Quand on fait des études, on doit suivre des cours en classe ou en amphi et parfois aussi on a du travail à faire à la maison. Mais il existe une forte disparité entre les différentes formations proposées dans notre enseignement supérieur. Il est bien connu qu’à l’université on a relativement peu de cours mais beaucoup de travail personnel à fournir. Ce travail personnel n’est pas facile à quantifier mais on trouve quelques données parmi les 35 indicateurs du MESR, édition 2009 « l’état de l’enseignement supérieur et de la recherche en France ». Il s’agit de l’indicateur 13, page 39 du rapport.
Tout ou presque est résumé sur le graphique ci-dessous, extrait du rapport. L’axe des abscisses représente le nombre d’heure de travail personnel et l’axe des ordonnées représente le nombre d’heures de cours-TD-TP. On peut voir que les élèves en CPGE, STS et IUT doivent suivre beaucoup d’enseignement. Il y a peu de travail personnel dans les IUT et STS alors que les élèves en CPGE doivent bachoter leurs exo aussi le soir en rentrant à la maison ou en internat. Pour l’université, ce graphique confirme ce qu’on savait déjà, c’est-à-dire un faible volume d’enseignement, une vingtaine d’heures hebdomadaires réparties sur 12 à 14 semaines seulement par semestre. Le volume de travail personnel est lui aussi assez faible, sauf bien entendu pour les carrières de la santé (concours oblige …).

Le graphique ci-dessous totalise les heures de travail en cours et les heures de travail personnel (par semaine) selon les différents types de formation.

On se souvient que le plan licence mis en place par V. Pécresse prévoyait 5 heures de plus par étudiant et par semaine. Un récent rapport de l’Inspection générale du ministère est très sévère sur les résultats de ce plan licence (lire ici; on pourra lire aussi le rapport de l’UNEF ou un résumé sur le site L’Etudiant), en particulier sur les objectifs de volume horaire des étudiants : « l’objectif de cinq heures hebdomadaires d’enseignement supplémentaire par étudiant de L1 n’est atteint ni dans l’absolu, ni sans doute en moyenne ». Le plan licence avait aussi tablé sur un réaménagement de l’année universitaire, avec une augmentation du nombre de semaine d’enseignement dans les universités. Mais très généralement, les semestres sont restés à quatorze semaines comme avant le plan licence.
Pratiques studieuses … pas toujours très studieuses !


34 commentaires
Flux des commentaires pour cet article
6 novembre 2010 à 13:21
Marianne
Meme si on ne veut pas transformer la fac en prepa force est de constater que les etudiants ne sont pas a armes egales. En GPGE scientifiques 38 semaines a 30h en 1A, 25 semaines à 30H en 2A contre 25 semaines d’une vingtaine d’heures chaque annee pour un etudiant. Au final l’etudiant de CPGE aura eu en volume une annee de plus d’enseignement. Sans compter que la 2A est souvent redoublee et que les kholles chaque semaine permette d’integrer les connaissances au fur et a mesure…
6 novembre 2010 à 14:52
étudiant frustré
Je ne pense pas qu’on puisse forcément relier nombre d’heure de cours et valeur de l’enseignement. La fac est très formatrice car elle laisse les étudiants travailler par eux-mêmes, mais cela suppose un investissement personnel volontaire ; quand je vois qu’un étudiant en SHS travaille en moyenne moins de 20h par semaine, je me dis que ce n’est pas le cas.
En fait, les méthodes d’enseignement de prépa conviendraient mieux à des élèves moins bons, ceux là même qui vont en fac…
Je trouve les résultats de cette enquête un peu bizarre concernant la part des étudiants très assidus, elle serait de 70% en SHS? impossible, plutôt autour de 30% en L1, 60% en L3 pou moi.
Sur le plan licence, les changements que j’ai constatés sont :
- une surcharge de travail pour le prof référent, qui devient une sorte de prof principal comme au lycée.
- des cours de soutien, où personne ne va, sauf quelques bons élèves.
- une augmentation des heures de cours, créant mécaniquement une augmentation du nombre d’élève par classe = moins bonne pédagogie, moins d’heures de travail personnelles…
- je crains aussi un abaissement des notes pour se faire bien voir et donner des résultats à not’ ministre.
Pour faire simple, on applique les méthodes du lycée à la fac. Qui a dit secondarisation rampante du 1er cycle?
