez écrit quelques phrases dignes des refondateurs (que j’aime bien même si je me suis parfois moquée sévèrement d’eux). Il va falloir vous surveiller !
6 mai 2011 à 15:22
Sébastien
"C’est peut être complètement différent pour d’autres domaines que je connais pas , les SHS qui paraissent plus mouvantes et nécessitent moins de prérequis ??? C’est sans doute ce qui rend la question de « la licence » compliquée, les problématiques étant très différentes entre la physique et la psychologie… (et il n’y a pas de CPGE pour devenir psychologue !)"
je ne crois pas que cela soit si différent en SHS. Prenez le premier cycle de droit ou d’économie par exemple, et je vous garantis que le mot bachotage a un sens, ce n’est pas très différent du bachotage de prépa.
J’ai le souvenir d’un PU d’eco à Nanterre qui enseignait en L1 (gloire à lui…) et faisait apprendre par coeur des dizaines de définitions pour des tests qui avaient lieu le samedi matin. En droit, même topo. Les prépas n’ont pas le monopole du bachotage…
6 mai 2011 à 15:58
amigues
Pour les matières comme le français, les maths ou la physique, les étudiants en ont déjà quelques lueurs du secondaire. Ce n’est pas le cas en droit, médecine, gestion ou anthropologie.
Le droit est un très bon exemple car il requiert une connaissance des textes juridiques impeccable. Vous iriez consulter un avocat qui n’a qu’une vague connaissance du Code Civil ? Pour moi ce n’est pas du "bachotage", c’est juste indispensable pour former un juriste compétent. Pareil en médecine.
Ceci dit, connaissant d’assez près ce milieu, tous les avocats ou magistrats que je connais se plaignent du caractère trop "théorique" des études de droit dans les universités avec des phrases du genre : "Pour devenir un bon professionnel, oubliez tout ce qu’on vous a appris à l’université, ce n’est pas comme cela que ça se passe dans les vrais tribunaux". Donc, là aussi il y a clairement un problème de "mise en pratique" dans l’enseignement du droit en premier cycle qu’il va falloir améliorer.
6 mai 2011 à 15:59
astronaute en transit
Peut-être ce professeur exerçait-il aussi en prepa, ou l’a fait dans le passe, et il pensait devoir employer la même méthode de travail en L1? Ou était-ce que les étudiants avaient été admis en dépit de leurs notions très faibles de sciences économiques, et le professeur en tirait les conséquences?
la question demeure, que si l’on admet en faculté des étudiants qui sortent insuffisamment instruits et prépares du secondaire, le risque de glissement vers une secondarisation de la licence, que nous sommes nombreux a prétendre refuser, s’opère quand même. Il faut trouver un moyen de casser cette spirale. L’université n’a pas de prise sur le secondaire, mais c’est d’elle même que devront venir les mesures pour qu’elle ne subisse plus la contre-performance des lycées.
6 mai 2011 à 17:09
amigues
Astronaute, j’ai bien connu cette spirale infernale. Etant chargé du même enseignement depuis 1995 j’enlevais année après années des sections de cours devenues trop "ardues" pour mes étudiants. Tous mes collègues faisaient de même. Pour ce qui nous concerne, je pense qu’on a touché le fond en 2005 et qu’on s’est tous dit, sans forcément se concerter, qu’il fallait arrêter la casse ou tout abandonner pour se replier en master en laissant des moniteurs faire de la garderie d’enfants en licence.
Reprenant mon cours en 2005, je me suis alors rendu compte que je ne faisais plus que 25% de ce que j’enseignais en 1995 et bien sûr le plus facile. Les 75 % avaient été remplavés par des heures a recadrer des trucs basiques, enseigner du vocabulaire ou rappeller aux étudiants que A implique B ne signifie pas pour autant que B implique A.
C’est à partir de 2006 qu’on a tout recadré avec un seul objectif : faire monter le niveau petit à petit. C’était le moment de la génération CPE qui a ensuite débarqué à l’université pour y mettre la pagaille qu’on a connu, donc le choc a été rude pour tout le monde. Malgré tout je pense que les étudiants ont perçus qu’on se battait pour eux et que peut-être cela voulait dire qu’ils aveint intérêt à se battre aussi pour s’en sortir. Je me rappelle encore quand on a fait voter les étudiants pour qu’ils acceptent que les cours soient en anglais (merci M Toubon). La plupart avaient un niveau de langue très faible et ils le savaient, pourtant ils ont accepté de prendre le risque, comme quoi on peut être ambitieux même à l’université.
