Je sais que tout le monde s’en fout un peu mais il y avait une élection il y a une dizaine de jours, celle des représentants du CNESER (Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche). Bien entendu vous allez demander « mais c’est quoi le CNESER ? ». Alors si vous ne savez pas, vous pouvez lire ceci sur le site du ministère ou ça sur wikipédia. En résumé, le CNESER c’est la représentation des personnels auprès du ministère, élue par la communauté (plus d’autres nommés par le ministère). Le CNESER est consulté par le ministère avant toute décision politique concernant l’enseignement supérieur et la recherche.
Ainsi donc le 22 mars dernier il fallait élire les représentants au CNESER. Ces élections sont considérées comme un test de représentativité pour les organisations syndicales de l’enseignement supérieur. Le constat majeur qui ressort est une très forte abstention. En moyenne la participation est de 20,58 %. Dans le détails, ça donne 16,6 % pour les collèges A (professeurs), 12,5 % pour le collège B (MCF), 29,1 % pour les BIATOSS (personnels ingénieurs et techniques), et 52,9 pour les personnels bibliothèques. On peut donc constater une énorme disparité de participation selon les collèges. On peut remarquer la très faible participation des enseignants-chercheurs.
Cette faible participation chez les EC ne date pas d’hier. Elle traduit certainement le fait que les EC ne se sentent pas bien représentés par les syndicats actuels, qui manifestement n’arrivent pas à les intéresser à leurs revendications ou programmes électoraux. Dans le cas présent, par cette abstention monumentale chez les EC, on est très manifestement devant une crise de représentation. On pourrait se poser les questions suivantes : pourquoi les syndicats universitaires sont-ils si nuls ? Pourquoi n’existe-t-il pas à l’université une vraie force progressiste qui participerait à la rénovation (refondation ?) de notre université qui en aurait bien besoin. Le jour où cette force éclora, je m’y inscrirai avec elle !


19 commentaires
Comments feed for this article
3 avril 2011 à 10:24
Jojo
Rachel, avant de tirer sur les syndicats, rappelez-moi la dernière fois que le ministère a tenu compte d’un avis du CNESER ? Les institutions consultatives sont une perte de temps.
3 avril 2011 à 10:48
Rachel
Ben Jojo, peut-être que s’ils étaient plus crédibles (ou plus puissants, ou plus représentatifs) on tiendrait compte de leurs avis qu’ils émettent suite aux consultations ?
3 avril 2011 à 10:58
sheol
Considérant l’importance de la représentation mondaine des MdC pour passer Prof puis avoir les bons cours, les bonnes places dans les conseils, etc etc, j’imagine que les gens se cachent (ie ne le font pas et n’en parlent pas) pour aller voter à ce genre de représentation syndicale.
Cependant ce n’est pas contradictoire, justement, avec des syndicats non-représentatifs surfant sur la vague des quelques conservateurs en place.
3 avril 2011 à 11:09
dorant
Rachel, vous posez deux questions distinctes:
Le CNESER fut une instance très utile. Mes collègues et moi avons pu récupérer plusieurs habilitations de diplômes suite à des expertises lapidaires et unilatérales de feue la MSTP… idem, il a été utile pour disculper un PR d’une accusation de harcèlement.
Il est malheureusement aujourd’hui tenu en grande méfiance par le ministère actuel, qui le convoque avec des dates parfois intenables et passe en force sans dialogue sur la plupart des projets.
Par ailleurs, comme pour d’autres élections, la campagne d’information sur cette instance du ministère a été minimale…comme si l’abstention était encouragée. J’ai le souvenir d’informations plus visibles de la part du ministère il y a bien une diza
3 avril 2011 à 11:10
dorant
dizaine d’années.
Ensuite, votre autre point concerne les syndicats. C’est une toute autre question, à ne pas forcément mélanger avec celle des instances nationales du ministère. Il faut bien des instances nationales, non ?
3 avril 2011 à 11:45
Rachel
Dorant, il est vrai que le ministère n’a pas fait publicité de cette élection. On ne trouve rien sur son site (rien sur la liste des candidatures, rien sur la date de l’élection, rien sur les résultats). J’ai obtenu les infos par les listes syndicales. Chez moi l’information sur les élections a été relayée par mon université à tous les personnels sans que l’on puisse accuser qui que se soit d’avoir voulu masquer cet évènement.