6 novembre 2010 à 15:16
jako
Pour avoir suivi jadis un parcours à la fois en CPGE et à la fac, je puis vous dire que le « régime CPGE » m’avait totalement indisposé par son côté maternage de collégien : quand le cocon familial de papa et maman finit par vous saouler par son côté intrusif et envahissant, vous n’avez pas forcément envie d’avoir à supporter de nouveaux « materneurs » dans l’enseignement supérieur. Il est vrai que les temps ont changé et qu’on voit aujourd’hui de grandes et belles girafes se présenter à la fac… avec papa et maman qui la tiennent par la main… manque plus que la poussette et le biberon… Le côté bachotage peut convenir à certains, mais je puis vous assurer qu’il est totalement insupportable à d’autres, et pour ces derniers la fac conserve une dimension de liberté incomparable. J’ajoute que mes profs de CPGE n’étaient pas vraiment des flèches question recherche, et c’est une litote : c’étaient en gros des super-profs de lycée. Il est vrai que ce n’est pas avec des obligations pédagogiques de septembre à juillet que vous pouvez vous permettre de mener sérieusement des recherches originales… Quant au plan licence, on peut aussi s’interroger sur son principe et ses postulats, au lieu de se lamenter de ses résultats. A ce propos, on pouvait lire ces jours-ci le témoignage de ce prof de sociologie agressé à son domicile pour avoir refusé de remonter la moyenne générale d’un étudiant : ce prof n’avait sans doute pas connaissance du « plan réussite en licence » : s’il avait donné 15 à cet étudiant, il aurait a) montré qu’il luttait contre l’échec en licence ; b) évité à lui-même et à sa famille l’agression dont il avait été victime.
6 novembre 2010 à 15:20
Rachel
Marianne, à mon avis ça serait une grande erreur de transformer les premier cycles universitaires en prépa. L’objectif des prépa est de transformer les bons étudiants en bêtes à concours pour décrocher un ticket d’entrée à une formation sélective. J’espère qu’on aura l’intelligence de ne pas normaliser tout le système quand on retrouvera un système unifié d’enseignement supérieur.
Toutefois je reste un peu étonnée du faible nombre d’heures de travaux personnels que doivent effectuer les étudiants en université. J’avais en tête qu’une heure de cours équivalait à environ une heure de travail personnel (ce qui ferait environ 40 heures de travail par semaine, très raisonnable), mais manifestement ce n’est pas le cas. C’est certainement là qu’est un des problèmes du premier cycle universitaire, non ?
6 novembre 2010 à 15:23
Rachel
Etudiant frustré, je pense qu’il y a divers populations d’étudiants. Il y a ceux qui n’ont pas vraiment besoin d’encadrement car ils savent s’investir dans un travail personnel volontaire. Mais ce n’est manifestement pas le cas pour tous. La licence pourrait montrer une progressivité sur ce point, comme une sorte de formation aussi à l’autonomie. La première année il y aurait beaucoup de cours afin de bien travailler le tremplin entre le lycée et l’université. Ensuite ça serait dégressif avec un travail de fond pour amener les étudiants à une bonne autonomie (travail personnel de qualité). C’est une ambition qui me semble réaliste.
Tout à fait d’accord avec le grand danger de secondarisation rampante du 1er cycle à l’université. D’ailleurs certains sautent le pas allègrement en militant pour la suppression pur et simple du premier cycle à l’université et la mise en place des Lycées d’Enseignement Supérieur.
6 novembre 2010 à 16:16
Marianne
Rachel : je ne dis pas qu’il faudrait transformer les facs en prépa. Par contre ce serait bien que l’année universitaire soit plus etalée semaine en IUT ou dans les premiers cycles d’écoles d’inge universitaires) avec plus de volume horaire dans la semaine. Le meme programme scientifique ne peut pas etre absorbe avec une annee en moins. Par contre tout a fait d’accord qu’il est important qu’il y ait plus de travail perso en fac. J’ai discute avec un gars qui avait fait une annee de L3 à Montréal (en physique) et qui disait que ce qui etait frappant c’était la quantité de travail perso fourni par les étudiants.
Sinon je ne suis pas forcément pour secondariser l’ens sup. Ce qui me choque par contre c’est la disparité de moyens qui est donnee à la fac et aux cpge par ex (cf le cout d’un etudiant de fac et celui d’un etudiant de cpge qui n’a rien a voir).
6 novembre 2010 à 16:16
Astronaute en transit
Pour ma part je me demande quel devrait être le rôle des TP/TD par rapport au travail personnel qu’est censé fournir l’étudiant de fac. Je suis d’accord avec les différents commentaires par rapport au bachotage style prépa, cela convient sans doute à certains plus qu’à d’autres, encore faut-il départager ce qui en est le meilleur acquis, les connaissances où le sens du travail organisé? Il n’est pas bon de materner trop longtemps, le rôle de l’enseignement supérieur est effectivement d’habituer les étudiants à passer d’un travail strictement encadré, comme on fait faire à des enfants à un travail autonome comme on peut en attendre d’un adulte. Peut-être a méthode dégressive dont parle Rachel (une sorte de sevrage?) est-elle efficace?