6 mai 2011 à 21:54
astronaute en transit
Tant mieux Amigues! je me demande d’ailleurs si votre méthode ne devrait pas servir d’exemple en général, c’est a dire poser les conditions, bien établir auprès des étudiants que tels sont les contenus auxquels il faut s’attendre en licence et qu’on ne va plus baisser le niveau parce que le secondaire ne les a pas prépares. je pencherais d’ailleurs pour une communication a l’avance des plans de cours, travaux et lectures, ce qui permettrait aux étudiants d’être conscients le plus longtemps a l’avance de ce a quoi ils doivent se préparer… Quitte, par exemple, a offrir des cours l’été. Bien entendu, le problème qui se posera ensuite c’est que les EC vont encore dire que l’été leur sert pour la recherche, les oublis, les colloques, et que leur demander justement de "faire de la garderie" pendant l’ete puisque le secondaire est défaillant, c’est une punition, etc.
Vous faites allusions a des enseignants "prêts a se battre", comme les étudiants, pour faire monter le niveau, mais combien d’entre eux ne sont pas prets, et que faut-il faire pour qu’ils le soient?
7 mai 2011 à 00:02
Rachel
Il faut les menacer de leur couper leurs heures complémentaires.
(l’été cela sert à faire les "oublis", c’est une coquille, n’est pas ?)
7 mai 2011 à 04:34
Astronaute en transit
Je voulais dire "publis", bien sur, mais mon IPad continue à me corriger même quand je ne lui demande pas!
7 mai 2011 à 10:02
François
Je viens de m’apercevoir que l’objectif de 50 % d’une classe d’âge au niveau licence était un truc franco-français.
L’objectif de Lisbonne était 40 % ayant au moins un diplôme d’enseignement supérieur.
Dans son rapport RERS 2010 (page 271) la DEPP donne les chiffres 2009 pour tous les pays européens. Moyenne : 32,3% France : 43,3%
(Le taux français montre que les formations bac+2 de type IUT/BTS sont prises en compte).
Les pays qui font mieux que la France sont (en taux décroissant de 49% à 43,8%) l’Irlande, le Danemark, la Finlande, le Luxembourg, Chypre et la Suède (donc uniquement des petits pays). Point intéressant : la DEPP donne également les % pour les diplômes en sciences et technologies; là la France est le seul pays d’Europe à dépasser 20% (Hors Europe, à part la Corée et le Japon, je ne vois pas qui pourrait faire mieux).
Le danger de l’objectif de 50% est de développer des filières qui ne débouchent pas sur des emplois pérennes. Visiblement des pays comme l’Allemagne et la Suisse sont très réticents à entrer dans cette course car ils estiment justifié le maintien de formations courtes non-universitaires très professionnalisantes. J’ai d’ailleurs lu une étude américaine intéressante sur ce sujet soutenant qu’il valait mieux former des opérateurs en radiologie (fonction non délocalisable) que des radiologues chargés d’interpréter les clichés (fonction délocalisable).
7 mai 2011 à 12:16
PR27
On pourrait assimiler beaucoup de BTS à des "formations courtes non universitaires très professionnalisantes", non ?
7 mai 2011 à 12:22
jako
"leur demander justement de « faire de la garderie » pendant l’ete puisque le secondaire est défaillant, c’est une punition"
Les mêmes qui dénoncent la collégisation / secondarisation de l’enseignement supérieur voudraient que l’université prenne en charge la misère du monde et s’occupe de tous les éclopés du primaire et du secondaire…. Chacun son boulot, non? Est-ce qu’on va chez le neurochirurgien quand on a la toux ou le rhume? Pendant qu’on y est, on pourrait demander aussi aux EC de se charger de la formation… à la conduite automobile… Ce sera sans doute la prochaine "mission des EC"…. Après tout, le permis de conduire n’est-il pas un "passeport pour l’emploi"? Et puis on n’est pas à une "réforme" près…
7 mai 2011 à 12:53
PR27
Il est vrai qu’on ne peut pas demander aux EC de gérer (en y consacrant beaucoup de temps) cela et en même temps être performants dans la compétition internationale. Quand on va sur les pages web de collègues étrangers et qu’on voit leur onglet "teaching" :
Fall Term : my favourite master subject
Spring Term : no teaching (ou bien : again my favourite master subject)
on se dit qu’on ne joue pas dans la même cour. Le ministère ne s’est toujours pas exprimé clairement sur toutes ses questions (il s’est exprimé de multiples fois, mais pas clairement).
