Sur ce blog nous avons longuement discuté de la polémique entre la CTI et l’AERES sur le sujet de master d’ingénierie. Repositionnons brièvement quelques éléments de cette pitoyable polémique, lancée par la CTI (commission des titres d’ingénieur). L’AERES a publié en décembre dernier un rapport dans lequel elle préconisait aux universités de développer des formations dans le domaine de l’ingénierie (lire ici). La CTI, se sentant probablement agressée, a fortement réagi à cette proposition, bien entendu suivie peu de temps après par la CGE (Conférence des grandes écoles) et la CDEFI (Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs) (lire ici). Il est très clair que le monde des écoles d’ingénieurs refuse une éventuelle concurrence des universités. La formation d’ingénieurs doit rester leur exclusivité. C’est une conception un peu étrange dans la mesure où ces écoles ont toujours prôné les bienfaits des systèmes concurrentiels.

Mais le monde des écoles ne s’embarrasse pas de paradoxes. Récemment, le site EducPros a publié un entretien avec Cyrille van Effenterre, président de ParisTech (groupement de huit écoles prestigieuses, sous la forme d’un PRES). Dans cet entretien (lire ici), Monsieur van Effenterre donne quelques éléments de la stratégie d’orientation de ParisTech. L’un de ces éléments concerne les formations de master dans les écoles :

« La construction d’une graduate school – et sûrement d’un graduate building dédié à Saclay – sera un outil d’intégration majeur des établissements. Si les formations d’ingénieurs resteront l’apanage des écoles, la graduate school sera le creuset de production de masters et de doctorats tournés vers l’international. Les écoles de ParisTech comptent aujourd’hui 600 étudiants en master. L’objectif est de doubler ce chiffre. Nous resterons en revanche sur 2.000 doctorants, en misant davantage sur des projets interdisciplinaires. Nous aimerions que cette graduate school bénéficie d’un directeur, de moyens propres et de compétences déléguées en termes de recrutement d’étudiants. »

On peut lire dans cet extrait que pour Monsieur van Effenterre, les formations d’ingénieurs resteront l’apanage des écoles. Il va donc dans le même sens que la CTI qui refuse que l’université développe des masters d’ingénierie. Pourtant il planifie le développement de masters dans son groupement d’écoles, masters qui sont normalement de la responsabilité des universités (tout comme ParisTech développe une formation doctorale, elle aussi historiquement une exclusivité universitaire). Les écoles refusent donc que l’on vienne chasser sur leurs terres, mais elles ne se privent pas de fouler les terres universitaires …

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