À l’inverse, je pense que se contenter de faire reposer l’enseignement sur un cours magistral et attendre d’étudiants qu’ils fassent du travail personnel, notamment des lectures (et c’est un comble de voir qu’en lettres et SHS, précisément, on semble si peu s’y investir!). D’où le rôle à faire jouer aux TD, ceux ci sont bien plus que le cours magistral adaptés à faire comprendre aux étudiants l’effort qu’ils ont à fournir. Ce devrait être au TD d’encadrer et d’encourager les lectures. Il serait peut-être aussi judicieux d’en faire le lieu d’un contrôle continu substantiel (et important en termes de coefficients), ainsi le travail personnel deviendrait vraiment un enjeu, et le manque d’investissement aurait un coût certain.
À Oxbridge il existe ce système où chaque étudiant dispose d’un Tutor, rencontré chaque semaine, qui est l’ordonnateur des travaux personnels, c’est à dire le dispensateur de travaux à domicile lesquels nécessitent invariablement des lectures et des recherches hebdomadaires très importantes. Cela fait reposer beaucoup d’effort sur l’étudiant, mais cela permet aussi un suivi qui permet de repérer ceux qui ne tiennent pas le rythme, dont les résultats varient, et surtout cela inculque une discipline assez rigoureuse. certes il s’agit encore là d’un système d’élite mais il faut savoir que cela sert aussi de base au reste des systèmes anglo-saxons, qui reposent sur des volumes importants de travail personnel. Les étudiants y sont habitués à avoir des volumes de lectures hebdomadaires très importants, et d’ailleurs ils s’organisent entre eux et peuvent faire cela en équipe, ce qui est aussi un apprentissage intéressant.
6 novembre 2010 à 16:56
Rachel
A propos du maternage des étudiants dans le premier cycle universitaire, je ne résiste pas à donner ici un extrait d’un texte de Pierre Jourde. Si le Monsieur est parfois d’une grande malhonnêteté intellectuelle (voir exemple ici), il sait aussi parfois viser très juste et avec de l’humour.
Extrait : Cocoonons le jeune
« Autonomie, d’accord, mais surtout pas pour les étudiants ! Il ne faut tout de même pas exagérer. Ils arrivent à l’université, ils sont tout perdus, les pauvrets. L’autonomie, ils n’ont jamais connu, ils ne savent pas ce que c’est, on ne va pas leur infliger ça. Ils ont 19 ans, ils sont majeurs, ils votent, ils savent conduire une voiture, surfer sur Internet, avoir des relations amoureuses, manifester contre la loi Pécresse, mais ils sont bien trop petits pour être autonomes à l’université. La ministre, dans sa maternelle sagesse, a décidé qu’il faudrait un adulte, l’« enseignant référent », pour protéger chaque petit, sécher ses larmes, le moucher, et lui indiquer dans quel couloir se trouve le tableau d’emploi du temps. Mesure cohérente avec la professionnalisation : un bon professionnel est une créature timide, dépendante, c’est bien connu. Cohérente également avec la philosophie générale de la réforme. Une fois que l’étudiant aura bien dessiné son bonhomme, on lui donnera un bonbon, et une licence. »
Texte complet : http://www.monde-diplomatique.fr/2008/04/JOURDE/15819
6 novembre 2010 à 17:25
Rachel
Marianne, j’avais bien compris que vous êtes n’étiez pas pour une transformation des premiers cycles universitaires en prépa.
Pour la disparité des moyens entre les élèves en CPGE et à l’université, c’est très discutable. L’essentiel des moyens correspond aux salaires des enseignants. Si on en croit le graphique ci-dessus, l’étudiant en CPGE suit 34 heures de cours par semaine. L’étudiant en premier cycle en suit en moyenne 21-22 heures. C’est un gros différentiel qui peut expliquer la différence d’investissement. Rapporté à l’année, le CPGE fera environ 900 heures de cours et l’étudiant en premier cycle au maximum 600 heures.
Un étudiant en CPGE coûte 14 500 euros par an, alors qu’un étudiant en premier cycle universitaire coûte 9 400 euros (voir indicateur 1 du document cité dans mon billet). En faisant une règle de 3, on se rend compte que le coût de l’heure enseignée est équivalent que l’on soit en CPGE ou en université.
Ensuite on pourrait recalculer tout ça mais en termes de coût du diplôme (prendre en compte tous ceux qui ont abandonné, ceux qui redoublent), je pense qu’il serait assez facile de démontrer qu’en moyenne un étudiant en premier cycle universitaire coûte plus cher au contribuable qu’un élève en CPGE.