7 mai 2011 à 14:12
Rachel
PR27 « Le ministère ne s’est toujours pas exprimé clairement sur toutes ses questions », Jako. Vous blaguez n’est-ce pas. Le ministère s’est parfaitement exprimé sous la forme d’un décret sur la « modulation des services ». Cela a été combattu par une armée de nonistes en 2009. La balle est dans le camp des universités.
7 mai 2011 à 14:26
PR27
Je n’appelle pas cela "clairement". Ces discussions ont été hypocrites et méprisantes de la part du MESR.
7 mai 2011 à 14:32
Rachel
Est-ce mépriser les personnels que de leur donner des possibilités d’évoluer dans leur carrière ? Est-ce illogique que l’université puisse avoir un petit volant de pilotage des ressources humaines ?
7 mai 2011 à 14:35
Rachel
quant au mépris et et surtout l’hypocrisie, on peut compter les points mais je ne suis pas persuadée que le ministère sorte gagnant.
7 mai 2011 à 14:37
PR27
doit-on rappeler le chauffage et la lumière ?
7 mai 2011 à 14:42
Rachel
vous parliez du ministère, non ?
7 mai 2011 à 14:49
PR27
le ministère n’a pas contredit publiquement le nabot dont il est le vassal, qu’ils s’arrangent entre eux. Les "possibilités d’évoluer dans leur carrière" : je pense aussi qu’il est anormal qu’un EC fasse 192h et rentre bêcher son jardin ou regarder le feuilleton à la télé. Cette affaire a été très mal gérée, très mal communiquée, à l’image de tous les projets foireux comme les primes de 1000 euros et des dizaines d’autres. Nous reverrons peut-être qqchose du même tonneau si le PS est au pouvoir en 2012, PS qui veut demander aux enseignants d’être présents plus longtemps dans les collèges et les lycées, mais ne sait pas comment avancer à partir de là…
7 mai 2011 à 14:58
jako
l’armée de nonistes avait aussi combattu la mastérisation, dont certains (que je ne nommerai pas) considéraient a) qu’elle n’avait pas d’autre but que le bien de l’humanité b) qu’elle n’avait aucun rapport avec quelque considération comptable que ce soit mais qu’elle était juste guidée par l’intérêt suprême des futurs enseignants et de l’Université… On a vu le résultat et je renvoie à ce propos au rapport du "noniste" Jolion
7 mai 2011 à 15:41
Rachel
Quand on est ministre on ferme sa g … ou on démissionne, c’est bien connu. Mais je pense que la ministre a donné sa réponse début février 2009, en public, à l’assemblée nationale. Cette histoire de discours présidentiel est lamentable, et la réaction des universitaires n’est rien d’autre que l’expression basse du syndrome Zidane. On était en droit d’attendre beaucoup plus et mieux de la part d’une communauté d’intellectuels qui n’a pas été capable de décrypter et de dépasser le stade de l’émotion. La récupération par le mouvement noniste a plongé l’université au plus bas. Ce discours et la réaction des universitaires fut pour moi comme un traumatisme encore mal cicatrisé, ce blog en est le fruit.
Jako, la mastérisation était un beau projet au départ, tout le monde était d’accord sur le principe. S’il y avait eu de part et d’autre des acteurs constructifs donc un peu de bonne volonté, je suis persuadée que sa réalisation pratique aurait pu voir le jour dans des conditions satisfaisantes. L’université a raté là son plus beau projet, celui de se donner de puissants outils pour travailler sur son maillon faible, c’est-à-dire son lien avec le secondaire.