Mais je reformule mon commentaire précédent. Si le ministère n’a que peu de considération pour cette représentation nationale, c’est certainement qu’elle est faible et ne sait pas se faire entendre (elle pourrait par exemple exiger un calendrier plus correct). Je reste persuadée qu’il est indispensable d’avoir un « contre pouvoir » et je regrette que celui-ci soit si faible. Mais mes deux questions sont étriotement reliées, il me semble car la représentation nationale se fait en très grande majorité par les syndicats (si on excepte la liste QSF du collège A), non ? C’est le pourquoi de ma question « pourquoi les syndicats universitaires sont-ils si nuls ? » (ou sont-ils devenus si nuls ?).
3 avril 2011 à 12:34
Dan- visseur statutaire
En entreprise, j’avais remarqué que souvent les syndicats développaient les mêmes sempiternelles revendications, concernant les augmentations, les promotions… auxquelles tout le monde connaissait les réponses parce qu’on connaissait le budget et les résultats de l’entreprise, et ce qu’il était possible de distribuer. Alors, on les laissait réciter leurs leçons, et il n’étaient utiles que pour défendre les cas individuels. De plus, un certain nombre de délégués s’étaient présentés parce que c’était une bonne planque, parce qu’il y avait une protection juridique très sécurisante, et beaucoup d’heures de délégation. Certains autres étaient très dévoués. Pour un responsable,avoir des délégués syndicaux dans son équipe n’était pas une sinécure : outre l’ambiance, forcément critique, leur activité professionnelle était réduite.
Question : les candidats à la CNESER sont ils reconnus comme de bons professionnels ? ont ils des programmes constructifs ou stéréotypés du genre " c’est la faute de …" ou " ils" ont tout cassé. On va "tout -rien" changer"
3 avril 2011 à 13:18
étudiant frustré
C’est la même chose pour les syndicats étudiants et plus généralement pour tous les syndicats en France, qui continuent de s’inscrire dans un cadre binaire (nous/eux) et révolutionnaire (la négociation c’est pour les faibles) ; pendant ce temps le monde change, sans eux.
Je me rappelle qu’une fois ils offraient des gâteaux pour ceux qui allaient voter ; la participation avait alors explosé à 10%.
3 avril 2011 à 13:43
dorant
Petit rappel à Visseur-statutaire et à étudiant-frustré :
- les syndicats d’enseignants-chercheurs couvrent tout le spectre social, académique et politique : de l’UNI (proche de l’UMP) au syndicat autonome (conservateur sans excès) à QSF (très "science fondamentale"), plus classiquement, FO, le Snesup, le SGEN-Cfdt et l’UNSA.. Tous ces syndicats ont des élus. NB : l’UNI n’est pas qu’un syndicat étudiant.
Donc ne pas confondre avec les habituels syndicats de salariés… et on est très loin de l’ambiance imaginée par Dan-visseur-statutaire.
- Les membres du CNESER ont aussi des fonctions disciplinaires – à savoir juger les brebis noires du corps enseignant : les plagiaires, les vicieux, les corrompus etc – et les sanctionner (révocation parfois). Ils fonctionnent aussi en appel des sections disciplinaires des université pour les Biatoss et les enseignants-chercheurs déjà condamnés par ces sections.
Il est aussi possible de recommander de casser des thèses, "déchoir des docteurs" quand ils ont abusé du copier-collé … etc.
Ils examinent aussi les diplômes soumis par le ministère. Et là, il faut avoir des avis argumentés, savoir tenir la route face à un expert du ministère. C’est lourd, prenant et ça demande des vraies compétences. Souvent les délégués se font assister par des experts ou par des avocats en section disciplinaire.
Je n’ai jamais été membre du CNESER mais ces informations m’ont été données quand, bénévolement, j’aidais un collègue, mis à la retraite d’office pour harcèlement (sexuel) sur ses doctorantes. Il a fallu refaire l’enquête, faire appel à un avocat, confondre les deux doctorantes, tout cela sur l’avis d’un des délégués du CNESER.
Ce collègue, acquitté et rétabli dans son honneur et dans sa fonction, qui avait certaines des positions partagées sur "l’inefficacité" des élus, a changé d’avis quand il a vu les dégâts d’une enquête menée uniquement à charge par son établissement.
Il faut des contrepoids à la tutelle administrative. Et seule une instance composée d’élus et de nommés peut faire ce contrepoids…
3 avril 2011 à 18:24
Astronaute en transit
Dans quel collège électoral se trouvent les vacataires? Ont-ils voix au chapître? Où est-ce un autre domaine où on leur dénie une expression de leurs questions, de leurs soucis, de leurs propositions?
3 avril 2011 à 19:50
Rachel
Astronaute, je crois que les contractuels peuvent voter. Il faut qu’ils démontrent une équivalence avec les collèges cités plus haut et il faut qu’ils fassent la démarche de s’inscrire que les listes électorales (les fonctionnaires le sont automatiquement).