6 novembre 2010 à 18:02
étudiant frustré
Rachel, d’accord avec votre idée de dégressivité. Un des buts de la licence serait alors de rendre autonome l’étudiant. En poursuivant dans cette voie, il faudrait, pour conclure la licence, laisser les étudiants faire de la vraie recherche au moins une fois, l’Université devenant ainsi vraiment le lieu de rencontre de l’enseignement et de la recherche. Pensez au gain de temps en master avec des étudiants déjà formés à la recherche et à la valeur supplémentaire de la licence.
6 novembre 2010 à 19:58
Marianne
Etudiant frustre : Ok pour l’autonomie progressive. Par contre, ca me parait difficile suivant les disciplines de former au niveau licence les etudiants a la recherche
En maths on peut envisager de leur faire faire un memoire (style master 1) mais pas plus!
Une idée par contre qui me parait interessante c’est de leur faire faire des projets scientifiques (ce qui se fait deja en IUT) sur un semestre encadre par un enseignant. Ce n’est pas exactement une initiation a la recherche car on ne fait pas forcement qque chose de nouveau mais par contre ce serait un travail assez en autonomie
6 novembre 2010 à 21:49
Rachel
De la recherche en licence ? Certainement une initiation à la recherche (à l’approche méthodologique des problèmes ?). Mais certainement pas une obligation de la formation. Je verrai ça plus en option dans le cadre du dernier semestre durant lequel les étudiants auraient à démontrer leur accès à l’autonomie.
6 novembre 2010 à 21:52
AubeMort
Marianne, pour ce qui est de la comparaison des coûts, on mélange dans la rubrique “université” des étudiants en SHS qui ont un volume horaire assez faible, pas de matériel coûteux pour les TPs, et qui sont en outre très nombreux, avec des étudiants en sciences qui se font rares et qui ont un volume horaire plus conséquent, beaucoup de TPs. Le chiffre ne veut donc pas dire grand chose.
D’autre part, avec un salaire comparable, un MdC en fac fera moitié moins d’heure qu’un enseignant de CPGE (et il n’y a pas beaucoup de PRAG dans les facultés de sciences); même si ce n’est pas tout à fait comparable il n’en reste pas moins qu’il faut dans la pratique dépenser deux fois plus d’argent pour “produire” un même volume d’enseignement.
Enfin, dans mon université je suis étonnée devant le volume des coûts d’enseignement non comptabilisés : dépassement horaire des enseignants (ça m’étonnerait fort qu’un prof de CPGE fasse des heures gratis), TP sur du matériel de recherche non facturé au département, etc…
Au bout du compte il est fort probable qu’un étudiant en sciences à la fac revient sensiblement plus cher qu’un étudiant en CPGE suivant un cursus au contenu similaire.
Jako, un prof de CPGE ne fait pas de recherche et n’est pas supposé en faire, c’est effectivement un “super” prof de lycée. Reste à savoir si ça représente un avantage ou un inconvénient…
6 novembre 2010 à 22:06
Rachel
Quand je serai ministre au MESR (oh rien n’est encore fait …), je vais inclure ce principe de « dégressivité » que j’appellerai bien entendu autrement. La licence « académique » sera, en plus du contenu de la formation, un gage de l’accès à l’autonomie. Il faut se faire une raison, on en a souvent discuté souvent ici, les bacheliers ne présentent plus un profil ou un niveau suffisant pour faire des licences comme il y a 20 ans. Donc il faut prendre l’étudiant par les cornes.
Tout d’abord mon premier cycle sera unifié. Unifié ne veut pas dire uniformisé. Dans ce premier cycle il y aura trois parcours de natures très différentes. (1) Il y aura des formations préparatoires aux concours. Les français aiment tellement cette notion de concours et de compétition qu’il est très prématuré de les priver de ce plaisir. Donc ces formations préparatoires ressembleront aux prépa actuelles. (2) Ensuite il y aura des licences pro et technologiques, ce parcours rassemblera des défunts STS et IUT. Elles seront des formations en 3 ans et finalisées (professionnalisantes). (3) Enfin il y aura des parcours plus larges, « académiques », eux même séparés en deux niveaux. L’un d’eux sera pour les excellents étudiants ayant déjà l’objectif de partir vers les carrières de la recherche et développement, parcours que ne sont pas capables de faire les grandes écoles actuellement, y compris pour la R&D innovante et différenciante dont nous avons tellement besoin en ce moment. L’autre voie sera plus les étudiants plus modestes (et immatures). Ce parcours sera fait dans un premier temps pour combler les lacunes accumulées dans le secondaire et ensuite pour servir de tremplin vers d’autres formations (pro, tech, ou autres). Ce parcours sera fortement dégressif en termes d’heures en classe. La première année, il y a aura beaucoup d’heures de cours puis de moins en moins au cours des semestres suivants. Inversement il y aura de plus en plus de travaux personnels à réaliser, d’abord fortement encadrés (contrôlés) puis de moins en moins. Ce parcours aura beaucoup de succès auprès des parents qui ne rechigneront plus à envoyer leurs rejetons à l’université, car (a) la première année tremplin n’est pas éloignée du lycée, ça rassure (b) le principe d’accès à l’autonomie et la responsabilisation sera clairement affiché comme un objectif majeur de la formation, ce qui ne devrait pas déplaire aux parents non plus.