7 mai 2011 à 16:16
PR27
"Quand on est ministre on ferme sa g … ou on démissionne, c’est bien connu." : c’est bien connu qu’on entend cela souvent, mais c’est un mode de travail pas très sérieux. C.Lagarde ne le démentirait pas, elle qui doit déminer les âneries du chef en permanence. Vivement quelqu’un de "normal".
La masterisation était un belle idée au début…bon, moi je crois que le ver était dans le fruit dès le début et les "mauvaises propriétés" prévisibles (par préméditation ou par indifférence).
En tout cas toujours merci d’animer ce blog, malgré les prises de bec ici et là!
7 mai 2011 à 17:28
astronaute en transit
Il va falloir que je dise une autre vacherie sur les fonctionnaires pour soulager Rachel du poids des critiques!
En fait je suis assez bien votre propos. Les universitaires ont préfère se cambrer dans une attitude d’opposition politique, parce que les reformes venaient de droite. Maintenant, je ne sais pas ce que fera le PS demain (autant qu’en 1997-2002?) le test sera de voir si soudainement les universitaires redeviennent doux comme des agneaux et plein de louanges pour le gouvernement-que-le-monde-nous-envie…
7 mai 2011 à 17:39
astronaute en transit
bon, j’ai cru comprendre qu’il ne fallait pas demander aux EC de s’impliquer plus dans les efforts de mise a niveau des etudiants, car ce sont des EC, ce sont des personnages très importants, d’ailleurs ce sont des agents du service public, des savants de renommée mondiale. cela veut-il dire qu’il faut confier ces taches a une sous-catégorie de personnels enseignants(ceux qui ne font pas de recherche, parce que trop cons, ou trop dépourvus du noble statut?) Ainsi on pourra continuer a joyeusement faire la fête, comme avant, avec le sentiment qu’on a tout change pour le mieux?
Il me semble devoir rappeler l’envergure des efforts a faire, et qu’ils ne seront accomplis que si tous mettent la main au cambouis, sans cela on continuera a se taper des crises universitaires régulières, que certains personnels intéresses soutiendront par motivation tant politique que matériel, et le systeme-que-le-monde-nous-envie continuera a s’enfoncer.
S’il faut mettre des guillemets autour du mot "reforme", il serait bon de se demander pourquoi, et a qui vraiment la faute? et cela, aucune alternance politique ne le résoudra. les résistances corporatistes et statutaires sont tout autant un problème pour un gouvernement de droite qu’un gouvernement de gauche. certes le gouvernement de gauche caressera cette clientèle dans le sens du poil, mais ce faisant, ce ne sera que pour prolonger les problèmes fondamentaux de l’enseignement supérieur français, pas pour les résoudre.
7 mai 2011 à 17:51
PR27
Astronaute, il y a des problèmes de natures diverses. Par exemple, quand la LRU a mis en place des comités de sélection, ils ont été contestés sur la forme, mais peu sur le fond. On s’est rendu compte que juridiquement, il y a des choses bancales, on s’est rendu compte qu’on allait bien se marrer à trouver un budget pour payer les transports de tous ces invités, à faire du doodle tout le printemps. Mais globalement, l’idée d’avoir plus d’extérieurs (et en particulier, des extérieurs que l’on peut désigner soi-même) ne me semblait pas contestable. Autre exemple : la prise en compte d’expériences diverses dans la reconstitution de carrière des EC me paraît une très bonne mesure de ce gouvernement. Pourquoi 3 ans de monitorat donnaient-elle un joli supplément de salaire + 2 ans d’ancienneté à un MC débutant (à mon avis injustifiés) , alors qu’un post-doc très réussi rien du tout d’ancienneté, que les candidats étaient généralement recrutés pour cette expérience et non pour leur monitorat ?
7 mai 2011 à 18:14
astronaute en transit
Ce qui justifie de bloquer l’université pendant la moitié de l’année?
Le mérite a l’ancienneté, parlez m’en après dix ans je toujours le même montant qu’en arrivant, mais voyez vous, tout en travaillant pour des établissements publics, je ne suis pas agent public, alors ça n’est ni grave ni scandaleux.