N’étant spécialiste des procédures électorales, je peux faire erreur … dans ce cas SVP, corrigez moi ..
Quant à savoir qui se fait le relai de leur expression et propositions, là je ne sais pas. Les syndicats se disent très concernés par la précarité.
3 avril 2011 à 20:01
Astronaute en transit
C’est très drôle ça: un contractuel doit "démontrer une équivalence avec les collèges". Outre que cela néglige le fait que ces contractuels ont certainement été engagés pour faire le même travail que les statutaires mais sont traités différemment en général, on a de la peine à imaginer que dans tout autre processus électoral on demande à un citoyen-électeur de "démontrer son équivalence" par rapport aux autres. Ce qui compte c’est d’être inscrit ou non sur la liste.
Les syndicats sont très concernés par la précarité mais ils la tolèrent depuis des années tout aussi bien que les employeurs.
3 avril 2011 à 20:52
Rachel
Astronaute, le terme que j’ai utilisé (démontrer) n’est peut-être pas le meilleur. La procédure n’est peut-être pas compliquée, à vrai dire je n’en sais rien. Je n’arrive pas à trouver sur internet un document clair sur cette question de procédure.
Je crois que les syndicats œuvrent pour faire disparaître la précarité, bref pour fonctionnariser tous les personnels de l’université.
Un autre thème intéressant serait de discuter l’adéquation entre le statut de fonctionnaire et la recherche en « mode projet » et la réduction drastique des moyens récurrents.
3 avril 2011 à 22:01
dorant
Il faut qu’ils (les vacataires) démontrent qu’ils effectuent un nombre suffisant d’heures d’enseignement (30 par an peut-être ?) pour être véritablement partie prenante de la communauté académique…
C’est à vérifier si quelqu’un connaît plus précisément ce point.
Ils sont alors électeurs dans le collège B.
Je crois que les Prag votent aussi pour le CNESER dans le collège B.
4 avril 2011 à 13:44
Lorne
Cette abstention aux élections du CNESER est une vieille histoire. Voir un article de Jean-Yves Mérindol en 1991: http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/arss_0335-5322_1991_num_86_1_2971
4 avril 2011 à 14:41
Rachel
Lorne, oui ce n’est pas nouveau. Mais il semble que ça empire, la participation de 2011 est moins bonne que celle de 2007, elle-même moins bonne que 2003 (après je ne sais pas). Cette faible participation m’étonne de la part d’une communauté cultivée qui doit pouvoir comprendre ce qu’est la démocratie et la représentation, et qui communique souvent sur le thème de la collégialité.
J’ai une autre question, peut-être quelqu’un pourra me répondre : pourquoi l’association SLU ne s’est pas présenté ?
5 avril 2011 à 22:06
Astronaute en transit
Il me semble que les établissements savent parfaitement pour combien d’heures ils recrutent des vacataires, exiger de ces derniers une "démonstration" en termes d’heures qu’ils sont "partie prenante de la communauté académique" est quelque peu spécieux.
A-t-on réellement peur de faire représenter les vacataires au sein de cette instance, cherche-t-on à marginaliser leur voix? Puisqu’on semble beaucoup de soucier de "démocratie universitaire", ne serait-il pas plus simple d’inscrire d’autorité sur les listes électorales toutes les personnes y exerçant une activité, même mineure?
13 avril 2011 à 12:52
Dubois
Rachel. Avez-vous voté aux élections du CNESER ? Voterez-vous aux élections renouvelant les sections du CNU ? Avez-vous voté pour élire les représentants au CA, CS, CEVU ? au conseil d’UFR, de labo. Se faire élire n’est-ce pas aussi utile qu’animer un blog ? Oser poser la question "pourquoi les syndicats sont-ils nuls ?", n’est-ce pas une forme de "nonisme" ?
13 avril 2011 à 14:13
Rachel
Bonjour Pierre ! vous ne me prendrez pas en défaut sur ce sujet : je suis une sainte (mis à part que je suis nulle en recherche et que j’ai raté mes bidulex). Je vote partout où il est possible de voter : CEESER, CNU, CA, CS, CEVU, labo, composantes, cantonales, régionales, nationales, européennes, galactiques … (et je suis aussi une élue !).
Pour la question (nullité des syndicats universitaires), j’admets que j’y ai mis un peu de provocation. Je peux reformuler autrement mais au final c’est un peu équivalent : Pourquoi une abstention aussi forte chez les EC ? Pourquoi le taux de syndicalisation est-il aussi faible chez les EC ? Pourquoi le CNESER est mal considéré par le gouvernement ?