6 novembre 2010 à 22:33
AubeMort
Comment envisages tu l’identification des “excellents étudiants ayant l’objectif de partir vers les carrières de la recherche” ?
Cela implique t il que ceux qui ont choisi la voie (1) ne pourront pas faire ensuite de recherche ?
Beaucoup de grandes écoles sont tout à fait capables de proposer des parcours orientés “recherche”, et c’est souvent une orientation qui se prend relativement tard après plusieurs années d’étude et stages.
Le système actuel a l’avantage d’être souple (on peut faire de la recherche à partir d’un L1, d’un IUT, d’une CPGE; on peut faire une grande école à partir de la fac…) c’est quand même un de ses avantages…
6 novembre 2010 à 23:17
Rachel
AubeMort, c’est facile à identifier. Je le fais sur dossier et éventuellement sur entretien. Il s’agirait d’une filière sélective. Elle serait faite pour les bons étudiants qui ne seraient pas attirés par le mode de fonctionnement les classes de type « prépa ». Bien entendu il y a des passerelles entre la voie prépa « 1 » et la voie d’excellence « 3 ». Les étudiants sont bons, ils s’adaptent vite à l’une ou l’autre des configurations. Les étudiant la voie 3 pourraient aussi postuler à une entrée aux grandes écoles. Bien entendu les anciens prépa pourront faire de la recherche s’ils le souhaitent, y compris après un diplôme d’une grande école. Le système que je propose est bien plus souple que l’actuel. La différence majeure, à mon sens, est qu’il redonne une possibilité aux filières académiques de renouer avec « l’excellence » et aussi qu’il repositionne les IUT (les licences technologiques) à une mission professionnalisante.
6 novembre 2010 à 23:45
AubeMort
Je ne suis pas du tout sûre que ce soit si facile à identifier; il me semble que ce qu’on reproche à la prépa c’est de favoriser le profil “élève très “scolaire” mais pas forcément très “créatif”; en sélectionnant très tôt, à la sortie du lycée, il est difficile d’identifier autre chose, d’autant plus qu’il ya de moins en moins de matières scientifiques au lycée.
Le système actuel a l’avantage de permettre à quelqu’un d’un peu “hors normes” d’émerger un peu plus tard dans le cursus, je vois mal comment c’est possible avec ton système.
D’autre part je ne vois pas trop, pour un lycéen (on a rarement les idées très claires à ce stade) comment choisir entre 1 et 3, j’ai peur qu’il n’y ait pas plus de raisons de choisir 3 qu’actuellement ?
6 novembre 2010 à 23:57
Rachel
AubeMort, peut-être vous avez raison. Je penserai à vous comme conseillère au ministère. Peut-être faudrait-il prévoir un premier semestre commun pour ces deux voies ? Et un choix à l’issu de ce semestre ? Ce premier semestre aurait des modules « très scolaires » mais aussi des modules dont l’objectif serait d’identifier les profils « plus créatifs » ou réfractaires au bourrage de crâne.
7 novembre 2010 à 00:16
jako
Aubemort, je dois avouer que le véritable approfondissement, la réflexion en profondeur sur les choses, c’est à la fac que je l’ai trouvé, et pas en prépa, où le bachotage était roi et le formatage des esprits permanent: c’est d’ailleurs très bien comme usine à fourner des bêtes à concours, mais former des individus qui sachent faire preuve de sens critique et de recul, c’est une autre histoire. Etudiant frustré, j’ai quand même un problème avec cette notion “d’apprentissage de l’autonomie” en licence. D’abord, c’est déjà l’objectif que se fixe la maternelle:
«L’école maternelle a pour finalité d’aider chaque enfant, selon des démarches adaptées, à devenir autonome et à s’approprier des connaissances et des compétences afin de réussir au cours préparatoire les apprentissages fondamentaux.