7 mai 2011 à 18:56
Rachel
Ce n’est pas un problème d’avoir des prises de bec, à condition de ne pas tomber dans l’invective ou l’insinuation déplacée lors des expressions des désaccords. On ne peut pas être d’accord sur tout. Ce blog montre que la discussion est possible même avec des points de vue très différents, car la palette de sensibilité des commentateurs est très large, ce dont je me félicite. Ceci dit, étant donné que c’est moi la chef ici, c’est moi qui ai raison !
7 mai 2011 à 19:06
jako
Rachel, pour décréter qu’un projet est beau ou pas, encore faut-il s’entendre sur ses finalités véritables, et c’est là que notre appréciation de la situation diverge peut-être.
@Astronaute : il ne s’agit pas de dire que l’enseignement de la philosophie serait plus « noble » que l’enseignement de la conduite automobile. Simplement, chacun son job… Les « efforts (…) ne seront accomplis que si tous mettent la main au cambouis » : qu’est-ce que ça veut dire exactement ? Vous avez des gens qui peuvent monter les pièces d’une bagnole. Ce n’est ni plus ni moins noble que de produire les pièces en question. Si votre fournisseur vous fourgue des pièces défectueuses, vous faites quoi ? Vous vous mettez à produire les pièces vous-même ? Tiens je poserai la question à mon voisin qui bosse chez Feu Vert : « toi qui montes les pneus de la bagnole, maintenant je veux que tu me fabriques des pneus dignes de ce nom car ceux que tu m’as vendus sont de mauvaise qualité ». S’il m’envoie balader, je penserai à Astronaute et lui dirai : « Mais tu te prends pour un mécano de renommée mondiale ??!!! ; « ça se voit que t’es un mécano fonctionnaire !!! ». Bon allez… faut bien rigoler un peu… Bon WE…
7 mai 2011 à 19:23
Rachel
Jako j’ai tenté d’expliquer ma vision naïve sur les finalités dans le nouveau billet (celui du 7 mai). J’attends vos commentaires avertis avec impatience !
7 mai 2011 à 21:08
PR27
@astronaute : non. Je n’ai pour ma part rien bloqué, ni encouragé à bloquer. Je suis néanmoins allé manifester à de nombreuses reprises (je vous rassure, le travaille très régulièrement en dehors des horaires, je me déplace très regulièrement en "mission" dans l’agglomération sans jamais demander qu’on me rembourse mon essence, mon ticket de transport…. c.a.d. comme toutes les personnes que je connais). Sur l’autre point, dans les conseils, j’ai toujours voté pour les démarches visant à titulariser les personnels précaires exerçant des fonctions permanentes et je me suis régulièrement engueulé avec les services qui maltraitent ces personnes. Vous êtes vraiment tombé sur des fonctionnaires ronds-de-cuirs dans votre carrière…
8 mai 2011 à 17:06
astronaute en transit
Comme quoi, la catégorie "rond de cuir" existe bien. Comprenez vous désormais l’origine de mes commentaires. je n’essaie nullement de vous convaincre, comme vous l’écrivez sur l’autre fil, demander a une catégorie de renoncer a ses avantages fondamentaux je sais biennque c’est du temps perdu. Mais rappeler, toujours, et au point d’être emmerdant, que ces avantages se paient, et que ce paiement est fait par d’autres, c’est rappeler une vérité.
On parle d’ambition pour la licence. j’estime que réaliser ces ambitions peut (j’emploie le conditionnel!) demander des efforts de la part des personnels, y compris des individus qui possèdent un statut mais devraient donner davantage d’eux-mêmes en retour, ou est le drame? Ceci n’est qu’une évidence, et non pas une attaque anti-catégorielle. L’exigence de la qualité est présente dans la population a l’égard de tous les services publics, santé, impôts, autorités territoriales locales, police, forces armées. pourquoinen serait-il autrement pour l’enseignement supérieur et la recherche? L’ambition pour la licence, on en a manifestement tous mais je me permets de ne pas mâcher mes mots et d’estimer qu’on peut exiger plus que de l’amenagement. je le dis sur la base de mon expérience, qui n’est pas la votre, mais ne sort pas plus de nulle part simplement parce sue mon expérience n’est pas "conventionnelle".