http://eduscol.education.fr/cid47431/presentation.html
C’est la même logique d’aide à l’autonomisation” qui dans un certain nombre de facs impose de longues et couteuses sessions où on fait découvrir à l’étudiant la bibliothèque, les livres, les cotes, etc. Mais ceux avec lesquels j’en ai parlé étaient consternés par l’infantilisation qui sous-tend ces démarches. Et là on rejoint le billet de Jourde signalé par Rachel: quand on est adulte, qu’on a le permis, qu’on vit en couple, qu’on part en vacances avec les potes à l’autre bout du monde, qu’on sait se servir du Ipod, du Ipad, et que sais-je d’autre, a-t-on besoin qu’un prof de fac vous prenne par la main pour que vous fassiez ce que vous avez à faire?
7 novembre 2010 à 01:16
étudiant frustré
Jako, moi aussi j’ai trouvé ces séances de découvertes de la BU infantilisantes. Au contraire, je propose d’initier les étudiants à la recherche dès la licence, dans le but de les rendre totalement autonomes (ce n’est pas toujours le cas, beaucoup “attendent” encore du prof). C’est ce que j’ai eu pendant ma L3 et pour la première fois de ma vie, j’ai vu l’utilité pratique de ce que j’apprenais ; donc l’inverse des cours professés depuis la maternelle, qui se contentent de donner un savoir fondamental tombé du ciel aux élèves.
Un petit mémoire en L3 est incroyablement formateur, on comprend comment on “fait” la Science ; j’ai eu la sensation gratifiante d’apporter ma petite pierre à l’édifice. Je vais dans votre sens en fait.
7 novembre 2010 à 09:01
Marianne
Rachel : c’est des IES que vous nous proposez?Ou alors vous voulez inclure ca dans les PUP de notre amie valérie?Tout a fait d’accord avec Aubemort : au niveau du lycée on n’a jamais fait d’études scientifiques et il est difficiles de savoir ce qu’est la recherche. MOi votre orientation je la verrai peut etre un peu plus tard dans le cursus meme si je trouve votre idee interessante. Je ne suis non plus par contre un memoire de L3 qui pourrait etre optionel avec possiblite de le rempl
Aubemort : un MCF a une obligation de service de 8h semaine eq TD =192/25), un prof de CPGE de 9h par semaine (attention un prag et un prof de prépa ce n’est pas pareil : le premier n’est pas du tout payé au lance pierre)
7 novembre 2010 à 10:00
jako
D’accord Etudiant frustré; l’esprit qui sous-tend la démarche de la recherche, la curiosité intellectuelle, la recherche d’informations, la documentation, etc. je ne vois aucune raison pour que tout ça “attende” la L3 ou le M. Dans mes lointaines années de collège, mes divers enseignants proposaient aux élèves des exposés sur tel ou tel sujet: c’était l’occasion de se pencher sur une question et de fournir un travail de documentation qui participe justement du travail de recherche. Bien sur c’était modeste: un exposé de 8-10 pages, mais encore une fois ça se passait dans un petit COLLEGE de province (et pas dans le quartier de la Rue des Ecoles…) et c’était en effet formateur
7 novembre 2010 à 10:02
Rachel
Marianne, non rien à voir avec les IES. Quant aux PUP, personne ne sait vraiment ce que c’est. A part quelques phrases hors sujet lâchées au cours qu’une séance de réponse aux questions dans une commission de l’assemblée nationale, on ne sait rien d’autre. Ce que je propose n’est ni plus ni moins le modèle que le modèle « Gaïa ».
7 novembre 2010 à 11:43
Astronaute en transit
J’en reviens au rôle qui devrait être celui des maîtres de conférences assurant les TD (même en SHS): c’est effectivement à eux d’ordonner des travaux qui exigent des étudiants qu’ils s’autonomisent. Je suis d’accord sur ce qui a été dit sur des visites infantilisantes de bibliothèques. Peut-être se trouve-t-il des étudiants vraiment perdus, immatures, insuffisamment formés qui vont se trouver dans le lot vu l’absence de sélection. Aux enseignants de les répèrer rapidement et de les fourner dans des groupes particuliers qui leur donneront ce soutien, par mode dégressif à la Rachel au fur et à mesure qu’ils s’autonomisent. Pour les étudiants de capacités moyennes, il faut que les exercices les responsabilisent le plus rapidement possible. Là encore, c’est à l’enseignant de donner les repères et de fixer les exigences.
En fait je trouve que dans cette discussion on s’est beaucoup focalisé sur les types de cursus ou d’établissement, et relativement peu sur le rôle joué par l’enseignant. Un directeur de TD n’est effectivement pas un enseignant de CPGE, ce n’est pas un “super prof de lycée”, d’accord. Pourtant il lui faut bien remplir sa mission qui est de conduire des “travaux dirigés”. La question, selon moi, c’est comment dirige-t-il?
7 novembre 2010 à 15:50
Rachel
C’est très simple Astronaute, je l’explique à mes étudiants en début d’année : « dans travaux dirigés, il y a deux mots : le travail c’est vous, la direction c’est moi … en clair je vous regarde travailler ! ». Le problème majeur reste la passivité des étudiants qui attendent, comme au lycée, que le prof fasse l’exo au tableau pour le recopier sur sa feuille.
7 novembre 2010 à 16:17
étudiant frustré
Beaucoup de mes TD en licence consistaient en des redites du CM, avec un prof qui dicte et des étudiants qui grattent. En général ces cours étaient dispensés par des profs de lycée…
Je pense qu’il faudrait beaucoup plus axer le cours sur la participation des étudiants ; chaque semaine, les étudiants devront faire part de leurs lectures et donner leur avis sur le thème du cours établi à l’avance. Le prof se poserait plus en maître des débats qu’en débiteur de savoir universel (rôle du prof de CM). Il pourrait ainsi détecter immédiatement les faiblesses des étudiants, voire même s’enrichir de leurs interventions ; les étudiants seront eux obligés de lire et de préparer chaque cours.
Mais cela suppose des effectifs très réduits, pas plus de 15 par classe, et des emplois du temps légers. L’inverse de la tournure actuelle donc.
7 novembre 2010 à 18:22
AubeMort
jako, je ne connais pas le détail de votre cursus, peut être aussi étiez vous plus mûr au moment où vous êtres arrivés en fac? C’est souvent un peu difficile d’analyser son parcours personnel.
En sciences le contenu du programme de la prépa n’est pas fondamentalement différent du L1/L2; j’ai toujours un peu de mal à cerner comment ce qui est du “bachotage” en CPGE formerait l’esprit critique en fac ?
Astronaute, quand on constate que souvent les étudiants ne préparent pas les TDs (parfois même ils n’ont aucune idée du contenu du CM) l’idée d’”ordonner des travaux qui exigent des étudiants qu’ils s’autonomisent” paraît assez surréaliste, voire paradoxale : exiger l’autonomie en encadrant plus étroitement évoque un peu la fameuse injonction “soyez spontané !”.
Quand il s’agit de jeunes adultes – tout à fait autonomes dans la vie quotidienne comme l’a souligné jako – on peut supposer qu’ils sont en fait parfaitement en mesure de faire preuve d’un minimum d’initiative et d’implication dans leurs activités, participer en TD, poser des questions, proposer des thèmes de travail. Toutes ces méthodes ont finalement été introduites au lycée.
Qu’ils ne le fassent pas dénote à mon avis un problème d’un autre ordre : mauvaise orientation, prérequis non satisfaits, démotivation, saturation antérieure ???
Un effectif de 15 ne change rien à l’affaire : un demi groupe peut s’avérer tout aussi amorphe qu’une classe entière.
Un emploi du temps léger non plus : on a vu qu’ils étaient déjà loin d’être surchargés dans les chiffres donnés par Rachel.
7 novembre 2010 à 19:53
Astronaute en transit
Aube, mon idée du TD est qu’il doit être le contraire de celui dont témoigne l’étudiant, c’est à dire qu’il ne faut pas que ce soit une redite du cours magistral: ça doit être un lieu d’application des connaissances: d’où des lectures dont les étudiants devraient rendre compte et sur lesquelles ils seront notés, sans exception. Le TD doit être le lieu idéal du contrôle continu. Si les étudiants ne travaillent pas en TD, ils ne travaillent pas plus le reste de leurs études. À eux, justement, d’utiliser les TD pour acquérir les bonnes habitudes.
Je sais que c’est idéal mais il me semble qu’améliorer les TD serait une façon pratique d’améliorer les “pratiques studieuses” des étudiants. Cela dépend bien sûr beaucoup de l’équipe pédagogique, mais un établissement qui ne veut pas passer pour une poubelle devrait avoir cela à coeur.
7 novembre 2010 à 20:46
Rachel
C’est intéressant, Astronaute, de mettre le projecteur sur les travaux dirigés. C’est certainement un élément essentiel qui différencie fortement l’université du lycée. Mais quand ils arrivent à l’université, les étudiants savent-ils ce que sont des TD ? Et les enseignants, comment les pratiquent-ils ? Se contentent-ils, comme le dit notre étudiant frustré, de faire un bis du cours magistral ? Peut-être faudrait-il, sans en appeler à des états généraux, réaffirmer ou repréciser ce qu’il peut y avoir comme objectif derrière ces TD.
7 novembre 2010 à 20:53
jako
Oui Aube, après Lettres Sup j’ai continué à la fac car je trouvais insupportable le maternage et l’ambiance « collège » qui y régnait, chacun cherchant à jouer continuellement au « premier de la classe ». Ce n’était pas une question de maturité : je voulais simplement qu’on me laisse libre de choisir, de contredire, d’hésiter et de « souffler ». Ca rejoint aussi le problème de l’orientation : aujourd’hui, tout est fait pour bannir le tâtonnement, l’hésitation, les retours en arrière ou les changements radicaux de direction. Le discours ambiant sur l’orientation et les débouchés est lui aussi à mains égards infantilisant. Or, un étudiant qui s’engage dans un cursus de lettres classiques sait très bien à quoi s’en tenir : il s’imagine bien qu’il ne trouvera pas dans un tel cursus des compétences en gestion immobilière… Là aussi c’est prendre les étudiants pour des idiots que d’imputer leurs éventuels échecs à un défaut d’information. P.S. Il y avait à midi une émission intéressante sur l’Université, ses missions, la précarisation, la place des Humanités (il faut zapper les 10 premières minutes):
http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/3D-journal/
L’orateur cite à la fin un passage de Tahar Ben Jelloun que je reproduis ci-dessous :
« C’est avec la culture, avec ses productions littéraires, théâtrales, musicales, picturales, cinématographiques, avec ses valeurs humanistes, son héritage des Lumières qu’elle (la France) assurera une belle présence, laquelle lui faciliterait des réalisations économiques importantes. Le pari sur la culture est le seul qui vaille. Or, le ministère des affaires étrangères fait des économies ridicules tout en continuant à espérer que la voix de la France sera entendue et respectée. Calcul de petit épicier sans envergure, sans vision à long terme ».
http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/11/06/dignite-par-tahar-ben-jelloun_1436434_3232.html
7 novembre 2010 à 22:35
Astronaute en transit
Rachel, mon intérêt pour les TD n’est pas que théorique: ce sont les soutiers qui assurent les TD. À mon avis, c’est aussi l’une des raisons pour lesquels ces travaux dirigés n’ont pas su inculquer les “pratiques studieuses” aux étudiants… ou alors, parce qu’on l’es fait faire par des professeurs de lycée qui n’ont pas compris que le secondaire et le supérieur sont des métiers différents.
7 novembre 2010 à 22:44
Rachel
Astronaute, il n’y pas que des soutiers qui font des TD, mais aussi les personnels statutaires, surtout MCF mais aussi des PR. J’en fais aussi. Je peux témoigner que jamais personne ne m’a expliqué ce que sont des TD, jamais je n’ai eu la moindre sensibilisation sur ce thème ou d’aide pédagogique, pratique ou théorique. D’ailleurs jamais je n’ai eu la moindre formation pour enseigner.
8 novembre 2010 à 09:27
Astronaute en transit
D’accord avec vous Rachel. En revanche ce que vous dîtes semble montrer qu’il n’y a pas de réflexion ou d’instructions données sur la fonction des TD… Il serait utile d’y voir clair!
27 novembre 2010 à 20:45
étudiant frustré
Astronaute, si vous êtes toujours là, j’ai réfléchi au rôle que pourrait avoir le chargé de TD. Pour éviter la redite du CM, je pense qu’on devrait transformer le TD en un complément du CM avec une approche différente. Il y aurait plusieurs TD, chacun avec une approche différente du CM, que l’étudiant devrait choisir.
Pour parler de ce que je connais, imaginons un CM sur l’histoire du XVIIIe siècle ; le MCF/PR ferait un cours d’histoire politique (dates, gouvernements, politique extérieure… les bases quoi) et on aurait des TD d’histoire culturelle, histoire sociale, histoire philosophique, histoire de l’art, histoire comparée avec d’autres pays… tous consacrés au XVIIIe siècle. L’étudiant choisit le TD qu’il veut.
Les chargés de TD (souvent des ATER) s’occuperaient ainsi du TD en rapport avec leurs champs d’études et le prof dirigerait/coordonnerait l’ensemble. Cela éviterait aux chargés de TD d’angoisser sur des cours où ils ne sont pas spécialisés et de toujours demander “vous l’avez vu en CM?” Bien sûr le prof (désormais directeur) pourrait assurer le TD qui lui tient à cœur ; il aurait surtout une “équipe” à diriger.
L’idée est d’améliorer la cohésion entre les enseignements que j’ai sentie plusieurs fois défaillante. Mais je ne sais pas si on peut l’appliquer aux autres disciplines.